CHAPITRE XVllf
Après les magistrales révélations qui précèdent, je cède au désir de placer sous les yeux du lecteur d'autres témoignages de natures très diverses, mais dontl'étrangeté s impose, dont la signification, s'ajoutaut à celle des preuves déjà fournies, les corrobore en les expliquant.
Ces témoignages, choisis entre cent autres et pris presque au hasard, s'enchaînent par l'unité de la thèse qu'ils affirment. C'est comme une mosaïque dont les pièces de teintes disparates en apparence se fondent dans une tonalité uniforme. C'est une sorte d'anthologie de récils extraordinaires, de faits déconcertants qui, en dépit de leui' diversité, concourent au même but et nous jettent dans le monde des interrogations, des conjectures? dansle domaine des rêves... cesbeâux rêves qui, sur leurs ailes de gaze, nous transportent toujours plus haut, jusqu'en ces régions où l'âme délivrée de ses attaches terrestres tressaille aux souffles qui nous viennent de l'inconnu.
Nous citerons, dit M. Ed. Schuré (1), deux faits célèbres de ce genre — il s'agit de la double vue — et absolunoent authentiques. Le premier se passe dans l'antiquité. Le héros en est l'illustre philosophe magicien Apollonius de ïyane.
1*^^ fait. — Seconde vue d'Apollonius de Tyane. — Tandis que ces faits (l'assassinat de l'empereur Domitien) se passaient à Rome, Apollonius les voyait ù Éphèse. Domitien fut assailli par Clément, vers midi ; le même jour, au même moment, Apollonius dissertait dans les jardins attenant aux Xystes. Tout d'un coup, il baissa un peu la voix comme s'il eût été saisi d'une frayeur subite. Il continua son discours, mais son langage n'avait plus sa force ordinaire, ainsi qu'il arrive à ceux qui parlent en songeant à autre chose. Puis il se tut comme ayant perdu le fil de son discours. Il lança vers la terre des regards effrayants, fit quelques pas en avant et s'écria : « Frappe le tyran ! » On eût dit qu'il voyait, non l'image du fait dans un miroir, mais le fait lui-même dans toute sa réalité.
Les Éphésiens (car Éphèse tout entière assistait au discours d'Apollonius) furent frappés d'étonnement. Apollonius s'arrêta semblable à un homme qui cherche à voir l'issue d un événement douteux. Enfin, il s'écria : « Ayez bon courage, Éphésiens, le tyran a été tué aujourd'hui. Que dis-je, aujourd'hui? Par Minerve! il vient d'être tué à l'instant même, pendant que je me suis interrompu. »
Les Éphésiens crurent qu'Apollonius avait perdu l'esprit. Ils désiraient qu'il eût dit la vérité; mais ils
(1) Les Grands Initiés, p. 368.
iH() IXE ÉCHAPPÉE SIR l'iNFIM
rraig^naient que quelque danger ne résuUàt pour eux de cîc discours... Mais bientôt des messagers vinrent leur annoncer la bonne nouvelle et rendre témoignage en faveur de la science d'Apollonius, car le meurtre du tyran, le jour, l'heure où il fut consommé, tous ces détails se trouvèrent parfaitement conformes à ceux que les dieux lui avaient montrés le jour de son discours aux Kphésiens. »
(Vie (P Apollonius par Philostraste , traduite par Chasisang.)
2*' fait. — Seconde vue de Swedenborg,
Le deuxième fait se rapporte au plus grand voyant des temps modernes. La vision que Swedenborg eut à trente lieues de dislance de l'incendie de Stockholm Ot beaucoup de bruit dans la seconde moitié du xvui*' siècle. Le célèbre philosophe Kant fit faire une enquête par un ami à (lOthenbourg, ville de Suède où la vision eut lieu, et voici ce (lu'il en écrit à une de ses amies :
<i Le fait qui suit me paraît avoir la plus grande force (Icmonstralive et devoir couper court à toute espèce de doute.
<( Ceiaiten 17.>9, que M. de Swedenborg, versla fin du mois de septembre, un samedi, vers quatre heures du soir, revenant d'Angleterre, prit terre à Goihenbourg. iM. William Caslel l'invita en sa maison avec une société de quinze personnes. Le soir, à six heures, M. de Swedenborg, qui était sorti, rentra au salon pûle et consterné ot dit qu'à l'instant même il avait éclaté un incendie à Stockholm et que le feu s'étendait avec violence vers sa maison. Il ajouta que la maison d'un de ses amis qu'il nomma était déjà réduite en cendres et que la sienne
propre était en daDger. A huit heures, après une nouvelle sortie, il dit avec joie : « Grâce à Dieu, l'incendie s'est éteint à la troisième porte qui précède la mienne. »
« Le gouverneur de la ville fut informé. Le dimanche^ au matin, Swedenborg fut appelé auprès de ce fonctionnaire qui l'interrogea et àqui Swedenborg décrivit exactement l'incendie, ses commencements, sa fin et sa durée.
«Le lundi soir, il arriva à Goihenbourg une estafette qui apporta des lettres de Stockholm où étaient racontés les faits avec des détails identiques à ceux qu'avait indiqués Swedenborg.
«Que peut-on alléguer,, poursuit Kant, contre l'authenlicité de cet événement ?
c( L'ami qui m'écrit a examiné tout cela, non seulement à Stockholm, mais à Gothenbourg même. Il y connaît les familles les plus considérables auprès desquelles il a pu se renseigner complètement, ainsi que dans toute la ville où vivent encore la plupart des témoins oculaires vu le peu de temps (9 années) écoulé depuis 1759. » — (Lettre à iM^'" Charlotte de Knobich, citée par Matter, Vie de Swedenborg.)
Voici maintenant le passage fameux tiré des iMémoires du duc de Saint-Simon, concernant un exemple non moins curieux de double vue que lui raconta le Régent lui-même et dont tous deux, pour aussi sceptiques qu'ils fussent, demeurèrent profondément impressionnés :
« Je me souviens aussi d'une chose qu'il (le Régent) me conta dans le salon de Marly, sur le point de son départ pour Ttlalie, et dont la singularité vérifiée par
288 UNE ÉCHAPPÉE SLR l'iNFIM
l'événemont m'engage à ne la point omet Ire. Il était curieux de toutes sortes d'arts et de sciences et, avec infiniment d'esprit, avait eu toute sa vie la faiblesse si commune à la cour des enfants de Henri Ili que Catherine de Médicis avait apportée d Italie. 11 avait, tant qu'il avait pu, chcn*hé à voir le diable, sans y avoir pu parvenir, à ce qu'il m'a souvent dit. et à voir des choses extraordinaires et à savoir l'avenir.
(« La Sery avait une petite fille chez elle de huit ou neuf ans qui y était née et n'en était jamais sortie, et qui avait rii^iiorance et la simplicité decet Age. Entre autres fripons de curiosités cachées dont M. le duc d'Orléans avait beaucoup vu en sa vie, on lui en produisit un qui prélendit faire voir dans un verre rempli d'eau tout ce qu'on voudrait savoir. Il demanda quelqu'un de jeune et d'innocent [)()iir y regarder et cette petite s'y trouva propre, lis s'amusèrent donc à vouloir savoir ce qui se passait alors même, dans des lieux éloignés, et la petite fiHc voyait et disait ce qu'elle vovait à mesure.
c( Les duperies que M. le duc d'Orléans avait souvent essayées l'engagèrent à une épreuve qui pût le rassurer. Il ordonna tout bas à un de ses gens, à l'oreille, d'aller sur-le-champ chez M'"' de Xancré, de bien examiner qui y était, ce qui s'y faisait, la position de l'ameublement de la chambre et la situation de tout ce qui s'y passait, et sans perdre un moment, ni parler à personne, de le lui venir dire à l'oreille. En un tournemain, la commission fut ex(''cutéG, sans que personne s'aperçût de ce que c'(Hait, et la petite lille toujours dans la chambre.
u Dès que M. le duc d'Orléans fut instruit, il dit à la petite iille de regarder, dans le verre, qui était chez M "^ de Nancré et ce qui s'y passait. Aussitôt, elle leur
raconta, mot pour mot, tout ce qu'y avait vu celui qui y avait élé envoyé. La description du visage, des figures, diîs vêtements, des gens qui y étaient, leur situation dans la chambre, les gens qui jouaient à deux tables différ.'ntes, ceux qui regardaient ou qui causaient assis ou debout, la disposition des meubles, en un mot, tout. Dans l'instant, M . le duc d'Orléans y envoya Nancré qui rapporta avoir tout trouvé comme la petite fille l'avait dit et comme le valet qui y avait élé d'abord envoyé l'avait rapporté à l'oreille de M. le duc d'Orléans.
« Il ne me parlait guère de ces choses-là, parce que je prenais la liberté de lui en faire honte. Je pris alors celle de le pouiller à ce récit et de lui dire ce que je crus le pouvoir délourner d'ajouter foi à ces prestiges. Mais, me dit-il, ce n'est pas tout, et je ne vous ai conté cela que pour en venir au reste...
« Et tout de suite, il me conta que, encouragé par l'exactitude de ce que la petite fille avait vu et dit, il avait voulu voir quelque chose de bien plus important, à savoir ce qui se passerait à la mort du roi, sans toutefois en rechercher l'époque qui ne se pouvait voir dans le verre.
< Il le demanda donc tout de suite à la petite fille qui n'avait jamais ouï parler de Versailles, ni vu personne de la cour.
« Elle regarda et leur expliqua longuement tout ce qu'elle voyait. Elle fit avec exactitude la description de la chambre du roi, à Versailles, et de l'ameublement qui s'y trouva en effet à sa mort. Elle le dépeignit parfaitement dans son lit et ceux qui étaient debout auprès du lit ou dans la chambre. Elle fit la description d'un petit enfant, avec l'ordre, tenu par M™"" de Ventadour (et qui
î2î)() t>E ÉCHAPPÉE SLR l'iNFIM
devait régnor \)hv.i lard sous le nom de Louis XV). Elle leur désijçna M""" de Mainlenon, la figure singulière lie Fagon, M™'* la duchesse d'Orléans, M""* la Duchesse, M""' la princesse de Conli, M. le duc d'Orléans lui-même quelle reconnut... en un mot, elle leur fit connaître tout ce qu'elle voyait là de princes, de seigneurs, de domestiques ou valets.
(( Quand elle eut tout dit, M. le duc d'Orléans surpris qu'elle ne leur eût point parlé ni de Monseigneur, ni de Mgr le duc de Bourgogne, ni de M'"® la duchesse de Bourgogne, ni de M. le duc de Herry, lui demanda si elle ne voyait point des figures de telle et telle façon ; mais elle répondit conslaniment que non et répéta celles qu'el'e voyait. C'est ce (jue M. le duc d'Orléans ne pouvait con prendre et dont il s'étonna fort avec moi et en rechcrri a vainement la raison.
« L'événement l'expliqua. On était alors eu 1700. Tous (juaire étaient alors pleins de vie et de santé et tous quatre moururent avant le roi...
(( (^elte curiosité achevée, M. le duc d'Orléans voulut savoir ce qu'il deviendrait. Alors ce ne fut plus dans le verre. L'homme (jui était là lui offrit de le montrer comme i)eint sur la muraille de la chambre, pourvu qu'il n'eût point peur de s'y voir ; et au bout d'un quait d'heure, devant eux tous, la figure de M. le duc d'Orléans et dans sa i^randeur naturelle parut tout à coup sur la muraille, comme en peinture et avec unecouronre fermée sur la tète. Ci^tte couronne n'était ni de France, ni d'Espagne, ni d'Angleterre, ni impériale. M. le duc d'Orléans qui la considéra de tous ses yeux, ne put jamais la deviner ; il n'en avait jamais vu de semblable : elle n'avait que quatre cercles et rien au sommet.
« C'est qu'il était alors bien loin de s'imaginer qu'il serait plus lard régent du royaume, et c'est peut-être ce que cette couronne singulière lui annonçait.
« Tout cela s^élait passé à Paris, la veille du jour qu'il me le raconta, et je l'ai trouvé si extraordinaire que je lui ai donné place ici. »
Voici d'autres citations empruntét^s à un livre ayant pour titre : les Renaissances de Vâme^ dont l'auteur, L. d'Ervieu, est une femme, une voyageuse hardie qui a vu, observé, réfléchi... qui a souffert aussi, c'est elle qui nous le dit: — mais ce qu'elle ne dit pas, c'est que du creuset de ces douleurs est sortie une ame singulièrement forte qui scrute les mystères de la vie, avec une maturité d'esprit et une clairvoyance dont l'originalité égale la profondeur.
Détachons-en quelques fragments :
ORGAiNISMES DITS SURNATURELS EXPLIQUÉS PAU LA RÉINCARNATION
Il m'a été donné, ces jours-ci, d'entendie une des personnahtés les plus surprenantes de notre temps : M. J. Shepard, le musicien écossais.
« Dans une salle obscure des plus exiguës, devant quelques chercheurs de vérité — ni sceptiques, ni croyants — M. J. Shepard^ qui ne connaissait pas méthodiquement la musique, qui ne l'avait jamais apprise — dans cette vie du moins — nous a fait passer par les
202 t'>E ÉCHAPPÉE St'R l'iNFINI
scnsalions les plus élranges, les plus inouïes de la Icrrc.
« Je ne parlerai pas ici d'un morceau, Rythme arabe — inédit^ nous a-l-il dit — ce sont de ces auditions que ma science musicale m'interdit de juger. Non, ce qui a frappé également sept personnes — nous nous sommes fait part de nos impressions — c'est ce que M. Shepard a nommé : Passage de la Mer ronge ; puis un morceau à quatre voix, avec accompagnement presque orchestral.
<« Sur un pauvre piano, d'un facteur oublié, pour rendre les etlets obtenus par M. Shepard, d'une harmonie imilalive dépassant l'instrumentation de nos plus grands concerts, il faut avoir maîtrisé toutes les difficultés du mécanisme, tous h's arcanes de la composition, toutes les ressources du son, dans ses plus puissantes vibralions, comme dans ses nuances les plus délicates.
« Figurez-vous un réel ébranlement du sol, sous le galop d'un régiment de dragons, des cris de détresse — parfailenient distincts — s'élevant au milieu de ce tunuilt(î, comme si une foule trop lente à frayer un passage à cette lourde cavalerie se voyait piéiinée, écrasée, broyée;... le bruit des vagues se brisant contre ces humains que la terre engloutit, et après cette lutte tiianique, se calmant progressivement pour en arriver au doux clapotement d'une marée tranquille sur nos plages méditerranéennes.
u Toutes les touches du piano vibrant dans un sympathique ensemble, non plus sous le doigté de deux mains, mais sous celui de quatre, de six mains, de manière à rendre impossible — par nos moyens actuels d'analyse musicale — l'écriture de ces phrases gigantesques aussi satisfaisantes pour l'oreille dans leur forte que dans leur ultime pianissimo.
« Quant au quatuor, son explication amplifiera les arguments rationnels qui découlent de ces « états artistiques ou scientifiques » non acquis par un individu dans la même vie.
« M. Shepard, ayant pris quelques minutes de repos, dans la plénitude de ses facultés excitées par la sympathie de son auditoire, se surpassa encore.
« Il débuta par un préludé majestueux. Puis, avec une splendide voix de basse, entonna un chant presque religieux... Tout à coup, passant delà voix masculine la plus riche au plus magnifique des sopranos, il nous fit tressaillir... njerveille !... à la voix de soprano, succéda un émouvant contralto qui mêla ses accents durant une mesure à ceux du soprano, tandis que, quelques minutes plus lard, lui répondait une troisième voix : le me2zo-soprano... Toutes personnalités vocales absolument distinctes comme timbre, comme registre, comme qualité de son...
<( Voilà les faits... Ils seront niés par ceux qui, en dépit de leurs yeux et de leurs oreilles, ne veulent ni voir, ni entendre.
« Ces faits^ tout merveilleux qu'ils soient, s'expliquent cependant. L'idée des réincarnations entraîne toujours la conséquence suivante : Dans chaque enveloppe matérielle, nous retrouvons tout ce que nous avons constitué au préalable : état moral, état intellectuel, état artistique, étal scientifique, tout enfin.
« Ce n'est point par inspiration que M. Shepard nous éblouit... il fait revivre — comme il revit lui-même — un talent qu'il acquit et développa dans ses vies précédentes.
« Il est impossible de posséder des idées, des talents,
!**'* ir'-». ?-»s ^inzîjr**'^ n*'a àryûs. Ce que nous appe-
i-> ; **./ ' », Q ^^i ..|«» [;! r'-a^'rjriti'Q o^j^*clive de ce
- •* n« •> »¥ ""i vu ''t vu u;rrvV.;>. Et rVM pourquoi, si
M. >.-• .'••• i a ^ 1 1 u> ■î'-ir.r'r li'lasi»nuu la r«'»alilé
i iQ :i ri'" ^••'■: :i^''^i:\ — un-* ^*A\ masculine el trois
^ i\ f-':. n!.i«-'4 — •: V^t •}!••. <;idv «ottUtter toutes les
*;'-**-s. il i-'iiL p^HH.' pir »-V* q!U're raariifestalîonsanlé-
r»^î;r«^> : <':ir !»* s x \ V I ai d jà ilil, e^t <*ho<e tout à <îiit
^ ■ ••:■': i 'r • î n>l i -ivr»^» ji^rit '-^ jn^* iulraîisf»jrmismo. ^>
In:po^s:: !e de !•* Ci^nîesier; dans tous les pays prîjmpiii»* lU' plus en plus le nom!»re des enfants pro-