ÉPIDÉMIE DE RAGE SUR LES DAIMS
raissent présenter d'ordinaire la rage paralytique, les daims offrent plus de cas de la forme furieuse ; des recherches plus récentes faites à Ickworth m ‘amènent à la conclusion que cette appréciation demande quelques modifications. Je he pense pas, à l'heure actuelle, qu'on puisse rien dire de général à ce sujet; mes premières recherches sur ce point ont été faites à un moment où la maladie commençait à se manifester sur les daims. Alors, à la suite de mes recommandations, les gardes ont commencé à observer avec attention les symptômes caractéristiques de la rage. Avant cette période, il m'avait été impossible de découvrir un signe défini d’excitation anormale.
Des exemples lypiques d'une pareille excitation ont été depuis nolés à Ickworth, et se présentent spécialement avant le début des troubles de l'appareil moteur. Un très grand nombre de daims mordent avec fureur leurs pattes, leurs côtés ou leurs flancs, et après la mort on trouve de larges et récentes blessures produites par ces morsures. On a vu un animal poursuivre un lièvre ; une daine se jeter sur un garde qui a échappé en lui lançant deux pierres ; elle prit l’une de ces pierres avec fureur dans sa bouche et la rejeta de côté; quant à l'autre, elle l'avala. Un autre daim frappait violemment un petit arbuste (aubépinc), cassant un grand nombre de branches. Il y eut des cas où : l'animal sautait et mordait les branches des arbres. Le cas lo plus intéressant de tous a été, je crois, observé par lord Francis Harvey qui, en compagnie du garde, a vu une daine se précipter sur le troupeau, attaquer et mordre un grand nombre de ses membres avant de pouvoir être approchée et tuée,
Dans son rapport sur l'épidémie de Richmond, M. Cope insiste fortement sur un symptôme observé dans un grand nombre de nécropsies. Il trouve que dans beaucoup de cas, le front et l'espace compris entre les cornes étaient complètement dépourvus de poils, parce que les anhnaux frottent leurs têtes contre les troncs des arbres ou contre les poteaux. Ceci est arrivé très rarement à Ickworth. Cela s'explique : les daims d'Ickworth ont montré plus souvent la forme parétique de la rage, que la forme furieuse.
Il reste peu de choses à dire sur le diagnostic de la maladie. Quand il a été reconnu, dans le courant de juillet, qu'il y avait évidemment une maladie infectieuse sur les daims, peu ou point
de symptômes caractéristiques furent mentionnés. Les cadavres se décomposaient rapidement, et certains larges et longs bacilles ayant été trouvés dans la pulpe de la rate et dans les cultures faites avec cette pulpe, on déclara officiellement que cette maladie était l’anthrax. L’autopsie des corps m'a révélé d’abord qu’il y avait quelque chose rappelant l’anthrax : le sang était épais,
- non coagulé et très foncé ; la rate semblait plus large que de coutume, plus noire et plus molle; le foie et les reins étaient congestionnés. Mais quand j’essayai de faire des cultures avec le sang ou la pulpe de la rate, j'eus toujours le même insuccès : ou bien la gélatine et la gélose restaient claires, ou bien j'avais une culture abondante des microbes de la putréfaction. M. H. Robinson, assistant du professeur de chimie à Cambridge, eut des résultats semblables. De plus, les lapins inocuiés avec le sang, la pulpe de la rate ou ses cultures, résistaient à ces inoculations. Mais plus tard, quand nous avons été capables de nous rendre compte des symptômes, le professeur Roy et moi, et que nous avons posé le diagnostic de rage, l'inoculatior intracranienne faite à un lapin par le professeur Roy, avec une émulsion du cerveau d'un cerf mort la veille, fut suivie 20 jours plus tard par la mort de l'animal en complète paralysie. Deux lapins inoculés intracraniennement par le professeur Roy avec une émulsion du cerveau de ce premier Japin moururent paralysés, l’un en 17 jours, l’autre en 19 jours. Donc, par les symptômes et par l'expérimentation, il a été établi que l’épizootie d’'Ickworth était de nature rabique.
À mon grand regret, je n'ai pas pu obtenir la permission d'essayer une inoculation protectrice suivant la méthode de Galtier et de Nocard et Roux.
Mes plus sincères remerciments sont dus au professeur Roy pour les conseils et l’aide qu’il m'a aimablement donnés pendant le.cours de ces investigations; à M. H. Robinson et au docteur C.-S. Kilner, de Bury-Saint-Edmund, ville près de laquelle Ickworth est situé. C’est à M. H. Robinson que je dois la nouvelle de l'apparition de la maladie ; sans le secours du docteur Kilner, il m’eût été difficile de mener à bien mes investigations dans le parc lui-même.
Sceaux, — Imp. Charnire et fils,
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