‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 125 sur 172 · L. — LA VIK ÉTKRNELLK · texte numérisé non relu

L. — LA VIK ÉTKRNELLK

image la plus parfaite de Dieu sur terre ! Et ce bien continue ; ce que l'humble prêtre a fait, les deux familles spirituelles, nées de lui, héritières de son esprit, le font dans le monde entier ; il est à peine une seule Œuvre de miséricorde qui ne se réclame de saint Vincent de Paul, ou comme initiateur, ou comme fondateur, ou comme inspirateur ; et cela se perpétuera vraisemblablement jusqu'à la fin des temps. C'est-à-dire que, bien à l'inverse de l'autre personnage, le saint homme verra s'accroître de jour en jour, de siècle en siècle, la somme déjà comme infinie de ses mérites ... Et, qu'on veuille bien le remarquer, ce qui est vrai de l'un et de l'autre, l'est également pour tout homme ; il n'y a de différence que dans les proportions. Dieu soit loué ! Nous ne ferons pas la millionième partie du mal qu'a fait le premier; mais hélas ! nous ne ferons pas, non plus, la millionième partie du bien qu'a fait le second. A cela près, c'est très sur, nous ferons ou du bien ou du mal, qui sera, à son tour, semence de ])ien ou de mal. C'est la loi ; elle est d'une application générale. Vous êtes père, vous êtes mère, vos enfants s'autoriseront de vos maximes et de vos exemples ou pour le bien ou pour le mal ; vous êtes maître ou maîtresse de maison, vous avez une supériorité quelconque, vos subordonnés s'autoriseront de vos maximes et de vos exemples pour le bien ou pour le mal ; vous avez une situation qui vous met en vue, ou dans votre bourgade, ou dans votre ville, ou peutêtre dans l'État, ou même dans l'Église, vos justiciables, à un titre ou à un autre, s'autoriseront de vos maximes et de vos exemples pour le bien ou pour le mal. 0 fécondité du bien et du mal ! Elle sera telle, et se prolongera si loin, que pour beaucoup, sinon pour tous, le compte des responsabilités ne sera clos qu'à la consommation des siècles. C'est pourquoi: « Il fallait un jugement dernier pour que nos bonnes ou mauvaises actions eussent le temps de produire leurs fruits ; il fallait un jugement dernier pour que les siècles, en passant sur elle, mûrissent cette moisson semée par nous; il fallait un jugement dernier, pour qu'à la fin des âges, toutes les conséquences de notre vie s'étant manifestées, toutes les causes posées par nous ayant produit leurs efl'ets, le juste Juge pût constater avec pré-

cision et dans toute sou étendue notre culpabililr ou notre mérite » (i).

Ce n'est pas tout encore, et le Catéchisme Romain indique un troisième motif qui rend le jugement dernier nécessaire : C/est le besoin pour Dieu de justifier sa providence.

Comme elle a été méconnue, calomniée, décriée, la Providence ! Que n'a-t-on pas, ou pensé, ou dit, ou écrit, à ce sujet, au détriment de Dieu, et de sa gloire ! Le royal psalmiste lui-même a éprouvé cette tentation, de récriminer, et de se plaindre de la manière dont sont régies les choses d'ici-bas : Mei antem 2)ene motl siint pedes, pêne effitsi smit gressus mei ('J). Pourquoi ? Il le dit au même psaume soixante douzième : Parce que tout semble aller à l'aventure, et que, pendant que des justes manquent de tout, des méchants regorgent de biens : Ecce peccatores obtinuevunt (Uvitias^ et f)ii flar/elhitus tota die (3). Saint Augustin le répète, non avec plus d'autorité, mais moins brièvement. Il faudrait lire tout ce chapitre du plus beau de ses livres: Par quel jugement de Dieu se fait-il que ce saint homme soit pauvre, et que ce pervers soit riche ; que celui-ci soit dans la joie, qui, selon nous, mériterait d'expier par de cruelles douleurs ses mœurs corrompues, et celui-là dans la tristesse, à qui une vie exemplaire devait assigner le bonheur pour partage? Pourquoi les tribunaux humains, non contents de dénier ù. l'innocent l'arrêt qui le venge, prononcent encore la sentence qui le condamne? Pourquoi la bonne cause succombe sous l'iniquité du juge ou sous le poids des faux témoignages, et qu'au contraire, le crime se retire impuni, sinon vainqueur et triomphant ? Pourquoi des hommes dans la force de l'âge vivent de rapine, et d'autres, incapables même de dire un mot qui blesse, meurent de consomption? Pourquoi des enfants d'heureuse espérance sont enlevés à la fleur de leurs jeunes ans, et d'autres qui n'auraient jamais dû voir le jour, arrivent jusqu'à l'extrême vieillesse? Pourquoi cet infâme couvert de crimes monte au faîte des honneurs, et cet homme sans reproche demeure enseveli dans l'obscurité (4)?

(1) L'abbé Oaussens. (3) Ibid.

(2) PsAL. 1.XXII. (4) De Civif. lib. 20, c. ii.

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