CINQUANTE ET UNIÈME PRONE
Encore le Jugement dernier.
Credo. . . carnis resurreclioneyn, vitam œternam.
.le crois. . . la résurrection de la chair, la vie éternelle.
Tria h.i'c prœciinia signa juiliciuiii aiitecessura esse Sacrœ Litterœ déclarant, prœdicationem Evangclii per universuni orbem, discessioneni, antichristiim. . . quœ auteni jndicii forma et ratio futura sit, ex Danielis oraculis, tum ex sanctoruni Evangeliorum, et Apostoli doctrina facile erit cognoscere.
Calecli. Rom. cap. 8.
Les Prophètes ont parlé, les Évangélistes ont parlé, les Apôtres ont parlé, l'Église a défini, la raison elle-même n'est pas restée étrangère à notre démonstration : la consommation des siècles étant venue, il y aura un Jugement général, public et dernier. Mais ce jugement qui se fera, pour employer le mot de saint Augustin, immanquablement, parce que Jésus Christ nous en a donné sa parole, et l'a signée de sa main: Promissorum suovuni chirographurn Christus fecit : Où se fera-t-il? Ouand se fera- t-il ? Comment se fera-t-il ? Examinons ces trois questions . Et que Dieu nous assiste de sa grâce ! . . .
Et d'abord, où se fera le jugement dernier? Les Écritures ont été interrogées, mais elles sont à peu près restées muettes sur ce point ; de son côté la Tradition s'est partagée en plusieurs sens , l'Église elle-même ne s'est pas prononcée. Nous n'avons donc rien de positif à cet égard. Pour la substance des choses, qu'importe? Dieu n'est jamais à bout de voies et de moyens; s'il est assez puissant pour ressusciter tous les
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hommes qui ont été , sont ou seront, et les reconstituer dans l'intégrité de leur nature, il ne le sera pas moins, croyons-le bien, pour les rassembler, les appeler devant lui, instruire leur cause, prononcer leur sentence et notifier à chacun la sienne. Les esprits téméraires ou railleurs ignorent trop, ou feignent trop d'ignorer, que Dieu fait tout ce qu'il veut, et que pour lui il n'y a d'impossible que ce qu'il ne peut pas vouloir.
Quand se fera le jugement dernier? Ici encore rien de précis ni dans les Écritures, ni dans la Tradition, rien non plus de défini par l'Église. L'époque exacte des solennelles assises du genre humain, la date mathématique, si vous le voulez, de ce grand événement, reste le secret de Dieu ; nul, ni homme, ni ange, ne le pénétrera jamais, et nous entendons, dans son Évangile, Jésus Christ lui-même dire qu'il ne le sait pas, non qu'il l'ignorât en réalité, même comme homme, mais parce qu'il ne voulait pas le dévoiler (1).
Parmi les premiers chrétiens , quelques-uns prenant trop à la lettre certaines paroles de Notre Seigneur (2), pensaient que son second avènement se ferait de leur vivant, et que la génération dont ils faisaient partie, ne passerait pas sans que ces choses .s'accomplissent. Ils se trompaient, les temps n'étaient pas mûrs, et pour parler le langage d'une parabole évangélique célèbre , qui , dans son sens général, se réfère au dernier jugement: l'époux ne vint pas: Moram autem facienle sponso (3).
Au sixième siècle, si nous en jugeons par une Homélie du pape saint Grégoire le Grand, le peuple chrétien attendait la fin du monde, et la croyait proche: Ce monde vieillit, disait le Pontife . . . puis, commentant la page de l'Évangile oii sont annoncés d'avance les signes précurseurs du dernier jugement : plusieurs de ces signes ont déjà paru, ajoutait-il, et nous pouvons conjecturer avec efïi'oi que les autres ne tarderont pas à se manifester : Ex quihxs jyrofecto omnibus uîia jam facta cernhniis, alia in proximo Ventura formidamus (4). On se trom-
(1) Matth. c. XXIV, V. 36.
(2) Ibid. V. 34.
(3) Ibid. c. XXV, V. 5.
(4) Drev. Rom. 1. Dom. mhent. Lect. 8.
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pait, les temps n'étaient pas mûrs, l'époux ne vint pas ; Moram aulom facicnte sponso.
Vers la fin du dixième siècle, sur une interprétation erronée des Écritures, qui était le fait, non de l'Kglise, comme on l'a remarqué avec raison, mais de quelques Docteurs particuliers, la croyance s'fHait répandue assez généralement, qu'en l'an mil le monde finirait. Dans l'attente du jour redouté, l'angoisse était grande, les églises se remplissaient de foules tremblantes, et redoutant d'heure en heure d'entendre le son formidable de la trompette du Jugement. Il est peu de monuments historiques du temps qui ne témoignent de cet état de choses. On .se trompait encore, les temps n'étaient pas mûrs, l'époux ne vint pas: Moram aittcm facientc fiponso.
Et aujourd'hui même, malgré les préoccupations d'un autre genre, dans lesquelles s'exerce l'activité humaine, est-il si rare de rencontrer des esprits, et non des moindres, qui se penchent vers l'avenir pour l'interroger à outrance et lui dérober ses secrets ? . . . La Rédemption par Jésus Christ n'a pas encore produit tous ses effets, disent les uns, Dieu ne peut laisser son Œuvre inachevée, il y a encore une riche moisson d'élus à recueillir : c'est pourquoi la fin du monde n'arrivera pas de sitôt. . . Les moeurs se corrompent de plus en plus, disent les autres, le nombre des croyants diminue à vue d'oeil, les nations apostasient non moins que les individus, le mal est grand et paraît incurable ; MhiuIhs totits in maligno j^ositus est : c'est pourquoi la fin du monde est proche.
Qui a tort? Qui a raison? Qui voit juste? Qui calcule à faux ?
Ce qui est certain, c'est que le monde n'est pas éternel en durée. Il n'était pas, il a commencé ; semblablement il cessera d'être ce qu'il est. Seule, la date précise de sa transformation nous est inconnue.
Ce qui est certain, c'est que l'Évangile, renfermé d'abord dans la Judée, puis franchissant ces limites, doit être prêché par toute la terre, sur tous les continents. Il n'est, ni si petite bourgade, ni île si perdue dans les profondeurs de l'Océan, qui n'ait eu déjà ou qui ne doive avoir à bénéficier de l'inr
mense bienfait de la Rédemption. Jusqu'à ce que cette œuvre d'évangélisation universelle soit achevée, la fin du monde n'arrivera pas. C'est la parole même de Jésus Christ, il faut qu'elle s'accomplisse : Prœdicabitur hoc Evangelium regni in universo orbe, in testimonium omnibus gentibus, et tune ccniet consutnmatio (1).
Ce qui est certain, c'est que la foi, après s'être alanguie peu à peu, finissant presque par s'éteindre, il y aura, avant la consommation des siècles, une apostasie, non plus partielle, comme dans tel ou tel temps, telle ou telle contrée, mais, à part quelques âmes restées fidèles, générale, totale, s'étendant partout comme une lèpre. Jésus Christ le dit lui-même, au dix huitième chapitre de saint Luc : Le Fils de l'homme, lorsqu'il viendra juger le monde, pensez-vous qu'il trouve encore de la foi sur la terre: Verumtamen Filins hominis veniens, pntas, inveniet fidem in terra (2) ? Saint Paul le répète dans sa Seconde aux Thessaloniciens : Que personne ne vous séduise par des prophéties sans objet, car ce jour du dernier Jugement ne viendra qu'après que la révolte générale se sera faite contre Dieu sur la terre : Ne quis vos seducat ullo modo: quoniam nisi venerit discessio primnm (3) . . .
Enfin, ce qui est certain, c'est que, sur le déclin des siècles, avant le dernier avènement de Jésus Christ, il y en aura un autre, d'un genre, certes, bien difTérent, l'avènement de l'Antéchrist. L'Antéchrist ! Qu'est-ce que l'Antéchrist ? Quelle pensée ce mot éveille-t-il dans vos esprits ? Cet homme sera un monsre d'impiété, de cruauté et de licence. Saint Paul l'appelle le péché personnifié, ho77io peccati, le fils de perdition, filins perditionis (4). Il régnera, c'est certain, ostendens se tanqnam sit Deus (5), il régnera par la ruse, par le mensonge, par la fascination des prodiges qu'il lui sera donné d'opérer. C'est pendant ce règne, de courte durée — trois ans et demi environ — qu'il fera à Dieu et à son Christ, à l'Église, dans la personne de son chef, et dans ses membres, la guerre la plus acharnée qui fut jamais, et tellement satanique, que, selon la parole de Notre Seigneur, au vingt quatrième chapitre de saint Matthieu: les
(i) Matth. c. XXIV, V. 14. (4) Ibid.
(2) Luc. c. xviii, V 8. (5) Ibid. v. 4.
(3) II Thess. V, c. II, 3.