‹ Une douzaine de documents inédits relatifs à l'histoire de BayonneChapitre 2 sur 2 · DAMON · texte numérisé non relu

DAMON

De Saint-Pé enLabourt, le xxviii novembre 1602 (1).

Au roi Henri IV (2).

Sire,

Nous avons eu ce bon heur de tout temps d'avoir esté recogneus de nos Royz non seuUement leurs très-fidèles subjectz, mais plainez de modération aulx affaires publicqs quy se sont présantez en ceste ville, sans que jamais nos prédécesseurs ny nous ayons comis aucun acte violant quy ayt peu desroger ny nous faire perdre ceste réputation, et avons encore ce bien que, pendant vostre règne, nous n'avons pas seuUement esté recogneuz telz de Vostre Majesté et de tout le royaume, mais encores des royaumes estrangers qui ont senti noz fidellitez et n'ont peu jamais esbranler la volonté du moindre des habitanz de ceste vostre ville à l'effet contraire, comme estant nostre volonté inséparablement attachée au service de nos Royz, qui faict que nous ne craignons nullement les calomnies de noz malveilhantz, ayant priDcipallement à faire à Vostre dicte Majesté quy cognoist nos actions de longue main et sçayt que nous n'avons jamais aymé le sang ny la violance. Nous sommes néanmoingz advertiz. Sire, que Monsieur le comte de GramoDt, nostre gouverneur, mal informé de quelque différand qui est arrivé en son absance en ceste ville entre le scindicq d'icelle, demandeur en contravention aulx statutz et règlementz, et certains particuliers circon voisins coutumiers à frauder les droictz de Vostre Majesté et nostres, vous a donné im-

(1) La justification des Bayonnais va être faite par eux-mômes dans les deux pièces suivantes et principalement dans la première.

(2) Ibidem.

pression decest aflfaire sur le rapport d'aultruy bien esloigné, soubz vostre correction et science, de ce quy a passé; de quoy nous avons beaucoup d'interest de nous justiffier devant Vostre dicte Magesté quy nous a tousjours réservé Tune oreilhe; et de faict vous supplions trèshumblement nous permettre de vous dire somairement la véritté de cest affaire, quy est qu'il s'agist icy de deux contraventions faictës à mesme heure par ung des scélérats hommes de ceste frontière et ses complices, lesquelz ayant esté poursuiviz par vertu desdictz règlemenz observez de tout tempz et par toutes sortes et qualitez de personnes,* ainsy qu'il se justiffie par tiltres très-antiens de plus de troiz à quatre cenz ans, auroient faict deux rebellions remarquables tant à nostre cappitaine du guet, qui avoit à leur préjudice saisy quelque vin subject à confiscation, qu'au magistrat, baptu et maltraité ledict cappitaine et enlevé ledict vin avecq armes à feu et assemblée illicitte; et bientost après, ainsy que ledict magistrat poursuivoict ladite prinse, conformément ausdictz statutz et lettres pattantes contenant tel pouvoir, auroient, continuant leur dicte rébellion à l'arrivée dudict magistrat et sanz le vouloir escouter, deslaché plusieurs arquebusades, blessé à mort irng des habitanz qui assistoient ledict magistrat d'une d'icelles à travers le corpz, quy meurt peu à peu en languissant, et est impossible qu'il en reschappe, et de deux aultres coups blessé au bras ledict cappitaine du guet, qui est en danger d'en estre mutillé, et img aultre habitant en la teste : de quoy ayant esté informé, par nostre aucthoritté (avons) aprehandé l'autheur de ce désordre et quatre aultres avecq luy, faict le procès suivant nos dictz règlemenz et prononcé sentence de condempnation au fouet. Hz s'en seroient renduz appellanz et despuiz faict informer contre nous leur magistratz par aucthoritté de la court de parlement de Bourdeaux, où ayant esté toutes procédures portées et les prisonnierz conduictz, ladicte court a trouvé tant de deffaultz et soubçon à leur prétendue information qu'elle n'y a adjousté aucune foy; au contraire a ordonné qu'il seroit informé sur la totalle véritté du faict par ung commissaire non suspect à la diligence de toutes parties, les procédures demeurant au procez, ainsy que nous justiffions à Vostre Majesté par l'arrest de ladicte court enclos en ceste despesche, et de la véritté du faict par une coppie des procez verbaulx et de l'information faite par nostre aucthoritté aussy cy encloses. Et jaçoit que la cause du magistrat soict tousjours plus favorable, par ainsin que ledict sieur de Gramont deust, soubz sa correction, avant vous despescher ce gentilhomme, s'esclaircir avecq nous de la véritté du faict

et ouyr nos raisonz, sy est-ce que soubz Tadviz receu par (une) personne qui nous a tousjours traversés et duquel la ville vous a cidevant faict plainte, il a fait entendre à Vostre Magesté la prétention de ceux qui ont offert à la ville, vioUé nos statutz et faict ces rebellions, et taise notre juste cause, ayant encore choisy le sieur de Six (?) pour en faire le rapport à Vostre Majesté qu'il sçavoit estre comme nostre partie en cest affaire, et personne que ceux qui poussent noz parties affectionent extrêmement, de manière. Sire, qu'estant cest advis envoyé par Monsieur de Gramont, quy en estoict, comme dict est, mal informé, et rapporté par personne sy suspectes, nous ne nous estonnonz pas sy Vostre Magesté en a eu mauvaise impression, et a esté meue d'en escripre à Monseigneur le mareschal d'Omano aux termes qu'il a pieu audict sieur nous le laire sçavoir; de quoy ceste ville a notable interest de se justiffier, comme elle faict par le moyen de ce discours et des pièces justificatives d'icelluy, et le fera encore dans peu de jours sy clairement, que Vostre dicte Majesté cognoistra que toute la faulte vient des prévenus (?) et non de nous, quy n'avons faict en cest affaire que user de notre jurisdiction. Votre Magesté verra aussy, s'il luy plaist, par aultre procès verbal cy-enclos, que le magistrat n'est sorty de la ville qu'avecq l'advisdu sieur de Sansacq, lieutenant au gouvernement (1), et non de nostre seulle authoritté,ainsyn qu'il a esté rapporté à Vostre dicte Majesté, et que toutes choses out passé avecq plus de prudence qu'ilz ne disent, vous suppliant très-humblement, Sire, d'effacer la mauvaise oppinion qu'on a tasché vous imprimer, tant pour ces raisons que par la differance qu'il y a de ce corps de ville, quy s'est toujours bien et sagement comporté, à ceux quy ne font tous les jours que des rebellions contre vostre justice, estant ayzé à la ville de monstrer qu'il s'est comis au pais de Labourt puis dix ans en ça, plus de. soixante dix murtres et deux cens notables rebellions, de quoy, Sire, personne ne se soucie, sy bien qu'il est impossible d'exploieter aucun acte de justice en ce paiz la, quy rend tousjours nostre cause plus plausible et eulx comme rescidifs et coustumiers en perpétuel soubçon de mal faire. Cellanous fait espérer. Sire, que Vostre Magesté, quy a la balance de la justice en main, contrepèsera nos raisons à celles que nos parties vous ont faict entendre, et seroit le comble de nostre bonheur que Vostre Magesté nous feist ce bien

(1) Sarce gentilhomme, qui appartenait à la même famille que l'archevêque de Bordeaux, Prévost de Sansac, voir les Mémoires du duc de Caumont-La'Force (t. II, p. USOi).

d'évoquer à soy les procès que nous avons ensemble, affin qu^ par la veue des pièces elle peut veoir clairement combien injustes sont leurs poursuites et que, par ce moien, nous demeurissions deschargés de toute calumnie et maintenus par arrest de Vcrstre Magesté en noz antiens statutz et règlemenz, comme nous espérons Testre par arrest Ae ladicte court de parlement de Bourdeaux, sy elle en juge deffinitivement, et en cest endroict prions Dieu,

Sire, pour voz longs jours et accroissement de vostre royauté et grandeur.

De Baionne, le xiiii febvrier 1603.

Vos tres-humbles, tres-fidelles et tres-obeissants serviteurs et subiectz,

Les lieutenant en la mayrerie, eschevinzet conseil de vostre

bonne ville et citté de Baionne.

Par mandement des sieurs.

De MARMANDE, greffier.

Au roi Henri IV (1).

Sire,

Vostre Magesté ayant esté advertie d'un differand qui survint icy au moys de novembre dernier pour quelque contravention faicte (au préjudice de voz droictz et des nostres) à noz antiens statutz et reiglements, par aulcuns de nos circonvoisins, contre lesquelz on fut contrainct d'uzer des remeddes de la justice et qui nous sont permis par nosdictz statutz et par les lettres patantes à nous sur ce octroyées par Vostre Magesté, elle nous auroit commandé vous envoyer celluy de noz eschevinz soubz la conduite duquel la susdicte exécution avoit esté faicte, pour, luy ouy, en estre par vous ordonné : pour à quoy satisfaire, Sire, le sieur de Lavalde, présent porteur, que Vostre Magesté cognoist, s'en va la trouver, estant celluy qui eust ceste charge, et qui pour l'eflfectuer sortit de ceste ville avec quelque nombre d'habitanz et sur le soir (à la vérité), mais ce fust

(1) Ibidem.

avecq le sceu et congé du sieur de Sansac, lieutenant de M. de Grandmont, nostre gouverneur, et pour ne perdre Toccasion d'avoir justice deceste contravention, quoy qu'on aye voulhu faire entendre à Vostre Magesté, ainsy qu'elle sçaura plus particullièrement de luy. Que sy en cela il s'y est passé quelque chose d'extraordinaire et contre nostre intention, on y a esté forcé par l'insolente témérité • et provocations de ceulx qui avoient ainsy frauldé vos dictz droictz et vioUé noz statuz et règlemenz, pour raison de quoy, Sire, nous en sommes encores en procez en vostre court de parlement de Bourdeaux, où nous espérons d'en avoir bonne justice et encore meilleure s'il plaisoit à Voslre Magesté, Sire, en prendre cognoissance, d'aultant qu'elle sçait trop mieulx noz bonz desportemenz et la fidelle aflfection que nous avonz tousjours eu au bien de vostre service et au repos et conservation de ceste ville en l'obéissance de Vostre Magesté, laquelle nous supplions le Créateur,

Sire,

voulloir bien conserver en toute prospérité.

A Baionne, ce dernier jour de mars 1603.

Voz tres-humbles et tres-aflFectionnés serviteurs et subects.

Les lieutenant en la mayrerie, eschevins et gens de conseil de la ville de Baionne.

DUMARGUET, greffier.

Au cardinal de Richelieu (1).

Monseigneur,

Vous m'avez donné la loy dans laquelle je suis demeuré jusques aujourd'huy, et n'en sortiray jamais de ses termes, d'avoir recours à vostre faveur en ce qui me regarde, le bien de mes afifaires ou de mon advancement. Rien ne me doibt toucher de si près, Monseigneur, que mon diocèse. Bayonne est en un estât que, quand je n'en serols pas l'evesque et que pourtant j'en eusse la connoissance, je la vous devrois donner, étant ce que vous estes dans la France. Ce n'est plus

(1) Archives Nationales, carlon K 113,

une ville, c'est un village, sans ponts, sans chesnes, LêS deui tours qui font les deux extrémités sur la rivière du reflax renversées, le bastion qui regarde TEspagne crevassé et entièrement esboulé, les habitans d'icelle sans pouvoir d*y remédier, sy ne vous plaist, Monseigtieur, jetter les yeux sur leur requeste et la leur faire accorder par le Roy, ce que vous trouverez, Monseigûeur, d'autant plus aysé, que leur demande et leurs offres se font sans fouiller dans les coflres du Roy, sans faire aucune imposition sur les peuples. Il n'y a que les seuls partisans qui ont affermé leur coustume qui en recepvront dommage, ou, pour mieux dire, qui fauldront à gagner, car une ville se chargera de la réfection de ses ruines en leur accordant la préférence de la ferme de leur coustumes, et par le léger dommage de deux ou trois personnes privées, la ville se trouvera réparée, la fwntière assurée, et le service du Roy affermy d'aultant plus en ce pays, où il n'a ténu qu'à la foiblesse et lascheté de nos voisins qui ne s'en soyent prevaluz; et vous diray, Monseigneur, que Bayonne n'est point si peu considérable qui n'asseure au Roy soixante lieues de pays «t trois ou quatre bons portz. Je vous jure, Monseigneur, que tous les procez verbaux que Ton en peut avoir drossez ne sont rien en comparaison de la veue, quy rend sy horrible la face de nostre ville, et honteuse là nonchalance que Fon y a apportée à y remédier jusques aujourd'huy.

Monseigneur, vostre très^-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur,

Claude, ev. de Baionne.

A Baionne, ce dernier juillet 1626 (1).

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Au duc de Vendôme, amiral de France (3).

Monseigneur, Quoique nous ne doubtions pas que Vostre Altesse n'ay t des advis des vaysseaux de guerre que les ennemys de l'Estat préparent au Passage et ailheurs pour favoriser les rebelles de Sa Majesté, nous avons creu estre de nostre debvoir de luy faire part des nouvelles certaines qui nous sont arrivées le jour d'hier de la frontière et de

(1) Claude de Raeil, quelques joars après, était transféré sur le siège d'Angers qu'il oecnpa jusqu'en 1649 : il fut remplacé dès le l®* octobre 1636, par Henri de Béthune, nommé ensuite étêque de Mailleztis et enfin arthêvéque de Bordeaux.

(2) Archives nationales, registre KK 1220, p. 37.— César de Vendôme était surintendant général do la navigation depuis le 12 mai 1650.

— Sala coste d- Espagne, sur le subjet des arraementz navalz, asseavoir que l'escadre de Calis {pour Cadix), composée de huit grands vaysseaux, et. autres moiens, est preste à faire voile, et qu'on travaille avec empressement à donner carenne et mettre en estât douze vaysseaux de guerre qui sont au Passage, lesquels on croit pouvoir estre prestz vers la fin du moys prochain, et on a fait dessendre des trou^ pes espagnoles et irlandoises quy estoint ez environs de Saint-Sebastien et du Passage, qu'ils ont placé à Fontarrabye et lieux circonvoisins, et à mesme temps ils ont arresté ez ports des dicts lieux de Saint-Sébastien et du Passage, tous les vaisseaux espagnols et étrangers, au nombre desquels il y en a trois du pays de Labourt prestz à partir pour la Terre-neufve, ce qui nous donne de la jalousie, cy ce n'est que ce soit pour faire un prompt embarquement de ces gens de guerre, et qu'ilz veuilhent faire joinction de l'escadre de Calis avec ceux-cy pour les faire aller, attandant que ceux que l'on accommode au Passage soient prestz, surquoy Vostre Altesse fera les considérations qu'elle treuvera à propos; à laquelle nous dirons aussy avoir receu nouvelles de Madrid aussy le jour d'hier, que dom Joan d'Austria a esté faict visse Roy ou gouverneur de Cathalongne,,et que le Roy d'Espagne est malade. Nous avons envoyé par le mesme courrier advis à Monseigneur de la Vrilliere, secrétaire d'Estat, pour les donner au Roy; et sy, Monseigneur, ceste diligence vous est agréable, comme nous le créions nécessaire, Vostre Altesse n'aura qu'à nous prescrire les ordres et adresses qu'elle désirera que nous tenions^ et nous luy renderons certainement noz très-humbles et fidelles obeyssances et luy tesmoignerons en toutes choses que nous sommes de Vostre Altesse,

Monseigneur, les très-humbles et très-obeyssans serviteurs les eschevins, jurats et conseil de la ville et citté de

Bayonne,

Par mandement desdicts sieurs,

DoRDOY, secrétaire.

Bayonne, ce xiii mars 1653.

xni

Au môme (1).

Monseigneur, Quoyque Vostre Altesse sçache mieux que nous que l'armée navalle ennemye a abandonné la rivière de Bourdeaux sans faire es-

(l) Bibliothèque nationale, Fonds français, v. 11633 (non paginé).

clorre ces grands desseings que le bruit d'Espagne avoit formé, nous ne laissons pas de luy dire le détailh de cette retraicte que nous venons d'aprendre, qui est, Monseigneur, que cette armée s'est divisée en mer et a fait divers ports, car il est arrivé au Passage quatre fregattes et deux bruslots; à Saint-Sébastien, deux navires de dixhuict pièces chacun; à Fontarrabye, trois petitz vay«seaux, et le reste a rangé la coste de Saint-Ogno et de Saint- Ander, c'est-à-dire les grands navires que Marchin n'a pas quitté. Ces rodomonts, qui ne fuyent jamais à leur dire, publient que la seule aprehension delà peste qtti infecte, disent-ils, vostre armée, les a chassés de ladite rivière. Vostre Altesse fera tel jugement qui luy plaira de cette rodomontade, et pour nous, nous nous contenterons, Monseigneur, de vous assurer que nous resterons toujours inviolablement.

Monseigneur, de Vostre Altesse,

les très-humbles et très-obeyssans serviteurs, les eschevins, juratzet conseil de la ville et citté de Bayonne. Par mandement desdits sieurs, DoRDOT, secrétaire.

De Bayonne, ce sixiesme novembre 1653 (1).

(1) Je signalerai ici un Mémoire touchant Bayonne et le pays de Labourt, que i*on trouvera à la Bibliothèque nationale, dans le tome 269 (p. 141 et suivants) delà collection Baluze dite des Armoires, Ce mémoire, qui est très-développé, a étô rédigé par M. deLespès de Bureaux, lieutenant général de Bayonne, qui l'adressa de cette ville, à Baluze, avec une lettre écrite on novembre 169(> (p. 153). Voir aussi {Ibid., p. 157) la copie de la réponse de Baluze à Térudit bayonnais, réponse datée &u 17 mai 1697.

Aach, iiDpr. et lith. F. Poix.

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