LUS GRÈVES
(I (i le ti;i\;iil ;iiir;til pu icitrciidiv de siiilc. si l;i
pluie r;n;iit pciiiiis. A riiciur .Kim'llc. M'"' \('(i\c .M;iiliii n'a pas eucoi'c adlici'c aii\ (Iciiiaiidcs des (niviicis cl on i^nioro la décision qu'elle prendra, et si le travail a icpiis dans toutes les campa^nies. il n'a |)as encore elT' repris dans la campagne de M""= Martin ».
Dans ce rapport il n'y a pas un seul détail qui coidirme les laits narrés par M. Lasies. Cependant le capitaine de gendarmerie envoie tous les jours dans la connnune où il y a grcne luie partie des brigades.
J'ai confondu celle affaire avec celle de M. du Lac. i'arlons de cette dernière.
M. du Lac a tenu à démentir lui-même les rumeurs inexactes qu'on avait colportées sur le compte des grévistes. 11 a écrit à M. le sous-préfet de Béziers un(! lettre que j'ai en mains, dans laquelle il se déclare absolument .satisfait. {Mouvements divers. )
M. Lasies. — M. du Lac a écrit cela après la reprise du , travail.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je répète que M. du Lac écrit lui-même (jue ses ouvriers travaillaient en paix à leur satisfaction et à la sienne.
M. Lasies. — A (pielle date ?
1\L l.E l'HÉSIDENT DI" COINSEIL. — Le 16.
M. Lasies. — Je vous ai dit que le travail avait cessé le 8 et repris le 14 : nous sommes donc d'accord puisque la lettre est postérieure au 14.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — La lellre est du 16. Avouez, en tous cas, que pour qu'un propriétaire ('crive une lettre
DES OUVRIEKS AC.HICOLES VU MIDI 123
spniblable, il ne faut pas qu'il ait été molesté autant que vous l'avez dit.
Au centre et à droite. — Lisez la lettre !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ou 3 piéteiidu aussi que, dans la commune de Capestang, les grévistes avaient arboré le drapeau rouge au clocher de l'église et sonné le tocsin.
Tous les rapports que j'ai reçus sont unanimes sur ce point : le drapeau louge est la bannière du syndicat. (Exclamations au centre et à droite. — Applaudissements à l'extrême gauche.)
M. Henry B.'^gnol. — IL y a le drapeau d'un parti comme il y a le drapeau d'un pays.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL.— Le prétendu drapeau rouge était la bannière du syndicat et portait en lettres d'or sur l'étoffe : « Bannière du syndicat ».
C'était si peu un drapeau rouge que le juge de paix disait en goguenardant — c'est quelquefois permis aux juges de paix [Sourires] — h quelqu'un (lui lui faisait observer la couleur de la bannière : « Vous trouvez qu'elle est rouge ? Eh bien ! je vois tout ce qui se passe ici à travers du bleu ! » [Mouvements dii^ers.)
Messieurs, il est tellement Mai que l'alarme qu'on a voulu .><emer à ce sujet était factice, que le fameux tocsin consistait tout simplement dans une sonnerie de cloches appropriée à la circonstance. On s'ennuyait de ne rien faire à Capestang. [Hilarité.)
Vous connaissez assez les méridionaux pour savoir qu'ils sont remuants au possible. 11 était naturel qu'ils cherchassent le moyen de se distraire. L'idée leur prit de sonner la cloche de r('g]ise. . .
126 LES GRÈVKS
.4 droite. — Siiigiilién' disliaction !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL.. . iiiais ils s'.v pH'iiaieot mal.
M. Maurice Binder. — Tuiil le monde u'eu a pas l'habitiido.
M. LE président du conseil. — Alors le vicaire, beaucoup plus tolérant que vous, messieurs de la droite, eut l'amabililé d'enseigner aux grévistes, tout en riant, la manière de tirer la corde. {Applaudissements et vires.) ■ M. LE MARQUIS DE RosANBo. — Eu d'autres termes, tout ce qui s'est passé là-bas était une plaisanterie !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Parfaitement ; vous allez le \oir.
Par manière de compensation, le vicaire leur demanda de ne pas stationner dans l'église. Ils le promirent. Deux d'entre eux eurent besoin de la traverser; en passant devant l'autel ils tirent dévotement une génutlexion. {Nouveaux rires.)
M. Dejeante. — En voilà, des révolutionnaires !
A droite. — Voilà, maintenant, que ce sont des cléricaux!
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — J'cspère que vous ne m'en voudrez pas, si j'enregistre ce fait dans un de mes dossiers et si, comme ministre des cultes, je marque une bonne note à ce vicaire, en vue de son avenir. {Nouveaux rires.) Mais écoutez, car j'arrive au point le plus amusant de cette histoire.
Le vicaire avait une excellente raison d'enseigner aux grévistes à tirer méthodiquement et en cadence la corde de la cloche. Pendant ce temps, la jeunesse de Capestang, filles et garçons, dansait gaiement sur les places publifiues au sou de la cloche.
DES OUVHIEUS ACniGOLKS DU MIDI 127
On disait tout à l'heure que tout cela formait une plaisanterie ! Non, pas une plaisanterie, mais un véritable amusement, et un amusement constaté par les rapports. Voilà l'histoire du tocsin de Capestang et du fameux drapeau rouge. (Mouvements divers.)
11 est un autre fait, mentionné par M. Lasies, sur lequel Je me permettrai d'avoir un avis tout difféient du sien. 11 s'agit de M. deDressayre.
M. de Dressayre est le l'égisseui' de M. Séré de Rivière. C'est un homme autoritaire... (Mouvements divers.)
Si je n'avais la ferme volonté d'écarter la politique de cette discussion, j'ajouterais uu autre qualificatif au nom de ce régisseur. Ce que je peux dire, c'est qu'il est détesté en raison de son mauvais caractère et de ses procédés violents.
M. LE COMTE DE PoMEREu. — 11 uc fait quc sulvrc votre exemple.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Messicurs, les renseignements que je vais vous donner vous fixeront sur son compte, comme je suis fixé mci-mème.
M. de Dressayre a voulu faire une bravade, dont sa femme et le reste de sa famille fout inutilement dissuadé. 11 a voulu, courageux qu'il est, se montrer aux ouvriers et les mettre au défi de toucher à sa personne.
Préalablement, il était allé acheter un revolver. Il en possédait un autre qui fonctionnait mal ; il donna ordre de le nettoyer. Ainsi armé, il monta en voiture pour accompagner des charrettes à la gare. Au retour, au lieu de suivre le même chemin, il en prit un autre. {Interruptions à droite.)
Si vous ne voulez pas m'entendre, ce sera fini !
128 LES uaÈVES
iM. LE BARON Xavier Keille. — Vous êtes aiitorilaiit' !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Moi, je suis aiUoiilaire ? (Ou rit.)
A droite. — Oli ! presque pas ! (Nouveaux rires.)
iM. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Eu reveuaul, M. Dressayre reucoutra sur sou chemiu uneuiasse de grévistes, au uomljre de 200, qui eu raugs compacts, barraient la route. (Nouveltes interruptions à droite.)
M. LE BARON Xavier Reille. — Ce u'est plus comme t(jut à l'heure !
M. LE Président. — Mais eulin, messieurs, voulez-vous, oui ou non, permettre à M. le présideut du conseil de termiuer son récit ? Vous l'interrompez à chaque instant.
M. LE président du conseil. — Quand sa voilure eut atteint les grévistes, soit que son che^ al se fût eflïayé, soit que le conducteur eût voulu prendre du champ, il tourna brusquement et s'éloigna de cinquante mètres en arrière. Puis il s'élança à fond de train sur le gros des grévistes, qui s'écartèrent pour lui livrer passage. En traversant cette foule, il tira sur les grévistes deux coups de revolver. (Exclamations à Ve.rtrème yauche et à gauche.)
J'aflirnie qu'il n'avait pas été provoqué. J'ai demandé à cet égard les renseignements les plus explicites, parce que le fait m'a paru très grave. Deux hommes furent atteints, légèrement, fort heureusement,
M. de Dressayre continua sa route et alla porter plainte à la gendarmerie.
M. François Fournier. — C'est du cynisme 1 {Exclamations à droite.)
M. LE PKÉsiDENT DU CONSEIL. — Les grévisles exaspérés le suivirent, lis l'atteignirent et l'un d'eux, M. Vergues, s'étant emparé de la hampe d'un drapeau, frappa le cheval à la tète pour l'arrêter, monta sur la voiture et se colleta avec 31. da Dressayre. Je raconte exactement l'incident, tel qu'il a eu lieu.
M. de Dressayre fut saisi par trois ou quatre grévistes, qui se mirent h le frapper. Des gendarmes, prévenus, accoururent et le dégagèrent,
L'ouvrier qui s'était colleté avec lui, M. Vergues, a été pour ce fait, aussitôt incarcéré. Je m'étonne. Monsieur le garde des sceaux, que M. de Dressayre ne l'ait pas été avec hn. (Vifs applaudisseinents à l'extrême u'indn' et à gauche. — AppUmdrsaements et rires au centre et à droite.)
M. Georges Grosjean. — Déposez un ordre du jour ! [Nouveau^ rires.)
M. RiBOT. — A quoi servent les conseils des ministres? {Vifs applaudissements au centre.)
Je vous ai dit l'autre jour qu'il n'y avait pas de Gouvernement; vous me donnez raison. (Bruit à gauche.)
M. GAUTmER (de Clagny). — M. le président du conseil déposez un ordre du jour de blâme contre M. Vallé. (On rit.) C'est l'anarchie !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — M. Ribot uic demande, si je l'ai bien entendu, à quoi sert un conseil des ministres.
Je m'étonne d'autant plus de cette question qu'une de mes phrases précédentes y répondait parfaitement.
J'ai dit que j'avais dû me renseigner très exactement sur ce point. C'est ce matin que les derniers renseignements me
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sont parvenus Pt il en rcsiillc cette constal al ion qui ùlc Itmli' portée à ses paioles. [Exclamations au centre et à droite.)
Vous ne ni'cnipècliercz ]);is de dire ma pensée. J'en ai le droit. 'Applaudissements à gauche. — Bruit au centre.) J'en ai le droit même à l'endroit de M. Ribot, qu'il le sache bien. (Applaudissements à tjanche. — Réclamations et rires ironiques au centre et à droite.)
Un membre de droite. — IMais c'est votre garde des sceaux ([ue vous avez critiqué tout ;i iiicure. ce n'est pas .M. Hibot !
M. LE PRÉSIDENT DU coNSKU.. — Pas 1(^ inoius du monde 1 Et si M. Ribot, an lieu de m'interrompre, m'avait écouté, s'il m'avait laissé achever, il aurai! \u que son interruption était parfaitement inutile.
Je manifeste mon étonnement qu'en incarcérant M. Vergues on n'eût pas en même temps incarcéré M. de Dressayre; mais j'allais ajouter que les derniers renseignements qui me sont parvenus m'ont fait connaître que M. Vergnes avait été relâché après avoir subi un interrogatoire, et qu'une insti'uction est ouverte contre M. Vergues et contre M. de Dressayre. {Applaudissements a (/anche. — Mouvements divers.)
Je pense, messieurs, que les plus prévenus d'entre vous viennent à une plus juste appréciation des incidents qui font l'objet de l'interpellation. i\Iais conunent ne voulez-vous pas que l'opinion publique ait \m prendre le change sur cette grève méridionale? qu'elle ail i)u être surprise et trompée, quand elle s'en remet aux récits d'hommes, anciens ministres, qui écrivent des dépèches alarmantes comme celle que vous avez pu lire dans les journauv sous la signature de M. Turrel ?
M. Lasies. — O n'est pas moi qui en ai parlé!
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — J'eii parle parce que la réponse que j'ai faite à cette dépêclie vous donnera satisfaction, en ce qui concerne l'opinion que vous vous faites des devoirs du Gouvernement. Du reste, il n'est pas mauvais de terminer cette affaire par un de ses côtés les plus plaisants.
Vous connaissez, messieurs, la dépêche de M. Turrel ; mais ie tiens à la relire, et je le peux d'autant mieux qu'elle m'appartient. Elle m'a été adressée, en ma qualité de ministre de rintérieur, par M. Turrel lui-même.
Voici le texte de ce télégramme : « Ministre intérieur, Paris. — Grèves agricoles bouleversent plusieurs villages narbonnais. Tocsin permanence. Promenades avec drapeau rouge, entraves complètes de la circulation, empêchent tout travail. A Ornaisons, où je suis en ce moment, 60 grévistes sur 300 ouvriers voulant travailler, terrorisent le village. Depuis ce matin, les cloches sonnent sans interruption; des bandes parcourent les rues avec drapeau rouge, escortées commissaires et garde municipal. Le meneur est du reste un conseiller, correspondant de la Dépèche. Nos ouvriers comme ceux des principaux viticulteurs ont, ce matin, été arrachés par la violence, des vignes où ils travaillaient. La circulation, la liberté du travail sont supprimées. Village isolé livré à l'anarchie. Avais, dès samedi, écrit préfet pour le prévenir. Ai télégraphié à nouveau aujourd'hui ; les choses continuent, il y a plusieurs tentatives de meurtre dans plusieurs villages. Ici, tout est à craindre.
« Turrel, ancien ministre. »
{Mouvements divers.)
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iM. Maurice Bindeh. — Vous, monsieur le piesiclenl du conseil, vous seriez obligé de signer •« Combes, ancien cure ». {Bruit.)
M. LE PRÉsmENT D\] CONSEIL. — Je pcusais bien que M. Turrel subissait, connue (oui le monde là-bas, l'influence du soleil méridional; je ne laissai pas cependant que d'être én)u de cette dépêche. Je la télégraphiai aussitôt au préfet, el je raccompagnai des instructions suivantes :
(( Je suis convaincu que M. ïurrel exagère considérablement les désordres dont il me fait l'exposé, mais je niVnipresse de vous communiquei' sa dépêche, afin (lue nous preniez toutes mesures utiles, en tant (lue besoin est, si ce n'est déjà fait, pour assurer la sécurité des personnes et garantir la liberté du travail. Ne négligez rien pour atteindre ce double but, tout en laissant à la grève sa légitime action. Renseignez-moi exactement sur ce qui se passe dans celle région el dans les autres.
« Partout où votre arbitrage sera demandé, je vous autorise à intervenir dans un esprit de justice et de conciliation. » ( Vifs applau(Ussemen ts. )
Le préfet me répondit comme suit :
« J'avais été surpris moi-même en prenant connaissance du télégramme do M. Turrel relatif à la grève des ouvriers agricoles d'Ornaisons. J'avais antérieurement transmis au sous-préfet de Narbonne des instructions conformes à celles mentionnées dans votre télégramme de cette nuit et hier soir précisément le commandant de gendarmerie me communiquait un télégramme du capitaine de Narbonne expédié à 4 h. 50 et ainsi conçu : « Situation calme jusqu'ici à Ornai-
sons. » — Imité à me fournir aujourd'hui des renseignements complémentaires, le sous-préfet de Narbonne m'a fait parvenir :
« 1° Le télégramme suivant du maire de la commune : « Calme parfait. Désordres n'existent que dans le cerveau de M. Turrel. » {Applaudissements et rires à gauche et à l'extrême gauche.)
« 2° Un télégramme du commandant de la brigade de gendarmerie de Lésignan en service à Ornaisons, ainsi libellé : « Calme complet règne cà Ornaisons; grève continue. Pas d'incident, rien ne fait prévoir troubles. »
« 11 convient d'ajouter que la grève a pris fin ce soir et que le travail reprendra demain. M. Turrel est coutumier de télégrammes fantaisistes. »
M. Denys Cochin. — 0"*" It^s préfets traitent mal les anciens ministres ! (Rires à droite.)
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Messieui's, VOUS reconnaîtrez que, lorsqu'un homme qui a occupé une fonction aussi importante que celle de ministre envoie aux journaux des nouvelles si graves, il n'est pas étonnant qu'on le croie sur parole, et que, le croyant sur parole, on s'alarme comme s'est alarmé très naturellement M. Lasies.
M. Lucien Millevoye. — Nous n'avons jamais accordé un pareil crédit à M. Turrel, même quand il était ministre!
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — McssieuTs, quol qu'll en soit de M. Turrel, vous conviendrez qu'à l'exception du fait répréhensible que j'ai signalé comme tel et blâmé, les incidents divers dont je vous ai fait le récit exact ne doivent pas nous empêcher de. constater qu'en somme cette grève, com-