‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 122 sur 172 · XLIX. — LA VIE ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

XLIX. — LA VIE ÉTERNELLE

maladie ou la vieillesse aura détruit sera réparé par la vertu de Jésus Christ . Il en sera de même des corps amaigris et décharnés : non seulement le Sauveur les ressuscitera, mais il leur rendra encore tout ce que les maux de cette vie leur auront été (l) ... C'est-à-dire, qu'au grand jour de la résurrection, les corps posséderont cette beauté correcte, qui était le propre du corps de Thomme, au moment où il fut façonné par les mains mêmes de Dieu.

Mais voici bien des merveilles plus étonnantes encore. Aux qualités, aux propriétés naturelles, viendront s'ajouter d'autres qualités et propriétés, d'un ordre supérieur.

Lisez, si vous en avez la facilité et le loisir , le quinzième chapitre de la première de saint Paul aux Corinthiens. Il n'est rien de plus beau sur le sujet qui nous occupe. Que dit le grand Apôtre? Le corps est mis en terre . . . pour périr sans nul espoir de retour? Non, certes, mais à titre de dépôt : il est semé, seminatur (2).

Il est semé plein de corruption, qui ne le sait? Pour le redire avec Tertullien et Eossuet : qui donc ignore, que, dépossédé de son principe vivifiant, changeant de forme et de nom, celui de cadavre ne lui restant pas môme, il devient un je ne sais quoi, qui n'a plus de nom dans aucune langue. Mais patience, le réveil viendra; semé corruptible, le corps ressuscitera incorruptible, désormais soustrait à l'empire de la mort, et à l'abri de ses coups : Seminatur in corruptione, sun/ct in incorruptionc.

Il est semé dans l'abjection ; elle est telle qu'il ne peut demeurer plus longtemps, sa présence fatigue la vue et ofîense V odorait, janifsetet. Mais attendons, ce temps d'ignominie passera, déjà les célestes clartés commencent à poindre. Je vois Jésus Christ, qui le ressuscite, le configurer à son propre corps, et son âme, qui le rejoint, le mettre en participation de sa propre gloire : Seminalur in ignohilitate, surget in gloria.

Il est semé dans l'infirmité ; rien de plus faible que ce corps fait de terre, et redevenant terre, rien de plus impuissant, de

(1) De civil, lib. 2-2,c. xi.\, xx, xxi.

(2) I Cor. c. XV, v. 42, 43, 44.

plus inerte. Mais au jour de la résurrection, il se lèvera dans la force, tout plein d'une vigueur que la nature ne donne pas, jusqu'à être affranchi des lois de la pesanteur, et se transporter d'un lieu en un autre, selon une comparaison tirée des Écritures, avec la facilité et l'agilité d'une flamme qui court, comme en se jouant, dans un champ semé de roseaux. C'est toujours l'enseignement de saint Paul : Seminatur in infirmitate, surget in virtnte.

Enfin, il est semé corps animal. Que l'expression ne nous choque pas; en tant qu'il est corps, l'homme diffère-t-il, autrement que par un organisme plus perfectionné, des autres animaux? Comme eux, il mange, il boit, il dort, il croit, il décroît, il parcourt toutes les phases de la vie végétative et sensitive. Il sera donc semé corps animal. Mais au grand jour de la reviviscence des corps, il se lèvera corps spirituel, corps subtil, c'est-à-dire corps doué de pénétrabilité, à la manière des esprits, et libre désormais de toutes les nécessités de la vie telle qu'elle est présentement. C'est le dernier trait de l'enseignement de saint Paul : Seminatur corpus animale, surget corpus spirituelle.

Voilà les qualités d'ordre supérieur, qui viendront s'ajouter aux propriétés naturelles des corps ressuscites. Est-il besoin de dire encore, avec saint Paul, que les corps des Bienheureux seront seuls à les posséder toutes : Omnes resurgemus, sed non omnes immutabi^nur {i)l Donc, seuls, immortels dans l'impassibilité, les corps des Bienheureux. Seuls, glorieux et resplendissants de clarté, les corps des Bienheureux. Seuls, agiles et .spirituels, les corps des Bienheureux, Et les corps des réprouvés . . . immortels ? Oui, mais quelle immortalité ! Immortels, mais passibles. Immortels, mais difformes. Immortels, mais ténébreux. Immortels, donc . . . Hélas ! pour leur malheur! . . ,

Et maintenant que ce grave sujet vient d'être traité, quant aux vérités de fond, et quant aux vérités de détail, avec toute l'étendue qu'il demandait, terminons par quelques réflexions salutaires.

Il est grand ... Oh ! qu'il est noble et grand, le corps de l'homme, non, à la vérité, parles éléments infimes dont il est

(1) Ibid. V. 51.

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forme, mais par sou origine, i^ar l'appoint qu'il fournit à la personnalité humaine, surtout par ses destinées futures ! Mais alors, quoi donc? Il ne faut pas le déshonorer, il ne faut pas l'avilir, il ne faut pas le faire servir aux passions d'ignominie, et au péché.

Il est noble et grand, le corps de l'homme ; mais, depuis que le péché a troublé l'harmonie entre l'âme et lui, il reste enclin à la révolte, toujours prêt à usurper sur l'âme un rôle de domination qui ne lui appartient pas ! Il faut donc le soumettre, et réprimer ses écarts, il faut, c'est le mot de l'Apôtre, le châtier et le réduire en servitude (1). Trop luxueusement vêtu, trop copieusement nourri, objet de trop de complaisances, il regimbe : Licrassalns, impinguatus, dilatatiis, recalcitravif (2).

Saint Paul nous suggère encore d'autres réflexions , et d'un autre genre.

Sont-elles assez nombreuses, les souffrances du corps, les fatigues par la faim, la soif, le travail, les maladies qui l'usent et le conduisent au tombeau ! Mais, que tout cela est peu de chose, si on le compare à ce poids immense de gloire qu'il recevra en récompen.se, au jour de sa glorieuse résurrection : Momentaneum et levé trihulationis nostrse, supra modum in siihlimitatc œterninn (jloripe pondus operatur in nobis (3).

Sont-elles assez amères, assez cuisantes, les larmes que l'on répand sur la dépouille froide et inanimée d'un père, d'une mère, d'un frère, d'un ami ! Pourtant elles ne couleront pas sans consolation. Nous ne voulons pas, écrivait le grand Apôtre, à ses chers fidèles de Tliessalonique, que vous restiez dans l'ignorance, touchant ceux qui dorment. Car si nous croyons que .lésus est mort, et ressuscité, semblablenient nous croyons que Dieu amènera avec Jésus, dans sa gloire, et participant à sa résurrection, ceux qui, étant ses membres par la foi et la charité, se seront endormis en Lui : Ita et Dcus cos qui dormierunt pcr Jesum, adducet ct(m eo (4).

Ce que je vais dire, en finissant, je ne l'ai pas vu. mais sur

(1) I Cor. 0. i.\, V. 27 (3) H Cor. c. iv, v. 17.

(2) Delt. c. XXXII, V. 1."). (1) I Thess. c. iv, v. 13, U.

la foi d'un récit parlaiteaient authentique, je sais que la chose existe. A Londres, dans un temple magnifique d'ailleurs, mais qui ressemble à un vrai cimetière, car il n'y a que des morts, on lit sur une tombe ce mot désespéré : Miserrimus : Ci-gît le plus malheureux des hommes ... On passe, le cœur serré comme devant une prison, on ne demande pas même qui est là . . . Mais de la protestante Angleterre, allez sous le beau ciel de l'Italie, à Pise, au Campo Santo : J'ai vu, dit le narrateur, j'ai vu sur un tombeau de marbre blanc, une seule parole gravée en or : Yo Spero : J'espère ... et à genoux, près de ce monument que la croix domine, une femme, une pauvre mère, priant, les yeux pleins de larmes, mais avec une paix céleste . . . L'espérance était dans son cœur, l'espérance de revoir un jour l'objet de ses affections les plus chères . . .

CINQUANTIÈME PRONE Le jugement dernier.

Credo. . . cands resurrectionem, vitam œternam. .lo crois. . . la résurrection de la chair, la vie éternelle.

Alteruin vero, cuin, uno die, atqiic uno in loco, omnes simul homines ad tribunal judicis stabunt, ut omnibus omnium siBculorum hominibus inspectantibus et audientibus, singuli, quid de ipsis decretum et judicatum fuerit, cognoscant.

Catech. Rom. cap. 8.

Encore que chaque homme, au sortir de la vie, doive comparaître devant le tribunal de Dieu, pour entendre prononcer sur son avenir éternel (1), indépendamment de ce premier jugement, la consommation des siècles étant venue, il y en aura un second , alterum vero ; appelé le jugement dernier, parce qu'il sera irrévocable, et qu'aucun autre ne se fera dans la suite ; appelé encore le jugement général, c'est-à-dire universel et public, autant que le premier aura été particulier et secret, afin que, en présence de tous les hommes de tous les temps, chacun entende l'arrêt des jugements de Dieu sur tous : Ut o))mibHS omniiun sœculorum hominibus inspectantibiis et audientibus, singuli quid de ipsis decretum et judicatum fuerit, cognoscant . . . Mais est-il exact que les choses doivent se passer ainsi ? Qui nous le dit? Qui nous l'assure? Car, comme le remarque saint Augustin, en traitant du sujet que nous abordons nous-

(1) Voir le prône sur le jugement pariiculicr. 431

même: Il ne suffit pas de poser la question à discuter, la cause à débattre, il faut encore donner audience aux témoins : Prius ergo ipsa causa ponenda est, et postea testes introducendi (1). C'est ce que nous nous proposons de faire en cette Instruction. Dieu nous aide de sa grâce !. . .

Les témoins à introduire, à l'elTet de déposer en faveur de la certitude du Jugement général, sont : les Prophètes, Jésus Christ, les Apôtres, l'Église.

Les Prophètes. Dieu, dit le prophète Joël, assemblera toutes les nations, et les amènera au lieu du jugement, et entrera en compte avec elles (2). Quel jour, que le jour du Seigneur, s'écrie le prophète Sophonie, jour de colère, jour d'affliction et d'angoisse, jour de calamité et de misère, jour de ténèbres et de confusion, jour de nuages et de tempête (3) ! Encore plus circonstanciée, la déposition du Prophète royal, et plus magnifique son langage : Le Seigneur est roi. Il viendra sur la terre, entouré d'épais nuages ; son trône sera soutenu par la justice et la sagesse; un feu dévorant le précédera, qui enveloppera ses ennemis ; ses foudres brilleront dans les airs ; les montagnes fondront comme la cire devant sa face ; les cieux par une foule de prodiges annonceront aux hommes que le temps de sa justice est venu, et tous les peuples seront témoins de sa gloire (4).

Jésus Christ. Ce serait double emploi de citer ses paroles, elles vous sont connues, elles ont trouvé place dans une autre Instruction qui a beaucoup de rapport avec celle-ci (5). Entendons-le seulement expliquer la parabole du bon grain et de l'ivraie : Celui qui sème la bonne semence, dit-il, c'est le Fils de l'homme; le champ, c'est le monde; le bon grain, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, les fils de perdition ; l'ennemi qui l'a semée, c'est le Diable ; la moisson, c'est la consommation des siècles ; les moissonneurs, ce sont les Anges. De même donc que l'on ramasse l'ivraie pour la jeter au feu, il en sera

(1) De cirit. Lib. 2U, c. iv. (-i) Psal. xcvi,

(2) Joël. c. m, v. 2. (.")] Vingt huitième prône.

(3) SOI'H. c. I. V. XIV.

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