CHAPITRE IV
Traitement et prophylaxie.
Nous avons essayé de contrôler par le microscope chaque diagnostic de paludisme. Aussitôt le diagnostic posé, le malade était soumis à un traitement spécifique énergique et de longue haleine, conforme à l’enseignement de M. le Professeur Carles et analogue au traitement de Ravaut, dont la modalité avec très peu de variantes au point de vue des doses de quinine et de la durée du traitement, est la suivante :
Pendant le premier mois, vingt jours de traitement. Le malade absorbe alternativement 2 grammes de quinine pendant deux jours et 5 centigrammes d’arrhénal pendant les deux jours suivants, et ainsi de suite. Pendant les dix derniers jours du mois : pas de médicaments.
Durant le deuxième mois, même traitement que pendant le premier.
Au cours du troisième mois, chaque semaine, deux jours quinine et deux jours arrhénal.
Plus tard aux changements de saison, le sujet suit le traitement pendant quinze jours.
Nous avons donné la quinine sous forme de chlorhydrate (quelquefois de sulfate), en deux doses quotidiennes, dans des
cachets où en comprimés, le matin au petit déjeuner et au repas du soir; du thé léger sucré favorisait la prise du médicament. Nous avions fait une potion tonique selon la formule
REPAS. te SE 1, gr," 50 Teinture de Cannelle..............
— ROIS D OV aa 20 gr.
— DORAE CR NN APR DIROP de SUCÉHRAULTRE, EL PART 120 gr.
Hanoi) sl. Jheye: Av -auo: . 200:gr.
Nous donnions deux cuillerées à soupe de cette potion que les malades prenaient volontiers.
Quand le traitement a été exactement suivi, la fièvre a été « coupée ». Chaque fois que dans nos observations nous avons noté des récidives précoces ou tardives, c’est que le traitement avait 6t6 mal suivi ou abandonné.
Pour être assuré que les malades, prisonniers de guerre, conformément aux ordres que nous donnions à l’infirmier allemand, prenaient la quinine prescrite, nous avons contrôlé souvent, par le réactif de Tanret, la présence de la quinine dans les urines. Il nous à fallu très souvent, au début, faire donner la quinine manu militari, pour qu'elle fut ensuite avalée avec docilté.
Lorsque nous sommes arrivé au Centre de Dirigeables, la saison était trop avancés pour prendre des mesures prophylactiques qui eussent été efficaces. Néanmoins, pour tarir les sources de virus, nous avons essayé de dépister tous les paludéens et nous avons taché de leur faire prendre de la quinine. La chose n’était pas toujours aisée avec quelques sous-officiers coloniaux.
Nous avons pratiqué de nombreuses injections de quinine à des indo-chinois et nous obligions 14 plupart des consultants à avaler un comprimé de 25 centigrammes de quinine avant de les recevoir dans la salle de visite.
Nous avons fait disparaître quelques flaques d’eau au voisinage immédiat de la baraque qui nous servait d’infirmerie, mais, à cause de la saison trop avancée, nous n’avons pas pétrolé les
mares avoisinantes, ni demandé qu'on entreprit aucun travail d'assainissement qui, d’ailleurs, aurait été sans effet pour le moment présent.
Au cours du dernier hiver, nous avons obtenu qu’une partie du lit d’un ruisseau, dont on a détourné le cours, fût comblée afin d'éviter la stagnation des eaux, et nous avons demandé que l’on évitât de creuser des fossés et de produire des dépressions où les eaux seraient susceptibles de s’amasser.
De notre mieux, nous avons averti le Commandement des dangers qu'avaient causés et que pouvaient provoquer à l’avenir la pullulation des moustiques, mais nous n’avons pu obtenir que l’on se livrât spécialement à des travaux d’assainissement.
De l’expérience que nous avons pu acquérir, nous avons établi les règles que nous suivrions à l'avenir pour éviter semblable épidémie :
1° Détruire le virus à sa source chez les paludéens anciens : chercher à connaître tous les paludéens, même les civils, et les soigner;
2° Détruire tous les moustiques, et en particulier les anophèles, en leur faisant la chasse, soit dans les locaux où ils hivernent et où ils se cachent, soit dans les endroits où ils se tiennent, aux bords des mares, dans les roseaux et dans les herbes. Grâce à l’asséchement des marais et des eaux stagnantes et par le pétrolage des nappes liquides rendre impossible, la reproduction des insectes que l’on n’a pu détruire:
3” Empèêcher les anophèles, dont on n’a pu se débarrasser, de piquer les hommes malades et les sujets sains, en interdisant à ces insectes l’entrée des casernes et des locaux d'habitation, grâce à des grillages métalliques disposés aux fenêtres et aux portes; ces dernières doivent être munies de tambours. Utilliser la moustiquaire individuelle:
4° Empêcher le paludisme d’éclore chez les sujets qui auraient pu être piqués et inoculés, en donnant à tout le monde, pendant la saison chaude (août, septembre, octobre), quand il y a déjà eu un Cas (l’invasion, de petites doses de quinine à titre préventif.