Journal officiel. Déb. Pari. Ch. 1904, p
oepeudaiit ce n'est une nouveauté pour personne d'apprendre que ces ministres ont professé dans le passé, sur l(;s divers sujets qui vieunenl à l'oidie du jour, des opinions divergentes. Mais ce qui importe, c'est que la conduite des divers ministres soit uniforme el (luc leurs actes, je veux dire les décisions concertées en conseil, retlètent au dehors la même politique.
Sur le point ([ui nous occupe, cette conduil(> n'a jamais varié et les actes n'ont jamais étt'- contradictoires.
Si je suis monté à la tribune, c'est pour m'expliquer, en mon nom personnel, sur quelques déclarations que j'ai faites en dehors de cette enceinte et que les deux honorables interpellateurs viennent de rappeler.
Messieurs, reportez -vous, je vous prie, à quelques mois en arrière. A peine avions -nous rompu avec le Vatican les relations diplomatiques, à peine avions- nous laissé comprendre que nous n'étions nullement disposés à les renouer et que nous nous proposions d'orienter délibérément notre politique vers la séparation des Églises et de l'État, la presse religieuse, agissant avec un ensemble évidemment concerté, nous faisait entrevoir, comme une menace .•suspendue audessus de nos tètes, la perle du protectorat.
A Rome comme h Paris, on nous montrait le pape libre de le conserver ou de l'ôtor à la France. On faisait étalage de ses sentiments- jusqu'ici bienveillants pour nous, sans nous dissimuler toutefois que des influences contraires commençaient à s'agiter et que des intrigues se nouaient pour transférer le protectorat à quelque autre puissance.
La conclusion était celle que vous devinez : quelque bien
intentionné que fût le pape à l'égard de la France, la situation pouvait devenir telle que la nécessité de songer avant tout aux intérêts de l'Église l'emportât sur ses dispositions personnelles et le déterminât à préférer un gouvernement plus zélé que le nôtre pour le bien de la religion. Cette éventualité, ajoutait-on, devait se réaliser presque fatalement à la suite de la séparation des Églises et de l'État.
Messieurs, c'est à cette pri'diction malveillante que j'ai répondu dans mon discours d'Auxerre. Si je me réfère à ce discours, c'est que je ne puis admettre, chacun de vous le comprendra, que, lorsqu'on est en présence de paroles officielles ou authentiques, ou chicane celui qui les a prononcées sur les termes plus ou moins bien ou plus ou moins mal reproduits d'une conversation particulière.
Depuis que j'ai l'honneur d'être au pouvoir, il est arrivé des centaines de fois qu'on a mis dans ma bouche des déclarations inexactes ou incomplètes et qu'on a annoncé comme de source sûre des intentions tellement bien arrêtées que je ne les ai jamais eues.
Une fois, deux fois peut-être, j'ai demandé des rectillcations aux journaux. D'ordinaire, quand il m'a semblé que l'opinion publique courait le risque de prendre le change sur un point qu'il m'importait de préciser, j'ai saisi, pour le faire, la première occasion qui m'a été offerte à cette tribune ou dans une cérémonie publique.
Je ne suis pas de ceux qui récriminent contre la presse. Le mi'tier de reporter d'un journal, par le temps qui court, par les nécessités impérieuses qu'une concurrence effrénée crée au journalisme, réclame de la part des honuues publics,
412 LA FRANCE RKI'UBLICAIXE
quand il est fait avec conscience, une indulgence exlrôine. Je ne crois pas, messieurs, l'avoir oublié une seule fois.
Vous trouverez bon, par conséquent, que je vous renvoie à mon discours d'Auxerre comme à l'expression exacte de ma pensée. Je n'y trouve rien à changer, après les discours des deux honorables interpellateurs, M. Delafosse et M. Denys Cochin.
J'ai dit à Auxerre que la papauté se tromperait grandement, si elle croyait nous ébranler dans nos résolutions ou nous détourner de nos aspirations vers la séparation des Églises de l'État, en nous menaçant de nous enlever par voie indirecte le protectorat des chrétiens en pays infidèle. J'ai fait observer tout d'abord qu'il n'y avait pas lieu de présenter comme indissolublement liées les deux questions de la séparation et du protectorat, l'une étant une question de politique intérieure, dont la solution dépend exclusivement du Parlement français, l'autre une question de politique étrangère, qui suppose l'accord préalable du Gouvernement français avec des gouvernements étrangers. Même après que les Chambres auront voté la séparation, les traités conclus au sujet du protectorat garderont toute leur valeur — du moins quant à la lettre. Le pape n'a pas qualité pour en supprimer ou en altérer le texte ; car il- n'a pas participé aux négociations qui en ont été le préliminaire. Ce n'est pas d'accord avec le pape que les traités ont pris naissance; c'est en dehors de lui. par des conventions directes avec les puissances signataires.
Il eu résulte, messieurs, que le pape serait fort mal venu à nous proposer le maintien du Concordat concurremment
avec celui des traités ou la dénonciation des traités simultanément avec celle du Concordat.
On est trop avisé à Rome pour commettre une pareill.» faute, (luelque comminatoire qu'ait été envers nous la presse religieuse à un certain moment. Elle a changé de ton depuis quelque temps.
En tout état de cause, il reste acquis que les deux questions demeurent séparées et peuvent comporter des solutions différentes. La République peut n'avoir, avec la religion catholique, comme avec les autres cultes, que des rapports de police et cependant être tenue, par les traités conclus avec des puissances étrangères, de protéger, sur leur territoire, les personnes appartenant à la religion catholique, ainsi que leurs établissements.
M. LE MARQUIS DE RosAMBO. — Elle protégerait là-bas ceux qu'elle proscrit ici.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Il cst bien certain cependant—et je fais volontiers cette concession à M. Denys Cochin — que le pape exerce sur le protectorat une action qui, pour être indirecte, n'en serait pas moins décisive, s'il le voulait.
M. Gayraud. — Très bien !
M. LE président du conseil. — 11 pourrait faire à ses missionnaires l'obligation absolue de ne pas recourir au Gouvernement français.
M. Jules Delafosse. — C'est cela !
M. le ministre des affaires étrangères. — Ces missionnaires, alors, cesseraient d'être Français !
M. le pr isiDENT du CONSEIL. — 11 cst bicu clalr que le jour 011 les missionnaires se détermineraient <à laisser périr leurs
œuvres, en se privant de notre intervention, nous serions bien forcés de nous abstenir.
Quoi qu'il en soit de cette supposition, je n'ai jamais contesté que les traités du protectorat aient procuré à la France auprès des nations qui les ont signés un certain ascendant, un certain prestige, l'ascendant et le prestige d'une nation forte et redoutée. La France leur apparaissait naturellement comme la puissance prépondérante, puisqu'elle semblait agir au nom des autres et représenter des intérêts qui leur étaient connuuns. Mais, s'il faut dire ma pensée personnelle tout entière, il me parait excessivement douteux que son avantage matériel ait été en proportion de son autorité officielle. M. Delafosse me permettra d'être fort incrédule à cet égard. Il a parlé comme les hommes de son parti. . .
iM. Jules Delafosse. — Ce n'est pas une question de parti, monsieur le président du conseil; il n'y a pas de parti audelà des frontières.
M. le président du conseil. — Les partis, en France, sont aux prises sur ce point; ils ont des vues opposées et se divisent sur cette question comme sur toutes les questions de politique intérieure.
A en croire M. Delafosse, nous devrions à notre rôle séculaire de puissance protectrice en Extrême-Orient le développement de notre commerce extérieur.
M. Jules Delafosse. — Oui.
M. le président du conseil. — Je me permets d'être duii avis contraire. 11 est d'ailleurs facile de juger par une seule question de la valeur de l'afnrmation de M. Delafosse.
S'il est vrai qu'un titre, si glorieux qu'il soit, consigné dans
des parcheinius, ait l'efficacité d'établir des relations comnieiciales, comment se fait-il que la France qui, seule, possède eu vertu de ces parcliemius le droit de veiller à la protection des chrétiens de l'Extrème-Orieut, n'y soit pas la nation commerçante par excellence?
M. Jules Delafosse. — Je n'ai pas parlé de l'Extrême- Orient, je n'ai parlé que de l'Orient; ce sont deux situations toutes différentes.
M. le président du conseil. — Je ferai tout à l'heure une distinction à ce sujet, si vous le voulez; je parle en ce moment de la Chine. Je dis que, si vous consultez les statistiques commerciales, vous constaterez que la France ne figure dans la statistique du commerce d'importation en Chine que fort loin après l'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis.
M. Denys Cochin. — Dans le Levant?
M. LE président du conseil. — Non, je parle de l'Extrème- Orieut. Je vous ai dit tout à l'heure que je parlerais plus tard de l'Orient proprement dit.
M. Jules Delafosse. — Moi, je n'ai parlé que de l'Orient.
M. LE président du conseil. — Pour que la thèse que je conteste fût fondée, il faudrait que le missionnaire catholique fût tout autre qu'il n'est. Chacun sait fort bien que les missionnaires catholiques, à la différence de missionnaires appartenant à d'autres cultes, ne sont à aucun degré des agents commerciaux. Ce sont des agents exclusivement religieux. Ils ne travaillent que pour leur foi. Je ne vais pas jusqu'à dire que la gloire et la grandeur de leur patrie leur sont indifférentes ; mais elles n'o<;cupeut que la moindre partie de leurs desseins; elles ne viennent qu'à la suite et
416 LA FUA.NCi; RÉFUBLICAI.NE
bieu loiu des soucis qui les agitent pour la gloire el la grandeur de leur religion. C'est l'ardenr de leur loi qui h^s alliic vers les pays iulidèles. C'est uniquement pour les évaugéliser qu'ils braveut fatigues et périls. Conunent la pensée d'iu; prdiit matériel, même envisagé avec un absolu désintéressement personnel, pourrait-3lle se glisser dans une âme toute remplie de visions surnaturelles?
Messieurs, si vous doutez de cet état d'Ame du missionnaire catholique, interrogez les honmies qui le connaissent bien pour l'avoir vu de près, qui ont été les témoins de sou œuvre de prosélytisme. Vous serez renseignés même sans .sortir de cette enceinte. 11 y a sur ces baucs des hommes qui ont habité l'Extrème-Orienl, d'autres qui le représentent. Demandez-leur ce qu'ils pensent des dispositions morales du missionnaire, des mobiles que le poussent, du résultat qu'il poursuit. Tous vous répondront uniformément que le mi.ssiounaire catholique n'est mù que par l'amour de sa religion, qu'il ne songe qu'à lui recruter des fidèles et que c'est le méconnaître que de lui attribuer, môme accessoiremeni, d'autres pensées.
El si vous recherchez les effets matériels de sa propagande, eu vous plaçant au point de vue spécial des avantages commerciaux ou autres qui eu découlent pour notre pays, les chiffres comparés de la statistique dont je vous parlais tout à l'heure éclaireront d'un jour lumineux ce côté de la question.
J'ai môme le regret de vous rappeler que l'enseignement de la langue française est bauni des écoles fondées par les missions catholiques, comme préjudiciable à la lin de l'apostolat.
M. Jules Delafosse. — Où cela ?
M. Anthime Ménard. — Citez un seul exemple !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — M. le miuistre des colonies vous en a cité naguère dans la discussion du projet de loi sur la suppression de l'enseignement congréganiste.
M. Jules Delafosse. — On ne parle que français en Syrie.
M. le PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je paiic de l'Extrême- Orient. Mais je ne veux pas m'appesanlir sur ce point.
Au surplus, messieurs, on se méprendrait sur mes intentions, si l'on croyait découvrir une critique dans mes paroles. Ce n'est pas un blâme que j'émets ; c'est la vérité des sentiments que je rétablis, quand je peins le missionnaire comme exclusivement dévoué à sa religion. C'est même un hommage profondément senti que je rends à ses convictions. Il n'y a rien de plus respectable au monde que la sincérité, rien qui émeuve l'âme autant que le dévouement vrai dans le conflit implacable d'intérêts qui divise les hommes. {Trè>< bien ! tvH bien ! )
Encore, messieurs, est-il indispensable que, même dans les choses religieuses, je devrais dire surtout dans les choses religieuses, la prudence tempère le zèle.
J'ai indiqué d'un mot à Auxerre, je rt-pète devant la Chambre, que ce zèle nous a valu bien souvent des embarras. (Très bien ! très bien ! à ■gauche). Ces embarras sont la contrepartie du prestige qui s'attache au protectorat de la France.
Ils n'ont pu échapper à l'attention de personne. M. Denys Cochin lui-même les a avoués.
M. Denys Cochin. — Parfaitement.
M. LÉ PRÉSIDENT DU CONSEIL. — En tout cas, uous aurious
418 LA l-RA.NCE Ui:i'n$LlCAINE
tort do lie pas les laiiv outrer en ligne de compte dans la balance des avantages et dos inconvénients qui résultent pour nous d'une situalion privilégiée. On |)('Mt dinoror d'avis sur rinii)ortance des deux termes ainsi conipaies. Je tiens, (pianl à moi, que, si nous étions empêchés par une volonté étrangère, celle du pape par exemple, de nous mêler de choses souvent fort désagréables, notre ascendant moral n'en subirait pas nécessairement un dommage scrioux. [Très bien ! très bien! à gauche.)
Messieurs, c'est surtout par l'idée qu'on s"eu l'ail i|Uf \;ml le prestige du protectorat. Or, c'est une vérité triste a dire, mais c'est une vérité, que le pouvoir de l'idée, au leiii|)s où nous sommes, n'est pas l'élément dominant dans la m'gocialion des affaires internationales. Dans tout le monde oriental surtout l'idée cède le pas à la force. On y est insensible, ou peu s'en faut, et les événements l'attestent tous les jours, à l'autorité morale qui ne s'appuie pas sur la puissance matérielle. M. Uenys Cochin croit-il par hasard (|iie, si la France n'était pas une puissance militaire et navale de premier ordre, elle serait écoutée eu Extrême-Orient avec le respect et la déférence qui lui sont dus légitimement de par la lettre des traités ? Assurément non.
M. Anthime-Ménaiu). — ("/est la condanmatiou de \otro majorité. •
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Jo vais plus loiu : je dis que c'est précisément à cette pui.ssance malerielle que nous sommes redevables du protectorat. Sans doute nous ena\ons assumé autrefois la charge, .sous l'empiro du sentiment national qui faisait do la France, soit dit sans raillerie,
monsieur Denys Cochiu. la fille aînée de l'Église. Mais on nous eu a reconnu les droits, parce que nous étions au premier rang des peuples forts sur terre et sur mer. (Très bien ! très bien ! à (jaucfie.)
Je ne m'attendais pas, en exprimant cette opinion à Auxerre, à ce que la presse religieuse en concluerait que la France avait cessé, à mes yeux, d'être une puissance militaire et navale de premier ordre. Mais c'est la logique des partis. La mauvaise foi ne recule devant aucune audace. (Très bien t très bien ! à gauche.) Je l'ai éprouvé depuis deux ans, plus qu'aucun autre chef de gouvernement peut-être.
Messieurs, j'ai hâte d'arriver à la question du protectorat dans le Levant.
Jusqu'ici dans les observations que je vous ai soumises, j'ai fait à dessein le départ des contrées de l'Extrême-Orient et des contrées du Levant, l'Egypte et l'Asie-Mineure surtout. C'est que, dans le Levant, notre protectorat revêt un caractère plus sérieux et plus fécond en résultats utiles. Là, nous rencontrons plusieurs grandes communautés chrétiennes, qui ont adopté notre langue et conçu pour la France des sentiments de sincère affection. Mais, messieurs, ai-je jamais proposé de leur retirer notre protection ? Nous y entretenons un grand nombre d'établissements où l'instruction se donne en français, où. du moins, le français est la langue obligatoire. Ai-je proposé d'effacer du budget les subventions habituelles ? Sans doute j'aimerais mieux que nos subventions allassent à des maîtres laïques. Malheureusement les maîtres laïques sont trop rares là-bas.
Enfm, messieurs, notre ministère aurait-il par hasard à
répondre de quelques criantes injustices qu'il aurait négligé de redresser, de quelques atrocités (ju'il n'aurait pas su ou voulu empêcher ? Si récemment il y a eu des pillages et des massacres en Arménie, je ne pense pas que l'honorable M. Denys Gochin songe à en rendre le Gouvernement responsable. 11 s'est élevé, dans le temps, avec force, avec éloquence, contre les horreurs sans nom dont l'Arménie a été le théâtre dans le courant des années 1894 et 1895. Tous les cœurs honnêtes, le mien comme les autres, se sont associés à son indignation.
Remarquez, messieurs, que je ne condamne pas le ministère! qui était en fonctions à l'époque des grands massacres d'Arménie. Malgré l'admiration enthousiaste, presque fanatique, que le ministre des affaires étrangères d'alors professait pour le caractère du sultan, je veux admettre et j'admets qu'il a fait le possible et l'impossible pour prévenir ces horreurs. Les capitulations ne lui conféraient sur ce point aucun droit propre. Il n'a pu faire entendre que le langage de la justice et de l'humanité.
Eh bien, messieurs, la justice et l'humanité sont encore les deux seuls principes dont nous ayons à nous inspirer dans l'exercice de notre protectorat. Ce sont les seuls qui puissent être ratifiés par l'opinion publique de notre époque.
Or la France séparée de Rome, la France de la Révolution, aurait bien plus d'autorité morale pour les revendiquer et les faire valoir que n'en avait jadis et que n'en pourrait avoir aujourd'hui la France, fille aînée del'Èglise. [Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
Messieurs, gardons-nous des auachrouismes et, puisque
roccasiou nous en est ottcile, disons-le bien haut de cette tribune. Personne, ni en France, ni à Rome, ne doit se faire illusion sur les mobiles politiques et moraux de notre action gouvernementale. Ce n'esi pas d'un cœur chrétien ni d'un esprit soumis aux dogmes de la foi que nous mettons eu œuvre, le cas échéant, les clauses du protectorat. C'est par les maximes d'une philosophie plus humaine, plus haute et plus libérale que nous nous laissons guider. [Applaudissements à gauche et à Vextrème gauche. )
Si notre clientèle est chrétienne et si cette qualité même est la raison d'être de notre intervention, il ne s'ensuit nullement que nous nous fassions les auxiliaires du prosélytisme. En allant au secours d-es chrétiens d'Orient, nous allons au secours de la liberté de conscience ou de toute autre liberté essentielle violée en leur personne. [Nouveaux applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
Le respect de ces libertés se concilie fort bien avec le régime politique de la séparation des Églises et de l'État. Il est môme tout l'opposé du prosélytisme. Car, messieurs, c'est une particularité digne de retenir votre réflexion que la liberté de conscience, la liberté du culte et les autres libertés sont condamnées par la doctrine ultramontaine, comme radicalement incompatibles avec les maximes fondamentales de l'Église catholique... {Exclamations à droite. — Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
M. Gayraud. — Vous devez savoir que c'est inexact !
.4 Vextrème gauche. — Et le Syllabus !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... alors qu'elles sont inscrites avec toutes les libertés personnelles et publiques
dans la Déclaration révolntiunnaire des droits de l'hoinnie et du citoyen. {Noin'eaux applamluaements sur les mêmes bancs.) M. Gayraud. — Respectez-la !
M. LE COMTE DE POMEREU. — VOIIS la ViolCZ lOUS leS JOUFS ;
vous n'avez pas le droit d'en parler.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je lue doiHierai le plaisir, monsieur Gayraud, quand viendra la discussion du projet de loi sur la séparation des Églises et de l'État, de lire textuellement ici les anathrmes prononcés par le Syllabus contre nos libertés privées et publiques.
M. Gayraud. — 11 n'y en a pas. A ce moment j aurai l'honneur d'expliquer, à la tribune où vous êtes, proposition par proposition, tout ce qu'il y a dans le Syllabus. {Exclamations à l'extrême tjauche. — Applaudissements et rires à droite.)
M. Prague. — Soyez tranquille, monsieur le président du conseil, on demandera le huis clos! {Nouveaux rires.)
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Messleurs, une question se présente à moi. et je la pose : Qui pourrait dire que le pape attacherait le même prix au protectorat delà France, si nous en étendions le Ijénéflce aux églises schismatiques et n^foi'lîlées? Mais j'avoue que la question est oiseuse, puisque les églises schismatiques ou réformées ont acquis par des trait<''s spéciaux le droit de s'adresser, dans la personne de leurs missionnaires, aux gouvernements dont ils relèvent. Ou a regretté — M. Denys Cochiu lui-même, dans un article que j'ai lu avec l'attention que mérite tout ce qu'il écrit — M. Denys Cochiu a regretté les restrictions successives apportées par le cours des événements à l'extension primitive de notre protec-
tuiat. Autaut vaudrait regretter le développement progressif du principe des nationalités, qui a amené la formation de grandes nations désireuses de manifester leur force et leurs droits. 11 y aurait plus que la naïveté à s'étonner queTAngleterri' aime mieux réclamer elle-même justice pour ses nationaux que d'abandonner ce soin a la France.
M. Denys Cochin. — Je l'ai dit !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — On pourrait en dire autant de rAllemagne. Ouaud la Russie et l'Autriche, que M. Denys Cochin a citées tout à l'heure, ont conclu avec la Porte des conventions relatives à leurs nationaux, assurément elles comptaient bien pour leur mise k exécution se passer du consentement de la France.
L'Italie ne peut invoquer pour agir comme elles aucun papier diplomatique, ce qui ne l'a pas empêchée de se conduire comme si ce papier existait. Je n'ai pas entendu dire que quelqu'un ait demandé qu'on tirât le canon pour lui remettre en mémoire les clauses du protectorat. (Mouvements divers.)
Et qu'on ne prétende pas que je répudie le protectorat, en constatant, comme M. Denys Cochin, le déclin qu'il a suln. Non : je ik^ renonce nullement aux traités qui nous l'ont (loiiiic. eu taisant remarquei' que ce déclin s'est accentué avec le temps. Les organes de la |)resse religieuse nous montrent sa décadence comme devant al)outir à une ruine complète, si nous rompons le lien diplomatique qui nous attache au Saint-Siège. Ils n'ont môme pas attendu le moment présent pour nous prédire cet avenir; ils nous l'ont montré comme certain, quand nous avons expulsé de France les congrégations enseignantes et prédicantes.
11 se peut, en effet, que l'aveuir des établissements cungréganistes français ;i l'filranger ait été mis eu péril à la suite des mesures adoptties contre les congrégations. Aussi est-ce pour nous une raison pressante d'en appeler au zèle de nos maîtres laïques et de les engager, par des subventions suffisantes, à aller servir la France dans les pays lointains.
Les écoles ne pourraient que gagner à êlre dirigées par des hommes animés de l'esprit moderne et dévoués de cœur à la France républicaine. {Applaiiflmements à onuche et à l'extrême yaache.)
Mais, messieurs, si le recrutement des maîtres congréganistes semble maintenant bien diflicile, sinon impos.sible par les Français, à qui la faute? {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)