Une douzaine de documents inédits relatifs à l'histoire de Bayonne
Les Eludes historiques sur la ville de Bayonne par M. Jules Balasque, avec la collaboration de M. E. Dulaurens, archiviste de la ville, remplissent déjà deux volumes in-S*" de près de 500 pages chacun (t. i, 1862, t. ii, 1868). L'ouvrage, espérons-le, sera, je ne dis pas continué, mais achevé par les deux estimables érudits (1). Je serais fier de les aider en quelque chose, et je voudrais que les documents ici groupés leur fussent assez utiles pour que mon concours d'un moment laissât une trace dans un livre qui sera d'autant plus durable qu'il est plus consciencieux.
Le premier de ces documents est daté du 15 avril 1570; le dernier, du 6 novembre 1655. Parmi les documents compris entre ces dates, j'en signalerai deux qui me paraissent particulièrement intéressants : une lettre du 18 septembre 1591, écrite des Eaux-Chaudes à M. de la Hillière, gouverneur de Bayonne, par la reine régente Catherine de Navarre, lettre qui témoigne du grand cœur de la princesse et qui est véritablement digne de la sœur de Henri IV; et une lettre, du 51
(1) Longtemps après avoir écrit ces lignes, j'apprends par une note de \sl Revue de Gascogne (janvier 1875, p 54, 1. 2) que M. Balasque n'est plus, et je consigne ici l'expression de mes plus vifs regrets. Je n'avais fait qu'entrevoir M. Balasque, mais il m'avait laissé le meilleur souvenir de sa cordialité^ de son amabilité. Ce serait une consolation pour moi d'apprendre que ses précieux manuscrits seront complétés et publiés par son digne colli^)oratear.
juillet 1626, écrite au cardinal Richelieu par Tévêque Claude deRueil, lettre où, à propos de la triste situation de Bayonne après une inondation qui avait eu les proportions d'un immense désastre, le prélat demande avec la plus vive énergie et, en quelque sorte, avec une paternelle émotion, que Ton vienne enfin au secours de la malheureuse ville depuis près d^un an (octobre 4€25) de tous abandonnée.
Ph. TAMIZEY de LARROQUE.
Aa roi Charles IX (1).
Sire, au mois d*aoust dernier, estant le compte de Montgomery (2) en ceste frontière avec son armée fit semblant de se vouUoir ruer sur ceste ville, comme souvant en avions des advertissemans; et d'aultant que du cousté du chasteau neuf et puis le bastion Sainct-Jacques jusques à la tour du Sainct-Esprit, les repparations encommencées sont en tel estât que en divers endroictz elle est subjecte à une escallade, comme est à ung recoing de mur, lequel soustient les cheynes traversans la rivière, nous nous assemblasmes avec voz officiers chez Monsieur le viscompte d'Orthe, nostre gouverneur (3), pour délibérer de ce qu'estoict à faire pour la defiandre. Toutesfois, ne se trouvant aucune finance, fut advisé de prendre mil livres tournois sur ce que le maistre de lamonnoye. Sire, vous pourroit devoir pour les emploier aux repparations les plus nécessaires et pressées, attandant que nous fissions une levée de deniers sur nous pour les continuer; car cela estoit bien peu, et le tout a esté distribué par les ordonnances et commandement dudict sieur viscompte et contreroUé par vostre contreroUeur général des repparations de Guyenne, oultre ce que nous y avons tousjours assisté et despandu du nostre, six mil livres et plus, comme y despendons encores, tant pour la continuation desdictes repparations que pour la paye et solde de deux cens hommes que nous y avons entretenu quelque temps; et ce pardessus Tachapt des farines. En somme, Sire, nous nous y sousmes agaigés et endebtez, comme nous vous fismes entandre dès lors par nostre depputé, par lequel vous pleust nous mander que feriez tenir quicte ledict maistre particulier de la monnoye de ladicte somme de mil livres en monstrant des ordonnances sur ce expédiées. Toutesfois fut voilé en s'en retournant par vos ennemys. Du despuis, vous fismes entandre Testât de ceste ville par le cappitaine Saincte- Colonne. Et parce que ledict maistre de monnoye poursuit sa descharge en vostre chambre des monnoies, nous luy avons baillé les
(1) Bibliothèque Nationale, Fonds Français, vol. 15551, p. 223.
(2) Gabriel, comte de Mongonmery, entra dans Orthez le 13 août.
(3) Adrien d'Àspremont, vicomte d'Orthe, dont je publierai bientôt quelques lettres fort curieuses.
rooles et ordonnances signées et contrerollées dudict sieur viscompte et contreroUeur, car il a esté constrainct de le bailler par commandement dudict sieur viscompte avec Tadviz de voz officiers et nous. Parquoy vous supplions très-humblement, Sire, commander qu'il en soict tenu pour aquicté et deschargé, attendu que ladicte somme a esté emploiée pour le bien de vostre service et vous souvenir, Sire, s'il vous plaist, que si ceste dicte ville n'est acoultrée d'aultre façon, qu'elle n'est du tout vostre. Nous disons cecy pour vous supplier très-humblement que à l'imitation des roys voz prédécesseurs, vous la vueillez rendre toute vostre par fortiffications, car pour le reguard de noz voluntez, elle l'est toute.
Sire, nous supplions le Créateur de vous donner en sancté trèsbonne et très -heureuse vie.
De vostre ville de Baionne, ce xiii avril 1570.
Voz très-humbles, très-obeissans affectionnez subjectz et serviteurs,
Les eschevins, gens de conseil, corps et comunaulté de vostre ville de Baionne.
DaTHOTA, greffier.
A Catherine de Médicis (Ij.
Madame,
La nécessité, inventeresse de bons engins, nous a constrainct importuner Vos Magestés à ce que le havre de ceste vostre ville fut parachevé, et amprès que le Roy et vous avez veu le besoing que nous en avionz, il vous a pieu nous deppartir voz grâces et faire ordonner la somme de soixante mil livres estre mise et imposée sur les cinq senneschaulcées contribuables, et desjà l'argent des deux quartiers est levé. Toutesfois nous sommes advertiz que ledict mandement a esté révoqué combien que, en vertu de lettres-pattantes que nous en avons obtenues, nous aions baillé trente des principaulx bourgeois pour pièges, comme plus particulièrement vous fera entandre Monsieur (le) lieutenant en la mairerie de ceste ville que nous envoions devers Ses Magestés, sy tant est que nous recevons ce lien et faveur que de le vouUoir ouyr. Et d'aultant. Madame, que, amprès le Roy, ceste pouvre ville appuyé ses espérances sur vous, nous vous sup-
(1) Ibidem, vol. 15554 p. 63.
plions très-humblement vous souvenir de quelle importance ceste ville est à Ses Magestez et, en ce faisant, la vouUoir accommoder des choses nécessaires pour la garde d*icelle et nostre commune habitation, et tout ce qui vous demeurera de nous n'est que une pure et fidelle volunté d'exposer vie et biens pour le service de Ses Magestez.
Madame, nous supplierons le Créateur qu'il vous aict e^ sa saincte et digne garde.
De vostre ville de Baionne, ce xv avril 1572.
Voz très-humbles, très-obeissans subjectz et serviteurs,
Les eschevins, gens de conseil, corps et communaulté de vostre ville de Baionne.
DUTHOTA.
Au roi Henri III (1).
Sire, il a pieu à Dieu et à Vous nous envoyer la paix tant désirée, laquelle Monsieur de Trignan, commandant pour Vostre Magesté en ceste ville et frontière, a faict publier comme ont faict depuis voz officiers; et a esté receue d'une telle alaigresse, qu'il semble à veoir que tout d'ung coup ez environs de ceste vostre ville les voluntez de voz subjectz se soient reduyz, qui nous faict espérer toutes choses paisibles à l'advenir pour y vivre entièrement soubz voz loix et commandement. Sire, puis trois jours. Testât de lieutenant du sénéchal au siège de ceste ville a vaqué par le décès de M' Anthoine de Lahet, et d'aultant que Vostre Magesté y pourroit pourvoir cependant, n'estant adverty des mœurs et vies de ceulx qui vous en pourroient faire instance, et que ledit estât requiert ung homme paisible et qui s'entende avec celluy qui commande en ceste vostre ville, nous vous supplions très-humblement qu'il vous plaise pour lemieulx de vostre service ne admectre audict estât aucune personne qui vous en pourroit faire instance sans au préalable en avoir l'adviz dudict sieur de Trignan, vos dicts officiers et nous, afin que Vostre Magesté ne soit circonvenue et soit certaine par nous de celluy qui vous sera fidelle et afifectionné subject et serviteur et homme de probité esprouvée et qui ait tousjours les afiaires de Vostre Magesté en telle recommanda-
(l) Ibidem, vol. 15560, p. 98.
— lotion que chose du monde, vous asseurant, Sire, sur noz vies et honneurs, que ne vous sera nommé homme quy ne soit digne de ladicte charge, si tant est qu'il vous plaise nous honnorer de tant que d*en avoir sur ce Tadviz dudict sieur de Trignan, vos dictz officiers et nous. Ce faisant, la justice sera exercée en toute intégrité, vous suppliant très-humblement nous avoir tousjours en vostre bonne grâce et souvenance, sçachant très-bien que estant accompagnez d'icelle, ce nous sera le plus grand heur que nous pourrions recevoir en ce monde.
Sire, nous supplierons le Créateur vous donner en sancté trèsbonne et très-longue vie.
De vostre ville de Baionne, ce xiiij de juing 1576.
Voz très-humbles, très-obeissans et afifectionnés subjpctz et serviteurs les lieutenant, eschevins et gens de conseil de vostre ville de
Baionne.
DuTHOTA, greffier.
Au toi Kenti III (1).
Sire, ayant escript à Vostre Magesté par ma lettre du viii de ce mois les préparatifz de guerre qui se font de deçà et les entreprinses que Ton faict sur ceste ville pour le mauvais estât où elle est, je n'en repeteray autre chose par la présente, sinon que nous sommes journellement en alarme, mais depuis j'ay eu advis très-certain qu'il y a six vingtz mil escuz dans le chasteau de Pampelune pour bailler au roy de Navarre lorsque commencera la guerre en ce royaulme, ce qui d'autant plus me doone occasion de supplier, comme je fais trèshumblement Vostre Magesté, de faire pourveoir et remédier aux nécessitez de ceste pauvre ville, suppliant le Créateur qu'il vous donne.
Sire, en très-parfaicte santé, très-heureuse et longue vie.
Escript à Bayonne, le x"»« janvier 1584.
Vostre très-humble, très-obeissant, très-afifectionné, très-fidelle serviteur et subject.
A. DE Laylher(2).
(1) Ibidem, vol. 15567, p. 22.
(2) Jean Denis de la Hiilière, qui avait succédé, comme gouverneur de la ville de Navarre, à M. de Trei^nan, successeur lui-même du vicomte d'Orthe* M. Berger de
Au roi Henri III (1).
Sire,
Je me suis tellement asseuré ez pxomesses qu'il a pieu à Vostre Majesté de me faire, mesme en la confinnation d'icelles par voz lettres clozes du VIII may dernier, sur la récompense des services que j'ay faictz en Testât de lieutenant en la mairerye de çeste ville, puis longues années, que se présentant ceste occasion, vous honnorerez M' Pierre de Sorhai^ido, mon filz» advocat au parlement de Bordeaux, de Toffice de lieutenent du bailly d,e Labourt quy vacque par le decez de feu M' de Goussiondo; et si tel est vostre bon plaisir, comme j'en supplye très-humblement Vostre Majesté, Sire, vous obligerez moy et mon filz d'employer non seullement le peu de moyeus que Dieu ip*a donnez, mais noz biens propres pour vous fedre très-humble sertice, comme sans cella nous serons toujours disposez de faire de la mesme voullunté de laquelle je supplye Noatre Seigneur,
Sire, vous donner en toute perfection de santé très-heureuse et longue vye.
Escript à Bayonne, le vi juillet 1584.
Vostre très-humble et très-obeyssant serviteur et sugect,
SORHAINDO (2).
Xivrey (note de la page 471 du tome i des Lettres missives de Henri lY) citOi au sujet d'aoe lettre que le roi de Navarre adressa, le 3 septembre 1582, à ce gouverneur, pour avoir des nouvelles du combat naval où périt Strozzi, ce passage des if ^moires de de Thou : « C'était un vieux capitaine fort simple et si accoutumé à la fatigue qu'il couchait en tout temps la tôte nue et buvait toujours du vin pur, sans s'en trouver incommodé, quoique le vin de Chalosse, dont il usait, soit le plus, fort de la province. > M. de Xivrey ajoute : « Il était des bons amis du roi de Navarre, comme le prouve ce récit d'un fait que d'Aubigné place quelques années auparavant : « Il print une gaillarde humeur au roi de Navarre d'aller lui septiesme dans Bayonne à un festin qui lui fut préparé, où tout ce peuple environna sa table de danses de différentes façons. La Hillière, leur gouverneur, menoit la première. » On voit par la lettre que l'on vient de lire que, malgré ce récit tiré du livre m, chapitre xiii, de V Histoire universelle, M. de la Hillière n'était pas assez des bons amis du roi de Navarre, pour ne pas dénoncer ses menées à Uenii III.
(1) Ibidem, vol. 15568, p. 201.
;2) Jean de Sorhaindo était déjà sous-maire de la ville de Bayonne en 1572. Le lieutenant Pierre de Sorhaindo a été appelé lieutenant Soranda par l'éditeur des Lettres missives de Henri IV, dans le texte d'uae lettre du 26 février 1575 aux maire et jurats d« Bayoï^ne (t. iv, p. 313).
An sieur de la Hillière, gouverneur de Bayonne (1).
Monsieur de la Hillière, j'ay divers adviz des desseins de Tarmée espagnoUe; et les plus certains, dit-on, sont qu'elle veult aller à vous et à nous par deçà, et qu*ilz se fient en quelques intelligences, dont je veux bien vous advertir de rechef, affin que vous donniez ordre et pourvoyez à la conservation de la place et du gouvernement que
(l) Ibidem, vol. 24058. C'est la 16' et dernière pièce da volume entièrement consacré à Bayonne. Voici rénnmération des autres pièces, toutes originales et presque tontes sur parchemin :
10 An 1458. 2,800 livres sont allouées au capitaine et maire de Bayonne, Martin Garcie {nostre ami féal chevalier et chambellan Martin Garde, etc.), ponr la solde de ses 50 lances;
2» An 1461. Gages de Jehan le Boursier^ chevalier, sieur d'Esternay, qnitiltaé maire de Bayonne en l'année 1452 et auquel, depuis ce temps-là, les gages étaient dos;
3* An 1466. Gages d'Estiennot de Taularesse, escuyer, gouverneur, maire et capitaine général de Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et Capbreton, nommé le 8 novembre 1464, à ces offices alors vacants par le trépas du sieur de Lescun, seigneur de Sarraymet;
4<> An 1491. Pour les habitants de Bayonne (17 novembre);
50 An 1493. Labat d'Aydie, «capitaine du vieil chasteau de Bayonne >;
60 An 1514. Bail de la ferme et traité de la grand' cousturoe de la ville de Bayonne;
70 An 1514. Roger de Gramont confirmé dans son office de maire et capitaine de Bayonne;
80 An 1514. François I«r confirme les coutumes de la ville de Bayonne à Roger de Gramont, conformément aux traités des rois ses prédécesseurs avec les prédécesseurs dudit Roger;
90 An 1514. Droit des habitants de Bayonne de prendre à leur profit une partie des entrées de leur ville;
lO"* An 1548 (10 mai). Le roi donne aux habitants de Bayonne {importante clef du royaume) la moitié des coutumes qui se lèvent sur la ville, pour leur fournir le moyen de la réparer et de la fortifier;
11» An 1544 (29 mai). Lettres en faveur des habitants de Bayonne au sujet de la juridiction et de l'appel des causes pour la justice et police civile et criminelle;
12<> An 1557 (26 juillet). Deniers destinés à la réparation des ponts de Paincaûlt et du Sain^Esprit. (On prend pour cet effet la moitié du revenu de la grande coutume de la ville.)
130 An 1572 (5 juillet). 800 livres allouées pour achever le Boucaut de Bayonne;
140 An 1590. Remboursement aux maire et échevins de Bayonne de 1,600 écus par eux dépensés pour les fortifications de leur ville;
150 An 1591 (12 août). Rôle des journées employées pour monter l'artillerie du roi à Bayonne par commandement de M. de la Hillière, gouverneur et lieutenant pour le roi à Bayoane et pays circonvoisins (rôle signé: Denys de Laylhert).
vous avez en main, et dont le Roy, mon seigneur et frère, se repose du tout sur vostre fidellité, car pour le regard de deçà je suis résolue d'animer tout à la deflfense de la liberté et à expulser la tirannie espagnoUe. Vous adviserez, Monsieur de la Hillière, ce que je pourré faire pour vous aultres, car je vous asseure que je ne m'y espargneré non plus que je ferois très-voluntiers pour vostre particulier quant Toccasion s'en presenteroit. J*ay panoé d'escripre aussy à Messieurs du corps de la dicte ville affin qu*ilz considèrent leur péril dès qu*ilz se représentent le bel ornement de leur liberté et la laideur du joug espagnol. Mandez moy, je vous prie, ce que vous sçaurez de nouveau et croyez que je seray à jamais. Monsieur de la Hillière,
Vostre bien afiectionnée amye, Catherine (1).
Des Eaues-Chaudes, le iviii^^jour de septembre 1591.
vn
Au roi Henri IV (2).
Sire, sur le bruict commun qui.courust il y a quelque temps que le sieur de la Ylhère, gouverneur de ceste vostre ville de Bayonne, remectoit la charge de gouverneur entre les mains de Vostre Magesté (3) pour en pourvoir ung de deux ou trois seigneurs qui con-
(1) Pluâiears lettres inédites de Catherine ont été publiées dans la Bibliothèque de l'Ecole de» Charte», par un érudit mort trop jeune, M. Ernest de Fréville. Quelques autres lettres ont été données par miss Freer, dans sa vie de Jeanne de Àlbret, 'en anglais), Londres, 1855, et par Mme la comtesse d'Armaillé, dans son étude historique intitulée : Catherine de Bourbon ^ sceur de Henri IV (Paris, 1865, in-13y. Il reste encore beaucoup d'autres lettres de Catherine à recueillir, et 'e voudrais bien que Ton mtt au jour In correspondance complète de l'aimable princesse.
(2) Ibidem, vol. 24155 (non paginé).
(3) Le 25 février 1592, M. de la Hillière écrivait à Henri IV une longue lettre dont j'extrais seulement quelques lignes : c Je n'ay failly d'advertir V. M. de toutes les occurrences qui se sont passez en ces quartiers et de Testât de ceste ville, laquelle a esté fort menassée par les Espagnolz, nos voisins, avant que leur armée fust en place contre les Arragonois, lesquels le roy d'Espagne a faict et continue de faire mourir les principauli et ung grand nombre des autres, tellement que ceste sévérité a faict renflammer et epiniastrer contre luy les villes de... {noms illisible») que l'on estime pouvoir, avec quelque peu d'assistance, résister à ses forces, ou pour lemoings elle empeschera et destoarnera d'autant de pouvoir entreprendre de deçà, mais il n'a laissé toutesfois, depuis trois jours, de faire venir son armée en mer au port du Passage, qui n'est qu'à cinq lieues d'icy, et le peu de munitions d'artillerie et vivres qui
coufoyeât ^ ce temps^là à ladicte charge, toute ceste ville depputta verts Vostre Magesté le syndic d'icelle pour vous faire très-humble remonstrance sur ledit chaugemeut comme préjudiciable à vostre service et au bien de ceste ville. Nous le rappellasm^s estant bien, avant en chemin, sur Tasseurance qu'on nous donna que Vostre Magesté regetoit aultant que nous mesmes tel changement, et que ledict gouvernement demeureroit indubitablement entre les mains dudict sieur de la Ylhère, de manière que craignant de faire une despence superflue d*y envoyer lois des depputtés, nous nous contentasmes d'en escripre à Vostre Magesté et la supplier très-humblement par despesche particullière, comme nous feismes, de remettre à quelque aultre saison ledict changement, ou en evennement qu'en feussiez pressé, qu'il vous pleust avant pourvoir audict gouvememeot, nous ouyr sur les très-humbles remonstrances qu'aurons à faire à Vostre Magesté, pour empescher tel chapgement. Nous craignoais, sire» que telle despeche ne vous ayt esté randue, veu qu'on nous vient d'advertir qu'estes sur le poinct de pourveoir de cedict gouvernement le sieur de Gramont, nostre mayre (1), sans nous ouyr. Sire, ce changement importe bien tant vostre service et le bien de ceste vostre ville, principallement pour l'incompatibilité qu'il y a qu'ung mesme seigneur soit gouverneur et mayre, que nous n'avons peu nous passer d'entrer en une grande dbspence et depputtez vers Vostre Magesté, ung esche vin et ung jurât de ce corps de ville, porteurs de ceste-cy, et cella d'ung commun consentement des officiers de Vostre Magesté, corps et communaulté de ceste dicte ville, pour vous faire sur ce subject les très-humbles remonstrances dont les avons chargés, qu'ils ont signées et nous tous. Nous vous supplions très-humblement, Sire, de les ouyr et nous accorder ce que nous demandons de Vostre Magesté, quy est plain de justice. Au demeurant, sire, nous vous fismes dernièrement despeche sur le canon. Il plaira à Vostre
sont en ceste ville, joint à l'oavertare de la rivière et des chesnes, nous meot en deffiance. C'est ane bonne occasion de supplier très-humblement V. M. d'y voulloir ordonner quelque bon moien et provision, selon que le voisinage et puissance d'nng tel ennemy le requiert. Cependant je continueray à veiller pour ce qui est du bien de vosire service et la conservation de ceste ville, que je tiens de V. M., plus chère que ma vie. Sire, je vous ay de si long temps et souvent représenté ceste nécessité que je craincs de vous ennuyer, n'ayant mesmes depuis six mois receu aucune lettre et commandement de V. M. de laquelle j'attends en bonne dévotion cesl honneur^ etc.» {Ibidem, vol. 24155.)
(1) Antoine de Gramont, souverain de Bidache, comte d« Guiche, puis duc de Gramont (décembre 1643), le fils de Corisande d'Andouins et le père du maréchal 4e Gramont.
Magesté se ressouvenir de la nécessité que ceste vostre ville en a et
y pourveoir sellon vostre bon plaisir si plainement, que le seigneur
de La Force soit sans excuse (1) et que Messieurs de Bear n'ayent
moien d'empescher Texécution de vostre volunté et nous prierons
Dieu, sire, vous accroistre en prospérité et grandeur.
De vostre ville de Baionne le vingtiesme d'octobre 1593,
Voz très-humWes, très-fidelles et très-obeissants serviteurs et
subjectz.
Les lieutenant du maire, eschevins et gens du conseil de la ville
de Baionne.
Du Marguet, greffier (2).
An roi Henri IV (3).
Sire,
Il m'a semblé estre de mon devoir de donner advis à Vostre Majesté de ce qui est survenu en vostre pais de Labourt depuis peu de jours. Les habitans de Bayonne, par délibération de tout le corps de ville, ont faict sortir deux cens hommes armés la nuict et envoyés à une paroisse audit Labourt nommée Saiiict-Jean de Liutz (4), où estant, ils ont mis le feu à une maison par troys endroitz, tué deux hommes, poleu (5) et profané Téglise, ayant rompeu les portes d'icelle, et ont faict les prisonniers en nombre de cinq qui les (6) détiennent encores, et le tout est advenu soubz prétexte de ce que un habitant dudit lieu a passé troyz barricques de vin à une grande lieu plus hault de Bayonne à un port là où ou a accoustumé de passer. Voilla la véiité de ceste aôaire. Je croy. Sire, que Monsieur de Gramont en a donné advis à Vostre Majesté, suppliant très-humblement Vostre Majesté vouUoir faire pourvoir que les habitans de Labourt puissent estre assurés de leurs maisons. Je tiendray la main pour le bien du service
(1) Jacques Nompar de Caumonl, dac de La Force» avait élé nommé gouverneur de Béarn et vice-roi de Navarre le 13 mars précédent.
(2) Voir la réponse du roi, datée du 26 octobre 1593, dans le tome iv des Lettres missiveSf p. 43. Voir, sur le même sujet et aussi sur la deipande 4e c^npns^ une autre lettre du 10 octobre 1594 (t. iv, p. 227.)
(3) Ibidem, vol. 24026 (non paginé).
(4) Saint-Jean-de-Luz, à20kiloipétresd6 Bayonne,
(5) Pour:po{/ti^.
(6) ?ovn: qu'ils.
de Votre Majesté qu'il n'advienne pis de cest affaire, attandant les commandemeDS de Votre Majesté que j'effectueray de poinct en poinet. Cest affaire est survenu à l'absence de Monsieur de Gramont et de moy qui prieray Dieu,
Sire,
qu'il vous doinct très-longue et heureuse vie. Votre très-humble et très-obéissant subiect et serviteur,