Je terminais ainsi ma remarque sur le
Manuel, verb. Termes parasites, publiée dans la Gazette de Québec le 21 mai : On doit con¬
clure de ce que l’on vient de dire qu il ne faut pas toujours condamner comme vicieuses certaines expressions, parce qu’elles ne se trouvent que dans les dictionnaires que l’on a sous la main, ou parce que l’on ne s est pas donné la peine de les y chercher. ”
Cette conclusion est générale, comme il est aisé de le voir: elle regarde également tous ceux qui s’occupent des difficultés de la langue française. Klle n’a pas pour objet seulement les cinq expressions: tirer les vers du nez : vous pouvez m’en croire: par dessus le marché : au bout du compte : sourd comme un pot, que fauteur du Manuel condamne, contre 1 opinion de Landais, et surtout contre celle de l’Académie, comme surannées, ignobles, qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent, mais encore toutes les autres qu’il réprouve indiscrètement dans son Manuel comme incorrectes et vicieuses, uniquement parce qu'il ne les a pas trouvées dans la réimpression de la vieille édition du Dictionnaire de P Académie, telles que longue-vue, dormir un somme, transvider, approprier un appartement, etc. Pourquoi donc l’auteur du Manuel avance-t-il (7 juin dernier), que c’est par une singulière méprise que je lui fais condamner comme vicieuses les expressions, tirer les vers du nez, etc. ? Au reste depuis quand des expressions surannées, et ignobles,
qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent, ont-elles cessé d’être vicieuses? Si ces expressions ne sont point vicieuses, elles sont donc sans défaut et sans imperfection. ( Dictionnaire de l’Académie, verb. vicieux). Pourquoi donc l’auteur ajoute-t-il à la fin de son article Termes parasites: “ le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l’habitude se corrige difficilement?”
20. Voir ma remarque sur le Manuel, verb. Trois-Rivières, sur la Gazette du 21 mai, et les objections contre cette remarque sur la feuille du 14 juin.
Dans ma remarque précitée, après avoir prouvé de la manière la plus évidente que, dans le nom propre les Trois-Rivières, l’article les est inséparable du nom commun Trois-Rivières, je disais: ‘‘ Il résulte de là qu’il y aurait de la témérité à vouloir retrancher l’article du nom de Trois-Rivières, et que cette témérité serait d’autant plus blâmable que, depuis l’établissement du pays, on a toujours écrit Trois-Rivières avec l’article, et que cette pratique s’est constamment maintenue dans toutes nos cours de justice et dans tous les bureaux publics, soit ecclésiastiques, soit civils ou militaires. ” Il paraît que ce passage a procuré un moment d’hilarité à l’auteur du Manuel, du moins si l’on en juge par la manière dont il commence le cinquième article de ses réponses aux objections contre le Manuel. Voici ses propres paroles:
“ Porter une question de grammaire devant les sièges de justice!!! devant les bureaux ecclésiastiques ! ! ! voire même devant les bureaux militaires ! ! !
“Un tel langage, dans une discussion littéraire, ne semble guère convenable. ”
Voyons maintenant si l’auteur est plus heureux dans ses preuves que dans ses plaisanteries.
Il cite d’abord de nombreux passages de Duvivier pour prouver que “ Trois-Rivières est un nom masculin du nombre singulier, et qu’il ne peut prendre Y article. ” Dépense inutile de citations: un seul passage suffisait à l’auteur pour lui démontrer clairement que son assertion est insoutenable. C’est précisément le premier qu’il cite, page 118 de son édition de 1822; et tome Ier, page 127 de l’édition de 1827. Avant de rapporter ce passage, je crois qu’il ne sera pas inutile d’exposer la règle telle que l’abbé Lévizac, d’après les plus célèbres grammairiens, la pose, tome Ier, page 215 : “On met l’article. ... avant quelques noms de villes et de lieux particuliers, qui, formés de noms communs, conservent toujours l’article comme portion inséparable. ” Tels sont, le Bar, le Blanc, le Bourgdu-Page, la Flèche, la Haye, la Rochelle, les Trois-Rivières, etc. Ce dernier nom de ville est évidemment formé du nom commun Trois- Rhnères et de l’article les qui en est une portion inséparable. La règle que M. Landais
donne est presque textuellement la même, page
Voici maintenant le passage de la Grammaire des Grammaires que je viens de mentionner :
“Sont masculins d’après le sens:
90. “ Tous les noms de villes en général ; s’il y en a de féminins, c’est en petit nombre, et quelques-uns font même très distinctement connaître leur genre, étant composés de 1 article, comme d’une partie propre et inséparable du nom ; tels que la Rochelle , la Gillette , et autres
semblables. ” .
A la suite de ce passage, Duvivier ajoute immédiatement : “ Au surplus, lorsque leur geni e n’est pas certain, on doit faire précéder le nom du mot ville, et ceci doit s observer surtout poui les noms qui sont accompagnés de l’article pluriel les .
Je laisse au lecteur à examiner par quelle arrière-pensée l’auteur du Manuel a pu omettre ce dernier alinéa qui complète le sens, du passage entier. Cette omission pourrait faire soupçonner que l’auteur s’est aperçu que ce n’est que par cet alinéa que l’on voit évidemment que l’exception que Duvivier admet ici, est generale, et qu’elle a pour objet tous les noms de villes et de lieux particuliers qui sont composes comme d’une partie propre et inséparable du , nom, soit que cet article soit masculin ou féminin, ou qu’il soit singulier ou pluriel. Telle est
la conséquence que Ton doit nécessairement déduire du passage précité de la Grammaire des Grammaires , lorsqu’on a l’attention de ne point le tronquer. Comme l’auteur paraît étonné que, parmi plusieurs noms propres de villes et de lieux particuliers qui demandent l’article, je n'en aie pas fourni un seul avec l’article les ; je me fais un devoir de le satisfaire ici, même au delà de son attente. En voici quelques-uns que je prends au hasard: les Montiers; les Trois- Moutiers; les Bouchoux ; les Cabanes; les Vans; les Herbiers ; les Essarts; les Rosiers; les Aubiers; etc. On trouve tous ces noms accompagnés de l’article dans le Dictionnaire Géographique de Vosgien, édition de Parisot (1830), et dans les dictionnaires de Catineau, de Landais et de Boiste. Je demande maintenant à l’auteur s’il oserait encore soutenir sérieusement que l’exception de Duvivier n’est pas générale et qu’elle ne comprend pas le nom propre les Trois-Rivières, surtout lorsque ce nom est toujours accompagné de l’article dans Malte-Brun et dans les dictionnaires que je viens de citer, excepté dans celui de Landais qui ne mentionne point ce nom?
L’auteur avait avancé dans son Manuel que les “ écrivains récents, d’accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille erreur ”, d’accompagner le nom propre Trois-Rivières de l’article. Je lui ai déclaré formellement dans ma remarque sur ce mot, qu’il aurait été néces-
saire d’articuler les noms de ces écrivains, afin que l’on pût juger avec connaissance de cause, si l’on doit préférer leur opinion à celle de Vosgien, de Catineau, de Boiste, de Malte- Brun, etc.
L’auteur, pour acquiescer à ma demande, cite Vosgien par Roujoux (1834),. et M. Isidore LeBrun qui écrivent Trois-Rivières sans l’article. — Je me flatte qu’il ne prétendra pas que l’autorité de Roujoux doit l’emporter sur celle de Vosgien et des autres géographes et lexicographes que je viens de nommer, qui font toujours précéder Trois-Rivières de 1 article tes.
Voyons maintenant de quel poids peut être l’autorité de M. Isidore Le Brun dans la question présente. Tous ceux qui connaissent le Tableau statistique et politique des deux Canadas, savent que l’auteur, dans la rédaction de cet ouvrage mensonger, a puisé une grande partie de ses renseignements dans le livre de notre estimable et laborieux compatriote, feu M. Joseph Bouchette, intitulé: The British Dominions in North America, et dans différents journaux anglais. Or le nom propre Three- Rivers est invariablement sans article en anglais. L’auteur a donc pu croire que le nom propre Trois-Rivières devait pareillement etre sans article en français. La description de la ville des Trois-Rivières par l’auteur de la Description Topographique de la Province du Bas- Canada, page 306, etc. a pu confirmer M. Le
Brun dans l’erreur grammaticale dont il s’agit ; car dans cette description, le nom propre Trois- Rivières est constamment sans article. . .
L’auteur du Manuel, après avoir cité MM. Roujoux et Le Brun, ajoute : “ Je ne dois pas omettre ici Bouchette, quoiqu’il dise le pour et le contre, dans sa description topographique du Bas-Canada. On sait que cette traduction de l’anglais a été, sinon faite, du moins retouchée par une main française. On y lit le mot Trois-Rivières tantôt avec et tantôt sans l’article.”
Puisque cette traduction dit le pour et le contre, pourquoi l’auteur du Manuel l’a-t-il donc citée?
Je n’ai jamais blâmé le nom latin Trifluvium imposé à la ville des Trois-Rivières. Je le trouve au contraire parfaitement conforme au génie de la langue latine, comme le nom les Trois-Rivières est lui-même parfaitement conforme aux principes de la grammaire française. Je m’aperçois depuis longtemps, Monsieur l’éditeur, que cette discussion grammaticale dépasse considérablement les bornes que je m’étais prescrites dans les remarques que j'ai cru devoir faire sur le Manuel. Je n'ai permis à un de mes amis de publier ces remarques que pour prévenir les mauvais effets que pourraient produire parmi notre jeunesse canadienne, certaines décisions peu correctes, sur quelques points de la grammaire française, répandus çà et là dans le
cours de ce petit ouvrage, et surtout pour aireter le progrès des innovations inconsidérées que r auteur voudrait introduire dans notre pronon-
CiaC’est pour terminer le plus tôt possible cette longue discussion, que je préviens le lecteui que je ne répondrai qu’à quelques-unes des objections suivantes de l’auteur, et seulement a celles qui pourraient embarrasser la portion clin le de la société à laquelle le Manuel est des me.
2 c. Lorsque les douves dune futaille, nar vétusté soit par l’excès de la secheresse, ne sonéplusVetenues par les cercles, elles tombe nécessairement les unes sur les autres e parce nivelles forment alors une espece de botte , o dit que cette f utaille est tombée ou qu elle tombe t botte, selon l'état de ruine où elle se trouva Cet état de ruine est toujours, comme il est aisé de le voir, l’effet d’une action ente et d une State durée, et non ^ d'un acc.den- 1 brusque et violent qui briserait la futaille. Or , de mande
l'auteur, une futaille bnsee se. SLvtnt d'être cisément dans l’état ou elle était avant d
nature, liées ensemble. P . Les racines de cette
Botte d’échalas Botte dallum t ’ m forme une
plante naissent en botte, ie lettres, de
espèce de botte, de ‘ v Acad édit. de 1835)”
vaverasses. (Dictionnaire de lAcaa.,
1(Note de l’auteur des Remarques.)
montée ? Absurdité ! ” — Ceci n’est point une plaisanterie : ce sont les propres paroles de l’auteur.
J’avais cru, à la fin de ma remarque, pouvoir demander à l’auteur, sans manquer aux égards qui lui sont justement dus, pourquoi on ne pourrait pas dire, au figuré, et dans la conversation familière, qu’un homme tombe en botte, lorsque ses facultés intellectuelles, sa santé ou sa fortune dépérissent rapidement? Je devais m’attendre à une réponse honnête et raisonnée. Mais quelle réponse ai-je reçue? “Et puis, un homme tomber en botte! ô horreur! ”
Il me reste à me disculper d’une inculpation grave que l'auteur cherche à faire planer sur moi. — Comme je n’ai trouvé dans aucun des dictionnaires modernes que j’ai cités jusqu’ici, la locution tomber en javelle, et que d’ailleurs l’auteur n’affirme point que cette locution ait été incorporée à la langue française, puisqu’il se contente d’énoncer dans son Manuel, que “ les tonneliers, suivant Trévoux, disent tomber en javelle”, j’ai cru qu’il me suffirait de dire, dans ma remarque, que cette locution n’est plus en usage.
L’auteur a saisi cette occasion pour donner à entendre que je n'ai pas toujours cité exactement les autorités dont je me suis servi pour prouver les nombreuses méprises qui se rencontrent dans son Manuel. Son erreur à ce sujet est bien pardonnable. J’ai fréquemment
cité dans le cours de cette discussion la dernière édition du dictionnaire de l’Académie (1835)* L’auteur, pour vérifier mes citations, a eu recours à sa prétendue édition de 1832, qui, comme je l’ai déjà fait observer, n’est réellement que la réimpression de l’ancienne édition de 1798. Comme ces deux éditions de 1835 et de 1 798, diffèrent notablement l’une de 1 autre, l’auteur a pu croire que ces citations n’étaient pas exactes. J’avoue que la position où il se trouve est vraiment pénible et embarrassante r mais enfin, à qui en est la faute?
26. Comme j’ai démontré de la manière la plus évidente dans ma remarque sur le Manuel, verb. cœur, chœur, la supériorité de notre manière de prononcer c, k, q, ou qu, sur celle que l’on voudrait faire adopter à notre jeunesse canadienne, il ne me reste aujourd hui qu à répondre aux objections que 1 auteur du Manuel fait à ma remarque.
“ On cite, dit-il, Duvivier, page 32. Je ny trouve rien, absolument rien qui a trait à la
présente question. ” ,
Si le lecteur veut bien jeter un coup d œil sur ma remarque précitée, il verra que j y dis textuellement que l’on peut remplacer le k pai le c devant a, 0, u, comme dans kan, koran, kuphe, que l’on prononce can, coran, cuphe ; et que, réciproquement devant les mêmes voyelles, on peut remplacer le c par le k, comme dans ca-
bane, colère, cuve, que l’on prononce kabcine, kolère, kuve.
J’ai ajouté de plus, “ le k alors, soit initial, soit dans le corps du mot, conserve le son dur qui est propre au c devant ci, o, u, avec cette différence néanmoins que, devant «, le k comme le c, prend un son moins dur ou adouci, comme dans kubikulaire, ( cubiculaire ), chakune, ( chacune ), etc., (Dictionnaire de Landais; Duvi- Vtierj ^ pa£e 32 1 Lévizac, tome I, page 73,
Voici maintenant de quelle manière Duvivier s’exprime, page 32 : “ C initial, ou dans le corps d un mot, conserve le son qui lui est propre avant a, o, u,. . . néanmoins, avant u, il rend un son moins dur ; ainsi on prononce avec le son propre cabaret, colonne, cuve, etc. ” Or, comment 1 auteur du Manuel pourrait-il avancer sérieusement qu’il ne trouve rien, absolument rien à la page 32 de Duvivier qui ait trait a la présente question? — Impossible; surtout sua la complaisance de ne pas oublier que cette citation de la Grammaire des Grammaires n a rapport qu’à l’un des deux points qu’il falait solidement établir dans ma remarque, pour pai venir à la^ solution complète et raisonnée ce la difficulté grammaticale qui nous occupe.
G auteur nous prouve ensuite par un assez long passage de Duvivier et par le raisonnement que la prononciation des deux mots cœur, chœur doit etre figurée de la même manière. Comme
j’avais moi-même supposé ce fait dans ma remarque, j’ignore à quel propos l’auteur s’est donné la peine de le prouver. C’est vraiment là une distraction de sa part. Cette distraction au reste ne change point l’état de la question principale; elle m’oblige seulement à donner une autre forme à l’objection suivante.
Mais, dira sans doute ici l’auteur du Manuel, Boiste, Gattel, Noël et Chapsal, Rolland, Wailly, etc., ne figurent-ils pas la prononciation de cœur, et de chœur par keur? Pourquoi donc me faire un crime de ce que je la figure de la même manière?
L’auteur me permettra de lui faire observer que dans le midi de la France, on prononce keur avec le k dur, au lieu que dans les classes lettrées de la capitale, on le prononce avec le k moins dur ou adouci. Voilà pourquoi le savant M. Landais, pour empêcher que l’on ne confonde ces deux sons de k, figure cœur par kieur et non pas par keur. C’est par le même motif que ce savant ne figure pas la prononciation des mots suivants, cœuret, — équerre, — liqueur,
— marqueur, — masqué, — faquin, — vulcain,
— queue, — etc., par keurè, — ékère, — likeur,
— markeur, — maské, — fakin, — vulkin, — kcu, etc. Or, je le demande au lecteur, n’est-ce pas ainsi que les personnes instruites prononcent en Canada? Et l’on voudrait nous faire abandonner cette prononciation, qui est celle
des classes lettrées de la capitale, pour nous faire adopter celle du midi de la France, qui est beaucoup plus dure, et que les Parisiens instruits considèrent comme vicieuses!
28. Dans ma remarque sur le mot ébaroui du Manuel, page 149, j’ai fait observer que, selon M. Landais, en terme de marine, on appelle ébarouissage l’action qui déjoint les douves d’une futaille, etc., et les empêche de conserver aucun liquide. — L’auteur du Manuel prétend que l’on pourrait conclure de cette définition que “ les seaux, les cuves, seraient exclusivement employés dans la marine. ” Ce monsieur me permettra de lui faire observer qu’il jugerait tout autrement, s’il savait que M. Landais s’est fait une loi rigoureuse de remonter à l’étymologie des mots dont il donne la définition dans son dictionnaire, et que, lorsqu’il est impossible de découvrir l’étymologie de ces mots, soit dans les langues anciennes, soit dans les langues modernes, il examine avec la plus scrupuleuse attention quelle est l’origine ou du moins quel est l’usage primitif de ces mêmes mots en France. Il ne manque jamais de mentionner ces différentes circonstances dans ses définitions. Ainsi, en disant que le mot ébarouissage est un terme de marine, M. Landais a voulu seulement faire comprendre à ses lecteurs que, quoique ce mot ne fût primitivement employé que dans ce qui a rapport à la marine, l’usage néanmoins s’en est ensuite étendu à tout
ce qui a rapport aux vaisseaux de bois propres à contenir des liquides, et par conséquent à toute espèce de futailles.
Au reste, la définition dont il s’agit est textuellement celle que M. Landais donne dans son dictionnaire. Permis à l’auteur du Manuel, s’il ne la trouve pas correcte, d’entrer, à ce sujet, en discussion grammaticale avec ce célèbre lexicographe, j’ai ajouté dans ma remarque, immédiatement après la définition précitée de M. Landais: “Or je le demande à l’auteur du Manuel, quel peut être l’effet de Y ébarouissage sur une futaille, etc. ? n’est-ce pas de la faire ébarouir, de la rendre ébarouie ? Ainsi, quoi que l’auteur du Manuel en dise, les expressions, ce seau est ébaroui , cette cuve est ébarouie, sont très correctes : elles doivent donc valoir quelque chose, surtout lorsqu’elles sont généralement reçues dans un pays?”
Il est certainement impossible de se tromper sur le sens de ces paroles. Voici néanmoins de quelle manière l’auteur du Manuel les interprète dans ses observations sur ma remarque :
“ Mais, dit-il, ce qui étonnera sans doute, c’est que l’auteur des Remarques prétend que ces expressions (ce seau est ébaroui, cette cuve est ébarouie ) sont très correctes, parce qu'elles sont généralement reçues dans un (ce) pays. D’après ce principe, ce monsieur doit dire: je me greille pour sortir, je revire de bord, et surtout il ne peut manquer d’embarquer dans sa
carriole!! ” — Il faut avouer que, si cette petite malice est pleine de sel, elle est au moins dirigée assez maladroitement contre moi, puisque T’ai gardé le silence le plus absolu sur toutes les locutions que l’on censure ici avec tant de
Pl&Au surplus, je déclare formellement à l’auteur que j’aimerais mieux dire ; embarque dans ma carriole , au risque même de faire quelque qrosse faute de français, que de dénaturer et de travestir les expressions d’un adversaire, même en matière grammaticale, pour lui faire dire une platitude qui a toujours été loin de sa
pensée.
T’ai fait observer dans ma remarque sur le Manuel, verb. groseille, page^ 155, publiée dans la Gazette française de Québec le 7 juin, que l’on ne cultive dans les jardins que trois espèces de groseilliers, pour en avoir les fruits. La première espèce a des fruits en grappes, couleur de chair, ou d’un blanc imitant celui des perles, et d'une acidité très agréable. L est ce groseillier qui est désigné sous le nom de qadélier dans un grand nombre de dictionnaires français, et dont les fruits s appellent gadelles, rouges ou blanches. . .
La seconde espèce est le cacis ou cassis dont les fruits sont noirs et en grappes. .
La troisième espèce est épineuse; les fruits qu’elle porte se nomment groseilles à maquereau. Ces groseilles sont vertes ou rougeâtres.
et sont beaucoup plus grosses que les groseilles rouges ou blanches. Voyez le Nouveau Dict. d’Hist. Nat., verb. g ad é lier, groseillier.
Je vais maintenant répondre aux principales objections de l’auteur du Manuel.
Ce monsieur dit et répète à plusieurs reprises que j’ai avancé dans ma remarque que gadèle est synonyme de groseille. Je le prie d’examiner de nouveau ma remarque, et il lui sera facile de se convaincre que j'ai seulement dit que gadèle est synonyme de l’une des espèces de groseilles, de celle qui est en grappe, et qui est rouge ou blanche; mais je n’ai jamais donné à entendre que gadèle fût synonyme de groseille, considérée comme genre des trois espèces que l’on cultive pour en avoir les fruits. Voudrait-on faire croire que j’ai confondu, dans ma remarque, le genre avec les espèces, tandis que j’ai parfaitement distingué l’un des autres?
Je me flatte que l’auteur me permettra de saisir cette occasion pour lui faire observer qu’il s’est glissé une erreur notable dans le passage suivant du Nouveau Dict. d’Hist. Nat., verb. gadèle, qu’il a reproduit dans son Manuel et dans l’objection qui nous occupe. — Gadèle, nom que portent les groseilles (rouges) dans la ci-devant province du Perche. C’est sans doute par distraction que l’auteur a omis le mot rouges que j’ai ajouté entre parenthèse. Ce mot néanmoins est caractéristique dans cette
définition, et sert à distinguer une espèce particulière de groseille, du genre groseilles .
L’auteur voudrait conclure de la désignation que l’on vient de mentionner, que le terme gadèle n’est en usage que dans une portion minime de la France, dans la ci-devant province du Perche. — Pour faire tomber cette objection, il suffit de se rappeler que la définition précitée du mot gadèle est de M. Léman, et que, d’après l’avis donné par l’éditeur du Nouveau Dict. d’Hist. Nat., chacun des auteurs ne répond seulement que des articles qu’il a signés. Voilà pourquoi les lexicogiaph.es négligent de mentionner cette circonstance dans la définition qu’ils donnent du mot gadèle. L’auteur assure de la manière la plus positive que l’on ne trouve pas une seule fois le mot gadèle à côté de celui de groseille dans les dictionnaires de Boyer, de Salmon et de Prieur, et que dans ces mêmes dictionnaires on traduit le mot currants toujours par groseilles, jamais par gadèles. — Le moyen le plus sûr et le plus facile d’apprécier cette objection à sa juste valeur est sans contredit de transcrire textuellement ici les définitions du Dictionnaire Angiais-Français et Français- Anglais 1 qui ont
1. Par MM. A. Boyer, L. Chambaud, J. Garner, Des Carrières et Pain, édition de Ledentu, Paris 1S29. L auteur du Manuel avouera facilement que ce dictionnaire
rapport aux mots gadèles et gadéliers. En voici quelques-unes.
“ Gadélier, m. (arbrisseau qui porte les gadèles) currant-bush. ” “ Gadèle, /. (sorte de groseille en grappe) red or white currants.” . . . Voilà bien notre gadèle , ou la groseille rouge ou blanche en grappe. “ Currant, (a globular fruit produced in branches) groseille f. gadèle f. Red-currants, groseilles rouges. ”
J’aime à croire que l’auteur n’a qu’une ancienne édition du Dictionnaire de Boyer.
On trouvera dans ma remarque ci-dessus mentionnée et dans ce que je viens de dire, la réponse à toutes les petites objections que l’on a faites ou que l’on pourrait faire contre l’emploi du mot gadèle.
34. Des principes que j’ai développés dans ma remarque sur le Manuel, verb. gueulard, publiée le 11 juin dans la Gazette française de Québec, sont basés sur la prononciation des classes lettrées de Paris et sont fidèlement extraits de nos meilleures grammaires de la capitale. Dans cette remarque, après avoir distingué avec la plus scrupuleuse attention les diffé-
est bien supérieur à tous ceux que nous avons dans le même genre, surtout dans ce qui concerne la langue française. Il porte communément le nom de Dictionnaire de Boyer. — ( Note de l’auteur des Remarques sur le Manuel.)
rents sons de g, soit au commencement soit dans le corps du mot, j’ai prie 1 auteui de déclarer quel son il assigne à cette consonne dans les mots figurés gheu-lar et gu-el-lar. Au lieu de répondre d’une manière claire et précisé a cette question, il se contente de dire que Rolland et Noël et Chapsal ont figure la prononciation du mot gueulard par gheu-lar, et qu a leur exemple il ^ a figuré le même mot de la
même manière , .
Puis il ajoute “ que gheu-lar figure la prononciation française et gu-elar la canadienne ^ .
Je l’ai déjà dit dans ma remarque precitee et je le répète de nouveau : si l’intention de l’auteur est que l’on fasse sonner le g moins dur ou adouci dans la syllabe gheu, il y aura réellement peu à objecter à cette prononciation, puisque c’est à peu près celle qui est en usage dans les classes lettrées de Paris. Je dis a peu près, car, selon l’auteur du Dictionnau des Dictionnaires français, on y prononce réellement guieular \ Dans ce mot figuré, ainsi que dans tous les autres mots figurés par AL Landais, d’après le même principe, Vu qui suit le g est muet; il ne sert qu’à indiquer qu’il faut donner à g le son moins dur ou adouci, au lieu du son accidentel j, comme dans guirlande que
1. En Canada, les personnes instruites prononcent le mot gueulard précisément de la même manière.
l’on devrait prononcer jirlande, si l’on retranchait l’tr muet qui suit le g.
Si l’auteur du Manuel prétend au- contraire que l’on doit faire sonner le g dur dans gheu, il est complètement dans l’erreur, et il a grandement tort de chercher ainsi à nous faire abandonner la bonne prononciation de Paris, pour nous faire adopter la mauvaise prononciation du midi de la France.
Je pense qu’il ne sera pas inutile, avant de terminer cette discussion grammaticale, de signaler une faute de prononciation qui n’est malheureusement que trop commune en Canada, et dont l’auteur du Manuel, je ne sais trop pour quelle raison, n’a pas dit un seul mot. Je veux parler ici de Yè ouvert, lorsqu’il est suivi, dans une même syllabe, de la consonne r au commencement ou dans le corps d un mot.
Quoique tous ceux qui ont reçu une certaine éducation parmi nous, conviennent que l’on doit donner Jt. cet è ouvert1 le son qu’il a dans fer, enfer, mer, hiver, cher, fier (adjectif), et que c’est ainsi que l’on doit le faire sonner dans mercure, ergot, merle, permis, éternel, moderne, verte, couverture, etc. ; il n’est pas rare néanmoins de rencontrer, même dans les classes in-
1. Ou plutôt à la syllabe qu’il forme avec la consonne qui le précède et la consonne qui le suit et qui lui appartient.
struites de la société, des personnes qui lui donnent le son de l’a bref et fermé et qui prononcent les mots que l’on vient de donner pour exemples, comme s’ils étaient figurés, marcure, argot, marie, parmis, étarnel, mo darne, varie, couvarture, etc. Or il est aisé de voir combien cette prononciation est désagréable et vicieuse. Nos institutions littéraires ne l’ignorent pas. On peut donc espérer qu’elles cesseront enfin de paraître mériter ce reproche,
Video meliora, proboque;
Détériora seqüor,
et qu’elles réuniront leurs efforts, pour faire disparaître cette prononciation ridicule du sol canadien.
J’invite le lecteur à revoir la suite de mes Remarques sur le Manuel, publiée le 5 juillet dernier dans la Gazette française de Québec.
Daignez, monsieur l’éditeur, agréer le témoignage de ma reconnaissance la plus sincère pour la complaisance que vous avez eu de publier dans votre précieux journal nies Remarques sur le Manuel, et mes réponses aux objections que l’on a faites à ces remarques.
J’ai l’ honneur d’être, avec les sentiments du plus profond respect, etc.,
L’auteur des Remarques sur le Manuel.
Pour compléter cette discussion, nous reproduisons, comme nous avons promis de le faire, un article du Canadien, sans cependant épouser les opinions de l’auteur de cet article.
Nous n’admettons pas, par exemple, que le mot patate soit d’origine canadienne. Ce mot est d’origine péruvienne. La pomme de terre a porté ce nom avec diverses modifications, dans tous les pays de l’Europe où la culture en a été introduite. Les Espagnols la trouvèrent cultivée dans les montagnes de Quito sous le nom de papas, dont ils firent par corruption pattata, nom que les Portugais adoucirent en l’appelant patata da terra, etc.
Nous ne croyons pas, non plus, que le mot cassa t soit d’origine canadienne. Ce mot, qui devrait s’écrire casseau, n’est, de même que cassetin, qu’un diminutif de casse, nom par lequel les orfèvres, les savonniers, etc., désignent différentes sortes de vaisseaux.
Le mot coitte (ou plutôt quoette ) nous paraît être un diminutif de queue, dont il a pu se former suivant la même analogie que le mot quoaillcr.
Manuel des difficultés de la Langue Française ,
adapté au jeune âge, et suivi d un Recueil de
Locutions vicieuses.
Nous revenons à ce petit ouvrage, dont 1 utilité et l’excellence ne doivent certes pas se mesurer à son format. Il y a longtemps que le besoin d’un pareil travail se faisait sentir en ce pays, attendu que tous ceux qui se publient en France sur le même sujet, ne répondent qu’en partie à leur objet pour ce qui regarde le Bas-Canada. Branche depuis longtemps séparée du tronc, la langue française en Canada a dû vivre de sa propre vie ; dans ses nouveaux besoins elle ne pouvait recourir aux autorités littéraires de la vieille France, et elle n’avait pas ces autorités pour la rappeler de ses écarts et de ses négligences. De plus elle s’est trouvée en contact avec une autre langue dont elle a trop souvent emprunté sans nécessité, et qu’elle a imitée sans discernement. Il ne faut donc pas s’étonner que la langue française en Canada se trouve farcie d’une foule d’anglicismes plus ou moins ridicules, sans compter les locutions vicieuses que le temps y a introduites, et qu’il a ajoutées à celles dont elle avait hérité des premiers colons du pays. Quelques correspondants de journaux se sont bien de temps en temps élevés contre cet abus, mais ces réclamations éphémères comme le mode de publicité qu’elles adoptaient, n’ont pu empêcher l’existence et la propagation des
anglicismes, des barbarismes, ni des néologismes, et la contagion s’est répandue jusque dans la bonne société ; le barreau, la tribune, la presse même n’ont pas été exempts, et nousmêmes avons sur la conscience plus d’un péché de cette espèce, tant l’habitude et le mauvais exemple ont d’empire. Pour arrêter le débordement, il fallait que quelqu’un, en autorité sous ce rapport, se posât en réformateur, et dénonçât hautement et dans une forme convenable les abus qui se sont introduits dans la langue française en Canada, et c'est ce qu a fait 1 auteur de l’ouvrage dont le titre est en tête de cet article. L’auteur a voulu garder l’anonyme; nous aurions désiré qu’il eût ajouté l’autorité de son nom à celle de son ouvrage, d’autant plus qu’on n’aurait pu y voir ni même y soupçonner le moindre motif de vanité, car ce travail tout utile, tout excellent qu’il soit, ne saurait rien ajouter à la réputation d’homme instruit et savant dont jouit déjà ce monsieur. On aurait regardé son travail comme le cadeau des heures de loisir d’un homme d’études à ses concitoyens.
Cet ouvrage, comme son titre l’annonce, est divisé en deux parties : l’une traitant des “ Difficultés les plus communes de la langue française ” ; l’autre étant un “ Recueil de Locutions vicieuses ”. La première partie est une compilation faite d’après les premiers grammairiens et lexicographes, et sauvera aux étudiants de
longues et pénibles recherches. La seconde partie a une couleur et un intérêt tout local ; elle traite des expressions vicieuses plus particulières à la langue française, telle qu’on la parle et l’écrit quelquefois, en Canada. On y tiouve sur cette partie ce qu’on chercherait en vain dans les grammaires de notre métropole littéraire. L’auteur fait main basse sur ces locutions barbares, grossières, ridicules, absurdes qui défigurent la plus polie comme la plus pure des langues modernes. Nous ne parlerons pas des locutions en usage seulement parmi les classes illettrées, mais de celles que l’on entend tous les jours dans la bonne société. Monsieur un tel a reçu des argents, par imitation de 1 anglais, où l’on emploie monies dans ce cas ; il est à son office, au lieu de son bureau, comptoir ou étude. Un autre a vendu son butin, ou la charge de son vaisseau qu’il a claire à la douane, etc. On envoie tous les jours chercher des crackers chez le groceur ou à la grossery, etc., etc. L’auteur aurait pu grossir encore bien davantage le catalogue des locutions vicieuses ; il aurait pu nous rappeler les nombreuses assemblées où MM. tels et tels sont appelés à la chaire, au lieu d’être appelés au fauteuil, ou encore mieux à la présidence ; il aurait pu aussi, mais la décence l’en a empêché sans doute, il aurait pu nous parler de savants avocats qui exposent leur cas devant l’honorble Cour, etc., etc. Le langage du Barreau abonde
en expressions aussi vicieuses, et dans une prochaine édition nous inviterions hauteur à ne pas oublier le Barreau. Lui qui devrait montrer l'exemple, mérite une leçon toute spéciale pour s’être laissé entraîner plus que toute autre classe peut-être au torrent des anglicismes et des barbarismes.
Tout en souscrivant généralement aux décisions de l’auteur contre la néologie, qui est l’emploi de termes nouveaux ou d’anciens mots dans une acception nouvelle, nous demanderons grâce cependant pour plusieurs de ces ternies, qu’il a inclus dans sa liste de proscription, et nous appuierons notre requête des considérations mêmes que présente l’auteur sous le mot Néologie, page 70. Il reconnaît que nous avons en Canada mission ou titre pour la création de mots nouveaux, pour les objets et les choses qui nous appartiennent exclusivement. Ces principes posés, nous nous permettrons de croire que notre auteur est peut-être un peu rigoureux en condamnant l’emploi des mots suivants :
Carriole — dit l’auteur, est une voiture à roues, et c’est abusivement que l’on applique ce terme à une de nos voitures d’hiver à patins. Il voudrait que l’on employât le mot traîneau, qui en effet, dans les dictionnaires, signifie toutes sortes de voitures pour aller sur la neige. Si nous n’employions pas le mot traîneau pour désigner les voitures destinées à traîner des
fardeaux pesants, et qu’il y eût un autre mot pour distinguer les voitures d hiver destmee au transport des voyageurs, ou a la ptomenacle, la réforme de l’auteur pourrait peut-etre s troduire: mais l’absence d un pareil mot distinction existante dans notre humage entre les mots carriole et traîneau, ont fait du mot carriole dans son acception actuelle une expression nécessaire, et partant légitime a notre avis. Ce qui rendrait aussi difficile le non-emploi de ce mot, c’est qu’il a été adopté par la popula-
tl0TfSla— Nous plaiderons pour les mêmes raisons la cause de ce mot, qui désigné une espèce de traîneau particulière, le traîneau plat
Patate est aussi mis à l’index. Cependant le dictionnaire de Rivarol dit que ce mot signifie “ une espèce de pomme de terre . C est un mot qu’il sera difficile de faire disparaître, attendu qu’il s’est introduit dans le pays avec le précieux tubercule qu’il désigne. Pomme de terre est évidemment plus noble, et cela donne a ce mot un grand avantage sur celui de patate, qui d’ailleurs n’est que d’origine canadienne.
Battures, employé pour signifier les glaces stationnaires sur les bancs de sable ou roches a fleur d’eau, ne trouve pas grâce, non plus que
Bordages, signifiant les glaces qui bordent les rivages des rivières en hiver. Ce sont pouitant bien" là des choses qui nous appartiennent exclu-
sivement, relativement à la France, et que par conséquent nous avions, d’après les principes de notre auteur même, le droit de nommer, puisque les dictionnaires français ne fournissent pas, que nous sachions, de mots pour les désigner.
Poudrerie. — Nous ferons la même remarque à l’égard de ce mot, qui peint si bien la neige poussée, soulevée par un vent fort et tourbillonnant.
Breton — condamné à bon droit, n’a été employé que pour répondre au sens donné, dans nos disputes politiques, au mot British. Ce mot adopté dans un besoin momentané, ne saurait rester.
Cageu, Cage. — Fa langue française possédant les mots Radeau et Train de bois pour désigner la même chose, il n’y avait aucune nécessité de créer ceux-là, qui par conséquent doivent être proscrits.
Cassot. — Il en est autrement à l’égard de ce mot; la langue française n’ayant pas nommé le vase d’écorce de bouleau désigné par ce mot, nous interjetons appel en sa faveur.
Castalogne. — Le dictionnaire de Rivarol dit castelogne. Si l’auteur veut voir disparaître ce mot, nous lui conseillons d’en faire ou indiquer un autre. Il se fait beaucoup de ce tissu grossier en ce pays, et peut-être ne s’en fait-il pas en France; de là la difficulté. En attendant un mot nouveau, nous ferons remarquer que
l’on prononce mal ce mot en disant Catalogne, comme on fait.
Chiffon. — Nous n’avons jamais entendu dire Chiffon de pain, mais très fréquemment Chignon de pain. La remarque de 1 auteur s applique aussi bien à ce dernier mot.
Couette. — Le mot français est Queue. Le mot Couette était provincial en France, sans doute. Pour des raisons que nous ne dirons pas, notre avis est que s’il n existait pas un autre mot que Queue, il faudrait en inventer un. C’est cela peut-être qui a fait inventer le mot Couette, qui ne devra disparaître qu’avec la dernière couette. Il est vrai qu’il en reste très peu en ce pays.
Collecteur. — Tant que les lexicographes français ne nous donneront pas un équivalent, nous ne voyons pas trop pourquoi nous serions en Canada obligés de recourir à une périphrase, lorsque nous avons trouvé un mot qui exprime si bien la chose.
Cordon (quart de corde). — Les Français ont ou avaient le mot stère pour désigner la même chose. Ce mot sent bien le grec pour nos vendeurs et charroyeurs de bois. Autant vaudrait leur laisser le Cordon.
Demiard. — Il n’y aurait certainement aucune différence à dire demi-setier ou demi-chopine ; mais demiard est enraciné dans le langage du peuple, et après tout, qui sait s’il n’est pas aussi en usage dans quelque département de France?
En fait de dénominations de poids et mesures, chaque pays doit avoir droit de création.
Embarquement et Débarquement pour désigner un lieu où l’on embarque et débarque, sont proscrits à juste titre, puisque les Français se servent de mots particuliers, Embarcadère et Débarcadère, mots empruntés de l’espagnol, et qui sont d’origine américaine en outre.
Etanche. — L’auteur aurait dû se borner à proscrire la prononciation de ce mot, qui est évidemment une corruption ou mauvaise prononciation du mot Etanc, terme de marine. On lit dans Rivarol à ce mot “ navire estanc, bien clos, sans voie d’eau, en bon état ”. Cet adjectif n’a qu’un genre, le masculin ; mais le peuple qui ne consulte jamais l’Académie, à qui souvent même il fait la loi, a féminisé ce mot en suivant l’analogie, et a fait Estanche ou Etanche, et cette dernière prononciation étant plus euphonique, il l’a conservée dans tous les cas.
Gcrmage. — L’auteur a-t-il un autre mot né français ou naturalisé pour remplacer celui-là? Nos frères de France, vivant sous un beau ciel, ne sont pas souvent affligés du fléau que l’on exprime ici par le mot germage, et partant ne se sont pas trouvés obligés de créer un mot pour cela. Dans ce cas, à nous ce droit. C’est bien assez, certes, que nous soyons bien obligés de manger du pain fait avec de la farine de blé germé, sans être encore obligés de courir après
les périphrases pour exprimer “ l’état des grains qui, après avoir été sciés et mis en javelle, ont germé sur le sillon
Manchonnier. — Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires, dit l’auteur. La raison en est sans doute que les faiseurs de dictionnaires en France n ont jamais besoin de manchons; sans cela ils auraient senti que les faiseurs de ce précieux article de toilette en Canada, méritaient bien un nom particulier. Nous demandons droit de bourgeoisie pour le mot manchonnier, que nous préféions de beaucoup à celui de Fourreur, qui n’est pas en faveur en
ce pays. }
Menoires. — L’auteur veut que 1 on dise limonières. Ce dernier mot comporte 1 idée des pièces de bois qui servent à traîner une voiture d’été ; menoires a été créé en Canada pour désigner les pièces de bois qui traînent une voiture d’hiver. Avions-nous le droit de créer ce mot? Oui, d’après le principe posé par l’auteur, et noté plus haut.
Menthe. — D’après la bonne société on dit de la minte; parmi le peuple des campagnes on dit de la mande. Le peuple est plus près de la bonne prononciation qui est manie.
Steam-boat. — Malgré 1 avis de Boiste qui adopte ce mot, notre auteur condamne ce mot “ dur et étranger ”. Il ne dit rien de steamer qui est d’un usage fréquent dans les journaux français. Nous avons vu quelquefois le mot
vapeur, le vapeur, employé seul pour désigner un bâtiment à vapeur. Attendons que l’usage se soit fixé en France, et dans l’intervalle suivons l’avis de l’auteur, et disons bâtiment, navire à vapeur.
table des matières
Pages
Introduction
L’abbé Jérôme Deniers, V.-G, ... 13
L’abbé Thomas Maguire, V.-G. ... 66
Remarques sur le Manuel des difficultés les plus connues de la langue française , par l'abbé J. Deniers .
Défense de l’auteur du Manuel ■ ... 137
Remarques sur le Manuel . ï65
Date Due