ORDRE DE L EXPERTISE
On peut classer les mouvements de l'écriture en six genres : l'intensité (énergie et vitesse du tracé), la forme, la dimension, la direction, la continuité, l'ordonnance.
Cet ordre méthodique nous servira pour tout le travail de comparaison.
DE l'intensité
L'intensité, l'énergie du graphisme, se manifeste, entre autres espèces, par les angles.
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L'ang-ulosité est faiblement marquée dans la pièce Z; elle est au contraire très prononcée dans toutes les pièces de comparaison. Il est vrai que récriture de Dreyfus est inégale, mais celle des pièces de comparaison qui, sous ce rapport, se rapproche le plus de la pièce X est encore très différente. Nous aurons l'occasion de constater cette très importante dissemblance à chaque rapprochement de mots ou de lettres.
La netteté est beaucoup plus faible dans la pièce X que dans les pièces de comparaison.
Certains mots, comme « extrêmement » (ligne 15), « disposition » (ligne 17), « ministère » (ligne 18), « responsables » (ligne 20), « manœuvres » (ligne 22), « manœuvres » (ligne 30), révèlent un état de contraction suspect. L'écriture des pièces de comparaison n'y ressemble pas du tout, môme occasionnellement. La lettre missive n° 1 fait à ce propos la plus vive opposition avec la pièce X. Il y a donc là une discordance générale et foncière.
La typographie a cependant pour effet habituel de rendre nets les contours indécis. Si elle en détruit la délicatesse, elle les limite mieux. Aussi Texamen du document original X augmenterait peut-être encore le contraste.
L'épaisseur de l'écriture de Dreyfus se tient dans une moyenne banale avec tous les degrés de l'écriture mince et moyenne. Cependant, nous trouvons dans l'écriture X un certain nombre de finales en forme de massue, plus grosses à l'extrémité. Chez Dreyfus on ne rencontre jamais cette forme qui est relativement fréquente dans la pièce X. Voyez (//(/. 1) les mots « cependant, conduite (la barre du « t »), couverture, peu, guerre, ce, ne, adresse ». Il est impossible de trouver des équivalences dans les pièces de comparaison. Si nous mettons en regard les mots semblables que nous trouvons comme « ce, peu, ne », ou le mot « maintenant » (pour « cependant »), nous voyons l'éclatante différence des finales. Mais ici nous devons encore formuler des réserves. L'impression typographique dénature si souvent les signes qui se rattachent à l'épaisseur des traits qu'il n'est pas légitime, à ce propos, de tirer des conclusions sûres de la comparaison d'un document original avec celle d'un document imprimé. La différence précédente devait être notée, mais considérons-la comme une preuve quantitative.
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Finales dans là Pièce %
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Références A/^'J.Z. 3. p/êce. s pa^e z. Lignes
tO et / s etp.3j./6. /y?' 4. pièce 6.
b.ô.J./J . f\IV s. ^3.6. a.3 . /.s:
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Fig. 1.
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72 UiNE ERREUR JUDICIAIRE
L'amplitude générale des mouvements de la pièce X semble égale à celle des pièces de comparaison. Parmi les ressemblances que nous aurons à constater, celle-là est une des plus apparentes. Et cependant, nous voyons au seul examen de la figure 1 combien les écritures sont différenciables sous ce rapport.
La vitesse est légèrement moindre dans l'écriture de la pièce Z que dans la moyenne des pièces de comparaison, ou plutôt elle est autre à cause des associations de lettres qui tantôt la favorisent, tantôt la retardent. La plupart des signes d'écriture rapide contenus dans une sorte de pièce se retrouvent dans l'autre, mais avec de grandes variations dans le degré. Ainsi, lorsque nous voyons les accents liés à la lettre suivante dans les lignes 4, 6, 8, 10, 13, 14, 16, 17, 18, 21, 24, 25, 26 de la pièce X, il est un peu étonnant de ne trouver ce signe qu'à l'état d'exception dans l'écriture de Dreyfus. Même dans les pages les plus rapides de sa correspondance, on tourne souvent plusieurs feuillets avant de rencontrer une seule de ces liaisons. Les déformations de lettres provoquées par le tracé rapide sont aussi bien plus grandes dans la pièce X où beaucoup de lettres sont à peine formées, par exemple r« o » de « jours » (ligne 18), le « z » de « voulez » (ligne 23), etc. Dans le mot « partir » (ligne 30), on voit un « a » et un « r » dont il est impossible de trouver l'équivalence dans l'écriture de Dreyfus. Il en est de même du mot « extrêmement » (ligne 15), dont les liaisons sont étranges. Jamais nous ne trouvons ces formes inhibées dans •l'écriture de Dreyfus.