APPARITIONS DE MAINS LUMINEUSES
« L'on sent souvent des attouchements de mains pendant les séances faites dans l'obscurité ; mais j'aime mieux choisir quelques-uns des cas nombreux où j'ai vu ces mains en pleine lumière.
« Une petite main d'une forme exquise s'éleva un jour d'une table et me donna une fleur. Elle apparut, puis disparut à trois reprises différentes, en me donnant toute facilité de me convaincre que cette apparition était aussi réelle que ma propre main.
« Dans une autre circonstance, une petite main et un petit bras, semblables à ceux d'un enfant, apparurent, se jouant devant une dame qui était assise près de moi. Puis l'apparition vint à moi, me frappa sur le bras et lira plusieurs fois mon habit.
« Une autre fois, un doigt et un pouce furent vus arrachant les pétales d'une fleur qui était à la boutonnière de M. Home et les déposant devant plusieurs personnes qui étaient près de lui.
« Les mains et les doigts de ces apparitions ne m'ont pas toujours paru solides et comme vivants. Elles sont parfois vaporeuses; mais d'autres fois, aussi, elles
83mblcnt parfaitement animées ; les doigts se meuvent et la chair parait être aussi humaine que celle de toutes les personnes présentes.
« Au toucher, ces mains sont parfois froides et comme mortes; mais d'autres fois, aussi, elles m'ont paru chaudes et vivantes et « ont serré la mienne avec la fo»rme étreinte d'un vieil ami ». J'ai retenu, un certain jour, une de ces mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper. Aucune tentative et aucun effort ne furent faits pour me faire lâcher prise ; mais peu à peu cette main sembla se résoudre en vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte. »
CHAHTRE XVi
A quel genre d'expérience appartient le fait qu'il nous reste à citer ? Le lecteur a beau être familiarisé avec les tours de force les plus inouïs de ce phénomène inexplicable, queva-l-il dire, penser, croire... s'il croit?
Ce ne sont plus, en effet, des doigts, des mains, d'insaisissables fantômes qui vont apparaître. C'est un être, une jeune fille, une femme, une vraie femme qui parle, qui s'assied, qui marche, que l'on voit, que l'on touche.
Elle s'appelle Katie King. Elle apparaît en pleine lumière, vivante, grande, belle, blanche et blonde — il est bon d'insister sur ce fait — alors que son médium, Mil" Florence Cook, estpetite, brune, lescbeveux presque noirs... nulle confusion ne sera donc possible.
Celte manifestation, celte vision, ce phénomène, ce prodige, celte espèce de miracle ou de rêve, — sait-on de quel nom qualifier cette inimaginable aventure ? — a duré irois ans ! Oui, trois ans, vous avez bien lu... Ce
"ICÀ) UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
n*est que dans les derniers mois, seulement, que M. Crookes en a eu connaissance. Après avoir assisté à quelques séances chez M. et M"^ Cook, le père et la mère du jeune médium, une enfant de quinze ans, il obtint d'eux que la jeune fille vînt chez lui et y passât même quelquefois une semaine entière. Et c'est là, dans la maison, dans la famille du savant, qu'a vécu l'être incompréhensible qui, avec Taide inconsciente et non moins incompréhensible de son médium endormi, prenait un corps humain, des organes, des sens, causait avec M""'' Crookes, racontait des histoires aux jeunes j;ar(;ons et se prétait aux expériences du maître.
C'est paradoxal, insensé, inadmissible... Et pourlant, (î'esl vrrti/ puisque M. Crookes l'affirme et s'en porte i^arant daus l'intangible honneur de sa carrière de savant hors ligne et de sa vie d'honnête homme dont nul ne saurait suspecter la loyauté !
Je vous avais bien prévenu, dès les premières pages, que je vous raconterais des choses... de Tautre monde, comme dit Eugène Nus.
Mais maintenant que vous êtes préparés, lisez ce qu'en dit lui-même M. Oookes :
« (^est ma bibliothèque qui servait de cabinet noir. Elle avait une porte à deux battants qui s'ouvrait sur le laboratoire; un des battants fut enlevé de ses gonds et un rideau fut suspendu à sa place pour permettre à Katie (l'Esprit matérialisé) d'entrer et de sortir facilement... »
C'est derrière ce rideau que s'opérait l'incarnation mystérieuse ; c'est de là que Katie sortait et venait se montrer aux assistants.
LES MATÉRIALISATIONS 2(i7
« Le 12 mars (1), poursuit M. Crookes, pendant une séance qui eut lieu chez moi et après que Katie eut marché au milieu de nous et nous eut parlé pendant quelque temps, elle se relira derrière le rideau qui séparait la bibliothèque du laboratoire où étaient assis les assistants. Au bout d'un moment, elle revint au rideau, m^appcla ei me dit : « Entrez dans la chambre et soulevez la tôle (( de mon médium, elle a glissé à terre. »
« Katie était alors debout devant moi, vêtue de sarobe blanche habituelle et coillée de son turban. Je me dirigeai immédiatement vers la bibliothèque et Katie recula de quelques pas pour me laisser passer. M'^^ Cook, en elFet, avait glissé en partie du canapé d'où sa tête pendait dans une situation très pénible. Je la remis sur le canapé et constatai avec saiisfaclion, malgré l'obscurité relative du cabinet, que M"^ Cook, toujours vêtue de sa robe de velours noir, ne pouvait en aucune façon être confondue avec Katie. Le médium du reste étendu sur le canapé était plongé dans une profonde léthargie.
« J'étais retourné à mon posle d'observation. Katie apparut de nouveau et me dit qu'elle pensait pouvoir se montrer à moi, en même temps que son médium. Le gaz fut baissé et elle me demanda ma lampe à phosphore. Après s'être montrée à sa lueur pendant quelques secondes, elle me la remit dans les mains en disant : « Entrez maintenant el venez voir mon médium. » Je la suivis immédiatement el à la lueur de ma lampe je vis M'*® Cook reposant sur le canapé, dans la position exacte où je l'avais laissée ; mais regardant autour de moi, je ne pus voir Katie qui avait disparu. Ayant repris ma place, Katie réapparut de nouveau et me dit que tout le
,1) Le 12 mars 1874.
2G8 UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
temps elle élait resiée debout auprès du médium. Puis voulant, me dit-elle, essayer une expérience, elle reprit la lampe et passa derrière le rideau. Au bout de quelques minutes, elle me rendit la lampe, en me disant qu'elle n'avait pu réussir « ayant épuisé tout le fluide de son médium (1) », mais me promettant d'essayer une autre fois.
(( Mon fils aîné, un garçon de quatorze ans, qui élait assis en face de moi, dans une position telle qu'il pouvait voir derrière le rideau, me dit qu'il avait vu distinctement la lampe paraissant flotter dans l'espace, audessus de M'^* Cook et Téclairant pendant qu'elle était étendue sans mouvement sur lesopha, mais qu'il n'avait vu personne tenant la lampe. »
<( Je passe maintenant à la séanctî tenue, hier au soir, à Hacknev.
(c Jamais Kalie n'était apparue avec une aussi grande perfection. Pendant près de deux heures, elle s'est promenée dans la chambre, en causant familièrement avec toutes les personnes présentes. Plusieurs fois, elle prit mon bras en marchant et je sentais que c'était bien une feume vivante qui marchait à mon côté et non point un visiteur de l'autre monde. Cette impression fut si vive, que je fus pris de la tentation irrésistible de répéter une curieuse expérience dont j'avais eu connaissance tout récemment.
(( Pensant donc que, si je n'avais pas un Esprit à mes
(l) C'est, en effel, en empruntant à leurs médiums une partie de leur fluide plus ou moins condensé, que les Invisibles se matérialisent et se manifestent à nous, sous ces formes étranges que l'on voit, que Ton touche, que l'on photographie ou que l'on moule, suivant le degré do leur condensation.
côtés, il s*y trouvait tout au moins une « dame vivante », je lui demandai la permission de la prendre dans mes bras, afin de vérifier les intéressantes observations qu'un expérimentateur hardi avait récemment fait connaître d'une manière tant soit peu prolixe.
« Cette permission me fut donnée gracieusement et j'en usai — avec la convenance discrète qui, en pareille circonstance, s'impose naturellement à tout homme bien élevé. — M. Volckman sera sans doute charmé de savoir que je puis corroborer son assertion, et que le « fantôme » était un être aussi matériel que M"® Cook ellemême.
« Quant à Katie, elle médit alors que cette fois elle se croyait capable de se montrer en même temps que son médium. Je baissai donc le gaz et, ma lampe à la main, je pénétrai dans le cabinet. Mais préalablement, j'avais prié un de mes amis, qui est habile sténographe, de noter toute observation que je pourrais faire dans le cabinet, car je connais l'importance qui s'attache aux premières impressions et je ne voulais pas m en référer à ma mémoire. Or ces notes sont en ce moment devant moi.
« J'entrai donc dans le cabinet ; il y faisait noir et ce fut presque à tâtons que je cherchai M*'*^ Cook. Je la trouvai accroupie sur le plancher.
« M'agenouillant auprès d'elle, je fis entrer un peu d'air dans ma lampe à phosphore et, à sa lueur, je vis M''® Cook vêtue de velours noir, comme elle l'était au début de la séance, et ayant l'apparence d'être complètement insensible. Elle ne bougea pas, lorsque je pris sa main et tins la lampe tout près de son visage ; mais elle continua à respirer paisiblement.
i70 r>E ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
« Élevant la lampe, je regardai autour de moi, je vis Katie qui se tenait debout tout près du médium. Elle éiait velue d'une draperie blanche et flottante comme nous l'avions vue pendant la séance. Tenant une des mains de M'"' Cook dans la mienne, j'élevai et j'abaissai la lampe, tant pour éclairer la fijçure de Katie, que pour me convaincre pleinement que je voyais bien réellement la vraie Katie que j'avais pressée dans mes bras quelques minutes auparavant et non pas le fantôme d'un cerveau malade. Elle ne parla pas, mais elle fit de la léte un signe (le reconnaissance. Par trois fois différentes, j'examinai soii^^neu sèment M"' Cook, toujours accroupie devant moi, pour m'assurer que la main que je tenais était bien celle d'une femme vivante, et, à trois reprises différentes, je tournai ma lampe vers Katie pour l'examiner avec une aitcniion soutenue, jusqu'à ce que je n'eusse plus le moindre doute qu'elle était bien là devant moi. A la fin, M'"' Cooke fit un lé^er mouvement et aussitôt Katie me fil signe de m'en aller. Je me relirai dans le fond du cabinet et cessai alors de voir Katie, mais je ne quittai pas la cliambre jusqu'à ce que M""* Cook ne fût éveillée cl que doux des assistants eussent pénétré avec de la lumière.
« Avant de publier cet article, poursuit M. Crookes, je désire faire connaître quelques-unes des différences que j'ai observées entre M''^ Cook et Katie. Cette dernière est de taille variable ; mais elle est toujours plus grande que W^'' Cook. Hier au soir, Katie avait le cou d<' rouvert, sa peau était fine et douce, tandis que M"'' Cook a au cou une cicatrice fort apparente et rude au loucher. Les oreilles de Kalie ne sont pas percées, tandis (lue M"'' Cook porte ordinairement des boucles
d'oreillei^. Le teint de Katîe est très blanc, tandis que celui de M"^ Cook est très brun. Les doigts de Katie sont beaucoup plus longs que ceux de M"^ Cook et son visage est plus grand. Dans les façons et manières de s'exprimer, il y a aussi bien des difïérences remarquables. »
Dès le commencement de ses apparitions, Katie King avait annoncé qu'elle n'avait pas le pouvoir de rester avec son médium plus de trois ans et qu'après ce tempslà elle lui ferait ses adieux pour toujours. La fin de cette piîriode eut lieu le jeudi 21 mai 1874.
M. Crookes assista à la séance d'adieu qu'il raconte en ces termes :
« Durant la semaine qui précéda le départ de Katie, elle a donné des séances chez moi, presque tous les soirs, afin de me permettre de la photographier à la lumière artificielle. Cinq appareils complets furent préparés à cet effet.
« Ma bibliothèque servit de cabinet noir. Chaque soir, il y avait trois ou quatre expositions, ce qui donnait au moins quinze épreuves par séance. Quelques-unes se gâtèrent au développement ; malgré tout, j'ai quarantequatre négatifs. Quelques-uns sont médiocres, d'autres sont excellents.
« Katie donna pour instruction à tous les assistants de demeurer assis. Seul je ne fus pas compris dans cette mesure, car, depuis quelque temps, elle m'avait donné la permission de faire ce que je voudrais, de la toucher, d'entrer dans le cabinet et d'en sortir à mon gré.
u Après que M^**' Cook avait dîné et causé avec nous, elle se dirigeait vers le cabinet, et, à sa demande, je fermais à clé la seconde porte, gardant la clé sur moi pen-
272 INE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
dant toute la séance. Alors on baissait le gaz et on laissait M''' Cook dans l'obscurité. En entrant dans le cabinet, elle s'étendait sur le plancher, sa tête sur un coussin et presque aussitôt elle tombait en lélharfçie.
« Pendant que je prenais une part active à ces séances, la confiance qu'avait en moi Katie s'accroissait de jour en jour, si bien qu'elle ne voulait plus donner de séance à moins que je ne me chargeasse des dispositions à prendre.
« Une des photographies les plus intéressantes est celle où je suis debout à côté de Katie. Elle a son pied nu sur le plancher. J'habillai ensuite M"^ Cook comme Kaiie. Elle et moi nous nous plaçâmes exactement dans la même position et nous fumes photographiés par les mêmes objectifs placés exactement comme dans l'expérience précéilonte et é<'lairés par la même lumière. Lorsque ces deux épreuves sont placées Tune sur l'autre, les deux photographies de moi coïncident parfiûtement, mais Katie est plus grande d'une demi-tête que M"^ Cook ; la lari^eur de son visage et la grosseur de son corpjs difl'èreul essontielle aient de ceux de son médium.
u Mais la |)liolographie est aussi impuissante à exprimer la beauté parfaite du visage de Katie, que les mots le sont eux-mêmes à décrire le charme de ses manières. La photographie peut reproduire les lignes de sa pose, mais comment pourrait-elle donner une idée de la blanche pureté de son teint, ou de l'expression toujours changeante de ses traits si mobiles, tantôt voilés de tristesse, lorsqu'elle racontait quelques tristes événements de sa vie passée, tantôt souriant avec toute Tinnocence d'une jeune fdie, lorsqu'elle avait réuni mes enfants autour
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d'elle et qu'elle leur racontait des épisodes amusants de ses aventures dans l'Inde.
« J*ai si bien vu Katie récemment, lorsqu'elle était éclairée par la lumière électrique, qu'il m'est facile d'ajouter quelques traits aux différences que., dans un précédent article, j'ai établies entre elle et son médium. Aussi ai-je la certitude la plus absolue que ces deux femmes sont deux individualités distinctes.
« Plusieurs petites marques qui se trouvent sur le visage de M"^ Cook font défaut sur celui de Katie. La chevelure de la première est d'un brun si foncé qu'elle paraît presque noire. Une boucle de celle de Kalie, qui est (à sous mes yeux et qu'elle m'avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes (après l'avoir suivie de mes doigts jusque sur le haut de la tête et m'être assuré qu'elle y avait bien poussé), est d'un riche châtain doré.
« Un soir, je comptai les pulsations de Katie : son pouls battait régulièrement 75, tandis que M''" Cook atteignait 90, son chiffre habituel. En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre son cœur dont les pulsations étaient plus régulières que celles du cœur du médium. Je pus constater également, par l'auscultation, que les poumons de Katie étaient plus sains que ceux de M^^® Cook qui, à ce moment, suivait un traitement médical pour un gros rhume.
« Lorsque le moment de nous dire adieu fut arrivé, je demandai à Katie la faveur d'être le dernier à la voir. En conséquence, quand elle eut appelé auprès d'elle chaque personne de la société et qu'elle leur eut dit quelques mots en particulier^ elle donna des instructions générales pour notre direction future et la protection à
"lli LNE É<:HAI>I»ÉE SLR L*I?«FINI
donnoi* à M'' (look. De cci instructions qui furent sténographiées, je cite la suivante: « M. Crookes a très « bien agi constamment et c'est avec la plus grande « confiance que je laisse Florence (M'''- Cook) entre ses « mains, parfaitement sûre que je suis qu'il ne trompera « pas^la foi que j'ai en lui. Dans toutes les circonstances « imprévues, il pourra faire mieux que moi-même, car « il a plus de force. »
« Ayant terminé ses instructions, Katie m'invita à entrer dans le cabinet avec elle et me permit d'y demeurer jusqu'à la fin.
« Après avoir fermé le rideau, elle causa avec moi pendant quelques instants, puis elle traversa la cbambre pour aller à M""" Cook, qui gisait inanimée sur le plancher. Se penchant sur elle, Katie la toucha et lui dit : .
(( Éveillez-vous, Florence, éveillez- vous-; il faut que « je vous quitte mainlenant. »
u M"*^ Cook s'éveilla, et toute en larmes elle supplia Katie de rester quelque temps encore. « Ma chère, je ne « le puis pas, répondit cette dernière ; ma mission est u accomplie. Que Dieu vous bénisse l » et elle continua à lui parler. Pendant quelques minutes, elles causèrent ensemble, jusqu'à ce qu'enfin les larmes de M'^** Cook rem péchèrent de parler. Sur un signe de Katie, je m'clançai pour soutenir M'^' Cook (jui allait tomber et qui sanglotait convulsivement...
« Je regardai autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu.
« Dès que M'^^ Cook fut un peu calmée, on apporta de la lumière et je la (Conduisis hors du cabinet. »
'l- '*p*?'" IJ"*Ï"'^
In témoia de celte séance inoubliable confirme en ces lerpies le récit de M. Crooltes et y ajoute plusieurs détails des plus étranges que nous reproduisons textuelfement, malgré certaines redites :
« A sept heures et quart du soir, M. Crookes conduisit miss Cook dans le cabinet obscur, où elle s'étendit sur le sol, la tête appuyée sur un coussin. A sept heures vingt-huit minutes, Katîe parla pour la première fois et, à sept heures trente minutes, elle se montra en dehors du rideau et dans toute sa forme. Elle était vêtue de blanc les manches courtes et le cou nu. Elle avait de longs cheveux châtain clair de couleur dorée tombant en boucles des deux cotés de la tête et le long du dos juscfu'à la taille. Elle portait un long voile blanc qui ne fut abaissé qu'une ou deux fois sur son visage pendant la séance.
«( Miss Cook avait une robe bleu clair en mérinos. Pendant presque toute la séance, Katie resta debout devant nous. Le rideau du cabinet étant écarté, tous pouvaient voir distinctement le médium endormi ayant le visage couvert d'un châle rouge, pourlesoustraire à la lomiiMe. Elle ne quitta pas sa première position depuis le com-' mencement de la séance durant laquelle la lumière répandait une vive clarté.
« Katie parla de son départ prochain et accepta un bouquet que M. Trapp lui avait apporté, ainsi que quelques lis attachés ensemble et offerts i^r M. Crookes. Katie invita M. Trapp à délier le bouquet et a poser les fleuTs devant elle sur le plancher. Elle s assit alors à la manière turque et nous pria tous d'en faire autant autour d elle. Alors elle partagea les âeurs et donna à chacun un petit bouquet qu'elle entoura d'un ruban bleu.
i< Elle écrivit des lettres d'adieu à quelques-uns de ses amis en les signant « Annie Owcn Morgan », qui avait été son vrai nom pendant sa vie terrestre. Elle écrivit également une lettre à miss Cook et choisit pour elle un bouton rose comme cadeau d'adieu.
« Katie prit alors des ciseaux, coupa une mèche de ses cheveux et nous en donna à tous une large part. Elle prit ensuite le bras de M. Crookes, fit le tour de la chambre et serra la main de chacun. Puis, s'asseyant de nouveau, elle coupa plusieurs morceaux de sa robe et de son voile dont elle fit des cadeaux à nous tous.
« Voyant de si grands trous à sa robe, on lui demanda si elle pourrait réparer le dommage, ainsi qu'elle l'avait déjà fait en d'autres occasions. Elle présenta alors la partie coupée à la clarté delà lumière, puis, frappant un léger coup dessus, elle nous montra celte partie qui à l'instant devint semblable à ce qu'elle était auparavant. Ceux qui se trouvaient près d'elle examinèrent, touchèrent l'étolTe avec sa permission et déclarèrent qu'il n'existait ni trou, ni couture, ni aucune partie rapportée, là où un instant auparavant ils avaient vu des trous de plusieurs pouces de diamètre.
« Elle donna ensuite ses dernières instructions à M. Crookes et autres amis sur la conduite à tenir touchant les manifestations ultérieures promises par elle par l'entremise de son médium. Ces instructions furent notées avec soin et remises à M. Crookes.
«Elle parutalors fatiguée etdittristement qu'elle désirait s'en aller, sentant ses forces diminuer. Elle réitéra à tous ses adieux de la manière la plus affectueuse. Les assistants la remercièrent pour ces manifestations merveilleuses qu'elle leur avait accordées.
« Tandis qu'elle jetait à ses amis un dernier regard profond et pensif, elle laissa tomber le rideau et disparut à nos yeux.
« Nous Fen tendîmes réveiller le médium qui la pria en versant des larmes de rester encore un peu ; mais Kalie lui dit : « Ma chère, je ne le puis. Ma mission est accomplie ; que Dieu te bénisse ! » Et nous entendîmes le bruit de son baiser d'adieu. Miss Cook se présenta alors au milieu de nous épuisée, défaillante et en proie à une profonde désolation.
« Au coursde la séance, Katie avait dit qu'elle ne pourrait désormais ni parler, ni montrer son visage, et qu'en accomplissant pendant trois ans ces manifestations physiques elle avait passé une vie douloureuse pour expier ses fautes ; mais qu'elle était résolue à s'élever à un degré supérieur de la vie spirituelle et que ce ne serait qu'à de longs intervalles qu'elle pourrait correspondre par écrit avec son médium, mais que ce médium pourrait toujours la voir au moyen de la lucidité magnétique (1). »
(1) Le livre de M. Crookes, Recherches sur le spiritualiame, traduit en français, se trouve à la librairie des Sciences psychologiques, 42, rue Saint-Jacques, à Paris.
CHAPITHE XVII
n me paraît indisptMisahle de le dire ce mot-là. Qu'eslec à dire, en ellet ? — On se regarde, on se taie, on se prond la icte à deux mains et l'on se demande si l'on rêve ou si Ton devient fou...
Et qn'allons-nous faire maintenant?
(^roir'e ou douter ?
(Iroire?... Mais c'est si prodigieusement étrange!
Douler alors 1 Mais est-ce possible, en face des affirmations catégoriques, absolues d'un savant de la valeur de M. Crookes? S'il est un homme, au monde, que l'on soit contraint de prendre au sérieux, c'est à coup sûr celui-là, et tenter le contraire serait folie impertinente ou parti pris compromettant.
Admettons, malgré tout, qu'il y ait, sinon des doutes à avoir, tout au moins quelques questions à poser...
Eh bien! dans quel but M. Crookes auralt-il tenté de
lancer à travers le monde — employons le style des journalistes — ce canard paradoxal, fantonjaiique, plus gros que l'ancien épyornis de Madagascar ?
But inavouable de spéculation ?
— Non, il est riche.
Désir de se singulariser, de se faire je ne sais quelle réclame malsaine ?
— Mais de quelle réclame avait-il besoin ce nom, grand parmi les plus grands, le glorieux Christophe Colomb de la matière radiante? N'était-ce pas plutôt jeter en pâture à la jalousie toute une vie d'honneur scientifique et de grandeur morale incontestée ?
Est-ce tout ? Non certes.
En admettant qu'il eût « trompé » tout le monde, des quatre coins de l'Angleterre et de l'Europe, ne seraientelles pas venues fondre sur l'imposteur, les protestations indignées de ceux qu'il aurait si audâcieusement mystifiés, de tous les journaux auxquels il a envoyé ses communicatioiis, de tousles savants auxquels il a écrit, detous les amis et assistants de ses séances dont il a invoqué le témoignage? C'est en 1874 qu'il a proclamé les résultats de ses recherches ; il y a donc vingt-quatre ans que le monde scientifique a été convié à l'examen de ces révélations sans précédents, et qui donc a réclamé, qui donc l'a convaincu d'imposture (4) ?
Au surplus^ est-il donc le seul qui les ait faites, ces
(1) Il les redoute si peu ces témoignages d'imposture, qu'aujourd'hui encore, en 1898, il vient de prononcer un discours dans lequel il déclare ne rien retirer de ses affirmations précédentes, admettant résolument : la transmission des pensées, la télépathie et la survie, surtout prouvée d'une façon si éclatante par ses expériences sur Katie King.
280 USE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFIM
révélations? Ne sont-ils pas cinquante, ne sont-ils pas reni, tous ceux qui, avant lui, ont expérimenté et conclu comme lui, les Wallace, les Oxon, les Zœllner, les Varley, les Deamond Filz Gerald, les Carter Blake, les Kllioll Coues, les Ascenti, les Gibier, les de Rochas, les Hicliet, les Marillier, les Nus, les Flammarion, les Aksakof... et tant d'autres observateurs sans compter tous les membres des sociétés savantes qui, tout d'abord incrédules ou récalcitrants, sont venus, vaincus par ré\idence, apporter leurs témoignages et leurs adhésions à la révélation grandiose, tels que les Edmonds, les Mapes, les Hobert Hare, les Robert Dale... la liste serait interminable.
A moins d'être atteint de cécité volontaire, la plus incurable de toutes, nous ne croyons pas qu'on puisse douter de Texistence du phénomène.
En douter, en faoe des innombrables faits que nous avons cités, et surtout en présence d'une Katie King dont M. Crookes compte les pulsations et entend battre le cœur, qui donne des boucles de ses cheveux et des Heurs à toute une assemblée d'assistants, de « témoins » qui, pendant des heures, la voient aller et venir en pleine lumière, l'entendent parler, sentent la pression de ses mains, reçoivent ses adieux et la voient se dissiper en l'air — alors que les sténographes viennent
Ajoutons (]ue la Socicti' des recherches pstfchologiques dont M. William Crookes est le président, par l'initiative de quatre de ses njenibres les plus éminenls, le D' James, le D^ Lodge, M. Myers, de l'inivorsité de Cambridge, et le D»" Richard Hodgson, vient de déclarer possible la communication entre les vivants et los morts. (Voir la note 6.)
d'écrire ses recommandalions et que les photographes viennent de couvrir leurs plaques de son image — douter dans de semblables conditions... Eh bien ! qu*est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ce serait de l'aberration, ou de Tentêlement, peut-être aussi le désir de se singulariser — piètre originalité — ce serait enfin tout ce qu'on voudra, excepté d'avoir un entendement ouvert et une loyale bonne volonté.
Si ce so^t les Esprits qui réellement se mêlent à notre vie, que pouvez-vous y faire et à quoi peut aboutir votre stérile intransigeance ? On l'a dit et répété : rien de plus opiniâtre qu'un fait !... La vérité finit toujours par surgir du milieu de tous les décombres qu'on s'efforce d'entasser sur elle pour l'ensevelir. La vérité se rit des fossoyeurs et pour elle il n'y a pas de sépulcre.
« Mais, dites-vous, — c'est Eugène Nus qui parle — cela va ressusciter toutes les superstitions ! Eh bien quoi, où est-elle, ici, la superstition? On me prouverait que ce sont les Esprits qui dirigent le phénomène, je n'en serais pas plus superstitieux pour cela... Qu'ils viennent," je les recevrai poliment et j'écouterai leurs théories, s'ils m'en font, comme j'écoute celles que me font les vivants sous le contrôle de mon bon sens et de ma raison. »
« Les superstitions I Mais c'est précisément pour les détruire que je demande à la vraie science d'étudier ces phénomènes dans leur vivante réalité. »
« La superstition, dit avec raison mon ami Victor Meunier, est faite, au premier chef, d'apparences trompeusçs et de fausses interprétations d'un fait vrai en soi, et elle n'est détruite que lorsque la matière dont elle est faite a été définitivement expliquée.
(( Pour Dieu, expliquez donc, messieurs les savants ;
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c'/eiît votre métier après tout et cela vaudrait infînimept mieux que de tourner le dos ou de fermer obt^tioémoiu les yeux et les oreilles.,.
u Mais la peur du ridicule t... pour française, quelle belle peur, grotesque et surtout lâche !
<i Nous sommes horripilés par cette engeance de prétendus savants qui, pour se distinguer du vulgaire, nous crachent dédaigneusement telles ou telles loculions pseudo-scientifiques devant lesquelles le bon public se pâme d'autant plus qu'il y comprend moins de choses.
(( Kt les mots d'auteur qui éclatent comme une fusée, tels que ceux-ci : La propriété^ cest le vol / — Que mesaient 8 les asHnssins commencent ^ ou bien encore et mieux encore : Le génie est une névrose — Le cerveau secrète la pensée comme les reins sécrètent l urine.., et tant d'autres paradoxes catapultuaux qui font si bon eifet dans un salon ou dans une conféraneat
a Voilà ! lUen de plus simple. Un grand coup detaïalam sur le tympan de la bêtise humaine.,, at les populations se pâment I
c( -n- Tas d'imbéciles ! criait Mengln, aux badauds attroupés devant sa voiture, si je n'avais pas ma grosse caisse, mon casque on cuivre et mon costuma de cara»'' val, vous n'acbîHericz pas mes crayons.
u II y a dos gens qui croient avoir assisté à ses ob^èques. Ils se trompent : Mongin n'est pas mort ; il ue mourra jamais (l), )>
— Mais alors, monsieur Crookes, lui cleraanda-t-on,uii jour, à Paris, et non sans une pointe d'ironie, vous croyez donc aux Esprits?...
(1) Choses de C autre momie.
Et lentement, froidement, M. William Crookes repondit avec autorité :
— Je crois à Katie King.
C'était tout dire en un mot.
Et nous, nous croyons à Tévocateur de Kalie King.