CHAPITRE III
Psyché, nous la connaissons ; c'est l'âme humaine. Pythagore nous en a déjà parlé et après lui nous allons raconter la prodigieuse histoire de l'évolution de cette âme qui, pour théâtre gigantesque, n'a rien moins que l'univers.
Cet univers, le voilà. Dans son infinie majesté, il se déroule devant nous. Dans l'espace illimité, qui n'a d'autres bornes que celles que nous impose le vertige de l'incommensurable, tournent par tourbillons nébuleuses éparses, constellations groupées, mondes ou terres qui, à chacun des soleils, forment une cour de satellites. Pour aussi loin que puissent l'imaginer les conceptions les plus audacieuses, ces groupes se succèdent, se renouvellent, se multiplient par delà toutes bornes, franchissant toutes limites.
Cet espace infini, éternel, incréé, aurait-il pu demeurer vide — sombre abîme sans bords, morne océan sans fond?...
Je ne sais; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le
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voici tout palpitant de vie, tout ruisselant d'êtres et de choses, ot sans chercher les causes de son existence^ contemplons-le dans la prodigieuse accumulation de ses astres que remplissent d'innombrables séries de créatures, et qui, depuis le minéral inerte, jusqu'au végétal, jusqu'à l'animal, jusqu'à l'homme, jusqu'à l'esprit invi- ^sible, multiplient indéfiniment leurs variétés d'espèces, de genres, de formes et de dimensions dont aucune classification ne saurait hiérarchiser les catégories.
Ce qui, tout d'abord, nous écrase — on Ta dit et répété cent fois — c'est l'idée de l'immensité. Nous habitons l'espace, nous vivons dans le temps, et nous ne pouvons nous faire une idée ni du temps, ni de l'espace. Devant ces deux conceptions, notre infime cervelle humaine demeure réfractaire.
C'est vainement que nous essayons de nous former des images figuratives, que nous tentons, par exemple, de nous représenter, pour la compréhension de Tespace, une sphère dont les rayons s'en iraient jusqu'à l'infini.
Inutile conception. Pour qu'une sphère puisse mériter ce nom, il faut qu'elle ait une circonférence et dans cette circonférence une infinité de rayons convergeant vers un centre commun. Or, dans l'infini, il n'y a pas de rayons, puisqu'il n'y a pas de centre.
« Le centre de l'infini est partout, sa circonférence nulle part. » C'est Pascal qui l'a dit et nous pouvons l'en croire sur parole. Cela ne nous dit pas grand'chose ; mais pour aussi négative qu'elle soit, c'est encore une définition.
Pour l'infini de la durée, mêmes difficultés. C'est bien vainement qu'on partage le temps en fractions quel-
LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE l'SYCHÉ 85
conques dont raccumulation puisse représenter une incalculable étendue. L'imagination s'épuise en additions indéterminées et le problème n'est pas même effleuré.
Cela me rappelle un conte allemand, un conte de mon enfance et qui me faisait ouvrir des yeux î...
n y a, disait le conteur d'outre-Rbin, sur le rivage d'une mer qui se trouve à l'autre bout du monde, une montagne de diamant, sorte de cube d'une hauteur de mille lieues. Tous les cent mille ans, un petit oiseau vient s'aiguiser le bec sur l'une des arêtes de la montagne.
Eh bien I quand le bloc entier sera usé par ce frottement rapide et léger, une seule seconde de l'éternité se sera écoulée.
Fort bien, pourrait-on dire à l'auteur du conte ingénieux, l'image est saisissante, mais inexacte de tout point, car ce ne sera nullement une seconde, pas même la moindre fraction de seconde, qu'aura duré l'usure de la montagne de diamant.
Les savants eux-mêmes ont essayé de trouver des images suggestives.
« Cherchons, dit M. C. Flammarion, à nous faire une idée de cette prodigieuse chose qui s'appelle l'espace infini.
« Supposez que notre terre tombe dans l'espace — ce qu'elle fait du reste en compagnie du soleil et de l'amas d'étoiles qui constitue notre nébuleuse — supposez donc qu'elle tombe en ligne droite, pendant un nombre de milliards de siècles qu'il vous plaira d'imaginer. Eh bien 1 après celte effroyable chute dans le gouffre toujours béant où elle est descendue avec une rapidité d'un million de lieues par jour, savez- vous où elle en serait?
Non seulement elle n'aurait pas atteint le fond de l'abîme et ne se serait pas éloignée du centre — en admettant qu'il y ait un centre — mais elle se trouverait, quant à sa place relative dans l'espace, dans des conditions identiques à celles où elle se trouvait, avant de s'aventurer dans ce fantastique voyage. »
Il n'y a que deux mots, dans notre langue humaine, qui puissent répondre aux impressions qu'engendre l'idée d'infini, ce sont les mots toujours et jamais.
Toujours s'écoule et se perpétue le temps et jamais ne se termine l'évolution de sa durée.
Toujours on peut voyager dans l'espace et jamais cet espace ne peut être franchi.
C'est ainsi qu'iront à tout jamais et d'un vol foudroyant, au travers des steppes de l'infini, tous ces globes géants dont se composent les tourbillons des cieux.
Et pourquoi ne tombent-ils pas ? demandent les enfants, demandent aussi les hommes. L'on comprend en etfet que ce problème ardu ait été la pierre d'achoppement où sont venues butter toutes les curiosités et toutes les incertitudes. L'on comprend même que, dans leur stupéfaction inquiète, les hommes de tous les siècles aient forgé des hypothèses quelconques, voire même puériles ou grotesques, pour tacher d'expliquer sur quel point d'appui pouvait reposer notre globe.
Pour les uns, c'était une haute montagne qui lui servait de piédestal.
— Mais sur quoi reposait la montagne?
Pour d'autres, c'est sur le dos d'un gigantesque éléphant qu'elle s'appuyait, alors que l'éléphant lui-même se tenait sur une tortue non moins colossale.
— Mais sur quoi reposait la tortue ?
Pour d'autres encore, c'était le géant Atlas qui, sur ses épaules de titan, supportait l'écrasante planète.
— Mais sur quoi donc Atlas arc-boulait-il ses jambes, et d'autant plus qu'outre la terre il supportait encore le ciel, pour supplément de charge ?
Insanités baroques, enfantines imaginations, qui par leur folie même témoignent de l'angoisse de l'esprit humain qu'écrasait comme une montagne ce miracle incompréhensible.
Eh bien ! nous avons changé tout cela. Nous avons mis ce pauvre Atlas aux Invalides que nul ne méritait plus que lui, renvoyé la tortue, remercié l'éléphant et remis la montagne à sa place
Grâce aux astronomes, et particulièrement à M. C. Flammarion, le savant vulgarisateur de choses que lui révèlent de mystérieux interlocuteurs (1), nous savons aujourd'hui que nul appui n'est nécessaire et que c'est bien dans l'espace que flotte notre terre qui pèse cependant cinq mille huit cent soixante-quinze sextillions de kilogrammes.
La chose s'explique tout naturellement, mais encore faut-il en indiquer les raisons. Eh bien ! la pesanteur n'est qu'une propriété relative. Nousn'avons donc qu'à supposer que la matière est demeurée complètement inerte, c'est-àdire dépourvue de toute pesanteur, pour comprendre que ces globes, ces soleils, quelque énormes et pesants qu'ils puissent être, seraient demeurés immobiles à l'endroit même où ils ont été formés. En l'absence de toute
(1) Voir Lumen,
force agissant du dehors, quelle cause aurait pu lés tirer de leur immuable inertie ?
Le verbe tomber n'a pas de signification absolue. Un corps ne tombe pas spontanément, activement ; il ne le fait que si quelque force l'entraîne hors de sa position primitive. S'il tombe en bas, c'est parce que ce bas l'attire. Or, pourquoi tomberait-il et où tomberait-il dans l'espace infini, puisqu'il n'y a dans cet espace ni haut^ ni bas, ni région supérieure, ni région inférieure, vers laquelle pourraient être attirés les objets abandonnés à leur propre pesanteur. Or cette pesanteur n'existe pas, nous l'avons supprimée par hypothèse, et dans ces conditions notre terre sans pesanteur flotterait dans l'infini, comme le fait dans notre atmosphère le fragment de duvet qui çà et là voltige au gré du moindre souffle.
Il n'y a donc qu'une force qui puisse détruire la stabilité des corps inertes, cette force, c'est Vattraction^ et c'est elle qui, suivant l'hypothèse de Newton, domine, régit et coordonne l'univers.
Pas toute seule, à la vérité.
Si elle existait seule, nous verrions de singulières choses dans notre pauvre univers désemparé. Les physiciens nous ont appris que tous les corps s'attirent mutuellement en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances.
Eh bien ! dans cet univers que nous avons laissé tout à l'heure inerte, immobile et comme suspendu dans l'infini, introduisons tout à coup cette formidable loi d'attraction. Que va-t-il se passer? Chacun des globes soudainement attiré, en raison directe des masses, se précipiterait sur son voisin le plus gros, c'est-à-dire le plus attractif, — ce voisin fût-il éloigné de plusieurs
millions de lieues. — Vous faites-vous une id(''e de cette sarabande fantastique? La lune tomberait sur la terre, la terre et les planètes sur le soleiL le soleil sur un soleil plus gros que lui, et tous ainsi les uns sur les autres, si bien que la loi d'attraction amenant une conflagration inimaginable, aurait pour résultat flnal l'amoncellement en un seul bloc de tous les astres épars dans l'immensité!
Voyez-vous ce globe gigantesque, produit de tous les globes agglomérés, et qui, ne sachant plus où aller, resterait tout seul, au sein de l'infini, dans l'impuissance de sa formidable masse chaotique?
Heureusement qu'elle n'agit pas toute seule, cette redoutable force d'attraction. L'organisateur de l'univers lui a donné un correctif. A la force attractive, s'opposent d'autres forces adverses provenant de l'expansion répulsive de la chaleur des soleils, comme aussi des pressions élastiques de l'éther auxcjuelles les physiciens attribuent une grande importance. Toujours est-il que ce n'est pas en ligne droite que se meuvent les astres. Soumis aux multiples actions de forces compensatrices, ce sont des courbes qu'ils décrivent et le plus souvent des courbes fermées, c'est-à-dire ellipsoïdes. Contre les attractions centripètes, luttent des forces centrifuges qui en contre-balaucent l'effet. Et c'est ainsi que s'est établi cet équilibre grâce auquel les terres et les soleils et leurs tourbillons gravitent dans l'espace, dans des conditions de stabilité tout autrement rassurantes que celles qu'auraient pu nous garantir la montagne, la tortue, l'éléphant et le valeureux Atlas, lui-même, que nous avons mis à la retraite.
Or, force attractive d'une part, force répulsive de
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l'autre, qu'est-ce que tout cela,, sinon le mouvement^ dans sa générale application ?
Force et mouvement, nous disent les physiciens, sont les agents suprêmes de l'ordre universel. Ces deux agents n'en constituent qu'un seul selon toute apparence ; aussi voyons-nous ce mouvement organisateur animer d'une éternelle vibration la matière infinie qui, de la plus infime molécule, jusqu'aux soleils, jusqu'aux nébuleuses, tourbillonne dans l'immensité avec cette indéfectible harmonie qui défie l'éternité.
C'est avec une rapidité foudroyante qu'évolue chaque étoile, escortée de ses satellites. Aussi, de quelle formidable envolée s'élance chacune d'elles, au travers de l'infranchissable.
Notre soleil, qui cependant est l'une des étoiles qui marchent le moins vite, n'en parcourt pas moins ses soixante miUions de lieues par an, s'en allant dans la direction de la constellation d'Hercule, louten tournant sans doute autour d'un autre soleil plus grand qui^ luimême, peut-être, gravite dans l'orbe d'un autre soleil dominateur... Arrêtons-nous ici.
Et qu'est-elle encore cette vitesse qui nous emporte, en comparaison de celle d'Arcturus, par exemple (de la constellation du Bouvier), qui parcourt dix-huit cent mille lieues par jour, ou celle encore de cette autre étoile (portant le n^ 1830 du catalogue de Groombridge) qui, d'uu élan furieux, dévore deux millions huit cent vingt mille lieues par vingt-quatre heures !
Et songez qu'on appelle « étoiles fixes » ces voyageuses échevelées. Si prodigieusement vaste est leur champ de course, qu'elles nous semblent immobiles au dôme
velouté de nos nuits silencieuses et ne semblent pas avoir changé de place, depuis les siècles qu'on les observe (1).
Immensité, majesté, ce n'est point assez dire, — c'est splendeur qu'il faut ajouter. Si les systèmes stellaires se ressemblent par la fougue vertigineuse de leurs mouvements, combien diffèrent-ils entre eux par l'indescriptible variété de leurs constitutions.
Les soixante-quinze millions de soleils que renferme l'amas stellaire de notre nébuleuse entraînent à leur suite des tourbillons de planètes dont aucune ne ressemble à ses voisines, pas plus que ne se ressemblent entre elles les diverses humanités écloses à leur surface.
Dimensions, matériaux, densités, chaleur, lumière, années, saisons, climats, mesures proportionnelles des êtres vivants, tout diffère d'un monde à l'autre. Tandis que notre soleil nous éclaire d'une lumière blanche, il en est d'autres qui sont bleus, qui sont rouges, qui sont verts, d'un jaune d'or ou d'un violet d'améthyste. 11 y a des mondes qui ont deux ou trois soleils; il en est d'autres auxquels dix ou douze lunes font de merveilleuses nuits multicolores. A côté de systèmes composés de terres comme la nôtre, il en est d'autres qui sont gazeux, d'autres qui ne sont que vapeurs. Il y a des étoiles d'azote, il y a des comètes d'acide carbonique...
La quantité de lumière n'est pas toujours proportionnelle au volume des corps éclairants. Il y a des soleils gigantesques, mais relativement légers, qui n'émettent
(1) On compte dans notre voie lactée plus de soixante-quinze millions de soleils. Les plus éloignés nous envoient leur lumière en cent mille ans et la lumière parcourt trois cent mille kilomètres par seconde.
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que des rayons calorifiques, alors que d'autres, de dimensions bien moindres, brillent d'un éclat extraordinaire.
Les deux étoiles les plus éblouissantes de notre ciel sont Canopus de la constellation Argo et Sirius de la constellation du Grand-Chien. La premitre est trois fois plus éclatante que le brillant Alpha du Centaure. La seconde l'est quatre fois davantage, et, en tenant compte des distances que l'on est parvenu à mesurer, il résulte que la lumière propre de Sirius est soixante quatre fois plus intense que celle d'Alpha et cent quatre-vingt-douze fois plus que celle de notre soleil dont le volume est deux mille fois moindre que celui de l'énorme Sirius. — alors cependant que notre astre central est treize cent mille fois plus gros que notre humble planète.
C'est ainsi que des didérences de toutes natures éclatent d'un astre à l'autre et les spécialisent dans la vaste collection céleste. Ce sont ces différents états, où l'électricité, par ses accumulations diverses, joue le rôle prépondérant, qui établissent entre les soleils ces diversités de couleurs dont la gamme est infinie.
Inutile donc de chercher à décrire ces spectacles incomparables. Il nous faudrait la langue que parlent les mystérieuses populations de ces régions ultraterrestres, pour essayer de peindre, pour trouver des comparaisons, pour tenter l'expression de l'inexprimable. Tous les joyaux étincellenl dans l'écrin des cieux ; toutes les floraisons éclatent aux parterres de l'empyrée.
Voilà le théâtre de la vie. Passons au drame qui s'y déi'oule, d'éternités en éternités.
Dans l'infini, rayonne le Foyer de vie. C'est la cause des causes, l'Etre en soi, l'Harnionie-Unilé, l'Ame du inonde dont l'absolue personnalité échappe à toute définition, mais qu'on pourrait, ce semble, désigner approximativement, pour la rendre accessible à noire infirme entendement, par l'expression trilogique : Puissance — Justice — Amour (1).
Emanant de ce Facteur primordial, mais coexislanl avec lui de toute éternité, étaient, sont et seront l'esprit et la matière.
Essentiellement, ces deux mots n'expriment qu'une idée, ne caractérisent qu'une entité. 11 n'est que temps d'en finir avec ce dualisme dont les deux termes antithétiques et réputés irréconciliables ont fait trébucher tous les systèmes de philosophie, depuis Aristote et Platon, Descartes, Leibniz (2) et Malebranche, jusqu'à nos modernes professeurs en Sorbonne qu'affole encore, à l'heure qu'il est, ce casse-téte irréductible.
Ce dualisme est aujourd'hui réduit. L'esprit et la matière sont inséparables. Force et matière ne peuvent se concevoir elles-mêmes qu'accompagnées de l'esprit. La force n'est que l'activité de l'esprit et les deux termes
(1) Ajoutons quelques définitions, bien que toutes soient impuissantes il désigner V Innommable,
Qu'est-ce que Dieu? a-l-on demandé aux Esprits, et voici ce qu'ils ont répondu :
Unité absolue, infinie, partie de tous les touls, tout de toutes les parties. Vie universelle, divine puissance, mouvement infini, force unique, morale éternelle, foi unitaire, vérité absolue, Dieu!
(2) Reconnaissons toutefois que c'est à Leibniz ((ue nous devons celte admirable et profonde parole : « L'esprit, le plus pur qui soit, ne peut se concevoir qu'accompaj^né de force et de ma tière. «
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se confondent. Plus d*abîme entre Tespril et la matière. Par une matérialisation graduelle, le premier va jusqu'à la seconde en ce sens que celle-ci n'en est que la métamorphose ou, si l'on préfère, Tincarnation, le dynamisme.
Il est aujourd'hui démontré, scientifiquement, que la matière existe à tous les degrés de raréfaction, depuis l'état initial jusqu'à celui de la matière pondérable. Depuis des siècles, les savants affirmaient, certifiaient que la matière ne comporte que trois états réglementaires : solide, liquide, gazeux. Or, voici que l'on en admet quatre, aujourd'hui, depuis que la « matière radiante » a été découverte par W. Crookes, l'illustre chimiste et physicien anglais. Les atomes de cette matière, dans un vide dont l'extrême raréfaction leur rend toute liberté, vibrent avec violence, s'enflamment et produisent des radiations électriques d'une puissance jusqu'alors inconnue.
Or, au delà de ce quatrième état, il en est d'autres encore. Par une série continue de « spiritualisations » successives — parmi lesquelles viennent se ranger à leurs places respectives les fameux corps impondérables (1) dont les physiciens ne savaient trop que faire — l'on arrive à cet éiher mystérieux, reconnu indispensable pour la justification de certains phénomènes inexpliqués (2).
(1) La chaleur, la lumière, le maguétisme et l'électricité.
[2) Parmi les merveilles qu'enregistre la science moderne, en voici une autre et combien saisissante:
Il résulte des recherches et des expériences du D^ H. Baraduc, que cette chose inconnue (ju'on appelle éthcr, force-suhstance, force vitale^ Akasa^ etc., vibre à l'unisson de nos vibrations intérieures
Dès le xvi^ siècle, Paracelse était arrivé à admettre un agent universel, au moyen duquel s'opèrent les mélamorphoses des corps. Les physiciens du xviu*' siècle crurent au vide absolu des espaces célestes. Cependant, lorsque l'on constata que la lumière n'est pas l'émission d'une matière lumineuse en soi, mais la vibration d'un fluide impondérable, l'on fut contraint d'admettre que ce fluide subtil remplit l'espace entier, pénètre tous les corps et nous transmet les ondes calorifiques et lumineuses.
Newton alla plus loin. Hardiment, presque audacieuse-
psychiques, si bien que tout se passe comme si les actions intimes qui agitent Tètre humain avaient un écho, un retentissement et comme une sorte d'image, dans le fluide invisible qui nous entoure ; comme si enfin la force vitale humaine puisait dans cet éther son alimentation, par un mouvement d'échange continuel — identique à celui que nous opérons dans l'atmosphère pour entretenir lu vie des poumons — par une véritable respiration fluidique de l'àme humaine !
L'on pourrait, dit le D^ Baraduc, trouver, dans cette aura. Texplicalion des impressions inconscientes que nous éprouvons en présence de personnes inconnues, suivant que leur atmosphère fluidique est ou non douce, pure, violente, lourde, en un mot plus ou moins sympathique à la notre. Ne serait-il pas permis de rechercher également, dans ce phénomène, l'explication de ces récits fantastiques qui nous laissaient toujours plus ou moins incrédules, comme ces visions de voiles de lumière, ces nimbes de gloire qu'ont pu entrevoir parfois certains êtres spéciaux voyants ou illuminés.
Voilà donc que nous trouvons, sur les plaques photographiques, la représentation de nos divers états d'ànie, indiciués par ces Forces courbes cosmiques, comme les appelle le D"" Baraduc, qui ouvrent un champ illimité à toutes les hypothèses comme aux révélations ultérieures de mystères aussi merveilleux qu'inexplorés (Paul Ollendortf, éditeur).
ment, il apptîla cet éiher sensorium Dei^ le « cerveau de Dieu » , c'est-à-dire l'organe par lequel la pensée divine, agit dans l'infiniment grand, comme dans rinfiniment petit.
C'est cette « lumière astrale » comme l'appelait Paracelse, ce fluide impondérable, cette lumière invisible, mais qui est au fond de toutes les scintillations et de toutes les phosphorescences, qu'on retrouve dans certaines expériences physiologiques (celles du physicien allemand Ueichenbach, entre autres) et qui joue des rôles divers dans l'électricité, dans le magnétisme terrestre, comme dans le magnétisme animal.
L'intérêt des expériences de Ueichenbach, ajoute M. Ed. Schuré, est d'avoir montré la transition de la vision physique à la vision astrale qui peut conduire à la vision spirituelle. Elles font entrevoir de plus les raffinements infinis de la matière impondérable et nous amènent à la concevoir tellement fluide, subtile et pénétrante qu'elle devient en quelque sorte homogène à l'esprit et lui sert de vêlements de densités différentes.
Celte intuition remonte à un temps immémorial et se retrouve dans les plus antiques mythologies. Elle circule dans les hymnes védiques, sous la forme d'Agni, le feu primordial et universel. Elle s'épanouit dans la religion de Zoroastre, comme aussi dans le culte de Milhras. Dans les cryptes de l'Egypte, les initiés cherchaient cette même lumière dans le mythe d'Osiris. Lorsque Hermès, dans sa vision célèbre, demande à contempler l'origine des choses, il se sent tout d'abord plongé dans les ondes éthérées d'une lumière ineffable où se meuvent toutes les formes vivanles. Après quoi, plongé dans les ténèbres de l'épaisse matière, il entend une voix et il reconnaît la « voix de la lumière » .
C'est qu'elle règne partout, la grande Ame du monde, la Cybèle-Maïa des mythologies grecque et romaine, la substance vibrante et plastique que manie à son gré le souffle de TEsprit créateur. Elle est la médiatrice entre l'invisible et le visible, entre l'esprit et la matière, — la grande matrice de vie, où évolue et palpite l'univers.
Condensée en masses énormes dans l'atmosphère, elle y éclate dans les roulements de la foudre. Bue par la terre, elle y circule en courants magnétiques. Subtilisée dans le réseau nerveux de l'organisme animal, elle y transmet ses sensations au cerveau, puis ses volontés aux muscles.
Bien plus encore, et c'est ici que nous montons aux plus hautes conceptions que puisse suggérer cette prodigieuse découverte, c'est encore et toujours celte âme épandue qui forme des organismes spéciaux semblables aux corps matériels, en fournissant la substance nécessaire, infiniment souple, élastique et toujours appropriée dans sa merveilleuse plasticité, à ces corps fluidiques des âmes que l'Esprit se « tisse » à lui-même en ses incessantes manifestations.
Selon les âmes qu'il revêt, ce fluide s'affine ou s'épaissit en gammes montantes ou descendantes de raréfactions et de condensations graduées. Non seulement il<(Corporise » l'esprit et spiritualise la matière, maisil reflète en sa substance élhérée les pensées et les volontés humaines qu'il enregistre, conserve et perpétue. La force et la durée de ces images — images que Platon appelait idées — sont proportionnelles à rinlensité de la volonté qui les a produites... Et en vérité, y a-t-il un autre moyen d'expliquer la suggestion et la transmission à
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distance de toutes les forces psychiques, ce principe de l'ancienne magie, aujourd'hui constaté et reconnu par la science (1).
Descendons de ces hauteurs, contre lesquelles s'insurgent, cela va sans dire, les routines irréductibles et je ne sais quel scepticisme de commande qu'il est de bon goût d'afficher a priori, sans études préalables, sans examen, sans nul contrôle.
Nier a toujours été et sera, d'âge en âge, la ressource à bon marché et la consolation facile des intelligences myopes et des cerveaux à suture prématurée.
Eh bien! en dépit des uns et des autres, nous pouvons* étabhr qu'il n'y a dans les conclusions ci-dessus, pour aussi hardies qu'elles paraissent, rien que ne confirment les tendances de la science moderne. Nous avons pris pour base le principe de l'unité de substance, et c'est cette unité si longtemps entrevue et pressentie qu'adoptent définitivement, quoique de mauvais gré peut-être, certains savants consciencieux qui ne peuvent plus nier l'existence inéluctable d'une substance invisible, impondérable, si subtile qu'elle échappe à tout contrôle, si ténue qu'elle pénètre tous les corps, si immatérielle, enfin, qu'on la confondrait avec le vide absolu, si la lumière n'en faisait vibrer les ondes éthérées. Et c'est de cette matière cosmique ou astrale, les astronomes eux-mêmes nous le déclarent, que se forment, par lente condensation, les nébuleuses, les soleils et les planètes.
(l) Les Grands Initù's. Voir les Bulletins dé la Société de l)sychoIogie physiologique autrefois présidée par Charcot. — Voir surtout le beau livre de M. Ochorowiez : De la Sut/gi'sfioji mentale ,
La raréfaction de la matière s'étend donc à des limites incalculables.
« Si Ton supposait toute la matière de notre système solaire uniformément répandue dans l'espace qu'enferme l'orbite de Neptune, il en résulterait une nébuleuse gazeuse qui serait quatre cent millions de fois moins dense que l'hydrogène, lequel pèse lui-même quatorze fois moins que notre air atmosphérique (1). La matière dans un tel état doit être ultra-radiante et présenter tous les caractères de la force. Et encore n'en est-elle ^as la forme primordiale, puisqu'elle a encore un poids. Or Ton sait qu'elle, peut aftecter des états où elle ne pèse plus, alors qu'elle se présente à nous sous la forme des quatre corps impondérables, qui sont évidemment des modifications de l'éther ou fluide universel (2).
Bien que relativement matériel, ce fluide se distingue de la matière par des propriétés qui lui appartiennent en propre, — propriétés essentiellement plastiques. Il est susceptible, en d'innombrables combinaisons où l'esprit et la matière s'associent, s'identifient dans une certaine mesure, de produire, sous l'action de l'esprit, l'infinie variété des êtres. Sans cette matière quintessenciée, agent universel de l'esprit, la matière grossière et pondérable demeurerait en état perpétuel de division où toute force resterait neutralisée. C'est l'esprit — force et mouvement — qui communique à la matière et ce mouvement et cette force. Or l'attraction est une force. Sans Tesprit, la matière ne pourrait donc acquérir les propriétés de la pesanteur, propriété toute relative, nous
(1) Flammarion, le Monde avant la création de Vhomme,
(2) G. Delanoë, l'Evolution animique.
->^2Adbliv
l'avons dit. La pesanteur en soi, en dehors des sphères d'attraction , n'existe pas plus que les couleurs, les odeurs, les saveurs, les qualités vénéneuses pu salutaires, en dehors des organes destinés à les percevoir. La formule bien connue tout est dans tout n'est nullemeni une ^, image, c'est une absolue réalité.
Il est temps de conclure. Ce que nous appelons vibration lumineuse, vibration calorifique, fluide électrique, fluide magnétique, agent vital, force animalisée, corps vivants, corps inorganiques, ne sont que des modifications molé(*ulaires de la substance universelle, et toutes les propriétés de la matière émanent de vertus essentielles qui résument toutes les énergies et n'ont d'autres noms que la force et le mouvement.
Qu'en 'résulte-t-il ? C'est que la matière n'est en somme l que la « corporisation » de l'esprit qu'elle individualise
P et qui s'y incarne, au gré de sa volonté.
De la matière, passons à l'esprit.
Ce qui difierencie l'esprit de la matière, c'est l'intelligence. L'esprit est le principe intelligent de l'univers. La matière n'en egt que l'élément passif; mais ils sont inséparables l'un de l'autre. Ce n'est que par leur union que l'esprit peut intelligenter ( 1 ) la matière dont l'animalisation, d'autre part, ne peut s'effectuer que par l'intervention du principe vital, ce « quelque chose », comme l'appelle Claude I^ernard, « qui n'existe pas dans les « corps inorganiques, mais qui, opérant dans les tissus « vivants, avec une sorte de méthode particulière, crée
(1) Expression employée parles Esprits, L/ore des Esjnits [kWan Kardec), p. 10.
LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE PSYCHÉ iOl
« les organes et les répare, quand ils ont été détériorés « par l'usure de la vie ».
Voilà donc la science qui de nouveau vient nous prêter son concours. Comme les physiciens et les chimistes l'ont fait pour l'unité de substance, comme les astronomes l'ont fait pour la constatation de l'éther ou substance cosmique dont l'univers est pénétré, voici le plus grand des physiologistes qui vient nous déclarer que les formules des laboratoires sont insuffisantes pour expliquer la vie, que la malière ne se suffit pas et que les lois d'une physiologie transcendante doivent venir remplacer celles dont une chimie matérialiste avait cru pouvoir décréter rindiscutable et souveraine puissance.
Ce qui fait la matière vivante, c'est la collaboration de l'esprit par voie d'intime pénélraiion. Et n'est-il pas étonnant de voir qtie cette conclusion dernière n'est que Tefflorescence de cette vieille doctrine ésotérique dont le nouveau spiritualisme eslet demeure l'unique héritier?
La métaphysique nouvelle proclame que le vide est un non-sens. Dans l'espace empli jusqu'aux bords d'esprit et de matière confondus, il n'y a plus que des différences de densité. Comprend-on maintenant cette parole profonde des Védas: «Dieu compacta les éléments des choses futures. )) N'est-ce pas dire que mue par Dieu se servant de cette force d'attraction ou dé condensation qui est la force divine par excellence, la substance impondérable a progressivement changé d'état, devenant compacte en comparaison de sa manière d'être antérieure (1) ?
(l) Autres paroles :
o Tout est dans rélher, tout vient de l'éther. » (Formule indoue.) « Portion toute-puissante des soleils et des terres, ardeur vivante
de tout ce qui respire, Ether, noble élément du monde ! »
(Hymnes orphiques.)
Certes, celte antique doctrine ressuscitée est pour nous science nouvelle, mais c'est une science qui repose sur une base solide, qui porte avec elle ses pièces justificatives, ses certificats d'origine et qui se rattache à toutes les données de Taslronomie, de la physique, de la chimie, de la dynamique, aussi bien qu*ellenous fournit la solution des plus difficiles problèmes de la biologie, de la physiologie et de la morale philosophique.
Chose merveilleuse, dit Eugène Nus, de voir la science des derniers siècles reprendre la tradition interrompue par les folies du polythéisme et rétouffante nuit du moyen Age. Kepler, ^'e\vton, Laplace, Herschell, Lavoisier, Berthelol, Claude Bernard, William Crookes, confirment les premières intuitions de l'humanité. Le voile dont s^entourait Isis, la nature mystérieuse, la vie cachée de la vieille Egypte, ce voile s'est déchiré de haut en bas. Nous voyons, nous entendons, nous savons — et ce sont les Esprits eux-mêmes qui nous ont révélé ces choses (Allan Kardoc).
Et l'on s'étonne et l'on s'exclame î — Eh î pourquoi donc, bonnes gens ?
Pour ceux qui admettent la persistance de la vie — nous n'avons pas à nous occuper des autres — et croient à la filiation des idées à travers les siècles, est-il donc si étrange d'accepter l'héritage qui nous est gratuitement offert et d'ouvrir simplement les yeux devant les phénomènes de reviviscence' qui se comptent par centaines et par milliers d'un bout à l'autre de notre globe émerveillé ?
Si l'ame survit, et les preuves surabondent, si n u abîme ne sépare le monde des vivants du monde des
trépassés dont la vie est bien autrement intense que la nôtre, pourquoi s'insurger contre l'idée si naturelle (ju'ils hantent notre terre et vivent avec nous d'une espèce de vie commune ? Il n'y a vraiment là ni miracle, ni impossibilité, ni déraison d'aucune sorte. Nous ne voyons là qu'un fait, étrange à la vérité, mais qu'il serait vraiment puéril de repousser, uniquement parce qu'il est étrange, alors que les prodigieuses découvertes de la science moderne ont pu nous habituer, déjà^ à nous incliner devant de véritables révélations qui ne sont certes pas moins inouïes que celles qui nous sont proposées dans les meilleures conditions de certitude et de crédibilité.
La science manquait aux religions du passé ; le sentiment religieux manque à la science d'aujourd'hui. En ' un mol, les sciences existent, mais la Science n'est pas faite. Le jour où elle lésera, elle perdra son nom de science et s'appellera religion. Ce sera la dernière, l'incontestable, la seule.
Eh bien î si cette science-religion n'est pas encore faite, elle se fait.
A côté du fluide universel, il y a l'intelligence universelle, — deux océans superposés ; mieux que cela, deux océans qui mêlent leurs ondes confondues.
C'est de ce vaste foyer d'intelligence, sorte de matière cosmique intellectuelle, s'il est permis de s'exprimer ainsi, qu'émanent les Esprits. Ils s'en différencient par l'individualisation. Les Esprits sont indépendants du monde corporel, mais leur action réciproque est de nature permanente. Ils sont d'essence indestructible, au même titre que la force et le mouvement.
Les Esprits sont partout. De leurs légions infinies, ils
peuplent les espaces où, comme dans les pluies d'étoiles filantes, se croisent les sillages de leurs « lueurs », de leurs « flammes colorées », de leurs « étincelles élhérées », autant d'images qu'emploient les Esprits euxmêmes pour caractériser leur nature.
Rapides comme la pensée, ils traversent les espaces, passent au travers des corps matériels et volent de monde en monde, flottant dans l'univers fluidique, où ils puisent l'indéfectible énergiedeleurdîvine organisation.
Car ils ont une organisation. Po;ir aussi éthérés qu'ils soient, les Esprits ne sont nullement, comme on se l'imagine, ces pures abstractions, ces vagues entités psychologiques dont les philosophes spiritualistes peuplaient autrefois le mystique univers de leur rêve.
Non, l'ame des incarnés n'est pas une abstraction. Exclure de la notion d'esprittoute idée de matière, quelque subtile qu'elle puisse êire, c'est se contenter d'une négation, c'est s'enlizer dans l'absurde. Si l'ame humaine continue d'exister comme être particulier, chaque âme est nécessairement distincte des autres âmes. L'idée de distinction impose l'idée de limite et déforme; or, forme et limite impliquent la notion de matière. L'âme est donc toujours substantielle, c'est-à-dire esprit et matière en ses éléments constitutifs.
Cette matière est raffinée autant qu'on puisse l'imaginer, d'une spiritualité qui dépasse même toute conception humaine, mais c'est toujours la substance indiscutable.
Si les désincarnés ont abandonné aux vers du sépulcre leur enveloppe charnelle, ils ont gardé leur corps fluidique analogue à leur corps périssable, mais inséparable à tout jamais de leur principe psychique.
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LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE PSYCHÉ d05
Grâce à la merveilleuse gamme de condensations, à tous les degrés de laquelle peuvent s'effectuer des incarnations d'esprit, l'âme est un être concret possédant une individualité d'autant plus nette et délimitée qu'elle est essentiellement personnalisée par la volonté qui eu est la faculté souveraine.
Invisibles et impondérables à l'état ordinaire, les désincarnés peuvent à leur gré se matérialiser plus ou moins par la condensation de leur substance fluidique, se manifester à nous dans des conditions d'extraordinaire réalité, — se faire voir, entendre, devenir palpables et laisser leur image sur les plaques de nos appareils photographiques, comme aussi leur empreinte dans des récipients de paraffine ou de plâtre où se moule leur passagère matérialité.
Ce peuple des Esprits, qui n'a donc rien do chimérique, se mêle à nous sur cette planète qu'ils ont habitée ou sur laquelle beaucoup d'entre eux reviendront s'incarner. Nous-mêmes, nous l'avons habitée bien des fois, au cours des siècles écoulés, et tels souvenirs mystérieux subitement évoqués , telles notions d'origine inexplicable, tels rêves qui nous hantent, telles aptitudes dont l'acquisition nous demeure inconnue, ne sont rien d'autre que des visions rétrospectives, que des images réapparues, que des lambeaux, enfin, de nos existences pré<îédenles qui, de temps à autre, viennent flotter devant nos yeux, ou surgir inopinément du fond de notre mémoire ou subconscience. Aussi, quelle vérité profonde se cache dans la phrase bien connue de Platon : « Apprendre, c'est se souvenir. »
L'existence est-elle autre chose qu'une longue éduca-
d06 UNE ÉCHAPPÉE SUR L'INFIM
lion ? Il se fait, au cours de nos vies successives, une accumulation d'empreintes dont s'enrichit, à mesure, notre organisation fluidique. Notre mémoire, cette faculté mal connue et sur la nature de laquelle tant de théories ont été émises, n'est, en somme, que la collection de ces innombrables empreintes, de ces notes que nous retrouvons inscrites sur ce mystérieux agenda où nos vies écoulées ont pour jamais fixé leurs ineffaçables souvenirs.
Nous vivons donc, ici-bas, au milieu d'une légion d'Esprits,mais de naturesessentiellement diverses. L'autre monde a ses limbes comme celui-ci, ses étages inférieurs et ses sphères lumineuses. Les Esprits enveloppés, voilés, grossiers et alourdis par la matière, séjournent dans les bas-fonds de la vie d'outre-tombe, où, là comme ici, les retient la fatalité. Ce n'est pas un état de soutlrance. Ils n'ont pas même conscience de la lumière d'en haut qui les éblouirait sans les éclairer. Les infériorités s'attirent. La clarté offense les yeux faibles. La matière et ses sédutîfions avilissantes les enlizent dans les marécages. Le monde des sens les subjugue. S'ils ont une tendance, c'est à retomber sur la terre, bien plus qu'à s'élever dans les régions sereines où l'idéal leur servirait de pôle.
Ils montent peu à peu cependant, comprennent, voient, regrettent et désirent. Plus ils s'élèvent et plus haut ils aspirent, attirés par les séductions de la beauté morale dont s'enivrent progressivement les candidats à l'immortalité.
L'âme, entité double, organisme spirituel qu'individualise une enveloppe éthérée, a le pouvoir d'approprier
celte enveloppe à la nature du globe qu'il habite momentanément. Dans la série des matérialisations, chaque Esprit choisit à sa convenance, le degré conforme à l'usage qu'il doit en faire, et c'est dans cet état de corporéité proportionnelle qu'il vient accomplir parmi nous la mission qui lui a été départie. C'est dans cet incarnation relative qu'il « habille sa spiritualité ».
La diversité des Esprits ne saurait donc se décrire. Égaux à l'origine, c'est-à-dire au sortir de l'océan psychique d'où jaillit en cataracte continue le torrent de^ vies sidérales, ils sont créés simples et ignorants, dans une sorte de neutralité initiale, mais possesseurs d'énergies qui leur appartiennent en propre.
L'on a souvent parlé du chant des sphères, si nous parlions, nous, du chant des âmes ?
S'il m'était permis d'assimiler la vie de chacune d'elles à une espèce de mélodie symbolique, je comparerais les facultés latentes qui sommeillent en nous à une sorte de clavier étalé sous nos mains. Sur ce clavier, dont chaque note serait une virtualité possible, nous pourrions improviser ou déchiffrer lentement l'idée mélodique qui servirait de thème à notre vie morale, et c'est quand nous Taurions formulée nettement, puis développée en variations harmonieuses, que nous pourrions joindre notre chant personnel aux symphonies de l'universel concert.
Cette image n'est que la pure et simple réalité. C'est sous l'entière autonomie de son libre arbitre que chaque âme peut disposer de ses énergies innées, suivant ses tendances, ses goûts, ses aspirations hautes ou basses, sa volonté faible, médiocre ou de trempe supérieure ; si bien que l'Esprit — et c'est là qu'éclate toute Timpor-
tance de son glorieux apanage — dans la souveraineté de sa liberté divine, l'Esprit se crée et crée 'sa destinée.
De là ces innombrables catégories d'Esprits qui peuplent les régions invisibles de l'au-delà et que différencient les degrés de perfectionnement qu'ils ont conquis par leur volonté.
S'il en est de purs et de lumineux, combien d'autres qui, cédant à mille suggestions mauvaises, n'ont pas su ou pas voulu s'affranchir des séductions delà matière, ('eux-là sont demeurés ignorants, égoïstes, grossiers, jaloux surtout et par suite malfaisants à l'égard des Esprits incarnés qu'ils ont laissés sur la terre et qu'ils poursuivent de leurs rancunes, les mystifiant, les obsédant sans trêve ni merci, pour se venger parfois de tels méfaits dont ils ont été victimes au temps de leur incarnation (1).
(1) Les cas d'obsessioa se comptent par centaines. Maisons hantées, malélices plus ou moins diaboliques, persécutions de toute naUire, — tels sont les méfaits variés par lesquels se manifeste la malveillance des désincarnés irascibles. Je pourrais, à l'appui de ces faits, citer llustoire de tel de mes amis que persécutent odieusement une bande de vauriens désincarnés qui ne lui laissent parfois la paix, ni le jour ni la nuit, et lui crient à l'oreille les insultes les plus outrageantes Ces citations pourraient être nombreuses, mais je n'ajouterai qu'un fait recueilli dans le Livre (les Médiums d'AUan Kardec, page 320.
Je le résume en quelques lignes.
Pkîsieurri sucurj, vieilles filles vivant ensemble, étaient depuis des années victimes de mystilications intolérables : vêlements dispersés jusque sur les toits, coupés, déchirés, criblés de mille trous^ quehpie soin qu'elles prissent de les enfermer sous clé; meubles déplacés, vaisselle brisée, etc., etc. Ces dames, reléguées dansune petite localité de province, n'avaient jamais entendu parler de spiritisme. Elles crurent tout d'abord être en butte à des plaisanteries de mauvais goût; mais la persistance de ces méfaits.
LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE PSYCHÉ i09
Les Esprits se classent dans l'espace, en raison de la densité de leurs corps fluidlques corrélative à leur degré d'épuration.
Les Esprits mauvais, enveloppés comme d'une vapeur lourde qui les entraîne vers les régions inférieures, doivent s'y incarner de nouveau pour se dépouiller de leurs imperfections.
L'âme pure, au contraire, revêtue d'un corps éthéré^ participe aux sensations de la vie spirituelle, s'élève dans les sphères lumineuses où la matière a été vaincue.
L'âme, parvenue à sa vie supérieure et parfaite, collabore avec Dieu, coopère au gouvernement des mondes, dirige leurs évolutions, veille au progrès des humanités et à l'accomplissement des lois éternelles {Léon Denis).
C'est à ces différentes catégories d'Esprits, dont l'homme a gardé comme un confus souvenir, qu'il a donné toutes sortes de noms : bons ou mauvais génies, esprits follets, lutins ou farfadets, diables, malins ou
en dépit de toutes les précautions imaginables, leur ôtèrent cette idée. Ce ne fut que longtemps après que, sur certaines indications, elles crurent devoir s'adresser à nous (c'est Allan Kardec qui parle) pour connaître la cause de ces obsessions et les moyens d'y porter remède.
La cause n'était pas douteuse; mais le remède était plus difficile. L'Esprit malveillant, évoqué pour la circonstance, se montra d'une grande perversité et animé d'une haine persistante — quelque peu justifiée selon toute apparence, — car il avoua sans ambages qu'il prenait, quoique un peu tard, une revanche légitime, ayant été, de son vivant, le souffre-douleur de ces femmes, acariâtres, égoïstes, malveillantes et armées d'une langue redoutable dont les blessures étaient envenimées.
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démons (1), longue nomenclature qui, partant du pire esprit impur, s'élève jusqu'à ceux qu'on appelle des anges, des archanges ou des séraphins, — autant de personnalités invisibles mais légendaires qui ont joué un rôle si important dans les diverses mythologies plus ou moins religieuses et jusque dans la vie des peuples modernes.
Presque tous les grands ihitiés, réformateurs etfondateurs de religions, dit l'auteur plus haut cité, étaient de puissants médiums, en communion constante avec les invisibles dont ils recevaient des inspirations. Leur vie entière est un témoignage de l'existence du monde des Esprits et de ses constants rapports avec l'humanité terrestre.
Ainsi s'expliquent — étant faite la part des exagéralions et des légendes — nombre de faits historiques qualifiés de surnaturels et de merveilleux. L'existence du corps fluidique et des lois de la médiumnité nous fait comprendre à l'aide de quels moyens s'exerce, à travers les âges, l'action des Esprits sur les habitants de notre terre. L'Egérie de Numa, les songes de Scipion, les génies familiers de Socrale, du Tasse, de Jérôme Cardan, les voix de Jeanne d'Arc, les inspirés des Cévennes, la voyante de Prévorst, la Katie King de William Crookes et mille autres faits analogues, considérés à la
(1) Est-il besoin de dire, même en passant, que le personnage semi-mythologique et semi-religieux, appelé Arhimane en Perse, Thyplion en Egypte, Mépliistophélès en littérature et Satan au moyen âge (cciui-là môme à la faoe duquel Luther crut devoir lancer son encrier dans une crise d'hallucination), ne fut, en tous temps et on tous lieux, que la porsonnifieation abstraite du mal laite suivant Tétat d'esprit des peuples que hantait cette allégorique et grimaçante ligure V
LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE PSYCHÉ idl
lumière du spiritualisme moderne, perdent désormais aux yeux du penseur tout caractère surnaturel et mystérieux.
Et maintenant que faut-il pour que les Esprits dévoyés franchissent les cercles de l'épuration (1) ?
Il faut qu'ils s'incarnent de nouveau, subissent d'autres épreuves, se purifient au feu de la douleur, et c'est dans cet état d'incarnation nouvelle oii ils apportent toutes leurs passions, tous les ferments de leur corruption endémique qu'ils donnent, aux habitants des mondes où ils retournent, l'odieux spectacle de leurs hypocrisies, de leur cupidité, de leur égoisrae, de leur sensualité grossière et qu'on voit surgir, de certains milieux véritablement démoniaques, ces sinistres figures de criminels et de despotes qui, dans les foules terrifiées ou sur certains trônes odieusement célèbres, laissent de larges taches sanglantes. — Candidats au bagne ; têtes qu'attendent l'échafaud sur la terre, ou de terribles expiations dans leurs existences ultérieures.
C'est parce que l'épuration est si lente, que s'ouvre pour révolution de chaque être l'incalculable série des siècles disponibles.
Pour devenir ce qu'elle est dans la moyenne des créatures humaines, il a fallu que Psyché travei'sat tous les règnes de la nature, au travers d'innombrables existences. L'esprit qui manipule les mondes et les êtres se
(1) L'on appelle erraticitô, en langage spiritualiste, l'état Iransiloire des âmes désincarnées qui errent dans les espaces interplanétaires en attendant de nouvelles incarnations.
M UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
manifeste par des intensités diverses. Force latente dans le minéral et dans le végétal, elle s'accentue dans la nervosité animale, puis marche sans recula l'individualité consciente au cours de celle lente et pénible élaboration. L'étincelle animique, qui sommeille dans tous les règnes de la nature, s'éveille progressivement, mais combien paies sont ses premières lueurs au sortir des origines confuses. Ce n'est qu'au bout de périodes immenses que les germes éclosent, que les transitions s'eflecluent. Ce n'est qu'après de véritables révolutions cosmiques que s'opère le passage d'un règne à l'autre, de planète en pknète supérieure. Lente, prodigieusement lente, est cette ascension solennelle.
Les vies, sans se ressembler, se suivent el s'enchaînent, régies par la loi fondamentale de la « répercussion héréditaire ». C'est pendant des siècles, des cycles plutôt, que l'homme conservera ses instincts, sespropensions, ses facultés progressivement évoluées. Tout se correspond, tout se rattache, tout fait écho dans l'éternité. Tel mot, telle pensée, tel désir, tel acte, insignifiant ce semble, renaîtra, retentira dans ces échos qui jamais ne s'éteignent. Pylhagore affirmait que les injustices apparentes, que les répartitions inégales et qui semblent si choquantes, trouvent leur explication rationnelle et justificative dans ce fait que toute existence est la récompense et plus souvent encore l'expiation de celle qui Ta précédée.
L'âme, dans sa complète liberté, peut non seulement avancer, mais rétrograder aussi, suivant sa volonté indolente, indécise ou perverse. La liberté rend toute régression possible. Sur la route montante, l'ame finit par arriver à la pleine conscience de ses pouvoirs et s'élève
à uoe hauteur d'où elle ne descend plus. Mais il y a aussi sur le cbemin tel tournant funeste el tragique, où l'âme dévoyée peut revenir sur ses pas.
D'existence en existence, alors, elle roule aux abimes, perd son humanité, redevient démoniuque, rentre peutêtre dans ranimalité, car la chaîne est continue (1), et retombe aux bas-fonds...
El c'est alors qu'il faut remonter. L'indestructible monade vivante peut déchoir, mais s'anéantir, jamais ! Il lui faut recommencer l'efFroyable ascension à travers^ mille épreuves, de règne en règne, de cercle en cercle dont chacun peut durer des siècles et des siècles.
Le voilà le véritable enfer, selon les lois de l'évolution, el combien plus logique esl-il que celai qu'ont inventé les dogmes. (Ed. Schuré.)
Heureusement que reviennent aussi, parmi nous, sur la terre qu'elles ont habitée déjà, des âmes pures, bienfaisantes, conductrices des autres âmes, — tels ces grands génies de tous les siècles, initiatenrs des peuples, phares de l'humanité, étoiles de première grandeur dans les constellations de i'empyrée spirituel.
Ce sont eux qui, par nous qu'ils inspirent el dirigent, poursuivent leur œuvre providentielle, par l'entremise de nouveaux collaborateurs qu'ils ont eux-mêmes choisis, — merveilleuse association des âges, ftaternité des mondes qui, aux champs de l'inépuisable vie, font mûrir )a moisson sacrée.
C'est ainsi que se manifeste et s'explique le gra
(1) Les animaux sont parents des hommes, disrnlles m)'>'lè %iili((ue$, commi: les hommes sont les parents des dieux.
H4 1>E ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
mystère des réincarnations successives. Œuvre sainte et divine, car c'est dans un esprit de justice suprême tempéré par d'incessantes manifestations d'amour, en même temps que dans un sentiment de respect absolu pour les libertés individuelles, que l'Ordonnateur du plan divin a institué cette grande et merveilleuse école de perfectionnement ininterrompu.
C'est en partant des formes les plus rudimentaires de la basse animalité dont elle s'assimile les ruses, les instincls et les férocités, mais dont elle franchit les espèces, en s'enrichissant des aptitudes de l'animalité supérieure, c'est en gravissant tous les échelons de l'échelle vivante que notre Psyché, dont nous racontons toujours l'histoire, finit par arriver au cycle de l'humanité.
Là s'élargissent les horizons. L'ame et son corps fluidique acquièrent de nouveaux sens, entrevoient les lueur» de l'aube qui faiblement rayonne dès le seuil du monde moral. Psyché sentéclore et palpiter en elle sa conscience engourdie qui lentement se dégage de la gangue matérielle. LYmie désormais humaine s'élève dans la lumière et conquiert sa spiritualité. La chrysalide déchirée s'est ouverte sous le battement des ailes. Le cycle humain s'est achevé. Puis, au bout de chacune de ces étapes, intervient la mort libératrice qui donne un repos momentané à cette âme surmenée par sa longue et douloureuse ascension.
La mort libératrice, ai-je dit ; elle ne l'est que pour les âmes qui soupirent après la liberté.
Les autres ont conservé leurs chaînes, les chaînes de celte matière dont elles sont esclaves, à ce point qu'elles en subissent encore, même par delà le sépulcre, l'étreinte tenace, les désirs avilissants, les passions inexorables.
LE PLAN DIVIN. — HISTOIRE DE PSYCHÉ d^5
Les sensations de faim, de froid, de douleur et aussi de convoitises bestiales, subsistent pour les plus grossières d'entre elles. Leur organisme fluidique dont elles ne se rendent pas compte les déconcerte et les paralyse. Leurs perceptions sont obtuses. Leurs aspirations sont nulles, — « âmes vendues au mal », comme dit l'Écriture. Elles ne savent rien de la vie de l'espace. Tout est ténèbres en elles et autour d'elles. C'est bien dans les « ombres de la mort », dans leur horreur inéluctable, qu'elles flottent éperdues.
C'est donc qu'il faut recommencer, pauvre Psyché avilie dans ta fange, recommencer à gravir, à remonter le rocher de Sisyphe qui roule et redescend toujours... Non, pas toujours.
A Sisyphe le vaincu> à l'éternel condamné du Tartare, succédera, un jour ou l'autre, l'Hercule émancipateur, symbole de l'effort victorieux, de la force indomptée. Plus de forfaits inexpiables. La roche obstinée s'arrêtera dans sa chute, retenue par le bras invincible. Mais que d'efforts pour la remonter jusque là-haut ; que de luttes et de révoltes vaincues par le fouet cinglant des douleurs; que de défaites avant le triomphe final, et combien coûte cher aux fiers obstinés la conquête certaine... mais si lointaine, de leur héroïque immortalité !
La voilà bien, dans son entière réalisation, la souveraine équité, l'idéale justice. Chaque âme, maîtresse de sa destinée, peut subir, souffrir, résister, combattre, gravir la pente ardue et parvenir enfin aux lumineuses sommités.
Il n'est pas de puissance arbitraire qui prédestine les uns à d'interminables épreuves, tout en réservant aux
autres des béatitudes imméritées. Il n'y a plus ici de dieu fantasque qui ouvre à ceux-ci les portiques dorés du paradis, alors qu'il pousse sur ceux-là les verrous d'un enfer sans issue. Nulle injuste répartition dans l'accomplissement de l'œuvre suprême. Nuls privilégiés dans le champ où, sous l'œil d'un maître équitable, travaillent également les ouvriers de la prepaière et de la dernière heure.
Nous savons d'où nous venons, ce que nous sommes et quel est notre but. Nous savons qu'au sortir de chaque incarnation nouvelle l'âme emporte avec elle tout le bagage des vertus conquises, des trésors' accumulés. Nous savons enfin que la douleur est le creuset où s'effectue toute purification, la fournaise où fond Tégoïsme, où se dissout l'orgueil, où s'apprend l'humilité, et c'est à notre conscience seule qu'il appartiendra de se prononcer sur la sincérité de nos efforts. Il n'y a là ni rédemption, ni miracle, ni mystère. Il n'y a que la juslice, — l'absolue justice de Dieu.
Chaque fois que sonne, pour l'un de nous, l'heure de la délivrance et que retombe la pierre du sépulcre qui ne garde que notre enveloppe périssable, c'est à cette heure-là que s'élance son ame une fois de plus victorieuse et qu'elle voit se dérouler devant elle le tableau récapitulatif de ses vies précédentes. Toutes les fautes commises, échelonnées sous ses yeux, lui donnent le moyen de les réparer. Le bilan s'établit. La balance se fait entre l'effort imposé et les résultats acquis. Chaque étape franchie trace les conditions dans lesquelles sera parcourue la nouvelle étape à franchir. Chaque jour prépare son lendemain.
« Après la mort, suit le jugement » disent les Ecri-
tures. Eh bien ! le voilà le jugement et c'est nous-mêmes qui le prononçons.
Il est vrai que nous ignorons, pendant notre séjour terrestre, ce qu'ont été nos vies antérieures. Nous n'avons pas conscience des fautes accusatrices qui expliqueraient et légitimeraient nos douleurs actuelles. Mais ne vaut-il pas mieux qu'il en soit ainsi ? Nous en serions terrassés.
Et, d'autre part, n'avons-nous pas déjà les uns contre les autres assez de rancunes, de jalousies et de haines ? Quelle société serait possible, si chacun de nous pouvait lire, non seulement dans son passé, mais encore et par suite dans le passé des autres ? Savons-nous ce que nous avons fait ou subi dans les périodes barbares dont nous sortons à peine ? En supposant que nous puissions oublier les blessures qu'on nous a faites, pourrions-nous passer l'éponge sur les sévices que nous avons infligés ? Quelle honte et quels remords lancinants! Les meilleurs d'aujourd'hui furent peut-être les pires d'autrefois, et quel obstacle pour notre progrès intime et personnel, alors que nous serions d'autant plus troublés et repentants que nous avons aujourd'hui la conscience plus délicate. Lequel de nous pourrait supporter, sans fléchir, le souvenir cuisant de ses douleurs, accepter le stigmate bien plus écrasant encore de ses défaillances, de ses fautes ou de ses perversités ?
Ce qui nous endurcit et nous livre au mal, pieds et poings liés, n'est-ce pas souvent l'horreur que nous inspire notre avilissement ? Combien se laissent sombrer dans Tabîme, parce qu'ils désespèrent de pouvoir remonter et demandent alors, à la fièvre du crime, un remède contre les affres du remords.
i\H UNE ÉCH4PPÉE SUR l'iNFINI
Puisque ce passé terrifiant s'est effacé de notre mémoire, il s'efface aussi de notre conscience momentanément inconsciente. L'âme qui renaît dans un corps nouveau hérite sans doute de ses culpabilités anciennes, mais au moins est-elle libérée du souvenir immédiat de ses actes et n'est plus responsable que de son avenir.
« Une loi physique, d'accord avec la loi morale, ajoute Eugène Nus dans quelques belles pages que je me plais à résumer ici, s'oppose heureusement à ce que l'ame incarnée ait la disposition de ses souvenirs. L'homme que je suis en ce moment est en quelque sorte une individualité nouvelle dont le cerveau ne peut reproduire que les impressions qui l'ont affecté. La mémoire des faits antérieurs est ensevelie dans les profondeurs de l'être. Ce n'est que lorsqu'elle est dégagée du corps opaque que l'âme se retrouve et se reconnaît.
Ainsi, nous alternons, dans cette vie, de la veille au sommeil et du sommeil à la veille, et ces deux états constituent deux modes d'existence bien distincts, deux ordres de fonctions tout différents. Parce que nous perdons en dormant le sentiment de notre existence réelle, le moi conscient cesse-t-il d'exister? Il est d'une autre façon, il persiste dans la mémoire qui peut sommeiller aussi, mais qui se réveillera. Il n'a plus la notion lucide de la marche de sa vie et de l'enchaînement de ses pensées, mais dans un autre milieu il pense encore, il perçoit, il agit, il rêve... et le réveil le remet en possession de la plénitude de son être.
N'y a-t-il pas là un emblème de la grande et double vie, une page de vérité que Dieu nous a donné à lire et nous invite à méditer?
L'âme recouvre donc, au sortir de cette existence, la
mémoire du passé, mémoire progressive qui se développe à mesure qu'elle monte. Et il faut qu'il en soii ainsi. Le souvenir est une condition essentielle de Timmortalité, parce que le souvenir c'est la conscience et que, sans la conscience, l'immortalité n'est plus qu'un mot.
A travers les alternances et les transformations, c'est toujours le même être et la même vie. Dans l'histoire générale de l'espèce, chaque individu a ses annales personnelles, gravées en lui, dans son organisme iluidique. Il y a des moments où le livre se ferme, mais c'est pour se rouvrir, chaque fois augmenté d'une nouvelle page.
Ce n'est pas seulement l'homme qui renaît et se per- ^pétue, ce sont aussi les hommes, dans les rapports de solidarité qui constituent l'unité de la confédération des êtres.
Au delà des tombeaux, la société humaine continue. La grande famille s'achemine vers le Père, par le progrès dû aux communs efforts. A mesure que les êtres montent et s'éclairent, la solidarité s'accroît. L'unité harmonique tend à se constituer de plus en plus, par la concentration des esprits et des consciences dans une foi générale, en même temps que par la distinction des énergies et des aptitudes. C'est cette hiérarchie naturelle qui maintientdans les deux vies la variété des types et la diversité des fonctions, car ces fonctions sont multiples.
Dans le monde des Esprits dominés par l'Esprit suprême, l'activité est éternelle. Tous les jours, des globes s'organisent, des êtres nouveaux apparaissent, des consciences se forment, des âmes éclosent pour se développer, c'est-à-dire pour travailler.»
420 L'NE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI
Sur cette idée de Tactivité des âmes, nous sommes en complet désaccord avec la plupart des religions. Presque toutes ont proscrit le travail de leur ciel. Moïse a été plus loin ; en le déclarant un châtiment infligé parDieu^ il l'a flétri sur la terre.
Cet avilissement du travail dans les appréciations humaines et dans les dogmes prétendus divins a amené des conséquences absolument désastreuses. C'est cette fausse conception des lois fondamentales de la vie qui, par toute la terre et sous toutes les formes possibles, a organisé tous les systèmes d'oppression aristocratique, toutes les castes dédaigneuses des faibles, des petits, des parias méprisés, des prolétaires condamnés au travail, alors qu'aux grands de la terre étaient réservés l'oisiveté, les loisirs, les richesses surtout, incessamment renouvelées par l'exploitation des misérables. Voilà ce qu'a fait Moïse, ou tout au moins l'auteur de la genèse, en déclarant que l'homme, parce qu'il était maudit, c ne mangerait plus son pain, désormais, qu'à la sueur de son visage » .
Grâce au progrès des sciences, à l'émancipation de la raison et au relèvement de la conscience, cette phase douloureuse de l'humanité touchera bientôt à sa fin. Les idées erronées se rectifient. L'esprit moderne a réhabilité l'activité humaine et sanctifié le travail. La malédiction biblique est efl'acée : ce n'est plus le travail qui flétrit, ce n'est plus l'oisiveté qui honore. A ce progrès de la conscience humaine doit correspondre un progrès dans les formes qu'elle donne à son idéal, et ce n'est que par la mise en action de toutes les énergies de la vie qu'elle peut arriver à le conquérir.
L'idéal est-il autre chose que l'efflorescence de toutes
ces énergies dont nous avons été dotés dès l'origine ?
Perfectibilité, volonté, liberté, n'est-ce point là notre
apanage? Mais c'est avec lenteur qu'évoluent toutes ces
forces innées. La liberté elle-même, ce ressort de toute
activité, ce levain de toutes les virtualités, n'existe tout
d'abord dans l'homme qu'à l'état de germe latent. Il la i
contient comme le gland renferme le chêne. Résultante |
du développement de la vie, elle est proportionnelle à |
ce développement. Être libre, c'est pouvoir, mais pour
pouvoir il faut connaître. L'intelligence et la raison
donnent la mesure à la liberté. La liberté morale est aux
facultés ce que la liberté physique est aux organes.
« Raison, conscience, liberté, responsabilité, cesagents divers de la vie morale grandissent en même temps, émergeant peu à peu de l'instinct, de l'ignorance et de l'égoïsme qui les enveloppent et les oppriment.
Quand l'homme a senti palpiter en lui sa conscience, qu'il a éprouvé une joie ou une tristesse à la suite d'un acte accompli ; quand il a eu en lui une notion, tant confuse et trouble soit-elle, de quelque chose qui est le bien, de. quelque chose qui est le mal, la liberté commence, la lutte s'engage entre la matière et l'esprit, — longue et terrible guerre oii bien des batailles seront perdues, — mais c'est Dieu qui relève les morts (1) . »
Mais pour ce grand combat de l'existence, objectera-t-on, tous ont-ils au moins reçu bravoure égale et armes pareilles?
Les âmes ne peuvent être identiques, même à leur origine, puisque la variété, une variété illimitée dans ses manifestations, est une des lois de l'inépuisable créa-
(1) Les Grands Mystères — ^
lion. La vie ne se répète jamais. Si les âmes naissantes paraissent se ressembler, tout d*abord, elles se différencient bien vite, par les procédés qu'emploie leur évolution. La diversité des natures, qu'explique l'inégalité des forces, doit forcément se manifester par des directions appropriées et des fonctions proportionnelles.
Qu'importe, après tout, si la responsabilité se mesure aux aptitudes? (1)
Par le mal, du reste, comme par le bien, toutes les âmes sont et demeurent solidaires. Chacune agit sur les autres et toutes, par l'engrenage même de leurs forces, concourent au développement de l'espèce. Il faut qu'à la vertu le vice serve de repoussoir. Pour qu'il y ait des martyrs, il faut bien qu'il y ait aussi des bourreaux. Qui nous dit que les victimes d'aujourd'hui n'ont pas été les oppresseurs d'hier, et qu'aux persécuteurs ne soit pas réservée pour plus tard la juste revanche du martyre !
Malgré tout et en dépit de sa lenteur, la justice immanente arrive à son jour indiqué. Le progrès se réalise et graduellement s'accentue. L'ascension de l'âme est en raison directe des notions que lui fournissent les souvenirs de ses existences antérieures, et ce n'est qu'au bout du stade parcouru qu'elle peut se retourner, regarder et comprendre.
Certes, elle sera solennelle, la leçon que nous donnera l'extraordinaire et terrifiant panorama de nos vies soudainement évoquées. Quel spectacle que celui de cette série d'incarnations dont les fantômes surgiront
(1) Voir la parabole des Talents. Matiiieu, chap. xxv, 14-29.
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de tous nos sépulcres entr ouverts. Nous comprendrons alors l'insuffisance de nos efforts ; nous compterons nos défaillances, depuis l'époque mille fois séculaire, où — qui saurait lire dans la nuit des abîmes ? — où, sous la carapace hideuse du mégalosaure ou de Tiguanodon, nous rampions, gueule ouverte et dents aiguisées, dans les marécages des forêts de l'âge tertiaire...
Nous pourrons constater dans quelle mesure nous avons taché de nous dégager des férocités d'une si oppressive bestialité, reconnaître ce qui nous en est resté, pendant des siècles, quelles violences, quelles passions abjectes nous a transmises cet héritage redoutable... et voir, enfin, sourdre, du fond de nos cœurs de « civilisés )), la bête humaine qui s'y déguise parfois si mal, sous son masque d'hypocrisie [i).
Sous ces stigmates d'infamie, quelles hontes brûlantes et quels remords corrosifs I Mais en revanche, quelle idée grandiose et réconfortante nous donnera de l'importance de notre destinée, cette longue série de siècles que le Dispensateur a mis à notre disposition, pour donner à notre liberté la marge immense, l'infinie latitude nécessaire à la conquête de notre immortalité. Heureux, quand nous pourrons constater que nous nous somn>es épurés d'existence en existence, que nous avons abandonné, sur la route, les scories de notre âme et que malgré nos lenteurs, coiipées de défaillances, nous gravitons vers ces hauteurs sereines, où pourra s'effectuer la communion de notre âme avec la grande Ame
(1) « Tu portes au dedans de loi, disait Epictète, le sanglier d'Erymanlhe, l'ours des cavernes et le Monde Némée, — Dompteles. »
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universelle, foyer d'où elle jaillit autrefois, in6me étincelle — mais étincelle impérissable.
Combien d'erreurs, de discussions et de malentendus ont divisé les esprits, égaré les consciences, sur celle question capitale de préexistence, de vies successives et de survie définitive. Le spiritualisme moderne est en mesure d'élucider la question, de la discuter et de conclure.
Jusqu'ici, les matérialistes ont cherché le secret de la vie universelle, non dans les causes supérieures, mais dans les effets tangibles que dissèque le scalpel et que pèse la balance.
Les chrétiens, de leur côté, l'ont cherché dans le brouillard des régions métaphysiques oii s'entre-choquent les arguments, mais où domine et se perpétue l'hypothèse .
Nos procédés sont différents ; notre enquête est menée dans un esprit tout autre. Nous savons, de source certaine, que la cause effective du monde réside dans le monde lui-même qu'elle enferme et pénètre, donl elle est l'âme et le foyer.
Trop longtemps on a cru, sans preuves, et soutenu, sans arguments plausibles, que l'œuvre divine s'encadrait dans le cercle restreint de notre économie terrestre. L'on n'a pas voulu comprendre que ce n'est que dans l'enchaînement et la collectivité des vies solidaires que se révèle l'universelle harmonie, que s'effectue l'évolution générale.
Ce n'est ni dans le temps, ni dans l'espace limités, que peut être mesurée l'œuvre divine. C'est dans l'infini qu'elle s'épanouit, en gerbes de soleils, en jaillissements d'âmes. La création est éternelle, antérieure à tout temps,
débordant toute durée, et c'est outrager la raison la plus élémentaire que de nous la présenter comme sortant à l'iraproviste de je ne sais quel néant subitement fécondé — accouplement de mots antithétiques, invention vaine et creuse dont l'imagination la plus complaisante ne saurait accepter la chimérique fantaisie.
Avec tous ses mondes visibles et invisibles, ses populations planétaires, l'univers n'est pas autre chose qu'un infimense atelier, l'atelier de l'éternelle vie. Chaque globe, roulant dans l'étendue, emporte avec lui des sociétés humaines dont le développement, la valeur morale et le degré de perfection varient de monde en monde, depuis notre infîme planète, pauvre grain de sablé où s'agite une des agglomérations les plus infé- •rieures de la hiérarchie cosmique, jusqu'à ces globes énormes, resplendissants, oii rayonnent les plus glorieux représentants des confédérations célestes (1).
Mais tout progresse et se transforme, notre terre comme les autres terres, et nous-mêmes, comme les frères qui nous ont devancés.
Hommes et mondes naissent, vivent et meurent. Alors que certains astres s'éteignent, d'autres astres s'allument dans l'étendue. « Il y a dans le ciel des berceaux et des tombes, » a dit le poète. Mais, tandis que ces mondes vieillis se disloquent, s'effondrent et sèment aux abîmes leurs débris et leurs poussières, nos âmes, victorieuses du temps et de Tespace, poursuivent leur course vers d'autres cieux où, sous les rayons de jeunes soleils, évoluent de plus glorieuses humanités.
(1) Paraphrase de quelques belles pages de M. Léon Denis {Christianisme et Spiritisfne),
C'est ainsi que s'accomplissent, sur un plan dont lui seul connaît les secrets, les volontés de l'Organisateur. C'est ainsi, qu'à jamais, se poursuivra l'œuvre de vie ; car, dans les solitudes de l'espace fécondé, c'est par poignées que l'augusie Semeur lance à larges volées la poussière de ses mondes, ces « demeures célestes » où se parachèvent les divinités — et c'est devant le grand orgue de l'univers, c'est sur son incommensurable cla* vier dont chaque touche est un tourbillon de soleils et de terres, que l'Artiste suprême joue, d'âge en ûge, l'hymne éternel de la genèse infinie.
Le voilà, le plan divin.