Jung, /. c
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dum habitata, nunquam tamen nosLer tutus erat descensus » l. Quoique dans ce passage Roger ne lasse pas précisément mention des Roumains, il parle indistinctement de toute la population, et il est incontestable que l'effet a dû être le même pour tous les habitants 2. Plus tard, nous rencontrons les Roumains désignés expressément comme habitant les montagnes. Le comte des Szèkles Iaksch écrit au sénat de ce peuple à Brasov en 1434 : « Igitur adhuc vestras rogamus amicitias, quatenus cum tota vestra potentia wujulis diebus Alpes ascendatis et perfidos Valachos de Fogaras penitus interficiatis, demtis pueris et mulieribus » 3. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, ainsi que semble le faire Rœsler, de trouver la première mention des Roumains, dans les documents de la Transylvanie, comme habitant la région élevée et alpestre du sud de ce pays4. Cette môme circonstance explique pourquoi l'on retrouve moins de traces de l'ancienne population dans la région basse du pays, pendant que la montagne en est pleine.
La classe pauvre et, par conséquent, la grande majorité du peuple daco-romain ne quitta pas le pays, mais se réfugia dans ses montagnes d'où elle espérait rentrer un jour dans ses anciennes demeures; mais cet espoir fut déçu. Et cela n'est que très naturel. Le même instinct de conservation qui pousse les hommes à éviter les malheurs et la mort, doit les attacher au territoire d'où ils tirent leur existence, sans parler de l'amour du pays qui est si puissant, même chez les peuples les plus barbares, aussitôt qu'ils deviennent sédentaires. Un peuple nomade n'a point de demeure fixe ; il voyage continuellement dans ses chariots, poussant devant lui ses troupeaux, sa seule richesse. S'il est attaqué, il s'enfuit et gagne un autre pays. Il n'en est pas de même d'un peuple sédentaire. Celui-ci tire son pain du sol qu'il habite. S'il en est arraché, il est exposé à périr bien plus certainement que sous l'oppression des envahisseurs. Pourrait-on citer un seul autre exemple clans l'histoire d'un peuple entier qui ait quitté son pays pour chercher ailleurs un refuge ? Il est incontestable
1. M. Rogerii Hungari « Miserabile Carmen » dans les Scriptores rerum hunga* ricarum de Schwandtner. I, p. 320.
2. Le même Roger rapporte que les Cumans qui occupaient la Valachie passèrent en Hongrie à l'arrivée des Tartares : « Igitur auno 1242 evenit ut Kuthen Cumunorum rex ad regem (Belam) nuncios destinaverit, si vcllet, se et suo3, in Hun-* gariam intrare ».
3. Fejer, Codex diplomalicus regni Hungariae, X, v, p. 143. i. Rom. Stud., p. 9S.
que les gens aisés ont dû se sauver, car ils pouvaient éviter de subir les périls, ou même tout simplement les désagréments de l'invasion. Ils le font encore aujourd'hui, aussitôt que la guerre menace leur pays ou leur ville natale. Mais la masse du peuple reste partout chez elle. On pourrait formuler une loi générale à ce sujet : c'est que les peuples nomades se déplacent devant une invasion; les sédentaires restent attachés a leur territoire et l'invasion passe sur eux comme les flots de la mer se retirent de la plage qu'ils ont inondée. Pourquoi la Dacie seule aurait-elle fait exception à cette loi ' ?
Les adversaires de la continuité des Roumains dans la Dacie, pour pouvoir soutenir leur thèse, veulent prouver que la civilisation romaine cessa dans cette province avec la retraite des légions. En ceci ils peuvent avoir raison. Mais ils identifient la civilisation romaine avec le peuple daco-romain lui-même et concluent de la disparition de l'une à celle de l'autre. Ainsi, ils s'étonnent que les inscriptions cessent tout d'un coup avec l'année 260. En outre, pourquoi Attila aurait-il cherché des ministres romains auprès d'Aetius et ne les prenait-il pas dans sa Dacie a? De pareilles questions ne nous semblent pas assez sérieuses pour mériter même une réponse. De pauvres gens réfugiés dans les gorges et les précipices des montagnes, qui deviennent ensuite des pâtres, élèveraient des tombeaux luxueux à leurs morts, ou seraient appelés à diriger l'empire des Huns !
En résumé, les adversaires de la continuité des Roumains dans la Dacie, soutiennent la thèse suivante : Les Daces n'ont pas été romanisés, les Romains ont quitté la Dacie à l'approche des barbares. Donc l'élément romain a complètement disparu de la province. Comme aujourd'hui on l'y retrouve en masse, il faut bien le faire revenir de quelque part, à moins de le faire descendre des nues. De lu, la théorie de la réimmigration transdanubienne. Tout cet édifice repose sur des bases absolument fausses. Les Daces n'ont pas quitté leur pays ; bien au contraire, ils y sont restés en grand nombre et ont tous été romanisés. La population se divisait naturellement en deux classes : d'un côté les riches qui comprenaient surtout les Romains nouvellement établis dans la Dacie et les restes de la classe aristo-
1. M. Jung, Rœmerund Romacncn, p. 107, établit une différence entre les Romains et les Daces romanisés et admet que ceux-là aient quitté la Dacie pendant que les aborigènes romanisés y sont restés. Nous croyons aussi qu'il t'auL établir une distinrtion, mais économique et non nationale.
y. Hunfalvy, Die Iiumaenen undihre Ânspruche, p. 20.
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cratique du peuple soumis ; de l'autre, les pauvres : c'est-à-dire la masse de la population dace romanisée, les descendants des légionnaires romains issus en Dacie des femmes du pays et un certain nombre de vétérans romains. Il est hors de doute que les riches s'enfuirent ; mais pour les causes que nous avons développées plus haut', les pauvres durent rester.
1. M. G. Paris, Romania, 1878, p. 618, dit à ce sujet : « Au reste, avec la théorie de M. Jung, ce ne serait que la lie de ce peuple mélangé qui serait restée adhérente au sol de la Dacie, belle succession à revendiquer (pour les Roumains)! » Il nous semble qu'il ne serait pas déshonorant de descendre, par exemple, du paysan français. Consoliez encore sur la romanisation des Daces, le chap. xi du livre de M. Al. Budinsky, professeur à l'Université de Czernovilz : Die Ausbreitung der lateinischen Sprache. Berlin, 1881.
RfiïMMIGRATIOX DKS ROUMAINS DANS LA DACIE
L'opinion d'après laquelle la Dacie aurait été évacuée par sa population est, nous l'avons vu, une pure hypothèse que rien ne justifie. Il en est de même de la prétendue réimmigration des Roumains dans ce pays, qui aurait eu lieu de diverses manières selon les divers auteurs qui l'ont admise.
A l'exemple de Sulzer, Rœsler et ses disciples l'ont venir les Roumains de la Moesie, dans le courant du xme siècle, époque où les Valaques transdanubiens se révoltent contre l'empire byzantin ; Engel, vers le ixc siècle; Miklosich, beaucoup plus tôt, vers la fin du ve siècle, époque de l'invasion des Slovènes dans la péninsule des Balkans. Enfin Tomaschek va les chercher beaucoup plus bas et les ramène des parties centrales de l'Haemus, ancienne patrie des Besses, vers le milieu du xne siècle.
Nous commencerons par analyser la première de ces opinions, celle qui fait revenir les Roumains de la Moesie.
Pour que le peuple roumain revienne en Dacie de la Moesie, il faut qu'il y ait existé à l'époque, ou à un moment quelconque avant l'époque où l'on veut l'en faire sortir. Or, nous verrons que cela n'a jamais eu lieu ; que l'élément romain a toujours été très faible dans la Moesie, même du temps des Romains; que, plus tard, il a disparu complètement; que les populations valaques, que l'on y rencontre de nos jours, ont toutes sans exception immigré dans les derniers temps et qu'elles sont venues surtout du côté de la Valachie pour fuir l'oppression à laquelle les soumettait le gouvernement de ce pays.
De toutes les provinces de l'empire romain, la plus pauvre en
iRScriptions est incontestablement la Moesie. Le Corpus inscript ionurn latinarum en contient à peine quelques pages, pendant que, pour les autres provinces de l'empire, elles se chiffrent par milliers. La population qui habitait les grandes villes était surtout d'origine grecque ' et l'on sait que partout où cet élément était puissant, il ne laissait pas prospérer l'élément romain.
Il est d'ailleurs avéré que la Moesie fut exposée à une invasion tout aussi violente que la Uacie. Les villes surtout ayant été détruites par les barbares, leurs habitants s'enfuirent pour chercher un refuge dans des parties plus reculées de l'empire ; mais les pauvres durent sauver leur existence en se retirant dans les montagnes qui bornaient le pays du côté du sud, l'Haemus ou les Balkans. La vie de saint Démétrius parle de cette fuite de la population qui alla chercher vers le sud un abri dans les villes fortes, et les auteurs byzantins abondent en récits sur les cruautés dont souffrirent les habitants de la Moesie 2.
D'ailleurs, le seul fait que toute la péninsule balkanique est pleine de populations d'origine slave, prouve surabondamment que cette région était le but vers lequel tendaient toutes les invasions; c'est donc ici que leur violence dut surtout se faire sentir.
L'examen des auteurs byzantins, auquel nous allons procéder, prouvera d'une manière évidente la vérité de cette assertion : que Von ne rencontre pas un seul Vainque entre les Balkans et le Danube, mais que toutes les mentions relatives à ce peuple se rapportent aux régions montagneuses situées au sud des Balkans. Nous ferons observer, en même temps, que toutes les fois qu'il s'agit du peuple valaque luimême on le rencontre dans les montagnes ; ce n'est que lorsqu'il est question de soldats de cette nation qu'on peut les retrouver ailleurs.
Théophylacte et Théophanes racontent que les généraux byzantins Martinus et Gementiolus, voulant attaquer les Avares en Thrace en
1. Kanitz, DonaubuUj arien uncl der Balkan, Wien, 1882, II, p. 120 : « Griochische Kaufleute bahnten mit eingefùhrlen Waaren dorl gleichzeitig ihrer Sprache und ihren Gœttern den Weg, und die spaeter folgenden Rœmer vermochten dièse nient zu verdrœngen. Selbst die nœrdlichen Balkan-Territorien nahmen griechische Cultur in so alleinigem Besitz, dass ich wohl zahlreiche hellenischr, nur selten aber lateinische Inschriflen dort Iraf. ».
2. Vie de St. Demetrius rapportée par Pic. Abstammung der Rumaenen, p. 65. Comp. Eunapius, Excerpta de legationibus, Bonn, p. 5t. Malchus, idem, p. 95. Priscus, idem, p. 171. Celui-ci dit de la ville de Naïssos : « lor^vi \xh îjcoiaev àvôpwzwv -r,v tSKvk »
l'année 579, en lurent empochés par une panique qui se mit dans leur armée. Un mulet ayant laissé tomber sa charge, un soldat cria au maître de l'animal dans la langue de sa patrie : « Torna, torna fratre », et les troupes, prenant cet appel pour un cri d'alarme, se débandèrent. Théophylacto donne une autre l'orme à ces paroles; il dit « retorna ». Quoi qu'il en soit, ces mots sont sans conteste valaques. Aujourd'hui l'on dirait : torna, torna, fraie ! l.
Gedrenus rapporte que, dans la lutte des chefs bulgares David, Moïse, Aaron et Samuel contre l'empereur de Gonstantinople Basile 11, David l'ut tué dans la Macédoine entre Castoria et Prcspa par des Valaques nomades en 976 8.
Le môme empereur voulant anéantir la puissance des Bulgares faisait, tous les ans, une expédition au centre de leur pays, qui se trouvait dans la région d'Ohrida, dans les montagnes de la Macédoine. Samuel, roi des Bulgares, pour échapper à ces attaques, qui ont lieu après 1033, fortifie un passage qui se trouvait situé entre Cléidion et •/.([j.6a-XÔYYou. Le nom de cet endroit, étant d'origine valaque, démontre l'existence du peuple valaque dans ces montagnes 3.
En 1019, après la soumission complète des Bulgares, l'empereur Basile II organise l'église de cette nation; il lui laisse sa forme nationale, mais nomme un archevêque grec au siège d'Ohrida. Dans la bulle d'or délivrée à cette occasion, il dispose 'que les Valaques de toute la Bulgarie seront subordonnés à l'autorité de cet archevêque 4. On a voulu induire do cette expression vague « de Valaques de toute la Bulgarie » que ces derniers habitaient aussi la Moesie jusqu'au Danube, interprétation que rien ne justifie, car la bulle d'or, tout en parlant des Valaques de toute la Bulgarie, ne devait entendre se rapporter qu'aux seuls endroits habités par eux, c'est à savoir les montagnes du pays.
Les armées byzantines sont souvent composées de Valaques. Nous ne mentionnerons ici que le passage d'Anne Gomnène où il est dit que les nouvelles levées de l'armée d'Alexis se composaient de Bul-
1. Théophanes.. Chronog raphia. Ed. Bonn., I,p. 397 : « Tr, zaxpwa çwvfj. »
2. G. Gedrenus, éd. de Bonn, II. p. 435 : « ISkar/m 6oitô)v ». Ciimamus, ibid., p. 2G0, dit des Valaques : « Kflù or, xat B/,à/tov îroXùv cij.'.acv '£'. twv è£ ^lia/daç dzov/.Gi TuâXat elvat Ae^cviai »•