‹ Une épidémie de fièvre typhoïdeChapitre 3 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Dan le courant du mois d'avril 1890, une épidémie de fièvre typhoïde éclatait soudainement à Tauves (Puyde-Dôme)et,; dès le début, se propageait avec une rapi- . dité de nature à inspirer les plus vives inquiétudes à la population. Du 15 avrilau 30 mai, trente-cinq personnes, dont trente habitaient la ville de Tauves, furent successivement ou simultanément frappées. L’épidémie se termina en juin par six cas nouveaux, à la suite desquels elle s’éteignit aussi brusquement qu’elle avait commencé. On n'eut à constater pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre et novembre que sept autres cas, disséminés dans le canton, irradiations probables du

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foyer primitif. À Tauves, où elle était née, l'épidémie se montra particulièrement sévère. Six malades succombèrent ; ceux qui revinrent à la santé avaient présenté, pour la plupart, des symptômes d’une gravité exceptionnelle. |

Je me trouvais à Tauves, à cette époque, et je fus appelé par mon ami, M. le D' Guérin, seul médecin de la localité, à l’assister dans les soins à donner aux nombreux malades qui réclamaient ses secours. C'est ainsi que j'ai eu l’occasion d'étudier sur le vif et de suivre dans son évolution l'épidémie dont je me propose aujourd’hui de faire la relation.

Il n’y aura, dans le récit scrupuleusement exact des faits que J'ai à exposer, rien qui sorte du cadre ordinaire des relations de ce genre. À part les circonstances locales, mon procès-verbal semblerà n'être qu'un décalque des nombreux documents qui, chaque année, sont versés au dossier encore ouvert de l’étiologie de la fièvre typhoïde.

A Tauves, de même que dans de très nombreuses localités, l'eau des fontaines publiques àpparaît comme le principal, sinon comme l'unique facteur de l'épidémie.

Je ne puis manquer de rappeler, à cette occasion, que le rôle souvent funeste des eaux potables, dans la genèse des épidémies de fièvre typhoïde, avait frappé, depuis bien longtemps déjà, les médecins hygiénistes.

C’est à un Français, ainsi que l'a justement fait remarquer M. le professeur Brouardel, à Michel (de Chaumont), que revient l'honneur d’avoir, le premier, démontré ce

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rôle (1859-1860). Les observations de Murchison (1), celles de W. Budd (?), de N. Gueneau de Mussy (3); la communication, historique aujourd’hui, de Dionis des Carrières, sur l'épidémie d'Auxerre (1882) (4); l'enquête si concluante de mon cher maître, M. le D' Ch. Fernet, sur l'épidémie de Pierrefonds (1886) (5), celle de MM. Brouardel et Chantemesse sur l'épidémie de Clermont-Ferrand (1886) (6), et, à leur suite, de très nombreuses relations d’épidémies locales, ont créé peu à peu la doctrine de la véhiculation par l’eau. La bactériologie, en apportant la preuve figurée de l'agent pathogène, est venue donner à cette doctrine l'autorité de l’expérimentation et permettre à M. le professeur Brouardel d'affirmer au congrès de Vienne (1887), dans une magistrale conférence sur les modes de propagation de la fièvre typhoiïde, que l’eau était, 90 fois sur 100, le distributeur de la maladie. A l’heure aw’il est, cette affirmation, sanctionnée bien des fois par les travaux personnels de M. le professeur Brouardel, par ceux de ses collaborateurs et de ses élèves, doit être, il me semble, acceptée

“par tout esprit impartial comme vérité acquise. Et s’il

(1) MurCHISON (C.). À Treatise on the continue F'evers of Great Britain. London, 1862.

(2) Bupp. Typhoid fever. London, 1873.

(31 N. GUENEAU DE Mussy. Clinique médicale, Paris, 1884, tAILI

(4) Dronis DES CARRIÈRES. L'épidémie d'Auxerre en septembre 1882. Union méd., 13 mai 1882. ;

(5) CH. FERNET. Sur une épidémie de fièvre typhoïde qui a sévi à Pierrefonds en 1886. Bulletin de la Société méd. des hôpitaux, 1887.

(6) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, mai 1887.

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