J8 EN REGARDANT CHEZ LE VOISIN
Emma avait hâte d'être chez elle, d'ouvrir sa croisée, de s'y placer, puis de s'assurer si son sauveur était chez lui. lleginald était en elTet assis devant son piano, il exécutait un morceau. Mais ce soir-là, il ne seud)lait pas jouer avec autant d'ardeur que de coutume ; il s'arrêtait souvent, il avait alors l'air d'écouter, puis il faisait un mouvement d'impatience et se remettait à jouer.
— Qu'a-t-il donc? se dit Emma, qui suivait tous les mouvements du jeune musiciey, et cherchait à deviner sa pensée dans ses gestes, dans ses mouvements, dans la manière dont il marchait dans sa chambre, (lomme il semble agité, impatient ce soir!... Bon, le voilà qui se lève... qui arpente son salon... Ah! il si^' met à sa fenêtre... Oh! je n'ai pas besoin de (juitter la mienne, à coup sûr il ne me voit pas... Je n'ai point de lumière, moi, je suis dans une complète obscurité... et d'ailleurs j'aurais beau éclairer ma mansarde, ses regards ne se portent jamais démon coté!... M'a-t-il reconnue, le jour qu'il m'a rendu mon salut... je crois bien (juc non!... comment m'aurait-il reconnue! dans la rue il m'a à peine regardée... Mon Dieu ! je suis bien folle de penser sans cesse à ce jeuiu; homme qui ne pensera jamais à moi... D'abord il est dans une position trop au-dessus de la mienne... il doit être riche, à en juger par son beau logement qui est si bien meublé... Moi, je ne suis qu'une pauvre ouvrière... pauvre n'est pas le mot, car je gagne bien assez pour vivre et subvenir à tous mes besoins...