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La terre d’Avesnes qui formait une des pairies du Comté de Hainaut, après avoir appartenu à des seigneurs de ce nom dont le blason, bandé d’or et de gueules de six pièces, brilla d’un vif éclat sur Les champs de bataille de la Palestine, passa, par suite d’alliance, dans la famille de Châtillon, dite aussi de Blois et de Bretagne-Penthièvre. Elle était possédée en 1412, par Olivier de Châtillon, désigné généralement par les documents contemporains sous le titre de comte de Penthièvre. C’était le fils de cet infortuné Jean II de Châtillon qui resta plus de 36 ans prisonnier en Angleterre. Par sa mère, Marguerite de Clisson, il était le petit-fils du célèbre connétable. Né vers 1388, il n’avait que seize ans lorsqu'il succéda à son père, mort en 1404. Aussi fut-il, ainsi queses frères et sœurs, placé sous la tutelle de sa mère qui, au nom de ses enfants, prit possession du comté de Penthièvre, de la vicomté de Limoges, des terres d’Avesnes et de Landrecies.
Les historiens s’accordent pour représenter cette princesse comme une femme ambitieuse et vindicative qu’animait une haïnetantlôt sourde, tantôt manifeste, mais toujours violente, contre la famille ducale de Bretagne à qui elle ne pardonnait pas d’avoir définitivement triomphé. Elle avait fait le malheur de son mari et allait exercer une funeste influence
sur l'esprit de sesenfants. Olivier tint d’elle son esprit agité, son goût pour les complots et les machinations ténébreuses, son manque de scrupule sur le choix des moyens à employer pour réussir, ce qui lui valut plus tard d’être condamné par les États de Bretagne comme chevalier félon. Gendre du duc de Bourgogne Jean-Sans-Peur, dont il avait épousé la quatrième fille Isabelle, il saisit avidement le prétexte d’une mésintelligence entre le Dauphin et le duc de Bretagne Jean V,pour s'insinuer dans l'esprit de ce dernier à qui jusqu'alors 1l avait inspiré une secrète méfiance. Admis à sa cour et dans sa familiarité, 1l feignit, à l’instigation de Marguerite de Clisson qui avait ourdi le complot, de vouloir lui donner une fête et l’attira ainsi au château de Loroux où il s'empara de sa personne. Mais tandis qu’il trainait de forteresse en forteresse son suzerain, toute la noblesse bretonne, indignée d’une telle perfidie, prit les armes, investit et ruina ses châteaux, saccagea ses villes, dévasta ses terres et le contraignit à la fin à mettre son prisonnier en liberté. L’arrèt solennel qui le frappa d’imfamie, ordonna la confiscation de tous ses biens sis en Bretagne (18 septembre 1420). « Alors, dit Monstrelet, Olivier ne sçavoit bonnement où estre asseur de sa personne, car peu trouvoit qui le vouloist soubstlenir ; pour lesquels mconvéniens eslongner, seretrahit en la viconté de Lymoges, et après aulcunes conclusions prinses avec ses frères, il se partit de là et par le pays d'Auvergne, s’en alla à Lyon surle Rosne, et puis à Genève età Balle pour venir à sa terre d’Avesnes au païs de Hainault; mais ainsi qu’il faisoit son chemin sur la rivière du Rhio, il fut prins du marquis de Bade pour mercq (gage de marchandises), pour tant que icelluy marquis avoit autreffois eu de ses gens destroussez audit pays du Hainault. Sy fut grand espasse prisonnier et enfin luy cousta bien trente mille escus d’or sa rançon » (1).
(1) Monstrelet. Tome I. Chap. Il. Voir aussi Lebeau, Précis de l'Histoire d'Avesnes, p. 8T et 8K.
Les émissaires du duc de Bretagne essayèrent encore vainement de se saisir du comte Olivier pendant qu’il traversait les provinces rhénanes et le Luxembourg pour se réfugier à Avesnes où il arriva dans le courant de l’année 1422. Plus tard encore de nouvelles tentatives furent faites pour s’emparer de sa personne ou le faire périr en l’envoûtant avec un collier d'or enchanté. Mais il sut les déjouer, et pour plus de sûreté, 1l s’attacha à mettre la ville et le château d’Avesnes en bon état de défense. Pour cela il avait sollicité et obtenu de Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, des lettres d'octroi l’autorisant à faire lever dans toute l'étendue de sa terre d'Avesnes, pendant six ans à partir du jour de la Purification 1493, 6 deniers par lot de vin ou debière, avec affectation du produit de cette taxe aux réparations des fortifications de la ville et du château. Grâce à cette mesure, au bout de quelques années elles furent en état de défier toute surprise (]'.
Le comte Olivier de Penthièvre ne pouvant rentrer en Bretagne, et, d’un autre côté, se trouvant en sûreté à Avesnes, y fit sa résidence habituelle jusqu’à sa mort survenue le 8 ou le 22 septembre 1433. Veuf d'Isabelle de Bourgogne, il s'était remarié en 1428, avec Jeanne de Lalaing, fille aînée de Simon VI, baron de Quiévrain, seigneur d’Escaussines, et de Jeanne de Barbançon. Il n’avait pas eu d’enfants de son premier mariage, et ceux que lui donna Jeanne de Lalaing moururent en bas-âge, le précédant ou le suivant de très près dans la tombe. Ce fut son frère puiné Jean VI de Châtillon, dit aussi Jean II de Blois ou de Bretagne, qui lui succéda comme vicomte de Limoges et seigneur d’Avesnes, Landrecies et du Nouvion. Il fut enterré dans l’église paroissiale d’Avesnes « dessous une arcueille (arceau) à jour », pratiquée dans l’épaisseur du mur séparant le chœur
(1) Michaux aîné. Chronologie historique des seigneurs de la terre et pairie d'Avesnes, p.291. Nous avons emprunté à cet ouvrage ainsi qu'au Précis de l'Histoire d'Avesnes de J. Lebeau, la plupart des renseignements que nous venons de donner sur Olivier de Bretagne.
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etla chapelle de la Vierge où son tombeau et son épitaphe ainsi que celle de sa seconde femme, morte seulement en 1465, subsistèrent jusqu’à la Révolution (1).
Si comme comte de Penthièvre, Olivier de Bretagne fait, en somme, assez triste figure dans l’histoire, il semble, au contraire, s'être montré un seigneur d’Avesnes assez sage et assez habile pour surmonter les graves difficultés qu'il rencontra dans le gouvernement de cette terre et que nous aurons à exposer plus loin. Il faut peut-être attribuer l'esprit de modération dont il fit preuve dans ces circonstances à l’éloignement de sa mère Marguerite de Clisson qui ne parait pas être Jamais venue à Avesnes et dont il n'eut pas à subir là, comme en Bretagne, la dangereuse influence.