XL. — LA C().M.\irNI()N DKS SALNTS
pratique. ! D'autant plus belle et féconde qu'elle ne s'arrête nulle part, pas même aux portes du tombeau.
C'est en eiïet une vérité non moins certaine que celle cpij vient d'être démontrée : que l'Église terrestre n'est pas toute l'Église, mais une partie seulement de l'Église. Les Saints qui Joui.ssent au ciel de la vision béatilique, eux aussi, sont de l'Eglise. Reculons encore les limites, et élargis.sons l'enceinte : elles aussi, les phalanges angéliques sont de l'Église. Pourquoi? parce que tous ceux-là appartiennent à la même société, qui ont le même chef; l'unité de t<He fait l'unité de corps. Or, c'est l'enseignement de .saint Paul : ({ue Jésus Clu'ist est la tête de toute l'Église, aussi bien de l'Église qui triomphe dans le ciel ((ue de l'ÉKlise qui milite sur la terre, c'est Dieu qui Ta établi ehel" sur Tune et sur l'autre, et qui a tout soumis à sou empire: Oinnia subjccil sub pcdibiis cjus, et ipsion dédit caput super omiiem ecclesiam (1). C-'est encore l'enseignement du grand Apôtre: qu'il est la tète de toutes les Principautés et de toutes les Puissances qui sont dans les cieux, c'est-à-dire des Anges; et j)uisque c'est son abondance qui nous remplitet nous fait ce que nous sommes, il n'est peut-être pas téméraire d'en inférer, que c'est semblablement de cette source unique que les esprits célestes tirent tout ce qu'ils ont de grâce, de force et de lumière : lu cslis iii iifo )'Cj)lrti, ([tii est ccpul unntls Pri)icijjidi(s et Poteslulis ("1).
.Mais ce n'est pas tout encore. 11 est une auti'e portion de l'Eglise universelle : l'Église souffrante. Ce n'est pas une quantité négligeable, il s'en faut. Elles sont léi^ion, les âmes retenues dans le Purgatoire, et elles plaisent à Dieu. A la vérité, (.'lies soudVent d'inexprimables douleurs, elles expient ce qui reste encore des anciennes souillures, et jusqu'à ce qu'elles aient satisfait aux exigences de la divinejustict?, elles sont captives dans les sombres demeures. Mais je le répète, ce sont des âmes justes, elles plaisent à Dieu, elles sont .sorties de ce monde dans la grâce de Dieu, raniour de Dieu le [ilus pur les
( I) KlMI. I'. I, V. X.\ll.
^1) (ioi.O.S. c. 11, V. lu. — Nous avons suivi riuU'r|iir(;Uioii ilc Mi'uochius, pour (|iii : (iiiiiils Eccl(;tii((, csl uiigoloiuui et liuiiiiiiuiii, ntili(;ni< l'I lrium|ilians.
^52 LE SYMBOLE DES Al'OTUES
anime. . . Dès lors, elles ont Jésus Christ pour eliel', elles appartiennent à son Corps mystique, elles ont une place assignée dans l'Hlglise universelle, qui reste une et indivisiljle, quoique <!n trois états différents, parce qu'un même lien, une tète unique, Jésus Christ, relie entr'eux ces trois Corps qui n'en font qu'un : L'Église militante, l'Église trionqihante, l'Église souHrante.
Et maintenant la conclusion n'a pas besoin d'être tirée avec effort, elle coule d'elle-même des prémisses. Le cercle de nos relations s'est prodigieusement agrandi. Les Bienheureux qui sont au ciel sont nos frères ; les Justes encore détenus dans le purgatoire sont pareillement nos frères. Nous avons commerce non seulement entre nous, mais avec eux. Les Bienheureux, nos frères du ciel ! nous les prions, nous les invoquons, nous nous recommandons de leur crédit auprès de Dieu, nous célébrons leurs fêtes avec amour. Qu'il est doux de croire, que de nos hommages il leur revient, si débordante qu'en soit la mesure, quelque accroissement de bonheur ! ... Et de leur côté ils s'intéressent à nous, ils veillent sur nous, ils nous suivent dans les sentiers de la vie, difficiles sentiers qu'ils ont parcourus avant nous, ils sollicitent pour nous et les obtiennent, les grâces et secours dont nous avons si grand besoin. Quoi de plus ! Le mot de saint Cyprien ne vieillit pas, parce qu'il est toujours vrai : Autant les saints sont désormais tranquilles sur leur propre salut, autant ils sont tendrement inquiets du iKHre : Qnaiitum de sua felicitate secKFi, ttoitiDii de itoslra salutc soUiciti . . . Les membres souffrants de l'Eglise, âmes justes mais gémissantes, nos frères du purgatoire ! Vers eux au.ssi, nous tendons les mains, non pour recevoir, cette fois, mais pour donner. Elles sont impuissantes d'elles-mêmes, ces chères àujes, à franchir le seuil des sombres demeures ; à peine si elles peuvent pou.sser le cri de détresse et nous le faire parvenir : Ayez j)iLié, ayez pitié de nous, vous qui êtes nos amis . . . nous l'entendons pourtant, et nous nous portons vers le lieu d'où il part... pour elles nous prions, pour elles nous jeûnons, pour elles nous donnons l'aumône, pour elles nous faisons quelques iirofits spirituels, si minimes soient-ils, ils sont toujours et avidement acceptés, pour elles nous gagnons l'indulgence, pour elles nous allons en pèlerinage, pour elles surtout nous offrons le sacrifice