AU) MER
Cette source, ai-je dit(p. 16) provient d'infiltrations qui, après avoir traversé la terre arable, puis une nappe de basalte extrêmement perméable à raison de sa forme fissurée, se réunissent au niveau d’une couche étanche d'argile sablonneuse, En amont du réservoir de cdptage, creusé dans cette couche d'argile, de vastes prairies naturelles, qui descendent en pente douce vers ce réservoir, occupent la surface du sol sur une étendue de 10 à 12 hectares.
Le territoire de ces prairies présente dans son ensemble une sorte de bassin incliné et ouvert du côté de Tauves, et dont la partie la plus basse, indiquée au plan (planche 11) par une ligne de points et de traits, forme le thalweg de la source. Sur les parties élevées et sèches de ces prairies, espacées autour d’un vaste demi-cercle, sont 4 maisons d'habitation, occupées par 16 personnes. Presque attenante à la plus importante existe une établerie qui reçoit un troupeau de 50 bêtes à cornes. Les fosses à fumier et à purin touchent ce bâtiment.
L'existence de ces habitations au point d’origine de la source nous fit penser à la contamination dé l’eau par des fumiers et des matières fécales ; l'enquête nous démontra la réalité de cette hypothèse. Nous apprimes en effet que le propriétaire des prairies en amont du réservoir avait fait l’épandage de ses fumiers en mars, etqu'au moment où il venait de terminer cetépandage, le 25 mars, une abondante pluie était survenue durant toute la journée. | |
Ce phénomène météorologique et la date du 25 mars sont à retenir. Ils coïncident avec la date que l’on peut
ARTE assigner comme point de départ à la période d’incubation, chez les malades frappés en avril.
Une souillure banale pouvait-elle produire la fièvre typhoïde ? Nous ne le pensions pas; et, dès lors, nos recherches portèrent sur la santé antérieure du petit groupe d'individus cantonnés dans le voisinage de la source. Ces recherches eurent un résultat négatif.
Toutefois,-on appela notre attention sur diverses maladies épizootiques qui avaient sévi, en mars, sur le troupeau du sieur Ramade. Plusieurs vaches avaient avorté, un certain nombre de veaux avaient succombé aux atteintes d’une maladie évidemment infectieuse, mais dont personne ne put nous indiquer la nature.
L’avortement épizootique dû à un microcoque banal, étudié par Nocard, n'avait pas de relation avec notre épidémie ; mais ne pouvait-on pas supposer que les veaux du sieur Ramade avaient péri d’une affection typhoïde ?
Cette hypothèse;me fut inspirée par le souvenir des faits observés en 1878 par Huguenin et Walder à Kloten, canton de Zurich, — fièvre typhoïde due à l'ingestion de viande de veau infectée (1). — Les recherches de Kilcher, 1887, sur la dothiénentérie des animaux domestiques pouvaient encore justifier une supposition de cette nature (?); mais je devais reconnaître que les faits qui m'avaient été signalés ne fournissaient à mon enquête que des éléments par trop incertains pour servir de base à une conclusion acceptable.
(1) Nouveau Dict. de médecine, vo Typhoïde (fièvre), p. 535. (2) Journal d'hygiène, 1888, p. 249.
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J’allais aboutir, au surplus, à une constatation/qui devait lever tous mes doutes et me convaincre de la parfaite innocuité, à son point d’émergence, de l’eau des fontaines de la Halle, malgré la souillure possible, et même certaine, de la source par les fumiers de l’étable Ramade.
Si l’on veut bien jeter un coup d'œil sur le plan annexé à la relation, planche Il, on verra que les maisons les plus rapprochées de la fontaine-abreuvoir des Gannes, quartier nord de Tauves, n’ont pas été visitées par la fièvre typhoide. Les maisons dont je parle, qui sont au nombre de 8 ou 9, comprennent plusieurs auberges, très fréquentées par les habitants des communes du canton, que leurs affaires appellent à Tauves, pour les marchés de chaque semaine. Non seulement les habitants de ces maisons, mais encore les clients des aubergistes, ayant été épargnés par l'épidémie, la démonstration de l’innocuité de l’eau des Gannes se trouvait clairement faite. Mais comme la source de la fontaine des Gannes n’est qu’un griffon de la source des fontaines de la Halle, qu’elle provient du mêmé territoire, qu’elle avait également été souillée par lès fumiers du sieur Ramade, il faut, par voie de conséquence, reconnaître pour la fontaine de la Halle, au point d’émergence de ses eaux, labsence d’une souillure spécifique.
Ce point éclairci, le cercle des investigations, devenait de plus en plus étroit. La seule hypothèse en présence de laquelle nous nous trouvions désormais, pour expliquer la présence du bacille typhique dans l’eau des fontaines de la Halle — présence démontrée par les faits — n'était autre que le défaut d'étanchéité de la canalisation.
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Au moment de la fermeture de la source, le 5 mai, on avait constaté que des infiltrations se produisaient dans la conduite; l'employé de la ville avait cru pouvoir les attribuer à l'obturation imparfaite du tampon de dérivavation, logé dans un regard intermédiaire à la source et aux fontaines. :Précisément à l’endroit où la conduite traverse la route nationale 122, pour aborder la rue du Thuel, ce regard est placé sur un côté de la route, dans le fossé même ; il reçoit par conséquent les infiltrations des eaux malpropres et des matières fécales jetées à la rue par les habitants des maisons voisines. Je rappelleraï ici que ces maisons sont pour la plupart’ des auberges, où s'arrêtent de nombreux passants. La possibilité d’une souillure effective par les déjections d'un voyageur, atteint de la fièvre typhoïde, nous parut, en dernière analyse, la seule explication à fournir de la contamination des eaux de la Halle.
Nous avions donc clos notre enquête, convaincus de l'impossibilité d'arriver à un résultat plus satisfaisant, lorsque des faits nouveaux sont venus nous apporter la solution d’un problème que nous jugions insoluble.
Depuis le mois de juin 1890, sauf un cas unique en septembre, l'épidémie paraissait éteinte, quand au mois de mars de cette année, la fièvre typhoïde réapparut à Tauves, frappant, à six jours de distance, deux maisons qu'elle avait épargnées en 1890. Les deux malades, atteints presque en même temps, les 15 et 21 mars, succombèrent l’un et l’autre, après trois semaines de maladie.
Ce réveil de l'épidémie effraya la population et le souvenir de l'expérience de 1890 décida aussitôt la muni-