Avre; toujours long: havre, cadavre, navre, etc
(L’abbé d’Olivet, Prosodie française; l’abbé Lévizac ; Ginguené, article inséré dans la grammaire raisonnée de Panckoucke; Boiste, Landais).
Examinons maintenant en quoi consiste l’articulation vicieuse dont je viens de parler.
i°. A préposition, comme dans il est “a” Paris, est bref et fermé. Il suffit de le rendre long et un peu plus grave, pour lui donner le son que doit avoir a considéré comme lettre de l’alphabet. Il est aisé de voir que nous appuyons beaucoup trop sur cet a pour le prononcer; ce qui le rend démesurément trop long et extraordinairement grave.
20. A est long dans crabe et bref dans syllabe. Si l’on fait a long et un peu plus ouvert dans ce dernier mot, on aura le vrai son que doit avoir a dans le premier.
30. Pareillement, en appuyant un peu plus sur a dans obstacle, on aura le son de a dans miracle; nous faisons cet a beaucoup trop long et trop grave.
40. Nous trouvons dans la première syllabe des mots ardeur, article, artifice, le son que doit avoir a dans les mots terminés en ar, ard, art: d’où il résulte que nous faisons cette voyelle beaucoup trop longue et trop ouverte dans les
mots César, renard, art, non seulement au singulier, mais même au pluriel.
5° A est long dans pas, tas, gras ; notre défaut est de le faire beaucoup trop long et trop ouvert : quelques-uns parmi nous tombent dans le défaut contraire, en le faisant extraordinairement bref et fermé.
6°. A est long dans les mots terminés en ation. Le vrai son de cet a, est celui de a première lettre de l’alphabet. Dans tous les mots ainsi terminés, nous appuyons trop pesamment sur cet a, lorsque nous le prononçons. Quelques-uns. au contraire, l’abrègent et le ferment excessivement. Ce défaut n’est pas moins désagréable que le premier; on peut dire même qu il est plus ridicule, puisqu’il décèle un secret désir de se singulariser, sans s’être donné la peine d'examiner s’il est long ou bref. Je dois avouer ici cependant qu’il n’est pas rare de rencontrer des Canadiens, et en assez grand nombre, qui donnent à cet a le vrai son qu’il doit avoir.
Je me flatte qu’à l’aide de la table précédente et des moyens que je viens d’indiquer, il sera facile à notre jeunesse canadienne de connaître, du moins d’une manière passable, le son que a doit avoir dans la dernière ou l’avant-dernière syllabe de chaque mot; et j’ose espérer qu’avec un peu d’attention et quelques exercices, nos jeunes littérateurs se mettront en état de contribuer avec plus ou moins de succès à faire
disparaître du sol canadien ce défaut de prononciation que l’on nous reproche tous les jours, et dont nous sommes heureusement les premiers à rire. Ces observations, ainsi que celles que j’ai faites dans mes remarques précédentes, doivent nous faire sentir vivement le besoin que nous avons d’un bon T raité élémentaire des sons de la langue française , à l’usage de la jeunesse canadienne. Un tel ouvrage, s il était basé sur les principees de la prononciation de Paris, serait, n’en doutons pas, favorablement accueilli, et produirait un bien immense dans notre pauvre Canada. Nous devons espérer que quelque grammairien habile et d’un vrai mérite, se chargera avec plaisir de la rédaction de cet ouvrage important. C’est le vœu bien sincère de l’auteur des Remarques sur le Manuel.
17. L’auteur du Manuel ne veut absolument tenir aucun compte de la prononciation de la diphtongue oi figurée par Messieurs Duvivier, Catineau, Boiste et Landais. Il soutient de nouveau, contre l’opinion de ces célèbres grammairiens de Paris, que la diphtongue oi se prononce en oa, et non pas en oè, dans les classes lettrées de Paris. Et quelles nouvelles preuves apporte-t-il à l’appui de son assertion? Son propre témoignage et l’autorité d’un petit livre élémentaire d’un rare mérite qui se débite par milliers à Paris chez Belin Le Prieur lü
L’auteur néanmoins paraît tellement satis-
fait de ses nouvelles preuves, qu’il ne peut s’empêcher de conclure ainsi : “ Force donc est d’admettre que la diphtongue oi ne se prononce pas a Québec comme à Paris. ” — Je n’ai jamais avance d une manière aussi générale, que la diphtongue 01 se prononce à Québec comme à fans. L auteur du Manuel en conviendra luimerne, s il veut bien ne pas oublier que, lorsque j ai parlé de la prononciation de la diphtongue en figurée par Messieurs Catineau, Landais et
oiste, j ai toujours ajouté que ces savants lexicographes figurent cette diphtongue comme on la prononce dans les classes lettrées de Paris; et que lorsqu il s’est agi de la manière dont nous prononçons cette diphtongue, je me suis contenté de dire: c’est ainsi que les personnes instruites prononcent la diphtongue “ oi ” en Canada. Voir la Gazette de Québec du 23 avril et du 28 mai.
Afin de mettre le lecteur en état d’apprécier plus facilement la conséquence que l’auteur du Manuel vient de déduire de ses nouvelles preuves, je crois devoir donner, dans les mots suivants, la prononciation de la diphtongue oi figurée^ par les savants lexiographes que j’ai nommés ci-dessus h
1. J ai déjà fait observer que M. Landais figure par oa la diphtongue oi, lorsqu’elle est suivie de r.
(L’auteur des Remarques sur le Manuel.)
Moi, vnoè: droit, droè:—je crois, je croè:—je reçois, je reçoè: je bois, je boè. etnp 01,
emploi: — courroi, courroè: . — envoyé, envoèié: — soif, soèfe: — paroisse, ^ paroece: — moitié, moitié: — j’éloigne, j eloegne, etc. Or je demande au lecteur si ce n’est pas ainsi que les personnes instruites prononcent en Canada . L’auteur du Manuel voudrait au contraire que l’on prononçât ainsi ces mêmes mots: moa: droa: — je croa: — je reçoa: — je boa: — emploa '■ — courroa: — envoaie: — soafe : paroace: — moatié: ] éloagne. etc.
On ne doit pas inférer de là que tous ceux qui demeurent à Paris prononcent la diphtongue oi précisément comme Messieurs Catmeau, Landais et Boiste la figurent ; car personne n’ignore qu’il arrive tous les jours dans cette capitale un grand nombre d’ écrivains, de savants, de littérateurs, de grammairiens, cl artistes, etc., qui ont reçu leur éducation dans différentes parties de la France, et qui comme Vaugelas, De Mézeray, Du Marsais, etc., ne peuvent jamais se défaire du reste de leur ancien accent provincial. Cette observation explique pourquoi on remarque une si grande différence de prononciation dans la chambre des députés à Paris, et pourquoi cette différence est beaucoup moins considérable dans la
chambre des pairs.
18. Notre pémina est une espece de viorne édule particulière à l’Amérique du Nord. Les
premiers colons à qui cette espèce d’édule était inconnue lorsqu’ils s’établirent sur les bords du fleuve Saint-Laurent, avaient donc droit de créer •un terme nouveau pour désigner cette viorne ainsi que la baie qu’elle porte. Ils pouvaient donc adopter le tenue indien pémina pour exprimer l’une et l’autre. Nous pouvons donc, sans violer les règles de la grammaire, conserver ce terme qui a toujours été et qui est encore en usage dans toute l’étendue du Canada. “ Mais, dit l’auteur du Manuel, la simple assertion que le mot indien pémina a été incorporé à la langue française, pour signifier la baie de 1 aubier du Canada, ne me convainc pas ”
Si l’auteur veut parler ici de l’arbrisseau même, il me suffira d’ajouter à ce que je viens de dire, que le mot pémina se trouve dans le nouveau Dictionnaire d’Histoire naturelle et dans les dictionnaires de Boyer, de Boiste, de Nodier, de Landais, etc. ; s’il n’entend parler, au contraire, que de la baie seulement, on pourrait le prier de revoir son article du 28 mai, où il avoue, “ que la baie de la canneberge porte aujourd’hui le nom de l’arbuste qui la produit ”. D’ailleurs il n’est pas rare dans la langue française que certaines baies portent les mêmes noms que les arbustes qui les produisent; nous en trouvons des exemples dans notre bluet, dans le cacis ou cassis, etc.