‹ Une épidémie de fièvre typhoïdeChapitre 8 sur 32 · LA ES · texte numérisé non relu

LA ES

adossées au terrain à des hauteurs pouvant aller jusqu à 3 mètres, ce qui les rend assez humides.

En arrière des maisons, au centre des ilots, se trouvent les jardins potagers, de telle sorte que les bâtiments reçoivent de l'air et de la lumière par leurs deux principales façades. =

Au nord et au nord-ouest, la ville échelonne ses dernières maisons sur les bords d'une route-nationale ; elle est traversée de l’est à l'ouest par un chemin d'intérêt commun ; enfin, des rues bien percées, pavées en basalte roulé et en macadam, des places spacieuses, assurent partout une circulation facile.

Mouvement de la population. — Le recensement de cette année nous apprend que la petite ville de Tauves compte 170 maisons, réparties sur une surface de 70 hectares et 156 habitants, soit : 4 à 5 personnes par maison.

La population de la commune, chef-lieu et villages réunis, atteint le chiffre de 2419 habitants.

J'ai relevé sur les registres de l’état civil la statistique

des naissances et des décès pendant la période décennale

antérieure à l’année 1890, et j'ai trouvé comme moyenne annuelle :

À.— Ville de Tauves, 156 habitants :

Naissances, moy. ann. 21, soit?27.7 par 1000 hab. Décesrtiee moy. ann. 18.9 24.4 —

B. — Tauves et villages, 2419 habitants :

Naissances, moy. ann. 62.9, soit 25.58 par 1000 hab. Déces. moy. ann. 94 23.16 —

| Deus | PT

D'après les tableaux de Bertillon, la natalité en France serait de 26.5 poux 1000 habitants et la mortalité de 24.

Les chiffres que j'ai relevés pour Tauves (ville) et Tauves

(commune) n’accusent donc, à aucun point de vue, une situation anormale. / |

Malgré le chaos produit par le métissage et les variations individuelles, on retrouve dans la population du pays des spécimens assez marqués de la race celtique,

. prédominante en Auvergne à l’époque de l'invasion

romaine.

Les individus à cheveux blonds, roux clair ou châtain, aux yeux gris, bleus ou verdâtres, au crâne dolichocéphale, au visage mince, comprimé latéralément, avec des arcades sourcilières accusées, s’y rencontrent en majorité.

Industrie et alimentation. — Tous, à peu près, dans la contrée, se livrent à la culture pastorale et à l’élève du bétail, industrie presque exclusive de la région montagneuse du Puy-de-Dôme.

Les habitants du bourg de Tauves, propriétaires cultivateurs, vivent du produit de leurs récoltes et de leurs troupeaux. Le laitage, frais ou fermenté, forme la base de leur alimentation ; viennent) ensuite les pommes de terre, les choux et les salaisons de porc. La viande de boucherie, dont la consommation est restreinte, consiste surtout en viande de mouton.

Les habitants de Tauves, pour la plupart, se nourrissent de pain de 1" et de 2° qualité, pris chez les boulangers ; ceux des villages font leur pain eux-mêmes,

LUDO Le

avec de la farine de seigle mélangée d’une Rs quantité de farine de froment.

Habitation. — La cuisine se fait souvent dans la pièce qui sert de dortoir à toute la famille. Dans les anciennes et pauvres maisons les lits, attenants aux murs, rappellent les lits bretons; ce sont des nids à poussière où l'air ne circule jamais. Des paiïllasses, en feuilles de hêtre desséchées, en balle d'avoine, en paille de seigle, remplacent les sommiers ; les matelas, lorsqu'il y en a, sont en Jaine, en bourre de lapin ou en plume.

Dans bien des maisons, quand l’étable n’occupe pas le rez-de-chaussée tout entier, elle est séparée, par une simple cloison en planches des locaux servant à l’habitation. Les dangers qui résultent de encombrement sont augmentés ainsi dans une forte mesure. Toutefois, il est juste de dire que ces dangers sont atténués: le jour, par la vie au grand air que mènent les habitants ; la nuit, par la ventilation qui se produit activement, du côté des larges et profondes cheminées usitées dans le pays,autant qué par les fermetures défectucuses des portes et des fenêtres. |

Immondices, — [L’évacuation des immondicés a lieu de la façon la plus primitive, la formule de « tout à l'égout » est remplacée à Tauves par « tout à la rue », j'ajouterai : et au fumier. On en trouve de nombreux amas dans les cours et dans les jardins, souvent même au contact des murs de l'habitation. l

Cà et là, sans trace de plan d'ensemble, suivant le

LAS LR ES

caprice des propriétaires, des canaux en pierres sèches, destinées à l’écoulement des eaux pluviales, reçoivent également les eaux ménagères, dont le sol absorbe la plus grande partie.

Les fosses d’aisances consistent en une fosse non étanche, creusée en terre, dans un coin reculé du jardin, | sans abri ou, couverte d'un toit rudimentaire ; parfois munie d’un siège, mais sans cuvette ni soupape. J’ai pu en voir dont le susdit siège était orné de deux trous ! Le plus souvent, le jardin ou la rue reçoit les déjections que les pluies sont chargées de laver et d'entraîner au loin.

Le sol est ainsi sûrement fécalisé à une certaine profondeur. Toutefois, comme la couche arable, les terrains d’éboulis et les sables argileux, sur lesquels repose la ville, présentent une épaisseur minimum de 3 à 4 mètres, je suis autorisé à penser, me basant sur les observations de Miquel, de Koch, de Frankland, que les eaux d'infiltration, épurées par ce filtre naturel, arrivent suffisamment purifiées au niveau de la couche étanche. L'expérience journalière confirme d’ailleurs à Tauves ces observations. En effet, l’eau des puits creusés dans les jardins reste limpide,même par les temps de grandes pluies; elle n’accuse ni odeur ni mauvais goût, et je ne sache pas que son usage ait jamais causé la moindre indisposition. Au surplus, on l'utilise très rarement comme eau potable ; je n’en connais guère qu’un ou deux exemples que je citerai plus loin, et qui démontrent sa parfaite innocuité.

LNOMES

Eaux potables. — L'eau qui sert à l'alimentation de presque toute la localité est fournie par deux fontaines, appliquées aux deux angles de la principale façade de la halle, sur la place la plus importante et la plus centrale de Tauves.

Chacune deces fontaines distribue l’eau par trois orifices, qui débitent ensemble, lorsqu'ils donnent à pleins tuyaux, 53 litres à la minute, soit 106 litres pour les deux fontaines. Le débit, extrêmement variable, diminue souvent de plus des deux tiers, pendant les étés secs. Une pluie d'orage suffit alors pour augmenter et parfois même pour troubler l’eau.

La source a été captée à 400 mètres environ de Tauves, dans les prés immédiatement au-dessous du plateau de La Massonnerie, dont j'ai fait connaître la constitution géologique. Le réservoir de captage est à 35 mètres audessus du niveau de la place de la Halle. L'amenée à Tauves se fait par des tuyaux en ciment, de 6 à 8 centimètres d'épaisseur, et d’un diamètre intérieur de 6 à 7 centimètres. Au sortir des prés la conduite, enfouie à un mètre de profondeur, aborde la route nationale 122, à l'entrée de la ville, longe ensuite cette route pendant une , centaine de mètres, pour entrer dans la rue du Thuel, par laquelle elle atteint directement la place publique.

À quelques mètres du griffon de la source des fontaines de la Halle, jaillissent d’autres sources qui sont recueillies dans la partie haute du pré, en un réservoir utilisé pour l'irrigation. Le trop plein de ce réservoir, reçu dans une rigole de décharge, va former au coude de la route 122, sur son accotement, la fontaine-abreuvoir des Gan-

Page 1