‹ Une épopée mystique [microform]Chapitre 13 sur 83 · PREFACE XLIII · texte numérisé non relu

PREFACE XLIII

désinvolture : J'ai appris que nous avons perdu Montréal et par conséquent tout le Canada. Si vous comptiez sur nous pour les fourrures de cet hiver ^ je vous avertis que c'est en Angleterre qu'il faut vpus adresser °'. » En ces mois tragiques qui terminèrent la guerre de Sept ans et qui décidèrent du sort du Canada^ certaines protestations expédiées à Versailles retinrent l'attention des gouvernants : elles provenaient du commerce français., et elles attestaient que dans nos sphères commerçantes Vidée que s'étaient faite les missionnaires, dèsle temps de Louis XIII, sur le peuplement des colonies, avait définitivement prévalu ; elles marquaient pour les missionnaires, en cette heure du désastre, un suprême succès moral.

La Chambre de commerce de la Rochelle confiait au duc de Çhoiseul, ministre de la Marine, et au comte de Çhoiseul, ministre des Affaires étrangères, la (.(..sensibilité inexprimable », la « vive douleur » qu inspirait à ses membres le projet d' abandon du Canada; elle représentait V (K importance infinie » de cette colonie, le « tort immense que sa privation causerait à la France dans ses manufactures, dans son agriculture, dans la pêche de la morue, dans le recrutement de ses matelots » ; elle s'inquiétait, enfin, de « Vétat de splendeur où parviendrait V Angleterre en possédant cette belle contrée de l' Amérique, splendeur dont nous devrions

XLiV LES ORiaiNÊS àÈLIGiËUSES DU CANADA

craindre les tristes effets. » Aussitôt lés Chambrés de commercé de Bordeaux, Nantes^ le Hà0ré:, Rouen, Marseille, Sàint-Màlo,,Lyon, Bdyoniié, Dunkerque,- Montpellier, joignaient leurs protestations à celles dé la Rochelle. « On serait effrayé, disaient les Marseillais, du Hde qUè là perte de cette colonie doit laisser dans la hdvigation et le commercé de France. Mais si oh considère les avantages de la pêche dans la rivière, à Gaspé et dans les différents postes établis pour celle des loups-marins et des marsoûin^, indépendamment de Vimportàhte péché dé la mortie qu'il sera difficile aiix Fràfiçàis dé continuer sur le grand banc dé TérH-JVèUvé, peut-on hé pas regretter vivement tout ce que nous abandonnerions à nos ennémUs? »

Tandis que le duc dé Choiseul, ministre de la MaHiïé, remerciait là Chambre dé commet ôè d'ÀUnis pour ses obserOdtiofis, ou il h' apercevait ^ aucun motif d'intérêt que celui du bièft général »j lé comte dé Chàisetil nu cohtrdirè, futur dite dé Prûslin, adressait à la Chatiibré de commercé de Marseille une verte rémontrdncé pour i< s'être prêtée à cette espèce d' asSociàtiofi avec d'autres Chambrés sans y être préalablement autorisée ». Cette semonce irritée traduisait lé véritable esprit dé là Cour, oit régnaient, au sujet du Canadd, lès préjuges déà philosophes, k y aimé beaucoup mieUx la paix qiiè lé Canada, écrira Voltaire au comte de Choièèut,

et fç. orois que Içc France. p,e\it être heureuse s.ans Québec ^^. »

Ce qui l'ésultç de ces niqnifes^ations des Chambres de commerce^ récemment révélées g;race aùcp recherches de M. Fçurnier^ archiviste-bibliothécaire de la Chambre de Marseille, c'est qu'eri cette hçure émouvante: où se décidèrent les destinées canadiennes, le commence français fut d'accord avec le çatholicisnie français pour souhaiter le maintien dç la France çiu Ca^ada. Lorsqu'on voit les Marseillais énumirer les exportations que le roy^aume faisait là-bas^ vins, draperies, toiles, produits manufacturés^ laines du LevaTi't et de Barbarie, couvertures, on conclut que la victoire même de la conception des missionnaires, qui avaient voulu faire du Canada une terre de peuplement, s'était finalemeut montrée propice au commerce français, ; et la a plus grande France » écoriomique fut d' accord avec la (-(^ plus grande France » religieuse pour regretter la disparition des fleurs, de lis sur Vhorizon du Saint-Laurent.

Mais un siècle et demi de notre influence piorale et politique a^dit laissé d^ms l'âme canadienne d'assez robustes et durables empreintes, pour qu'à l'abri d^.un autre drapeau que le nôtre,' notre conscience religieuse survécût et persistât, et qu'elle fit survivre la foi de Borne, malgré les mesures persécutrices qiieprit d'abord l'Angleterre : la religipM traditionnelle de Içt

France^ qui avait précédé au Canada la puissance française et qui lui avait frayé les voies, subsista là-bas lorsque cette puissance eut du s'effacer.

Bien que le roi de France fut le vaincu et le roi d'Angleterre le vainqueur, la solidarité séculaire entre France et catholicisme fut plus forte, en terre canadienne, que cette autre solidarité qui liait aux intérêts du protestantisme les intérêts de l'Angleterre.

De m.ême que la période française du Canada s'était inaugurée par une poussée d'apostolat religieux, de même, au début de la période anglaise, on vit se dessiner, immédiatement, dans ce for intime des consciences oïl les résistances sont d'autant plus invincibles que plus pacifiques, certaines attitudes de fidélité tenace au vieux Credo'; et les épisodes initiaux de cette période nouvelle, par lesquels le Canada conquis défendait et sauvegardait l'ensemble de sa personnalité, furent des épisodes d'affirmation religieuse et de défense religieuse.

La France militaire avait été vaincue, la France politique consentait à la dé faite ; mais la France j^eligieuse durait, son vouloir-vivre la faisait vivre. Ne pourrait-on pas dire qu'au vingtième siècle encore, ce vouloir-vivre se prolonge, sous l'égide de nos Sulpiciens, et qu'en définitive, depuis Jacques Cartier jusqu'à nos fours, l'histoire tout entière du Canada se dé-

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