‹ Une épidémie de fièvre typhoïdeChapitre 14 sur 32 · ANSE · texte numérisé non relu

ANSE

âgée de 15 ans, et son père, âgé de 42 ans, atteints à leur tour du même mal, furent obligés de s’aliter.

Dans ces deux cas, terminés l’un et l’autre par la guérison, l’influence nosocomiale paraît avoir été la cause occasionnelle. Joseph M... a vraisemblablement transmis le bacille pathogène à ses parents, qui étaient ses garde-malades.

Comme on le voit, le bilan d’avril pour la morbidité est singulièrement chargé ; mais, fort heureusement, la fin de ce mois va marquer celle de la période d’acmé de l'épidémie. Nous allons voir celle-cidécliner sensiblement en mai, et finir par disparaître complètement en juin.

| D 'MALs

OBs. XXI. — Marie P..., âgée de 20 ans, sœur de Michel P... (Obs. VI), est la première personne atteinte au mois de mai : maladie bénigne ; durée : trois semaines.

Lorsque je visitai cette malade, le 5 mai, je la trouvai, à mon grand étonnement, couchée dans le lit où son frère était mort le 30 avril ; elle avait voulu en prendre possession le soir même de l’enterrement et manifester, de cette façon aussi peu ordinaire qu'imprudente, son affection pour le défunt. Inutile de dire que, si les objets de literie avaient été changés, les rideaux étaient restés en place, et que lelit, pas plus que le local, n’avait été désin= fecté.

La fièvre typhoïde de Marie P..., reconnaît-elle pour

AUX cause déterminante les circonstances que je viens d’indiquer ? Je ne serais pas éloigné de l’admettre.

: 14et 16 mai. /

Os. XXII et XXIII.— Mélie L..., âgée de 5 ans, et son frère Jean L..., âgé de 10 ans, sont tombé£ malades presque en même temps : Mélie s’alitait le 14 et Jean le 16 mai. Chez ce dernier, l’évolution de la maladie n'a présenté aucun fait saillant.

Sa sœur a été plus gravement atteinte : surdité complète, hébétude, somnolence continuelle ; tels ont été les symptômes de la période d'état, dont la durée a dépassé deux septénaires.

Ces deux enfants habitaient en face de la famille P..., dont la maison était devenue un véritable foyer secondaire (Obs. VI, XIII, XXI). Ils sont entrés, à plusieurs reprises, chez leurs voisins malades; en outre, à raison du fait que, dès le début de la maladie, les déjections de Michel P... ont été souvent jetées dans la rue, où Mélie et Jean passaient une partie de leurs journées, on peut dire que lesrapports de ces deux enfants avec un milieu contaminé et des matières typhoïdiques ont été directs et incessants. Je les considérerais don volontiers comme victimes d’une contagion survenue par voie secondaire. ,

2metoolima.

Ogs. XXIV et XXV. — Jean M.., 42 ans, cultivateur, et sa fille Marie, âgée de 15 ans.

J'ai parlé de ces deux malades à la suite de l'observation XX, et indiqué l’origine probable de l'infection ; je ne B. 7

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les cité ici que pour rappeler le début de la maladie de chacun, les 25 et 27 mai.

9 mar:

Os. XXVI. — Antoine D... 7 ans, élève externe chez les frères de Saint-Gabriel, a pris le lit le 27 mai. Durée de la maladie, trois Semaines.

97 mai.

O5s. XX VII. — Marie B..., 45 ans, ménagère, surmenée par le travail pénible que nécessite sa position précaire et ses nombreux enfants, après avoir traînñé longtemps, finit par s’aliter le 27 mai. — Forme adynamique. Guérison après quatre semaines de maladie.

La constitution débilitée de cette malade la laissait sans défense contre la contagion; Marie B..., n'ayant eu aucun rapport avec les habitants. des maisons où régnait la fièvre typhoïde, paraît en avoir puisé le germe dans le milieu typhogénique local.

/ 28 mai.

Ogs. XX VIII et XXIX.— J'ai été appelé, le 28 mai, à examiner deux enfants, Marien A.., âgé de 11 ans, et Émile B.., âgé de 12 ans, qui se plaignaient tous les deux de lassitude mal de tête et frissons ; les ayant trouvés sous le coup d’un mouvement de fièvre bien net, 38°,9 le premier, 39°,2 le second, chez tous deux un état saburral très prononcéet du météorisme abdominal, me firent penser au début d’une fièvre typhoïde. Deux jours de repos et un purgatif salin eurent heureusement raison de cet état morbide, qui m'a par en relation dirécte

avec l’épidémie existante, et constituer cet état fruste de l’in-

fection typhique, que M. le professeur Brouardel désigne sous le nom de typhoïdette.

La propagation de la contagion, déjà fort diminuée en mai (8 cas pour 30 jours, au Jieu de 20 cas pour 15 jours en avril), décroit plus sensiblement en juin ; (3 cas pour tout le mois) et tombe à zéro en juillet.

15 juin.

OBs. XXX. — Guillaume P..., 37 ans, cultivateur, est tombé malade le 15 juin et a gardé le lit trois semaines. Il n'avait visité aucun typhique.

Get 123 juin.

Ogs. XXXI et XXXII — Jean P..., âgé de 20 ans; Antoinette M..., femme de Jean P..., âgée de 24 ans, ont été pris, le premier le 6 juin, la seconde le 23 du même mois; mais il y a lieu de remarquer que, depuis le 20 avril, tous deux vivaient sous le même toit qu’un typhique, leur frère et beau-frère, Antoine P..., dont ils étaient les garde-malades.

La contagion s'explique ici, sans qu’il soit nécessaire de rechercher d’autres conditions que le contact journalier avec un individu contaminé, dans un milieu essentiellement typhogène.

Nous ne trouverons plus maintenant, jusqu’à la fin de l’année 1890, qu'un cas unique de fièvre typhoïde, qui se rattache évidemment, mais d’une façon probablernent accidentelle, à épidémie du printemps.

21 septembre.

O8s. XXXIII. — Auguste D: âgé de 20 ans, est tombé malade le 21 septembre, après trois ou quatre jours seulement de symptômes prémonitoires. La fièvre typhoïde a revêtu chez lui, comme chez le plus grand nombre des malades qu'il nous a été donné d'observer à Tauves, la forme adynamique.

Il a gardé le lit pendant quarante-quatre jours. Météorisme abdominal et constipation. Sa maladie s’est d’ailleurs terminée par la guérison. ,

J'ai supposé que ce malade avait été infecté par des matières typhoiïdiques qui ont pu lui arriver soit par les aliments, soit par un rapport quelconque avec un des anciens foyers de fièvre typhoïde.

Les malades dans les villages de la commune de Tauves.

Il eût été extraordinaire que les éclaboussures d’une aussi violente explosion épidémique que celle de Tauves ne rejaillissent pas dans le voisinage. C’est, en effet, ce qui est arrivé, mais la diffusion est peu marquée. Trentedeux hameaux ou villages entourent le chef-lieu de la commune; trois seulement ont été visités par la contaglon. | }

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Ce village, situé au nord-est de Tauves, compte 18 feux et une population de 101 personnes. Une seule a été atteinte, Annette P... |

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! De 30 avril.

Ogs. XXXIV. — Annette P..., âgée de 20 ans, a ressenti les premiers malaises le 30 avril et s’est alitée le 8 mai. Chez cette malade, les symptômes abdominaux ont prédominé. Elle était venue trois fois à Tauves avant sa maladie, du 15 au 30 avril, mais elle m'a assuré qu’elle n'y avait visité aucun typhique et qu'elle n'avait ni bu ni mangé dans la localité.

Annette P... est entrée en convalescence à la fin de mai, n'ayant gardé le lit que trois semaines.

Cette jeune fille à certainement pris le germe de la maladie dans le milieu typhogène développé au foyer de l'épidémie. Elle n'avait eu aucune relation avec un autre

. milieu contaminé. À part son cas, le village de Fou-

geolles est resté indemne, et le petit foyer créé dans la . maison P... s’estéteint sur place.

RIBBES

Ce village, situéà 3 kilomètres de Tauves,au sud-ouest, compte 27 maisons et 125 habitants. Nous allons voir s’y constituer, dans une famille, un foyer circonscrit, mais d’une redoutable intensité.

( 5 mai.

OBs. XXXV. — Pierre D... âgé de 13 ans, élève de l’école communale de Tauves, éprouva dans les derniers jours d'avril les symptômes prémonitoires de l'infection. Il s’alita au com-. mencement de mai et resta malade tout le mois.

16 mai. a $

OBs. XXXVI. — Louise G..., femme D... âgée de 52 ans, mère du précédent, contracta la maladie en soignant son fils et. prit le lit, le 16 ou 17 mai, pour le garder jusqu'aux premiers jours de juillet. | \

20 mai.

O8s. XXXVII. — Louis D..., âgé de 18 ans, frère de Pierre, fils de Louise, habitant avec sa mère etson frère, a été pris de la fièvre typhoïde cinq jours après sa mère, le 20 mai ; le 1 juillet, il entrait en convalescence.

27 juin.

Os. XXX VIII. — Antoine D.…, 23 ans, le dernier membre de la famille qui fût resté valide, tombait malade à son tour le 27 juin. Moins heureux que les précédents, plus surmené peutêtre, à raison des soins qu'il avait dû leur donner nuit et jour pendant six semaines, Antoine D... succombait le 12 juillet, au 16° jour de sa-maladie. :

Le bacille pathogène avait trouvé, il faut le croire, dans la maison habitée par la famille D..., des conditions éminemment favorables à son développement et àsa diffusion. Tous les habitants de cette maison, — y compris une des nièces de la femme D..., la nommée Louise G..., qui était venue soigner ses parents, — payèrent leur tribut à la contagion. |

Pauimn

O8s. XXXIX. — Louise G..., 21 ans, nièce de Louise D:

(Obs. XXX VD), garde-malade de la famille D..., à pris d'elle la dothiénentérie et s’est alitée le 12 juin. La guérison est surve= nue après quatre, semaines.

La genèse du foyer de Ribbes, sa filiation directe avec le foyer principal de Tauves, sont faciles à établir. Pierre D... (Obs. XXXV) a été l’importateur du fléau dans son village. Par quel mode s’était-il imprégné de la contagion à Tauves, où il est certain qu’il n’avait visité aucun typhique ? Assurément, par le mode commun à tous les

‘individus tombés malades à la fin d’avril, mode qui résultait de circonstances locales que j'aurai à déterminer dans la discussion des faits. 3

ESCLADINES

Esclädines, situé à l’ouest de Tauves, à trois kilomètres environ, compile 59 habitants et 10 maisons. Ici, comme à Ribbes, nous nous trouvons en présence d’une épidémie de maison, d'une intensité rare. |

9 octobre.

Ogs. XL. — Antoine P..., 24 ans, soldat au 16° de ligne, en garnison à Saint-Étienne, avait été libéré du service militaire dans les derniers jours de septembre, aprèsles grandes manœuvres. Il était à peine de retour à Escladines, qu'il commençait à ressentir des premiers symptômes de la fièvre typhoïde; 1l s’alitait le 2 octobre. Céphalalgie, frissons, courbature, diarrhée. Antoine P... décédait Le 30 octobre.

90 octobre.

O8s. XLI. — Marie G..., femme P..,, 22 ans, belle-sœur du précédent, était sa garde-malade. Atteinte à son tour par la contagion, le 20 octobre, elle s’alitait et succombaiït après quatre semaines de maladie, le 21 novembre.

24 octobre.

Ogs. XLITI. — Dans la même maison, François P..., âgé de 20 ans, frère d'Antoine, ne put échapper à la fièvre typhoïde ; alité le 24 octobre, il resta pendant quarante jours gravement malade.

‘Nul doute n’est ici possible sur l’origine et la cause de la contagion. Comme à Ribbes, l'importation est manifeste. Mais où l’importateur avait-il pris son mal? Il me semble probable qu'Antoine P... a dû rapporter le germe infectieux de St-Étienne plutôt que de Tauves, qu'il n'avait fait que traverser, au mois de septembre, à une époque où il n'existait, dans la localité, qu’un seul cas de maladie. Le foyer d’Escladines serait, dans ces conditions, un accident isolé, et indépendant de l'épidémie qui nous occupe.

Les malades dans les villages du canton.

Le rôle de l'importation, dans la diffusion du bacille typhogène, a été aussi net pour les villages du canton qu'il l’a été pour ceux de la commune; mais ici le nom-

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