‹ Une émeute à Avesnes en 1413Chapitre 2 sur 14 · IT · texte numérisé non relu

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Le père d'Olivier de Bretagne, le comte de Blois Jean IIT, laissa en mourant, en 1404, une succession fort obérée par les dettes que la forte rançon payée par lui au roi d’Angleterre, l’avait obligé de contracter. Ilse trouvait devoir ainsi 25.000fr. aux exécuteurs testamentaires de son cousin Guy de Châtillon, morten 1397. Pour sûreté de leur créance, ces exécuteurs qui étaient le sire de Havrech, Jean, bâtard de Bloiset Sohier de Marck, avaient obtenu que la terre d’Avesnes fût remise entre les mains, d’abord du comte de Hainaut Albert de Bavière, puis de son fils et successeur Guillaume IV. Ceux-ci la détinrent ainsi à titre de dépositaires pendant de longues années. Guillaume [V se trouvait être aussi le gendre du duc Jean-Sans-Peur dont il avait épousé la fille Marguerite, et par conséquent le beau-frère du jeune comte Olivier de Penthièvre. Ce ne fut que vers

(1) Voir Chronologie hist. des seigneurs d'Avesnes, p. 300 et 301 pour la description de ce tombeau et des épitaphes qui y étaient inscrites.

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1411, que le duc de Bourgogne, comprenant, sans doute, le danger politique qu’il y avait à laisser plus longtemps la terre d’Avesnes sous l’administration directe des comtes de Hainaut, princes de race et d’aspiration germaniques, résolut de la dégager des mains de Guillaume IV. La puissance dont il jouissait alors, devaitlui permettre d’imposer facilement son autorité à ses deux gendres. Il était d’ailleurs le curateur d'Olivier de Penthièvre, ce qui lui fournit une occasion toute naturelle d'intervenir entre eux.

Un des conseillers de Jean-Sans-Peur, Eulard des Aubeaux, se joignit donc au conseiller et secrétaire de Marguerite de Clisson et de son fils, pour procéder à une enquête sur l’administration de la terre d’Avesnes et pour aviser aux moyens de faire rentrer le jeune Comte en possession de celle-ci. Ces commissaires enquêteurs commencèrent par constater que depuis treize à quatorze ans, c'est-à-dire depuis la mort du comte Guy de Blois à qui son cousin Jean de Châtillon l’avait cédée en gage, « elle avoit esté et estoit encore en la main de Monseigneur de Haïnaut, à la requeste et traité des exécuteurs du testament d’icelui monseigneur de Blois, pour la somme de XXV* francs ». Puis ils trouvèrent « tel gouvernement en ladite terre, que ycelle estoit chargiée de charges ordinaires, sans qu’elle se fust en riens acquitée vers lesdits exécuteurs », de la somme de 4.100 fr., échue le jour de Noël 1410 et quiaurait dù ce jour-là être payée à la veuve dudit Guy de Blois, « combien que s’il y eust un bon gouvernement, elle deust avoir acquité lesdictes charges ordinaires et trop plus grant somme, oultre que on ne paye de présent as dis exécuteurs ». Après ces constatations et après en avoir conféré en Hollande avec le comte de Hainaut qui n’osa pas s'opposer aux décisions des officiers de son puissant beau-père, leur premier soin fut de prendre une série d'engagements avec les exécuteurs testamentaires de Guy de Blois pour le payement: ]° de la somme de 4.550 florins d’or, écus à

la couronne, représentant une partie de la dette du feu comte Jean [IT (5 mars 1411); 2° du reliquat de la dite dette, soit 18.175 francs, le tout en divers termes échelonnés. Robert de Glennes, chevalier, Gérard de Ville, Gérard de Hugiemont, Jean d’Avesnelles, Godefroy Clavet, Jacquemard Petit, Jean Bouchmiel, Jean [e Boutillier, Colart Colechon, Colart Goisson, Ostart Sansterre, Jean Deleval, Robert de Flavignies, Jean Morel, Colart de Flavignies, Huart de Hancourt, Jean Hulin, Jean Derilloite, Jean Godard, Colin Tassin, Jean Rifflart et Jacquemard de Bonneix, se présentèrent comme yleiges et caulions des obligations souscrites au nom du comte de Penthièvre, et furent agréés à ce titre par les exécuteurs testamentaires (1).

A la suite de ces conventions, les deux commissaires du duc de Bourgogne et du comte de Penthièvre obtinrent du comte de Hainaut la remise de la terre d’Avesnes entre leurs mains et s’occupèrent immédiatement d’en réorganiser l'administration. La première réforme qu'ils firent, fut la suppression de la charge de gouverneur que remplissait depuis de longues années Jacquemon de Floyon. Ce personnage, issu d’une ancienne famille du Hainaut, branche cadette de la maison de Berlaimont et tirant son nom d’un village situé à 10 kilomètres au sud d’Avesnes, possédait de nombreuses propriétés dans l’évèché de Liège. Il était donc encore plus le vassal de l’évèque de cette ville que celui du

(1) Archives des Basses-Prrénées. E. 120. Mémoire relatif à la terre d'Aresnes et copies d'obligations s'élerant à la somme de 25.000 frs. souscrites pour dégager ladite terre des mains du comte de Hainaut. — La terre d'Avesnes passa par le mariage de la dernière héritière de la maison de Blois-Penthievre, Françoise de Blois, dite de Bretagne, avec Alain d'Albret, aux enfants issus de cette union. C'est ce qui explique la présence parmi les titres de la maison d'Albret conservés autrefois au château de Pau et aujourd'hui aux Archives du département des -Basses-Pvrénées, de documents trés importants relatifs à la pairie d'Avesnes. Les copies des principaux d'entre eux ont été prises pour les Archives du Nord et sont publiées comme pièces justificatives à la suite de cette étude. Nous devons la connaissance de ces documents à M. d'Herbomez, ancien archiviste des Basses-Pyrenées.

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comte de Hainaut (1) et par conséquent du comte de Penthièvre. |

Cette mesure était inspirée par une sage politique, d'autant plus que, par suite de l’absence des seigneurs d’Avesnes, Jacquemon de Floyon était devenu le véritable maître de la terre et la gouvernait selon son bon plaisir. Pour ménager son amour-propre et essayer d'éviter sa rancune, les commissaires ne lui donnèrent pas de successeur, invoquant, afin de justifier leur manière d’agir, la nécessité de réaliser des économies à l’heure où ils allaient demander aux habitants de nouvelles aides pour faire face aux engagements pris avec les exécuteurs testamentaires de Guy de Blois. Ces aides étaient estimées s'élever à 2.500 écus, à répartir sur les habitants des seigneuries d’Avesnes et du Nouvion, cette dernière terre appartenant aussi au comte de Penthièvre (2).

(1) On trouve le sceau de Jacquemon de Floyon appendu : 14° aux lettres du 6 novembre 1391, par lesquelles Thierri de Senzeilles, chevalier, bailli du Hainaut, donne certains éclaircissements en ce qui concerne les homicides et les fourjures, à la charte d'interprétation des coutumes du Hainaut, accordée par le duc Albert de Bavière ({nventaire analytique des Archives des Etats de Hainaut, par Léopold Devillers, tome 1°", p. 5); 2° à l'acte par lequel le sire d'Andregnies se déshérita en faveur de Marguerite de Bourgogne, comtesse de Hainaut, des villes et terres d'Ath, Binche, Quesnoy, Morlanwez (14 Juin 1417) (Dernay. Inventaire des Sceaux de Flundre. N° 885). Les armes de cette famille étaient : fascée de vair et de gueules de six pièces, chaque fasce de gueules chargée de 3 coquilles d'or. Jean de Floyon, probablement fils de Jacquemon, apposa son sceau, en 1428, avec celui des autres membres de la noblésse du Hainaut, au traité de cession de cette province par Jacqueline de Bavière à Philippe le Bon. (Demay, loc. cit. N° 886).

(2) « Item, que lesdits commis pour deschargier ladicte terre des grans charges, frais et despens qui y estoient, ont déposé le sire de Floyon qui en estoit wouverneur, sans y remettre aucun en son lieu, pour ce qu'il n'est jà besoing, et souffist assez de avoir les offisciers ordinaires et accoustumez pour le gouvernement de ladicte terre ; esquelz offisces ils ont commis et ordené ou nom d'icellui monseigneur de Penthièvre, par l'advis du conseil de mondit seigneur de Haynau, les plus notaublez et ydoines personnez qu'il ont peu trouver et au mains (moins) de gaigez et de frait qu'il ont peu. Item, que pour aidier à - Suporter à mondit seigneur de Penthièvre les carges (charges) dessus dictez, pour l'acquit et descharge de sadicte terre, ycheux commis ont requis aux boines gens d'icelle terre, de luy faire aucune ayde, et tant que ycheux et cheux dou Nouvion leur ont accordé aydez qui poront monter et bien valloir 1IIM VC escus ou environ. [tem, que on trouvera bien sans aucunement cargier ledit monsei-

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Ils faisaient remarquer aussi que le gouverneur percevait des gages considérables, que son administration entrainait de grands frais non juslifiés, bien que cette terre n’eût pas en somme plus rapporté cette année que les précédentes (1).

Le sire de Floyon paraît, en effet, s'être contenté pendant son administration de touchersesémolumentsde gouverneur avec les revenus ordinaires de la terre d'Avesnes, sans songer à prendre les mesures nécessaires pour accroître ces derniers. Grâce à cela, iln’avait pas à molester, ni à trop pressurer les habitants, ce qui élait le meilleur moven de rendre son gouvernement populaire. Par incurie ou peut-être dans une arrière-pensée politique, 1l négligea de même de faire réparer le château, les fortifications de la ville et les autres bâtiments seigneuriaux qui tombalent presque en ruines. Enfin 1l laissa, sans doute aussi dans le même but, les habitants d’Avesnes commettre de graves empiètements surles droits du Comte relativement à l’instilution du maïeur de la ville. Cependant, il serait peut-être injuste de le rendre responsable seul de lamoindrissement des prérogatives du Comte sur ce point. Tout permet de supposer que depuis longtemps les habitants avaient profité des troubles de la guerre de Cent-Ans qui tinrentleurs seigneurs presquetoujours éloignés d'eux, pour élargir les privilèges que leur avait concédés leur charte communale primitive.

Quoi qu'il en soit, les deux commissaires crurent devoir revendiquer les droits du Comte, sans se douter qu'ils allaient

gneur de Painthiévre, oultre ce que dit est, parmy ladicte avde de FIM VC eseus et la revenue dudit Nouvion pour parfurnir ladiete terre, traicter et païer lesdictes charges ordinairez et réfectious d'ouvraires nécessaires, et que, au bout du temps que le dernier payement desdits IIIIM escus expirera, ycellez deux terres d'Avesnes et du Nouvivn seront entiérement acquitées des charyes au-dessus des charges ordinaires et que encore Y ara de l'argent de demourant. » (Mémoire des deux conmunissaires, ete. Archives des Basses-Pyrénées, E. 120).

(1) « Par ce que on a déposé le gouverneur qui percevoit grans gaiges, et aussi que on a escheut pluiseurs grans frais qui par ledit gouverneur et autrez se faisoient sans cause sur ladicte terre, combien que ycelle terre n'ait point

plus vallu en ceste année présente que elle fist lex autrez annéez précédentes. » (Idem. Ibidem).

ainsi faire éclater, sinon une révolte complète, du moins un violent mouvement populaire, préparé, d'ailleurs, par les menées de l’ex-gouverneur Jacquemon de Floyon et de son ami le sire de Morchipont, heureux de saisir l’occasion dese venger de leur destitution.

Avant de raconter les diverses péripéties de ce soulèvement dont le souvenir nous a été conservé par une curieuse enquête faite sur la conduite des coupables après leur arrestation, 1l est nécessaire d'exposer quelle était l’organisation municipale dont Avesnes avait été dotée par ses seigneurs plus de deux siècles auparavant.

L'original en latin de la charte communale de cette ville ne nous est pas parvenu. Nous n'en avons pas non plus de vidimus. Elle ne nous est connue que par une traduction en langue vulgaire dont le texte, sans être totalement apocryphe, parait cependant très défectueux et suspect sur plusieurs points. Lebeau qui l’a publié parmi les notes et pièces justificatives deson Précis de l'histoire d’ Avesnes (|), n'indique même pas d’une manière certaine la source d’où provient ce document, ni le dépôt public ou la collection particulière où il était conservé. « L'original de cette charte. dit-il, qui était en latin et en français, a disparu depuis longtemps ; mais 11 en a été conservé un double dans les archives de la seigneurie, avec des copies, également fidèles, quoique de différents âges, et dans un langage plus ou moins rapproché de celui de l'original. C’est d’une de ces copies qu'a été tirée celle dont lateneursuit. »

Il est inutile d'insister sur ce que ces lignes présentent de vague quant à l’authenticité, sinon du document lui-même, du moins du lexte qui en est donné et qui serait daté du mois de février 1200 (1201, n. st.). Michaux ainé (2) adopte cette date ainsi que M. Wauters(3). Ce serait ainsi Gauthier, sire

(1) P. 78 et suiv.

(2) Chronologie historique des seigneurs d'Avesnes, etr., p. 88 et 89. (3} Table chronologique des diplômes belges. Tome VIL Supplément définitif,

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