SCÈNE VIII
lettre qui... Je ne vous dissimulerai pas que madame Derville en a été blessée jusqu’au fond du cœur.
HENRY
Il ne pouvait pas en être autrement, Monsieur.
RIGAULT
N’est-il pas vrai, Monsieur? J’en appelle à votre lo}'auté.
HENRY
Évidemment!
RIGAULT
Je vous avouerai même qu’on m’a chargé de vous voir et de vous demander... comme une...
Une réparation? Touchez là, Monsieur; il est beau de prendre pour soi l’insulte faite à une jolie femme.
RIGAULT
Oh ! une insulte !...
HENRY
Une insulte, Monsieur.
RIGAULT
Croyez que je suis au désespoir de tout ce qui aiTive. Après tout, le mal n’est pas bien grand ; ce que vous avez fait, tout homme peut le faire.
HENRY
Non, Monsieur.
RIGAULT
Pardonnez-moi, tout homme peut le faire. On est jeune, 'on a le cœur aux aventures; on sort, on rencontre une femme, on la suit; on rentre, son image ne vous quitte plus, vous poursuit, vous obsède; on s’assied, on se promène, on déjeune avec un ami, la tête s’échauffe, la raison se perd, une plume se trouve là, on trace une lettre bridante, on l’envoie. Eh! mon Dieu ! à qui cela n’est-il pas arrivé au moins une fois dans la vie? Au fond le mal n’est donc pas bien grand!... Mais, mettez-vous à ma place... ne dois-je pas?...
HENRY
Vous le devez.
RIGAULT
N’est-ce pas?... (s# repronom.) Plaît-il?
HENRY
Et je suis à vos ordres.
RIG AU LT; à part.
Diable! diable!
HENRY
Mais cela tie suffit pas.
RIGAULT
Comment?
HENRY
Je dois une autre réparation à madame Dex’ville... et je ne venais ici que poxir lui témoigner mes regrets d’un malentendu que je déplore !...
RIGAULT
Un malentendu ?
HENRY
Oui, Monsieur. Ces regrets, je les lui adresse par écrit, puisque je n’ai pas été assez heureux pour me faire écouter. Quant à vous, je vous le répète, je suis à vos ordres.
RIGAULT
Mon Dieu! Monsieur, après ce que je viens d’entendre, il me semble que j’aurais mauvaise grâce...
Comme vous voudrez, Monsieur.
RIGAULT
Monsieur, je vous salue. (llenry sort, reconduit par Rigautt.)