‹ Une deuxième année de prédicationChapitre 128 sur 172 · LI. — LA VIK KTEP.NKLL · texte numérisé non relu

LI. — LA VIK KTEP.NKLL

élus eux-mêmes seraient séduits, s'ils pouvaient l'être : Ita ut in errorem inducantur, si jlevi potest, etiam electi (1).

Voilà donc quel sera le dernier âge de ce monde, et les choses qui s'accompliront pendant cette période ; mais quant à l'époque exacte, surtout quant à des dates précises, je le répète, nous ne les connaissons pas, c'est le secret de Dieu (2i.

Nous abordons la troisième question : Comment se fera le dernier jugement? A l'inverse des deux autres, le Catéchisme Romain le remarque et le dit, celle-ci est facile à résoudre ; il suffit de parcourir attentivement les Écritures : Qxœ autem Judicii forma et ratio futiira sit, ex Danielis oraculis, tinn ex sanctoruni Evangcliorunt, et Apostoli doclri)ia facile crit cog)WScere (3).

Le Catéchisme Romain a raison. Les Écritures disent tout ce qu'il nous importe de savoir; elles disent: les préliminaires immédiats du Jugement, l'arrivée du Juge, la séparation, la discussion, la sentence portée, et à l'instant même exécutée.

Les préliminaires immédiats du Jugement : nous les lisons au vingt quatrième chapitre de saint Matthieu, et au treizième de saint Marc (4) : Ce sont des guerres, des bruits de guerre, des soulèvements dans les empires, des pestes, des famines et tous les maux qu'elles traînent à leur suite ; c'est le soleil qui s'éteint, c'est la lune qui se couvre d'un voile, c'est la terre qui tremble, c'est la mer qui mugit, c'est le firmament qui s'écroule, c'est la nature entière qui agonise, surtout c'est la voix qui tonne comme la foudre, qui éclate comme la trompette, voix à l'orient, voix à l'occident, voix au midi ; voix au septentrion, voix qui crie: morts, réveillez-vous: Surgite mortui ... Et tou.'^ les tombeaux s'ouvrent, tous les ossements se trient, toutes les poussières se raniment, toutes les générations se lèvent ; la mort les avait moissonnées, la mort les rend, la terre les avait reçues, la terre les rend, ou Inen la mer les avait englouties dans ses abîmes, la mer les rend f.")') . . . les voici, elles sont debout

(!) Matth. c. XXIV, v. '24.

(2) Voir S. Thom. Siipf. (], 88, art. H.

(3) Loc. cit.

(i) M.VTTii. c. XXIV, et M.VRC. c. xiii, paî^sim (5) .Vpoc. c. XX, V. 13.

et, comme dans la vision d'Ézéchiel, elles forment une immense armée : Steterunfquc supo' pedes suos exercitus grandis nimls valde (i).

Le Juge : les mêmes Évangélistos saint Matthieu et saint Marc le nomment ; bien des siècles avant eux le prophète Daniel l'avait prédit (2) : C'est le Fils de l'homme, c'est Jésus Christ, non seulement en tant qu'il est Dieu, mais encore en tant qu'il est homme, l'Homme-Dieu, et en cette qualité établi juge des vivants et des morts (3). Nous en avons donné les raisons dans une précédente Instruction (4). Il va paraître ; le voici . . . Que les temps sont changés ! Le voici, non plus amené par une marche lente, après de longs siècles d'attente, mais tout d'un trait, plus prompt que l'éclair, qui, à peine parti de l'orient, a déjà parcouru l'occident (5) ... Le voici, non plus pacifique Sauveur conmie à Bethléem, mais roi de gloire, et dans tout l'appareil de sa puissance: une nuée lumineuse le porte, sa croix le précède;, des myriades d'Anges l'accompagnent ... Le voici, et tous le voient, dit saint Augustin, justes et pécheurs, fidèles et infidèles, élus plein d'espoir, réprouvés couverts de honte et outrés de dépit ; tous le voient dans sa forme humaine ; tous le voient dans son corps qui fut battu de verges, foulé aux pieds et mis en croix; puisque la lance du soldat put le percer, tous les yeux ijeuvent le voir, ajoute le grand Docteur. Mais la divinité qui habite dans ce corps, les élus sont les seuls qui la puissent voir, les méchants ni ne la voient, ni ne la verront, ils descendront dans les abîmes sans l'avoir vue : Latentem Deum in corporc 'non videhunt (6).

La séparation : elle avait été prédite par les anciens prophètes d'abord, puis par Jésus Christ lui-même. Mais, qu'elle était lente à venir ! En son temps déjà, le royal Psalmiste s'offensait de ce retard, il ne comprenait pas comment il se fai-sait que Dieu éprouvât les bons et laissât prospérer les méchants (7). Dans la parabole de l'ivraie et du bon grain, les serviteui's de

(1) EzECH. c. XXXVII, V. 10. (5) Matth. c. XXIV, V. 27.

(2) Dan. c. vu, v. 13. (G) In Joan. tract. 21. cap. 5.

(3) AcT. c. XVI, V. 42. (7) Psal. lxxii.

(4) Prône vingt huitième.

LI, — LA VIE Kl'KHNHLIJ': 447

la maison, non plus, ne comprenaient rien à la conduite du père de famille; vA quand, .sur leur demande d'aller arracher l'ivraie, avant qu'elle menaçât d'étouffer le bon grain, ils l'entendii-ent faire cette réponse : Non ; laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson (1) . . . ils durent se dire entr'eux : le maiti-e n'y entend rien ... Ils avaient tort ; le maître y entendait très bien. Dieu qui est représenté par ce maître ne précipite jamais son action, il est de tous les êtres celui qui procède avec le plus de lenteur. Dans le cas particulier qui nous occupe, Dieu a d'excellentes raisons pour laisser, pendant le temps présent, les méchants et les bons mélangés ensemble. Dieu le permet, dit saint Augustin, .soit pour que les méchants se convertLssent et deviennent bons, soit pour que les bons, ayant à souffrir de la part des méchants, deviennent meilleurs : Omnis malus, aut ideo vivit, ut corric/afur: aul idco vivit ut per illuni bonus exerceatur (2). Mais au dernier jugement, plus rien de pareil, le temps de l'épreuve est pa.ssé, ni les méchants, confirmés dans le mal, ne peuvent devenir bons, ni les bons, confirmés dans le bien, ne peuvent devenir meilleurs. C'est pourquoi, le mélange étant sans objet désormais, la séparation aura lieu (3) ; que di.s-je, elle .se fait, elle est faite, lisez l'Évangile, le tri vient d'être accompli par le ministère des Anges : à droite, les brebis, c'est-à-dire les justes ; à gauche, les boucs, c'est à-dire les pécheurs : Et statuet oves quidcm a dextris suis, hsedos autem a sinistris (4).

La discussion : mais quoi ! Y aura-t-il seulement quelque discussion, ou rien qui ressemble à un débat judiciaire! Trop souvent nous nous représentons les jugements de Dieu, aussi bien le général que le particulier, comme devant se pas.ser à la manière des jugements humains, avec interrogatoires, par questions et par réponses. Pure imagination que tout cela. Dans ces conditions le dernier Jugement durerait un siècle au moins (5).

Page 1