‹ Une épidémie de fièvre typhoïdeChapitre 7 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Topographie et géologie de la région. — Climatologie. — Ancienneté de Tauves.— Les maisons et les rues. — Mouvement de la population. — Industrie et alimentation. —

Habitation. — Immondices. — Eaux potables et lavoirs publics. — Écoles. — Constitution médicale et épidémies antérieures.

Topographie ‘et géologie. — Chef-lieu d’un canton

appartenant àil’arrondissement d'Issoire (Puy-de-Dôme), T'auves se trouve situé à 843 mètres d'altitude, sur le versant ouest du massif central des Monts Dore. La ville est construite sur un vaste gradin légèrement incliné au midi et dépendant d'une vallée accidentée, au fond de laquelle, à 802mètres d'altitude, coule la Mortagne, petit affluent de la rive gauche de la Dordogne.

Cette vallée de la Mortagne, sensiblement dirigée de l’est à l’ouest, est creusée tout entière dans le « gneiss » qui constitue également le sous-sol de Tauves (1). La roche primitive se relève assez brusquement au nord de la localité pour servir de support à une immense nappe de basalte qui descend des Monts Dore en pente

{1) Voir la planche I (coupe géologique) due à l'obligeance de M. Bardin, agent voyer à Tauves.

douce et presque régulière, de l’est à l'ouest (1). Cette nappe basaltique forme immédiatement au-dessus de Tauves, au nord, à 943 mètres d'altitude, le plateau de «la Massonnerie » (2), dont j'aurai souvent à parler au cours de ma relation.

Le basalte, d'épaisseur variable, mais toujours relativement minime (10 à 20 mètres au plus), à la fois très

dense et fissuré à l'infini (formes par retrait), offre par

suite une surface facilement perméable. Sa masse est séparée du gneiss par un lit d'éléments décomposés, appartenant surtout au basalte, et transformés en une couche d'argile primaire dite Wacke en minéralogie. Au niveau de cette couche étanche, dans les ondulations du sol, se rassemblent les eaux d'infiltration, qui jaillissent en sources nombreuses sur les bords de la nappe basaltique, au point de jonction des deux roches.

Une de ces sources, captée au territoire de la Massonnerie, alimente la principale fontaine publique de Tauves,

; la Fontaine de la Halle. \

Dans la campagne environnante, sur les deux pentes de la vallée, se voient de nombreuses prairies naturelles où les eaux vives abondent. Des pâtures garnies de genêts et de bruyères, des champs où poussent de maigres récoltes de seigle, de sarrazin et de pommes de terre, occupent les parties sèches et élevées de la région.

Peu d'arbres dans le paysage, sauf des frênes, assez

(1) Les époques géologiques d'Auvergne, par H. LEcoQ, t. III, p. 489.

(2) J'ai adopté, pour ce nom « La Massonnerie » ; LOTO BN EURE de la carte de l’État- RUE

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abondants dans les haies vives qui entourent les propriétés; tous les mouvements du sol sont par suite nettement accusés à l'œil. |

Climatologie. — La vallée de la Mortagne s’évase largement au sud-ouest de Tauves qui, de ce côté, est fortement éprouvé par le vent.

: Comme il faut s’y attendre, les saisons subissent l’influence de l'altitude à laquelle la ville est située.

Le printemps est froid et généralement humide; aussi la végétation .ne manque pas de s’en ressentir, elle est toujours en retard d'un mois sur celle de la plaine qui environne Clermont-Ferrand.

L'été, assez court, est chaud, avec des matinées et des soirées particulièrement fraîches.

L'automne, moins humide que le printemps, présente

souvent des séries. de beaux jours.

Enfin l'hiver, d'habitude rigoureux, commence de bonne heure ei se termine tard, se prolongeant parfois jusqu’en mai.

La moyenne annuelle de température de la région, pour les cinq années antérieures à 1891, ressort à + 6°,8.

La moyenne udométrique, pour la même période, nous donne 1",27, chiffre notablement supérieur à l'indication du tableau de Klein (0,995) pour l'altitude de 700 à 1000 mètres, à laquelle se trouve Tauves (1). Cette quantité

(1) Ces indications météorologiques, de même que toutes celles qui figurent dans cette étude, sont dues à l’obligeance de M. Monghal, instituteur public à Latour-d’Auvergne, intelligent et zélé correspondant de la station météorologique de Clermont-Ferrand. Ces

d’eau, si notable, doit être attribuée à la prédominance du vent de sud-ouest, qui amène presque toujours des pluies à sa suite ; elle nous paraît due également au voisinage du Pic de Sancy.

Ancienneté de Tauves. — Tauves existait, en tant qu'agglomération, à une époque très ancienne. On a découvert, en effet, près de la ville actuelle, sur le plateau de La Massonnerie, des vestiges de constructions gallo-. romaines qui devaient être fort importantes; de plus on a retiré, de fouilles pratiquées à Tauves, des vases en bronze et en terre rouge appartenant au même temps.

Le plus ancien document du moyen âge qui fasse mention de la localité, est une charte de l’an 1078 (1). Un titre de l'an 1615, conservé aux archives de la mairie (2), nous apprend incidemment qu’en « l’année mil « cinq cents, la contagion s’estant espandue au dict Taul- « ves, elle ernporta la plupart des habitants d'icelluy ». Pâr ce titre, le roi Louis XIIT octroyait au lieu de Tauves confirmation de cinq foires, dont la création remontait à l’année 1494 et qui se tenaient en janvier, mai,

observations ont été prises à Latour même ; Tauves étant à 7 kilomètres seulement de cette localité, et sur le même versant des Monts Dore, se trouve soumis aux mêmes conditions météorologiques. * (1) Donation par Pierre des Chaumettes au monastère de Sauxilanges de la moitié du fief presbytéral de Tauves pour la fondation d’un prieuré. Cartulaire de Sauxilanges, Charte n° 852. Doniol. Clermont-Ferrand, 1864. NUE

(2) Lettres et privileges du Roy Louis XIII pour les foires du bourg de Tauves. — An de grâce mil six cent quinze. (Archives de Tauves.)

PAUSE Ne

juillet, septembre et décembre. La tradition léur a conservé l'importance qu'elles avaient autrefois, et si j'ai tenu à les signaler ici, c’est qu'il n’est pas indifférent à l'hygiéniste de noter ces grands rassemblements périodiques, dont le rôle dans la propagation des maladies contagieuses est parfois si marqué.

Pour en finir avec cet historique, je rappellerai deux incendies mémorables qui, en 1835 et en 1875, détruisirent un grand nombre d'habitations.

À la suite de ces incendies, les toits en chaume, autrefois nombreux au chef-lieu de la commune, disparurent complètement. Ils furent tous remplacés par des toitures en épaisses dalles de schiste, dont l’usage, assez restreint jusqu'alors, devint général.

Les maisons et les rues. — Les maisons sont basses; elles se composent uniformément d’un rez-de-chaussée et d'un premier étage, avec grenier au-dessus. Les murs, construits à chaux et à sable, avec des matériaux solides, gneiss et micaschiste, présentent une épaisseur peu ordinaire, de 0,60 à 0,80 et, dans les très anciennes maisons, de 1 mètre. Cette épaisseur à été adoptée autant à cause du poids des lourdes toitures de schiste que pour protéger les habitants contre le froid.

C’est aussi pour ce dernier motif que les pièces habitées présentent une très faible élévation (2",30 à 2",50) et qu’elles sont éclairées par de rares et très petites ouvertures. |

Les constructions s'élèvent en bordure sur les rues. En raison de la configuration du sol, beaucoup sont

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