‹ Une échappée sur l'infini, vivre - mourir - revivreChapitre 7 sur 44 · L^ÉPOPÉE DE LA VIE · texte numérisé non relu

L^ÉPOPÉE DE LA VIE

Les Esprits qui raiment, l'entourent, assistent à son départ du monde invisible. Quelques-uns, même, le suivent jusque dans la vie. 11 n'en est pas moins vrai que devant la solennité de cet acte commencent pour lui les douloureux tressaillements, combien plus profonds que ceux de la mort elle-même 1 La mort, c'est la délivrance, tandis que la réincarnation n'est pas autre chose, en somme, que l'écrou du nouveau prisonnier. Combien sont avisées ces peuplades sauvages qui, par des chants d'allégresse, glorifient la délivrance du moribond, tandis qu'elles entourent de leurs lamentations le berceau du nouveau-né.

Des limbes mystérieux de la préexistence, l'Esprit est descendu sur la terre, entraîné par une force contre laquelle il n'essaie même pas de lutter. La chair va reconquérir ses droits que lui avait arrachés la mort.

C'est ici que se manifeste dans son action souveraine le phénomène complexe des matérialisations graduées que nous avons appelées la gamme des condensations.

Entre la matière grossière du nouveau corps et la nature éthérée de l'Esprit, qui donc interviendra ? Par quelles concessions réciproques d'assimilation, les deux éléments disparates vont-ils se rapprocher, se confondre dans leur association ? Qui donc va résoudre ce redoutable problème qui, depuis que les hommes se sont mis à réfléchir, constitue l'inexorable pierre d'achoppement de toutes les philosophies, de toutes les dogmatiques, de tous les rêves stériles et douloureux de l'ascète dans sa cabane, du moine dans sa cellule, du théosophe dans son hypogée ?

Que faut-ilpour réconcilier ces vieux adversaires,

unir ces deux contrastes, cet Esprit et cette matière, dans des conditions telles que le premier puisse agir sur la seconde... sinon un intermédiaire participant de leur double nature ?

Eh bien î il existe cet intermédiaire.

11 y a des milliers d'années qu'il a été révélé à l'humanité et s'est manifesté à elle, par des communications, des apparitions, des influences, des inspirations parfois mal comprises, mais efficaces malgré tout. C'est par sa nature mixte, par sa constitution semi-matérielle et semi-spirituelle, qu'il sert de trait d'union entre les deux termes d'un dualisme que l'on s'obstine à considérer comme irréductible.

Cet intermédiaire est le corps ftuidique ou éthérique^ appelé c< périsprit >^ par les spi rites, « corps spirituel » par l'apôtre Paul et les Pères de l'Église, « corps astral » par les astrologues... les noms abondent. C'est lui qui joue le rôle capital dans le phénomène de la réincarnation. Il est le modèle, le moule, sur lequel la matière se concrète, le corps physique s'organise. 11 dispose les molécules suivant un dessin, un plan préconçu, et c'est à lui que fait allusion un remarquable passage de Claude Bernard dont il sera question plus loin.

Organisme éthéré, issu du fluide qui remplit l'univers, ce corps spirituel, associé au corps matériel, est la forme préexistante et survivante de l'organisme humain. Cette enveloppe, de « matière quintessenciée », va être désormais l'inséparable vêtement de l'Esprit qui, dès cette heure d'incarnation, s'appelle lame — cette âme qui, suivant la définition qu'en ont donnée les Esprits euxmêmes, n'est rien moins qu'une u portion de substance

l'Épopée de la vie 131

que Dieu distrait de la force universelle et attribue à chaque individualité » (1).

C'est toujours cette Psyché dont la longue histoire n'est pas autre que celle des humanités.

Histoire saisissante et tragique ! Hier encore, elle était libre, aujourd'hui elle n'est plus qu'une captive emprisonnée dans la malice, enlacée par tes replis de l'organisme au travers duquel il lui faudra désormais vivre, respirer, penser. A mesure qu'elle se développe, elle sent bien grandir en elle-même une lueur tremblotante qu'elle appelle sa conscience, mais elle se débat toujours sous l'étreinte, et ce n'est que de loin, pour, ainsi dire, qu'elle entend les appels de l'invisible génie intérieur dont la présence ne se fait sentir que « par le battement de ses ailes », comme dit Pythagore.

C'est tantôt le corps qui l'oppresse, la violente, l'enflamme de ses passions charnelles ; tantôt c'est l'esprit qui l'attire en des régions si hautes qu'elle oublie mo mentanément le corps. Mais combien souffre-t-elle de ces déchirements, au milieu desquels elle cherche obstinément le bonheur — c'est-à-dire la liberté de ses ailes.

(1) Rappelons, pour éviter toute confusion, qu'un Esprit est Tun des êtres intelligents qui peuplent le monde invisible, que rame est ce même Esprit, après son incarnation, que le corps fluidique ou. éthérique sert d'intermédiaire entre l'âme et le corpsde telle sorte que l'homme, organisme triple, se compose d'une personnalité corporelle, d'une personnalité mentale ou psychique et d'une personnalité fluidique ou éthérique, de matérialité va riable, relative et à tout jamais inséparable, soit de TEsprit désincarné, soit de ce même Esprit incarné qui dos lors prend le nom d'âme, nous venons de le dire.

Qui saura jamais dire de quelles facultés mystérieuses, inconnues à la terre, est douée cette triple personnalité ?

d32 UNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

Dès que commence à s'effectuer, sous l'actiou du corps fluidique, le groupement moléculaire d'où surgira le corps du nouvel incarné, et que, sous l'influence du fluide vital, s'organise et se façonne la matière animalisée, un trouble profond s'empare de l'âme que paralyse une sorte de torpeur. Ses facultés se voilent ; sa mémoire s'évanouit, sa conscience s'obscurcit et la pauvre Psyché s'endort et rêve dans sa nouvelle chrysalide.

Elle n'a pas encore perd u le souvenir de sa patrie célei^te . 11 est encore visible à ses yeux, le guide spirituelqui lui a désigné la femme qui allait devenir sa mère (1)... Elle se promet de ne pas oublier la lumière dans le monde des ténèbres !... Mais quel trouble, au seuil de ce monde nouveau !

Pendant des années, de longues années d'enfance débile, elle devra préparer son nouvel organisme, l'adapter à ses futures fonctions. Elle le sait, mais elle se résigne, se rappelant peut être malgré son engourdissement qu'elle n'ignorait pas, en descendant sur la terre, combien rude est l'école par où doivent passer les réincarnés.

C'est ici-bas qu'est véritablement ce < purgatoire », dont les religions mal informées ont fait comme le vestibule du paradis ; et c'est là qu'il nous faut renaître et

(l)Pour l'homme et la femme vraiment initiés, dit Ed. Schuré, (lui savent que l'àmo de l'enfant préexiste à sa naissance terrestre, la conception devient un acte sacré, l'appel d'une âme à l'incarnation.

Entre l'âme incarnée et la mère, il y a presque toujours un profond degré de similitude. Comme les femmes mauvaises et perverses attirent les Esprits démoniaques, les mères tendres attirent les divins Esprits. Aussi sainte et divine est h tâche de la mère qui à son enfant doit créer une demeure nouvelle, lui adoucir sa prison et lui faciliter l'épreuvre. — {Les Grands Initiés,)

L^ÉPOPÉE DE LA VIE i33

qu'il nous faut souffrir. N'en faisons-nous pas tous les jours la douloureuse expérience ? C'est là que tout se liquide, se rachète, se répare... sans préjudice d'ultérieures purifications. A chacune des fautes autrefois commises correspond une punition proportionnelle. L'abus des richesses, l'orgueil, fégoïsme, la cruauté ont pour contreparties vengeresses la misère, les humiliations, l'égoïsme des autres et les sévices des impitoyables. Ce qu'on a infligé, on le subit. Et si notre œil était doué d'une certaine double vue spéciale, nous distinguerions, sous la face grotesque ou bestiale des infirmes, des idiots et des fous, des âmes en travail de réhabilitation qu'humilie l'abjection et que torture l'impuissance.

Ne rions pas de ces misérables. Dans ces sépulcres de chair, sous ces larves hideuses, nous pouvons supposer des culpabilités; mais ce sont des culpabilités qui souflrent, gémissent, expient et qui sollicitent notre pitié.

L'union complète de Tame avec le corps ne s'effectue qu'au moment de la naissance. Ce n'est qu'alors que se noue définitivement l'attache fluidique qui, pendant la vie fœtale, s'était progressivement resserrée. L'ame incarnée dont l'enveloppe, hier encore éthérée, peut se matérialiser de plus en plus, finit quelquefois par s'enlizer dans le limon terrestre et y être marquée de stigmates plus ou moins persistants.

C'en est donc fait. L'ame et le corps, indissolublement associés par le fluide vital dont les pénètre le corps

lU UNE ÉCHAPPÉE SUR l'i^FÏNI

fluidique, concourent ensemble à la création du type individuel qui va caractériser le produit de celte incarnation nouvelle. Oui, nouvelle, car combien d'autres l'ont précédée.

Chose étrange, nous pouvons en suivre la trace dans cette espèce de re vision sériaire que refait chaque mammifère au cours de sa vie fœtale. L'homme a été successivement monère, mollusque, poisson, reptile, quadrupède, et c'est par ces formes zoologiques que repasse le fœtus humain avant sa naissance, récapitulant ainsi les états successifs qui caractérisent sa race (1).

Si les divers organismes matériels qui constituent comme la traîne de l'organisme humain s'enchaînent les uns aux autres, il en est de même pour la filiation de ses facultés intellectuelles . Les acquisitions faites dans le passé demeurent latentes, mais elles persistent dans leur intégrité première. Ce sont elles qui constituent ce fonds de l'être intellectuel que l'on appelle le caractère, en même temps que persistent certaines aptitudes fort

(l) Celle récapilulalion des formes zoologiques dont la vie fœtale nous donne le speclacle esl à coup sûr l'un des phénomènes biologiques les plus extraordinaires que nous ontrévélés les physiologistes modernes. 11 est d'autant plus intéressant pour nous, qu'il concorde de tous points avec les données, de la doctrine ésotérique qu'il éclaire, explique et confirme. Les fœtus des mammifères et de l'honinie offrent successivement, c'est-à-dire à leurs différents âi^es, de si étranges ressemblances avec ceux des animaux inférieurs, qu'un embryologiste célèbre déclarait que, s'il' n'avait pris soin d'éiiciueter tous ses bocaux, il lui eùtété impossible de distinguer l'embryon humain de ceux des mollusques, di;s poissons, des reptiles et enlin des quadrupèdes eux-mêmes, loups, tigres ou lions dont les fœtus à telle heure de leur évolution iiltra-utérine sont identiques à celui du « roi de la création ».

l'épop^ de la vie 135

diverses, bonnes ou mauvaises et d'origine mystérieuse, qui se révèlent parfois dès les plus jeunes années.

Notre entendement n'est nullement cette table rase imaginée par les philosophes modernes . Psyché n'arrive pas sur la terre, blanche, pure et dépourvue de toute acquisition. Elle y apporte non seulement des prédispositions heureuses ou fatales, mais encore des passions, parfois des vices qui, endormis dans les profondeurs du cqrps éthérique, peuvent, dans les milieux corrupteurs de la terre, se révéler avec une intensité redoutable. N'y a-l-il pas toutes sortes d'histoires de jeunes criminels dont la précocité déconcerte et épouvante ?

Aux acquisitions du passé, viennent s'ajouter les acquisitions de la nouvelle vie. Au grand-livre du corps éthérique, toutes seront enregistrées intégralement, et, par des vibrations associées, feront surgir certains états de conscience qui, faisant suite aux états anciens, souderont les unes aux autres impressions, sensations et connaissances dont la chaîne, partant des bas-fonds de la vie élémentaire, s'allongera et montera jusqu'aux plus hauts degrés que puisse atteindre la vie spirituelle.

L'on pourrait, dans une certaine mesure, comparer le corps éthérique à une sorte de phonographe où les anciennes vies ont gravé leurs empreintes et dont les résonances, se mêlant aux résonances nouvelles, assurent la persistance de tous les souvenirs associés.

N'est-ce pas ainsi que s'explique l'étonnante précocité de certains enfants qui, ainsi que nous le verrons plus^ loin, apportent, en venant au monde, tout un bagage de prédispositions extraordinaires ? Procédés scientifiques, aptitudes httéraires, dons artistiques, tout surgit et se révèle dans ces «petits prodiges », qui semblent n'avoir

qu'à naître pour mettre en harmonie ce clavier de facultés innées... tels, un Pic de la Mirandole qui, à seize ans, connaissait tout ce que Ton savait à son époque, un Pascal qui retrouvait, à treize ans, le traité des sections coniques d'EucIide, un Mozart qui, à douze ans, composait un opéra, tel encore de nos jours ce jeune luaudi, simple berger, sans culture intellectuelle, qui, à l'âge dequinzeans, — à l'époque où je Taiconnu, — effectuait en quelques minutes, parfois en quelques secondes, les calculs les plus prodigieux. Ces privilégiés de la nature ne se souviennent pas de leurs vies antérieures, mais dans leur corps fluidiqae sommeillent des vibrations qui, à la première incitation, se réveillent et font fonctionner leur cerveau.

D'autre part — et c'est ici que se présente la difGcile et complexe question de l'hérédité — il peut se produire un phénomène de nature toute spéciale. Je veux parler de l'hérédité exclusivement matéridle.

L'Esprit, à la vérité, façonne à son gré le corps que lui ont transmis ses progéniteurs , mais ces derniers ne nous transmettent bien souvent que les éléments de notre organisme corporel. L'Ame vient d'ailleurs, indépendante et préexistante.

Ne voit-on pas, dans nombre de familles, des enfants qui, émanant de la même origine ancestrale, ne se ressemblent en rien, ni par leurs goûts, ni par leurs caractères, ni par leurs aptitudes, ni par leurs prédispositions morales ou immorales — pas plus du reste qu'ils ne ressemblent à leurs parents.

Ces phénomènes ne sauraient en rien nous surprendre. S'il est facile de démontrer, preuves en main, que l'or-

^fT^VT

l'épopée de la vie 137

ganisme matériel lui-même se montre souvent réfractaire aux lois de l'hérédité, combien serait-il plus facile encore d'établir que l'hérédité intellectuelle échappe à toute contrainte, s'affranchit de toute filiation vraisemblable.

L'histoire abonde en ces exemples négatifs.

Qui trouve-t-on dans la descendance directe du sage et avisé Périclès ? L'on y trouve deux sots ayant noms Parallas et Antippas, plus encore un certain Clinias, extravagant à l'état normal et fou furieux par intermittence. L'intègre Aristippe engendre l'infâme Lysimachos ; Thucydide, l'inepte Milésias. Phocion, Sophocle, Socrate, Thémistocle donnent le jour à des fils indignes et le frère d'Alexandre le Grand s'appelait Arrhidée rimbécile.

Dans le domaine des sciences, c'est de toutes parts que l'on voit surgir le génie de parents incapables de transmettre des facultés dont ils étaient complètement dépourvus ; et quand on demande à l'histoire ce que furent les pères de fils illustres tels que Bacon, Copernic, Descartes, Galvani, Hegel, Kant, Kepler, Locke, Malebranche, Réaumur, Spinosaet tant d'autres... l'histoire répond : pères inconnus, de médiocre valeur, parfois même inintelligents (1).

Je n'ignore pas . que certaines objections ont été faites.

— La question n'est-elle pas à double face, disent nombre de gens qui protestent et non sans raison. Combien de fois n'a-i-on pas constaté qu'il existe d'indéniables transmissions héréditaires de facultés intellectuelles ou morales ? Combien n'a-t-on pas vu de savants,

(1) Voir le savant ouvrage de M. G. Delanne, rÉvolulion animiqne.

138 LNE ÉCHAPPÉE SUR l'iNFINI

fils de savants, et d'artistes, fils d'artistes, comme il y a des scélérats et des bandits, fils de bandits et de scélérats ?

Qui n'a entendu parler des cinquante musiciens distingués que Ton compte dans l'étonnante famille des Bach, en Saxe-\Veimar,.ou des nombreux artistes sortis de celle des Médicis, de Florence t^'il y a des races maudites et stigmatisées de lares ineiïaçables, il en est d'autres, en revanche, qui sont singulièrement privilégiées. L'hérédité ne se borne pas à marquer de ses empreintes les seules formes extérieures. Par delà les ressemblances du sonde la voix, des goûts, des couleurs, des proportions ou des attitudes, il en est d'autres plus profondes. S'il y a des familles dont les membres ont six doigts à chaque main et des hommes porcs-épîcs, comme les célèbres Lambert, de Londres,, il y a de glorieuses ressemblances et d'héroïques héritages transmis par tels pères à leurs descendants.

— Oui, répondrons-nous, la question est double en effet ; mais si la physiologie reste muette devant ce problème complexe, le spiritualisme est là pour le résoudre.

Dans tout organisme humain se trouvent en présence deux éléments bien distincts : la fcculté fonctionnelle d'une part, l'organe matériel de l'autre.

La première appartient à l'âme, le second est fourni par le corps. Pour que l'ame puisse mettre en jeu ses facultés, il lui faut des instruments matériels, un cerveau qui pense, des yeux, des oreilles qui voient et qui entendent, des bras, des mains qui exécutent, tout un organisme apte à manifester les conceptions du philosophe, du poète et de l'orateur, les lignes et les couleurs du

l'Épopée de la vie 139

peintre, les mélodies du musicien, et c'est pour la réalisation de ces œuvres multiples que s'associent les trois éléments constitutifs de l'homme : son âme, son corps éthérique et son corps matériel.

Associés, certes, ils le sont. Ensemble, ils agissent ; ensemble, ils se perfectionnent. L'ame élevée se fait un corps éthérique à son image, lequel à son tour se fa(^onne un corps aux muscles dociles dont un entraînement, savamment gradué, peut développer jusqu'au degré le plus étonnant la souplesse et la dextérité.

Nous savons, d'autre part, qu'en vue de sa nouvelle incarnation un Esprit suffisamment développé peut se choisir sur la terre le milieu le plus apte à faciliter son perfectionnement. N'est-il pas dès lors tout naturel qu'il cherche à se procurer, dans telle famille où ont été cultivées les plus hautes fiicultés intellectuelles, telle matière affinée, tel organisme délicat dont les aptitudes lui sont garanties par la préformation d'une race ainsi privilégiée ? — (Voir la note 3.)

Et voilà ce qui nous explique que, sans qu'il soit porté atteinte à l'indépendance absolue des Esprits, Ton rencontre des philosophes fils de philosophes, des artistes fils d'artistes ou encore des inventeurs issus d'inventeurs, comme ce fils déjà célèbre du prodigieux Edison.

Indépendamment des Esprits^ errants, peu avancés, qui, ne comprenant pas la grande loi de l'évolution, flottent dans rindécision de leur incapacité, il en est d'autres, bien plus imparfaits encore, qui seraient tout disposés à revenir sur la terre, pour s'abandonner aux appétits de leur chair mal éteinte, aux sollicitations de leur corps éthérique lui-même, encore tributaire d'une matière

impérieuse et corruptrice. Mais en revanche, en dehors de ces groupes corrompus et corrupteurs, il y a auss des catégories d'Esprits plus élevés qu'unissent certaines affinités spirituelles et qui forment des confédérations supérieures, où certains d'entre eux prennent leurs dispositions pour se réincarner dans des milieux conformes à leurs besoins et à leurs aspirations.

C'est donc l'âme, enveloppée de son corps fluidique, qui va tout diriger dans le corps de cet enfant où nous l'avons vue descendre. Suivant ses capacités acquises et les prédispositions qu'elle apporte sur la terre, Psyché va lutter ou se laisser vaincre et, dans ce dernier cas, se sentir emporter, comme la feuille au vent, par les ignorances entêtées, les tergiversations des prétendus sages et les amères négations des sceptiques. Vainement elle cherchera au travers de ses sensations fugitives et de ses pensées inconsistantes cette petite étoile qu'elle portait en elle, mais qui dès le seuil de sa nouvelle existence s'est éclipsée subitement.

Ah I c'est qu'il fait sombre dans ce sépulcre de chair où elle vient de s'ensevelir, et c'est avec une angoisse au cœur qu'elle s'efforce de se rappeler ce qu'elle fut dans le monde lumineux qu'elle vient de quitter. Tout n'est-il pas circonscrit pour elle, dans le cercle étroit que vient de lui ouvrir la naissance ? Ses forces ne seront-elles pas paralysées à tout jamais par ces liens de chair, par ces incapacités de l'enfant qui, pendant des mois et des années, aura tout à apprendre, parce qu'il a tout oublié, et qui de même qu'il traîne sur le sol

l'épopée de la vie 141

ses membres inhabiles, devra chanceler dans ces brumes où talonne son intelligence et où se désespère son incurable débilité ?

Voilà ce que nous apporte la naissance. Aussi quelle tristesse dans le regard humain, lorsqu'il cesse de rire ! Tout au fond de l'œil rêveur et mystérieux de l'enfant, ne nous semble-t-il pas voir son ame inquiète qui, visiblement s'informe, voudrait comprendre, mais jamais ne devine le problème de sa destinée ?

Va, pauvre petit soldat de la vie, — car la vie est une bataille — ne perds pas courage ! C'est au bout du chemin qu'est la délivrance ; c'est à travers les planches disjointes des portes du sépulcre que transparaîtront les divines lueurs.

Page 1