II. — Idiotismes scripturaux
Concurremment avec ces caractéristiques générales qui déterminent surtout la physionomie du graphisme, la pièce de question contient aussi quelques idiotismes scripturaux qui n'ont pas une moindre importance parce qu'ils proviennent de l'activité musculaire inconsciente de l'écrivain quel qu'il soit.
Les idiotismes scripturaux dont un certain nombre sont devenus idiotismes et caractéristiques alphabétiques, ainsi qu'on le verra dans le tableau synoptique et général affecté au dépouillement des alphabets usités dans les différentes pièces versées à l'expertise, et aussi les caractéristiques scripturales, consistent dans les caractéristiques particulières ci -après énumérées :
1° La première lettre du document, la lettre majuscule S, remarquable par sa forme calligraphique et écolière qui détonne même dans l'écriture du document que l'on ne saurait qualifier de calligraphique et écolière à aucun point de vue.
2° Les traits pleins, sans déliés pour ainsi dire, qui apparaissent en plus ou moins grand nombre à toutes les lignes.
3° Les têtes de lettres ou autres caractères qui sont absolument éludés ou mangés tels que la lettre « q » du mot « indiquant », troisième de la première ligne; dans le même mot, deuxième de la
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troisième ligne -, dans le chiffre « 8 » du millésime « 1894 » de la quatorzième ligne.
4° Les lettres brisées dans leurs jambages ou traits annexes telles que dans la lettre « q » déjà mentionnée de la troisième ligne; dans la lettre « 1 » du mot « le »; troisième de la dix-huitième ligne et dans la lettre du même mot de la vingt-cinquième ligne.
5° Les mots à lettres disjointes, tels que : « modification », des deuxième et troisième alinéas; «relative », du quatrième alinéa- «document» et « disposition», du cinquième; «ministère», du sixième; coupés de cette manière en trois, quatre et mémo cinq tronçons.
6° Les points et traits épars dans le graphisme sans qu'ils aient une raison d'être et qui pourraient être attribués à un malade atteint d'affection cardiaque, de troubles de respiration ou même à un écrivain obèse ou bossu et dont on peut constater la présence à chaque ligne presque, notamment à la lettre « i » triplement pointée du mot «manière », quatrième de la cinquième ligne; à la même lettre du mot « prendrai », premier de la vingt-sixième ligne.
7" Les traits tremblés comme ceux qui se produisent à la suite d'intoxications, tel que le mot « extrêmement », dernier de la quinzième ligne.
8' Le double train d'écriture qui se remarque très nettement dans ce document; le premier, du commencement à la dix-huitième ligne incluse, et le second^ de la dix-neuvième ligne à la vingtcinquième ligne, en laissant de côté les six dernières lignes du document qui pourraient à la rigueur constituer un troisième train d'écriture, de façon que le document semble avoir été écrit à trois reprises différentes au moins, avec application et hésitation, et même plus : intention de falsifier peut-être.
9° Les traits spatules notamment ont beaucoup de finales en massues relevées et appréciables d'un coup d'œil, surtout dans les derniers mots de chaque ligne.
10« Et enfin un^idiotisme alphabétique d'une extrême importance et constituant une véritable marque de fabrique : c'est la lettre minuscule « n » faite en forme de « se » ou de « x » qui est répétée deux fois aux mots «nombre», cinquième de la dix-neuvième ligne et « tenir », dernier de la vingt-quatrième ligne, idiotisme qui fait que l'on lit à première vue « scombre » au lieu de « nombre » et « texir » au lieu de « tenir », — ceci pour ne citer que les cas les plus saillants.
La présence de tous ces signes caractéristiques généraux et de ces diotismes scripturaux ou même la présence de quelques-uns d'entre
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eux dans les pièces de comparaison^ si elle y est constatée, constituera une forte présomption que tous les documents soumis à l'expertise sont émanés d'un écrivain unique, comme aussi il pourra résulter de leur absence dans ces mêmes pièces une forte présomption que la pièce de question a été écrite par une main et les pièces de comparaison par une autre.
Tous les éléments étudiés dans cette opération sont d'autant plus importants que les caractéristiques générales des graphismes sont ce qui change le moins dans une écriture depuis les débuts de l'écrivain jusqu'à l'époque où il finit d'écrire, et que les idiotismes scripturaux traduisent des mouvements nerveux et musculaires inconscients qui échappent à la volonté autant qu'à la connaissance de l'écrivain.
Sans en tirer aucune inférence spéciale et pour clore les constatations précédentes faites sur la pièce de question, il est enfin à remarquer qu'elle présente tout au moins le cachet d'une écriture anormale et que dans certains cas il arrive :
V Que des taches ombrageuses dans les environs des mots révèlent une imitation passive d'un graphisme original contre-tiré en tout ou partie au moyen de quelque procédé de transposition-,
2° Que des recharges d'encre, retouches et duplications de traits sont indices que ces procédés ont été employés avec quelque maladresse -,
3° Que des lignes plus ou moins distantes et de venue incohérente et hésitante qui détruisent l'unité du contexte sont marques d'originaux divers utilisés pour la confection d'un nouveau document;
4° Et que le manque de relief et de netteté dans une reproduction peut être suspecte, attendu que les écritures reproduites par quelque procédé que ce soit ont toujours un relief plus intense que les originaux.
Bien que la fatigue plus ou moins grande des clichés puisse, dans une certaine mesure, expliquer que quelques-unes de ces particularités soient représentées dans le graphisme de la pièce de question par des traces qu'il ne serait pas impossible de mettre en relief, peut-être, en recourant a l'original, elles ne seront cependant considérées que comme indice de document anormal et retenues. seulement pour ordre.
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