I. L^ordonnance est du 21 juillet
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droits : il eut protesté, on peut en être certain, sans cette invitation.
L'assemblée du 4 février fut extrêmement orageuse. M. de Saint-Georges s'y présenta. Il s'opposa en termes violents à l'élection projetée. Il soutint que la première nomination de M. de La Denays avait été surprise à la religion du duc d'Orléans, et qu'elle avait été confirmée par le conseil d'Etat, au préjudice de ses droits, et de la possession qu'avaient toujours eue, suivant lui, ses prédécesseurs. Il prétendit avoir envoyé à l'intendant les titres authentiques qu'il s'était procurés malgré les efforts de M. de La Denays (c'était une allusion aux précautions prises lors de l'inventaire des pièces renfermées dans le chartrier). Il accusait les habitants de soutenir M. de La Denays, a dans la crainte de la taille ff et de la capication, plutôt que par esprit de « justice et de bon ordre. » Il ne craignait pas de mettre en cause l'intendant lui-même. M. de Levignen, avait, disait-il, usé de partialité envers ses adversaires, « au mépris des droits du duc « d'Orléans auquel les ofïïces appartenaient dans (i toute l'étendue de son apanage d et qui devait souffrir un préjudice considérable, si, contre toute
justice et touc droit, l'arrêt définitif du conseil d'État ne lui donnait pas gain de cause.
Là ne se bornaient pas les griefs de M. de Saint- Georges. On avait colporté dans la ville de Domfront une espèce de factum exposant l'état de la question depuis si longtemps soulevée par les prétentions du lieutenant général au bailliage. On avait cherché à grouper un certain nombre de signatures au bas de cette pièce, destinée à l'intendant ou au roi lui-même. M. de Saint-Georges y était-il maltraité? On serait tenté de le supposer; car il protesta dans les termes les plus vifs contre « une requeste furtive et clandestine » dressée, suivant lui, « par les officiers municipaux sortants « et que le sieur Subdélégué, par une démarche « indigne et punissable, et qui le rendait seul « incapable de tous employs, avait eu la témérité « déporter lui-même de maison en maison, pour, « sur de faux prétextes, en exiger la signature...)) — Il demandait à en prendre communication pour en démontrer » le faux et l'odieux. » Il disait, enfîn^ que les officiers sortants et notamment M. de La Denays^ devaient se rétirer du lieu des séances, et ne pas prendre part à la délibération, « ayant plus que lieu de suspicion par ce qui s'était
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« passé cy-devant, eu égard à la conduite des « officiers municipaux. »
Cette dernière demande n'avait aucun fondement. M. de Levignen, en ordonnant la convocation de l'assemblée, avait décidé que cette assemblée serait présidée par le maire sortant.
M. de La Denays refusa donc de se retirer ; il invita au contraire M. de Saint-Georges, qui n'était pas originaire de la ville, à quitter la place. De leur côté les deux eschevins, accusés comme M. de La Denays d'avoir rédigé et colporté le factum injurieux dont se plaignait le lieutenant général au bailliage, démentirent énergiquement cette allégation, et lui reprochèrent les termes « taxatifs et insultants » employés à leur égard.
C'est par ces querelles et par ces injures qu'on préludait à l'élection. Le trouble était dans les esprits, échauffés par la lutte. La confusion devint telle entre les habitants réunis dans la chambre de ville, que lorsqu'on recueillit les suffrages, il fut impossible de former une majorité.
Les uns étaient d'avis de proposer, conformément à Pordonnance de l'intendant, trois candidats à l'agrément du duc d'Orléans. Celui-ci aurait désigné l'un d'eux pour faire les fonctions
de maire jusqu'à l'issue du procès pendant entre la ville et M. de Saint-Georges.
D'autres demandaient qu'il fût sursis, jusqu'à la décision de ce procès, à la nomination du maire, et que l'on élût, en attendant, les autres officiers municipaux.
Un troisième avis fut ouvert par M. Robert Garnier, sieur de La Fosse, s'intitulant « avocat et natif » de la ville. Dans un but de conciliation, qui ne fut pas compris, il proposait au choix du duc d'Orléans « M. de La Denays, maire élu par la ville, et en faisant les fonctions depuis trois ans » ; en second lieu, « M. de Saint-Georges, lieutenant général du baillage, prétendant être maire-né de son office, dont les prédécesseurs ont fait la fonction sans aucune opposition connue et qui l'a faite aussi pendant dix ou douze ans ; » enfin ( car il fallait trois candidats) « M. de Vaucé, vicomte de Domfront, et sénéchal de Son Altesse Sénérissime Ms"" le duc d'Orléans. «
Quant aux eschevins, par le motif au moins bizarre que M. de Mony en faisait les fonctions depuis près de vingt ans, « s'estant toujours fait continuer par les suffrages qui lui ont été donnés
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dans chaque assemblée de ville, » M. Garnier demandait son remplacement par M. Roullin la Martiniére.
Cette proposition fut insérée en entier, sur la demande de M. Garnier, dans le procès-verbal de la délibération. M. de La Denays en fit donner lecture publique. Mais elle ne rallia personne, € Et vu qu'il ne s'est trouvé d'habitants « du sentiment dudit sieur de La Fosse, nous en « avons accordé acte, » ajoute laconiquement le procès-verbal.
En résumé , la délibération du 4 février n'aboutit à rien de précis. Les esprits, échauffés par la lutte, ne pouvaient plus s'entendre et M. de Saint-Georges avait mis habilement à profit ces dissentiments. Malgré l'invitation qui lui avait été faite et sa soumission apparente , il n'avait point quitté le lieu des séances. M. Pottier de la Denays protesta contre cette attitude en des termes que nous devons rapporter, car ils donnent une idée de l'ardeur des partis aux prises et de la violence des passions surrexcitées : « Nous avons de tout ce que dessus accordé acte, en notre qualité de commissaire nommé par M. l'intendant, sous nos protestations et réservations à
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nous pourvoir en réparation contre les termes injurieux, violents et taxatifs, contenus dans le libelle dudit sieur de Saint-Georges cy-devant inséré, suppliant respectueusement le Roy, Son Altesse Sénérissime monseigneur le duc d'Orléans, de nous accorder leur justice et protection contre les attentats continuels dudit sieur de Saint -Georges, lequel n'a quitté pendant la présente délibération le lieu des séances, pour empescher et arrester la liberté des suffrages, et lequel esc encore actuellement présent, et au surplus, nous avons remercié les sieurs habitants qui ont porté pour nous leurs suffrages, suppliant S. A. S. Monseigneur le duc d'Orléans de choisir tel autre maire qu'il plaira à S. A. S., cette fonction nous ayant fourny l'occasion, au sein de l'assemblée, de différentes contestations de la part dudit sieur de Saint-Georges et de ses adjuvants qui nous ont à tous égards pris à partie, quoy que nous n'ayons jamais entré dans les affaires de la communauté, directement ou indirectement, que depuis trois ans qu'il a plu à S. A. S. Monseigneur le duc d'Orléans nous accorder un brevet de maire... »
Cette protestation contre la présence de M. de
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Saint-Georges écait fondée ; car l'arrêc du conseil d'Etat, rendu sur la requête de M. de La Denays , interdisait par provision au lieutenant général au baillage d'intervenir directement ou indirectement dans les affaires de la communauté, à peine de 500 livres d'amende. Mais il n'en restait pas moins fort difficile de savoir quelle était la pensée de la majorité des habitants. L'influence respective des deux adversaires, les passions et les haines individuelles, si actives dans une petite ville, l'agitation qui avait accompagné l'élection, les nombreux incidents de cet ardent conflit, toutes ces causes avaient agi sur l'opinion publique et rendu presque impossible l'expression sincère de la volonté des habitants.
Au milieu de ces luttes en sens contraire, un grand nombre d'habitants, pour ne déplaire à personne, s'étaient abstenus; les autres, forcés à raison de leur situation ou disposés par leur caractère à prendre parti, s'étaient dirigés évidemment par des considérations étrangères au bien public. Ainsi s'expliquent ces votes contradictoires, ces propositions diverses et finalement l'absence de majorité.
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La délibération du 4 février 1741 porte la trace de ces luttes, si vives et si singulières, avec une telle évidence que le duc d'Orléans jugea à propos d'annuler tout ce qui s'était fait. Le prince apanagiste en donna pour motif « que les assemblées ténues n'avaient point été accompagnées de la solennité ou de la fréquence convenable ou étaient devenues tumultueuses par les divisions qui y sont relatées entre plusieurs des membres dont elles étaient composées, en sorte qu'il n'est pas possible ny de bien établir ce qui en résulte-, ny de connaître avec quelque évidence qui sont les sujets que la plus saine partie des habitants désire être chargés de l'administration des affaires communes*. »
Il fallut procéder à une nouvelle convocation de l'assemblée communale. Cela fut fait par ordonnance de l'intendant fixant la réunion au 29 mars. D'après cette ordonnance il devait être présenté au choix du duc d'Orléans trois candidats pour chacune des places de maire, eschevins et procureur de l'Hôtel de ville. De plus, M. de Levignen, pour prévenir de nouvelles discordes et