CHAPITRE IT
Histoire de l'épidémie, ses causes.
Cuers est un chef-lieu de cauton du département du Var, situé à vingt-un kilomètres au nord et un peu à l’est de Toulon, près de la grande ligne de chemin de fer Nice-Marseille et sur la route de Toulon à Nice.
Pierrefeu, connu par son asile d’aliénés, se trouve à six kilomètres à l’est de Cuers.
Le Centre de dirigeables de Cuers-Pierrefeu s'étend entre ces deux localités, dans une plaine argilo-calcaire assez étendue, coupée par quelques ruisseaux, en particulier par le Farembert.
Ces ruisseaux qui descendent des hautes collines voisines sont de véritables torrents après là pluie, mais ils ne coulent plus pendant presque tout l'été et laissent en maints endroits, dans leur lit, des flaques d'eau entourées d'herbes et de roseaux.
Le champ d'atterrissage qu'on est en train d'amenager, s'étend sur des prairies plus où moins humides où le jonc se mêle parfois à l'herbe et sur des vignes où des champs que l’agriculteur exproprié ne travaille plus et qui restent incultes. Des arbres ont été abattus, des cabanes démolies, des déblais et des remblais effectués. On a détourné le cours d'un ruisseau gênant pour l'harmonie des constructions et on n'a pas comblé l'ancien Hit
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ou s’amassent par endroits des flaques d’eau croupissante. On a creusé des fosses où l'eau nécessaire pour les maçonneries est collectée et stagne plus où moins longtemps.
Les ouvriers civils très nombreux qui travaillent sur les divers chantiers, rentrent le soir dans les bourgs voisins.
Les militaires qui ont été envoyés dans ce Centre, en construction, sont, :
Des marins français;
Une garde de soldats français;
Des travailleurs indo-chinois:;
Des prisonniers de guerre allemands venant d'Avignon, où se trouve le Dépôt spécial des prisonniers de guerre condamnés pour délit de Droit commun.
L'installation de tous ces hommes qui logent sur place est assez précaire; et, depuis 1918 que le Centre est commencé, en attendant de loger dans des casernes qui s’érigent lentement et qui seront sans doute splendides et hygiéniques, les marins et les soldats sont encore logés comme au premier jour dans des baraquements de bois qui les abritent peu de là chaleur ou du froid et très peu du mistral.
A proximité des baraquements du Centre, vivaient aussi quelques civils venus s'installer dans de modestes maisons et logés à la même enseigne que nos hommes.
C'est dans ces conditions que pendant les mois de septembre et d'octobre 1919, une petite épidémie de paludisme s’est manifestée.
Elle à surtout sévi chez les prisonniers de guerre qui étaient, par rapport aux autres hommes, dans des conditions plus défavorables; la morbidité à été très grande chez les sujets jeunes t en particulier, les deux enfants d’une famille ont été atteints.
Les premiers cas ont éclaté le 5 septembre; le dernier cas s’est produit le 22 octobre. L’épidémie battait son plein du 19 septembre au 6 octobre, avee un maximum de 3 cas nouveaux le 28 septembre.
Sur un total de 281 individus, il y à eu 23 Cas, ce qui élève la morbidité à 8489. 1 n'y à eu que deux hospitalisations,
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l’une pour accès comateux (observation VI), et l’autre pour anémie palustre (observation XI). I n°y à eu aueun décès.
Le tableau suivant donne dans le détail une vue d'ensemble sur l'épidémie
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Nous ne faisons pas entrer dans notre statistique les travailleurs indo-chinois qui étaient 200 environ. Beaucoup d’entre eux ont eu des accès de paludisme. Peut-être certains ont-ils contracté la maladie à Cuers-Pierrefeu; quoiqu'il en soit, que la maladie fût ancienne ou récente, nous sommes persuadé que nous n'avons pas pu enregistrer le quart des accès qui se produisaient chez ces indo-chinois, et, à notre avis, la courbature ou Ia lassitude dont la plupart des consultants venaient se plaindre à la visite du matin, n'étaient que le reliquat d’un accès s'étant produit les jours précédents ou la veille.
La maladie qui a frappé presque simultanément un assez grand nombre d'individus soumis aux mêmes influences et vivant dans le même camp est une épidémie.
[1 s’agit bien de paludisme de première invasion contracté sur les lieux même parce que chez les malades que nous citons qui ont fait, avant l'épidémie, un très long séjour dans le Centre, un an par exemple, il n’a été noté aucun accès antérieur, tandis que, après l'épidémie, ces mêmes hommes ont présenté, malgré le traitement, des récidives assez nombreuses.
Si on discute chacune de nos observations, on arrive à
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conclure, en s'appuyant sur des déclarations et des témoignages dignes de foi et surtout en se basant sur les documents de notre Infirmerie, que ces sujets n’ont pas eu une seule journée d’indisponibilité; ils n’ont done pas présenté d'accès antérieur.
Il est difficile d'admettre que le sujet de l’observation I, s'il avait été paludéen, soit. resté sans accès pendant les onze mois qu'il a passé au Centre avant la période qui nous occupe. Pour qui connaît les prisonniers de guerre, il n’est pas douteux que cet homme serait venu à la visite dans le courant de l’année s’il avait eu la moindre fièvre; la perspective d’un séjour à Fhôpital et du rapatriement probable, aurait été pour lui un stimulant suffisant pour le pousser à se faire porter malade.
L'observation IT est analogue à la précédente. Ce marin a servi dans des formations de Ja Marine ou le Service médical est organisé : des accès de fièvre auraient certainement été enregistrés s’ils s'étaient produits; on peut donc dire que ce marin n’a pas eu d’accès avant son arrivée à Cuers-Pierrefeu. On ne peut admettre que cet homme ait contracté le paludisme en rade de Corfou, car l’incubation et la période de latence seraient vraiment très longues. Le paludisme se serait manifesté soit à bord du Voltaire même, soit au V° Dépôt, soit à Cuers-Pierrefeu mais à une époque moins avancée : le mois d'avril 1919 ne se serait pas passé sans accès, or, à cette époque ce conducteur a fait son service exactement chaque jour. Le cas de ce marin est analogue à celui du fils du Patrick Manson.
Le marin de l'observation IT n’est jamais allé aux colonies. Le seul endroit où il serait plausible que ce marin eut. été inoculé est le Centre d’Aérostation de Rochefort: or le séjour dans ce Centre à eu lieu de novembre 1918 à février 1919. Pendant cette période il y à peu de moustiques tenant l’air et les anophèles qui pourraient exister ont perdu leur pouvoir infectant.
On pourrait supposer que la maladie a été contractée à Guipavas (environs de Brest); mais il n’est pas permis de penser que les anophèles de ce pays, si tant est qu’il v ait des anophèles, soient déjà infectantes dès le mois de juin époque à laquelle le marin à quitté Guipavas. D'ailleurs, pourquoi ce marin
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aurait-1l attendu deux mois pour manifester son paludisme? N'était-il pas dans les mêmes conditions peu après son arrivée au Centre de Cuers, qu'après un séjour de deux mois? Il y a tout lieu de croire que, pour lui comme pour les autres, les piqûres anophéliennes ont été faites à Cuers.
Si des périodes de latence aussi longue étaient couramment admises, les médecins hésiteraient à délivrer des Certificats d'origine de maladie pour paludisme, même dans les pays les plus palustres, lorsqu'ils apprendraient que le malade à fait antérieurement un séjour à Rochefort ou en Camargue.
Nos autres observations sont, nous semble-t-il, aussi probantes et, pour certains individus, l'accès quotidien peut être considéré cormme un indice que l’organisme est tout nouveau dans sa lutte contre l’hématozoaire.
Chez les individus arrivés depuis peu au Centre de Cuers, les accès n’ont commencé à se produire qu'après un séjour d’un mois au moins. Pendant ce temps, l'infection et l’incubation se produisaient.
Dans le Centre, les sources de virus ne manquaient pas et les paludéens anciens encore en activité étaient très nombreux.
Des Indo-Chinoïs, impaludés dans leur pays ou à Port-Saïd, pendant une longue escale, avaient de temps en temps des accès qu'ils ne signalaient pas spontanément. Certains de ces hommes ont séjoumé à l’hôpital Saint-Mandrier pour paludisme; lun d'eux était porteur de croissants; chez quelques autres, dont nous nous sommes occupé, le Laboratoire de lhôpital Saint- Anne, de Toulon, à trouvé Plasmodium Vivar.
Il y avait aussi dans le Centre un contingent de soldats du 3° Régiment d'Infanterie Coloniale ayant servi aux colonies. La plupart de ces soldats avaient 6té impaludés et avaient assez souvent des récidives. Le cahier de visite en fait mention dès le mois de février. Les quelques examens de sang pratiqués ont révélé la présence de PE. Vivar.
Parmi les prisonniers de guerre, existaient deux hommes impaludés au Maroc qui avaient des récidives et étaient porteurs de PI. Vivax. Nous ne donnons pas leur observation.