‹ Une excursion à l'île aux Coudres [microforme]Chapitre 2 sur 10 · LL · texte numérisé non relu

LL

On dit qu’il fait le vent et le beau temps à sa guise. Plusieurs l’ont vu, disent les gens superstitieux, jeter sa chique à l’eau du côté d’où il veut avoir du vent, et, un quart d’heure après, il s’est élevé une grande brise exprès pour lui.

— Borde la misaine ! erie-t-il à son compagnon, qui vient de lever l’ancre. Tout est prêt ; nous partons.

La chaloupe se penche gracieusement sous ses voiles qui se gonflent au souffle de la brise, et gagne rapidement la haute mer. Derrière nous, la côte du sud s’abaisse à mesure qu’elle s'éloigne. A notre droite, le rivage s’arrondit en longue courbe pour former l’anse de Sainte-Anne, au fond de laquelle s'élèvent l’église et le village de cette paroisse, avec la montagne qui sert de piédestal au collège. Cette langue de terre boisée qui ferme là-bas l’anse de Sainte-Anne, c’est la pointe de la Rivière-Ouelle. A notre gauche, la côte se prolonge en ligne sinueuse qui va se perdre à l’horizon.

Déjà nous dépassons les Piliers, rochers stériles dont l’un porte un phare. A mi-traverse, nous découvrons la Bouée Caille; elle bondit sur les flots comme un bouchon de liège.

Ce navire peint en rouge que vous voyez à l'ancre, aur notre gauche, au milieu de la traverse, c'est le phare flottant appelé communément le bâtiment de

lumière par nos Canadiens ; il est placé là pour indiquer le chenal aux navigateurs. Vous avez souvent entendu, sans doute, dans les temps de brume, un sourd mugissement qui vient du fleuve et qui retentit de minute en minute, comme le ronflement formidable d’un monstre marin: ce bruit n’est autre chose que le sifflet d’alarme de ce navire. Mû par la vapeur, ce mécanisme se fait entendre de très loin, car vous n’ignorez pas que la traverse de Saint-Roch est une des pius dangereuses du Saint-Laurent.

A mesure que uous approchons de l’île aux Coudres, les montagnes du nord grandissent au-dessus de nos têtes comme d’énormes géacs qui menacent de nous écraser. En face de nous, les caps s'ouvrent pour former la vaste anfractuosité de la baïe Saint-Paul, au fond de laquelle se précipite la rivière du Gouffre, qui tombe de cascade en cascade du haut de ces montagnes. En remontant vers Québec, voici d’abord les Câpes Raides: ce sont les pics les plus élevés qu’on aperçoive. Plus loin, voici l'embouchure de ia petite rivière Saint-François, qu'indique ce long promontoire. Enfin, tout au loin, par delà le cap Maillard et fermant l’hcrizon, s’avance la tête bleuâtre du cap Tourmente,

L'île aux Coudres qui, de la côte du sui, n’apparaît que comme une ligne d’un bleu plus foncé que celui des Laurentides, se dessine maintenant devant nous, avec ses rangées de maisons sur le bord de la grève, ses anses, ses promontoires, ses coteaux plantés d’ar- . bres toujours verts. Nous iongeons les longues files de.

perches qui forment l’enceinte de la pêche aux marsouins. La mer devient plus rase, et enfin notre chaloupe jette l’ancre au rivage de l’Islette.

Le beau sable fin de la grève nous invite à descendre. Ici même commence notre pèlerinage.

Le promontoire au pied duquel nous venons d’aborder a été jadis témoin d’une scène religieuse dont les habitants de l’île ont voulu perpétuer le souvenir.

Gravissons cette colline ombragée d’un bouquet d’épinettes, puis suivons le sentier qui circule sur le versant opposé. Nous sommes en face d’une grande croix érigée en 1848, grâce à la piété d’un enfant de l'île, M. l'abbé Épiphane Lapointe, mort en 1862, curé de Rimouski. Cette croix, qui est de bois, menace ruine: le vent, la pluie, les neiges de notre climat rigoureux l’ont rongée et vieillie en peu d’années. Sur son piédestal, dont la forme exquise, quoique simple, atteste le goût de celui qui en a donné le plan, on lit. l'inscr'ption suivante :.

‘I0I FUT CÉLÉBRÉE LA PREMIÈRE MESSE DITE A L'ISLE AUX COUDRES PAR LE hÉVÉREND PÈRE DE LA BROSSE

Les passants qui seraient étrangers à l’histoire du Canada, pourraient être facilement induits en erreur en lisant cette inscription. Il y avait déjà deux cent trente ans que la première messe avait été dite à l’île aux Coudres, quand le vénérable Père de La Brosse vint dresser sur cette pointe son autel portatif, et célébrer les saints mystères, en présence de quelques familles établies alors dans l’île. On a simplement voulu consacrer la tradition d’après laquelle ce lieu fut témoin de la première messe cél‘brée dans l’île depuis l'établissement des prémiers colons.

L'île aux Coudres, dont Cartier avait vanté le site et la fertilité, ne fut cependant ouverte à la colonisation qu’au commencement du dernier siècle. Les vremières concessions territoriales sont postérieures à 1720. Le grand obstacle au défrichement des terres était la difficulté des communications avec la terre ferme pendant nos longs hivers.

Les insulaires ne recevaient de secours religieux que par les missionnaires qui montaient et descendaient le long de la côte du Nord, une ou deux fois l’année. Plus tard, la desserte de l’île fut confiée au curé de la Baie Saint-Paul, qui remplit cette fonction jusqu’à l’arrivée du prémier curé résident. |

D'après la tradition, les offices religieux se célébraïient, avant la construction de la première chapelle, dans la maison d’une famille nommée Dallaire, qui demeurait au bout d’en haut de l’île.

De tous les missionnaires qui ont exercé le saint

me

ministère dans cette partie du pays, aucun n'a laissé un nom aussi populaire et aussi vénéré que celui du Père de La Brosse. Tandis que les noms de tant d’apôtres qui ont évangélisé cette région, à travers des dangers inouïs, sont oubliés, celui du Père de La Brosse est resté vivant dans toutes les mémoires. Dans bien des familles, il était invoqué comme un saint, et dans la prière du soir que l’on faisait en commun, le nom du Père de La Brosse était ajouté aux litanies. Mon ami, M. l’abbé Lapointe, m'a souvent répété que sa grand’mère et sa mère ne terminaient jamais leurs prières sans faire par trois fois cette inyocation: ‘ Saint Père de La Brosse, priez pour nous.” .

Hitons-nous de franchir la langue de terre qui joînt le rocher de l’Islette à la côte, car c’est sur le sable de cette grève que les pêcheurs viennent échouer et dépecer les marsouins qu'ils capturent dans l’enceinte de perches que nous venons de côtoyer à notre arrivée. Plus de cent de ces énormes cétacés ont été pris cette année. Leurs cadavres, abandonnés sur la plage, sont en pleine putréfaction, et les exhalaisons infectes qu’ils répandent étouffent la respiration. On pourrait faire aisément de ces dépouilles un riche engrais ; il suffirait de les entasser dans une vaste excavation en y mélant une certaine quantité de chaux. Dans l’espace de trois ou quatre mois, ces. restes seraient transformés

en une matière presque inodore et facile à transporter. Ce procédé aurait le double avantage de débarrasser l'air d’une odeur suffocante et malsaine, et de fournir en abondance de l’engrais, dont l’extrême rareté est la principale cause de l'épuisement des terres de l’île. Mais les habitudes routinières de notre race seront encore longtemps un obstacle à cette amélioration.

Nous ferons le tour de l’île en suivant la route qui côtoie le rivage du nord. Quand nous aurons passé le ruisseau Rouge, nous couperons la pointe du bout d’en bas, en prenant le chemin de la Roche-Pleureuse. De là, nous remonterons par la grève de la Baleine, et nous terminerons notre excursion à l’église, que nous pourrions atteindre d'ici en quelques minutes.

— Tiens, voilà qu’on vient au-devant de nous: ils sont quatre. Approchons, que je les distingue et aue je vous les nomme. Je crois reconnaître Ulric Bouchard. Oui, c’est bien lui, avec sa grosse barbe. Il marche à côté de Joseph Dufour. George Harvey s’avance derrière eux ; il est rejoint par un grand garçon qui m’a l'air de.. mais, oui, c’est bien le grand François Tremblay, qui m’a conduit autour de l’île le printemps passé, avec sa jument Jenny, qui ne trotte pas si mal, je vous assure. Celui-ci n’est pas du bout d’en haut: il demeure à la Baleine, sur le haut de la côte.

Quels braves gens que tous ces habitants de l’le aux Coudres! ils ont le cœur sur la main. Entrez dans n'importe quelle maison, vous serez chez vous. Votre place est tonjours prête au foyer domestique; votre

souvert toujours mis à table, et un bon lit vous attend dans la meilleure chambre. Vous pouvez séjourner chez eux tant que vous voudrez; ils partageront avec vous leur dernier morceau de pain. Mais n'allez pas parler de rémunération: vous leur feriez une insulte. Car iei l'hospitalité se donne comme au temps d’Abraham et de Jacob. Dans chacune de ces maisons, on peut répéter en toute vérité le proverbe canadien : Bon feu, bonne mine, c’est la moitié de la vie. Vous allez voir, ce sera une lutte entre ces braves gens à qui nous offrira sa voiture.

— Bonjour, Ulric, et vous tous, mes braves amis. Comment va-t-on, dans l’île? Comment sont toutes vos familles? Monsieur le curé se porte-t-il bien ?

— À merveille ; nous sommes tous, grâce à Dieu, en parfaite santé. C’est François Tremblay qui est le plus malade, et il est en danger d’en revenir, comme vaus le voyez.

— On vous a vus venir de loin, continue Ulric Bouchard. J'avais la longue-vue de la pêche, et je vous ai regardés approcher. Sapristi ! que vous filiez bien! Le vent est grand; la mer était blanche comme une mouvée de marsouins. Vous couriez sur la lame aussi vite qu'un goëland. Dans un clin d'œil, vous avez passé au travers des perches de la pêche. Quelle fine voilière vous avez là

— Eh bien! François, dis-je en m’adressant à Tremblay, votre quevalle est-elle encore capable de nous sonduire au bout d’en bas de l’île?

—Ïl a eu son tour, interrompt Ulric; c’est à moi de vous mener.

—Qu’à cela ne tienne; il ne faut pas se chicaner pour si peu. Dites-nous donc, Ulric, quel nom donneszvous à ce coteau au pied duquel nous venons de passer ?

— C’est la Butte à Caya, reprend-il. Vous voyez cette grosse pierre dans le champ près d’ici; on l’appelle aussi la Roche à Caya; elles doivent leurs noms à un pauvre fou qui rôdait continuellement dans ces environs. On le voyait passer de grands bouts de temps, assis sur la roche, à regarder la mer, sans rien dire, ou Vien à se promener seul sur la butte.

Il est parti pour le cimetière, mais il a laissé son nom ici.

Ce gros. caillou que nous allons atteindre dans un instant, à gauche du cheïin, marque l’endroit de la maison où est né le premier enfant qui a vu le jour dans l’île. On avait expédié un canct à la Petite-Rivière pour aller chercher une femme qui prît soin de la mère, mais l'enfant vint au monde avant l’arrivée du canot. Elle reçut au baptême le nom de Brigitte. Cette fille dut naître vers 1720 ou 1725. Son père se nommait. Joseph Savard. Elle fut mariée, dans la suite, à un nommé Thérien. *

# Cette tradition m’a été confirmée par François Tremblay, qui habite la côte de la Baleine.

On aperçoit d'ici, au fond de cette coulée, un peu à l'écart, la maison paternelle de M. Épiphane Lapointe, cet excellent prêtre, enlevé, hélas! bien trop tôt à l'affection de tant d’amis qu'il a laissés aprèslui. Puisje me défendre d’évoquer sa mémoire, en passant devant ce lieu natal, témoin de son heureuse enfance? Puis-je passer outre sans contempler encore une fois ce paysage admirable dont il nous parlait avec un enthousiasme si vrai, si profondément senti? C'était une nature de poète et d'artiste, élevée comme ces grandes montagnes, dont il portait gravée dans l’âme l’ineffacable empreinte. L'esprit de l’homme, comme l'esprit de Dieu, habite les hauteurs. Leurs gradins sont es degrés d’une autre échelle de Jacob par où montent les intelligences, et d’où elles contemplent les visions de l'infini. Les plaines sont l’image du réel et de la prose, tandis que les sommets reflètent l’image de l'idéal et de la poésie.

Né au milieu des grands spectacles de la nature, M. Lapointe en avait dans son esprit les élévations.

Ses traits énergiquement accentués, son œil de feu, son nez finement taillé, sa bouche délicate, son menton proéminent donnaient à sa physionomie quelque chose de frappant. Son profil superbe me rappelait toujours ceite belle tête de saint André que Léonard de Vinci a peinte dans son fameux tableau de la cène.

Il y avait aussi du peintre dans M. Lapointe. Quei

est l’élève de son temps au collège de Sainte-Anne qui ne se rappelle ses études à l’estompe, si pleines de vérité et de vie? Notre artiste canadien, M. Théophile Hamel, de qui il avait pris quelques leçons, reconnaissait en lui une nature d’urtiste.

Son talent d’orateur n'était pas moins remarquable, Colorée par une imagination ardente, sa parole débordait avec une abondance, une limpidité qui rappelaient les torrents de ses montagnes.

Au barreau, à la tribune politique, M. l’abbé Lapointe aurait brillé au premier rang. Il ne lui a manqué qu’un théâtre pour développer ses facultés. Placé dans un milieu favorable, il aurait pu devenir peintre, poète, orateur, couronner son nom d’une auréole de gloire; mais il a fait mieux que tout cela : il a été un excellent prêtre. Il a annoncé l'Évangile aux pauvres et aux petits. Comme son divin Maître, il a passé en faisant le bien; il a répandu sur ses pas la bonne odeur de Jésus-Christ. Grand par l'intelligence, plus grand par le cœur, il s’est fait aimer en faisant aimer son modèle. Missionnaire dans la Gaspésie, aux Illinois, son zèle l’a consumé avant le temps. Ses cendres reposent dans l'église de Rimouski, où il n’a été curé que quelques mois, et cependant il a laissé dans cette paroisse un nom vénéré, une mémoire chérie.

Tendre ami de ma jeunesse, aimable compagnon d'autrefois, reçois mes adieux! J’ai voulu effeuiller sur ton berceau ces fleurs du souvenir que je n'ai pu

répandre sur ta tombe.

CIIAPITRE DEUXIÈME

Le cap à la Branche.— Épisode de 1759.— Arrivée de la flotte anglaise.— Abandon de l'ile par les insulaires. — Séjour dans les bois.— Embuscade.— Le petit-fils de l’amiral Durell.— Le traître Boulianne.

Le bruit de la voiture d’Ulric Bouchard, qui arrive devant sa porte, interrompt ma rêverie. Nous entrons un instant pour saluer l’excellente famille Bouchard, qui ne nous laisse partir que sur la promcsse de ‘ séjourner plus longtemps à notre retour.

— Embarquez, monsieur le curé, embarquez, messieurs! nous crie Ulric, dans son langage de marin; vous n’avez pas envie de faire le tour de l’île à pied ? C’est une promenade qui n’a pas moins de cinq lieues. Le soleil est déjà haut, et nous avons plus d’une étape à faire.

— Pas si pressé, Ulric, lui dis-je. Nous préférons monter à pied la côte du cap à la Branche: ça ménagera votre bête, et du reste, nous avons quelques histoires à conter qui se sont passées l’année du grand siège.

La rive qui, depuis l’Islette, est en pente douce, se dresse à cet endroit en falaise escarpée. Elle décrit un angle obtus et s’avance dans la mer pour former le cav

à la Branche. Toute cette falaise est ombragée d’une variété d’essences forestières, telles que le tremble, le pin, l’épinette, le sapin, le cèdre, le cormier, l’érable, le hêtre, le merisier, le bouleau, le coudrier, etc. Le feuillage de cette forêt, aux nuances variées à l'infini, illuminé par un beau soleil de septembre, contraste harmonieusement avec les teintes sombres des montagnes de la Baie et des Éboulements. L'eau du fleuve vient battre, à marée haute, le pied de la falaise.

Autrefois, le chemin continuait le long de la grève, mais on l’a détourné pour couper ce promontoire. 11 suit à présent le bord de l’escarpement jusqu’en bas de la pointe de Roches, presque à l’autre extrémité de l’île.

En se penchant sur la cime du cap à la Branche, un aperçoit, à travers les arbres qui croissent parmi les interstices des rochers, les troncs noueux de quelques vieux cèdres dont les rameaux inclinés s'étendent en parasol au-dessus de la grève. Ce nid d’aigle servit d’embuscade à deux miliciens en 1759, pendant l’occupation de l’île aux Coudres par les Anglais. Le hardi coup de main que ces deux braves osèrent y tenter, est raconté avec orgueil par les insulaires.

Dès l'ouverture de la navigation cette année-là, le gcuverneur de la colonie, M. de Vaudreuil, avait ex- : pédié aux habitants l’ordre d’évacuer l’île aux Coudres, et de se replier, avec toutes leurs familles, sur la Bais Saint-Paul, avant l’arrivée de ia flotte anglaise. Les

em

hommes en état de porter les armes devaient se rallier aux miliciens du lieu, tandis que les vieillards, les femmes et les enfants, emportant leurs objets les plus précieux, iraient chercher un refuge dans la profondeur des bois, sous la protection du curé de la Baie.

Un secours composé, dit-on, de cent cinquante hommes et de cent sauvages Abénaquis, avec quelques pièces d’artillerie, sous le commandement de MM. de Léry, de Niverville et des Rivières, avait été détaché des troupes de Québec pour appuyer les miliciens de la Baie. Déjà quelques retranchements avaient éte commencés et se poursuivaient avec activité. A l’abni de ces remparts armés de canon, la petite troupe serait en état de repousser les tentatives de descente que l'ennemi pourrait y faire.

On distingue encore aujourd’hui les vestiges de ces fortifications que les habitants de la Baie appellent les canons.

Cependant l’ordre du marquis de Vaudreuil avait répandu la consternation dans toute l’île aux Coudres. Abandonner leurs foyers à la fureur d’un ennemiirrité et humilié de tant de défaites qu'on lui avait fait subir, c'était les vouer à l’incendie, au pillage et à la dévastation. S'éloigner des champs à peine ensemencés, c'était s’exposer à toutes les horreurs de la famine. On allait être condamné à vivre au fond des bois à la manière des sauvages, au milieu de privations sans nombre, et l'on ne pourrait plus veiller que de très loin sur ces chères habitations, dont l'habitude faisait une

partie de l’existence. On s’imaginait déià voir les tourbillons de flammes qui bientôt dévoreraient les maisons de l’île. Une partie des bestiaux, des ustensiles et des objets nécessaires à la culture, qu’on ne pouvait songer à transporter, allait être laissée à l'abandon et détruite par l’Anglais.

Les femmes, les enfants en pleurs, ne pouvaient se résigner à partir. On espérait toujours voir arriver des ordres contraires et un renfort de troupes qui permettrait de tenir dans l’île.

Cependant les jours s’écoulaient sans apporter aucun changement à la situation. On était arrivé au dernier jour de mai sans qu'aucune voile eût paru à l'horizon. Les vigies, placées au bout d'en bas de l’île, pour faire lés signaux d’alarme à l’approche de l’ennemi, commençaient à douter de son apparition. Les conjectures se multipliaient, se transmettaient d’un rivage à l’autre. Peut-être les Bastonais avaient-ils renoncé à leurs plans d'attaque. Qui sait si la Providence ne s'était pas chargée elle-même de la délivrance en engloutissant dans la mer cette flotte formidable, comme elle avait submergé auparavant la flotte de Pamiral Walker ? |

Les prières publiques redoublaient à la chapelle et n'étaient guère interrompues dans les familles. Tousles esprits étaient flottants entre le doute et l’espérance, lorsque enfin, la veille de l’Ascension, les guetteurs

signalèrent un gros vaisseau qui doublait le cap aux

Oies; puis deux, puis trois, puis quate, vuis dix, puis

enfin toute une flotfille qui cinglait à toutes voiles par un fort vent de nord-est.

La consternation se peignit sur tous les visages. Cependant un dernier espoir subsistait encore. N’étaitce pas la flotte française annoncée depuis l’année précédente et qu’on attendait avec impatience ?

Toutes les lunettes étaient braquées sur les mâts des navires pour distinguer s'ils portaient le pavillon blanc ou les couleurs britanniques.

La respiration était suspendue dans toutes les poitrines. Soudain une des sentinelles laisse tomber sa lunette d'approche. On lit sursa figure la fatale vérité.

— C'est le pavillon anglais, s’écrie-t-il; vite, aux signaux |

C'était, en effet, l'avant-garde de la flotte ennemie, commandée par l’amiral Durell.

La nouvelle se répand comme l'éclair d’un bout à l’autre de l’île. Une panique s’empare de toutes les familles. On se précipite vers les canots, emportant les objets les plus indispensables. D'avance on avait en le soin de faire disparaître tous les signes du culte catholique, les crucifix, les statues, les images, pour les soustraire aux profanations des hérétiques. Les vieillards, les malades encore capables de se tenir debout, se traînent à la suite de la foule. Ceux qui ne peuvent marcher sont transportés en toute hâte.

La scène de l’embarquement fut un spectacle de confusion, de cris, de pleurs, de lamentations indescriptibles, que les anciens se rappelaient encore à la fin de leur vie, et dont ils ont transmis la tradition & la génération actuelle. En peu d’heures, le fleuve entre l’île et la Baïe, fut couvert de longues files de canots, de berges, de chaloupes qui faisaient force de rames pour gagner le rivage opposé.

L’île était déserte quand le dernier vaisseau anglais eut ferlé ses voiles et enrapé ses ancres dans le havre de Jacques-Cartier, surnommé depuis le mouillage des Anglais. .

Sur chacun des navires, des matelots en observation dans le haut des mâts, scrutaient tous les points de la côte. Des groupes d'officiers qu’on distinguait à leurs uniformes écarlates et à leurs épaulettes d’or qui miroitaient aux rayons du soleil couchant, cherchaient à découvrir avec leurs longues-vues quelques mouvements autour des maisons, sur les coteaux de l’île.

Quelques animaux erraient çà et là dans les champs, mais pas une habitation ne laissait voir le moindre signe de vie.

Cependant si les regards des ennemis eussent pu pénétrer à travers une touffe de feuillage qui masquait un des rochers de la falaise, ils auraient aperçu deux espionà canadiens qui, eux aussi, inmobiles et silencieux, suivaient de l’œil tous les mouvements qui se faisaient sur le pont des navires, le va-et-vient des chaloupes qui transmettaient les ordres d’un vaisseau

ee re a

à l’autre. On entendait distinctement le son des bugles et des trompettes, et même les voix des officiers qui donnaient le commandement.

François Savard (c'était le nom d’un des espions) était un homme d’une taille athlétique et d’une force musculaire telles qu'il r'avait pas son égal dans toute l'île. Sa hardiesse ne le cédait en rien à sa force. On prétend qu'il avait déjà fait connaissance en plus d’une rencontre avec messieurs les Anglais, qu’il avait échangé avec eux plus d’un coup de fusil, sous les remparts de Carillon et dans les plaines de {a Malengueulée (Monongahéla). C'était l’homme de confiance de son commandant, M. de Niverville.

Nicette Dufour, qui était assis auprès de lui, avait été l’ami de sa jeunesse et le compagnon de ses exploits.

— Qu'en dis-tu, François ? dit celui-ci à voix basse, en voilà qui vont nous. tailler de l'ouvrage pour cet été. Vois-tu sur l’avant de ce gros vaisseau cette bande de soldats”? Ils ne sont pas habillés comme les autres, ils ne portent paint d’uniforme rouge. Ce sont de fiers gaillards, par exemple. Ils ont les genoux à l’air avec de petites jaquettes bariolées autour des reinc

— Tais-toi donc, Nicette, repartit Savard ; tu ne vois pas que ce sont des Écossois. ils portent l'uniforme de leur pays. |

— Tiens, c’est la première fois que j'en voist

En ce moment, un brillant officier d'état-major descendit l’échelle qui venait de s’abaisser sur le flanc

A L'ILE AUX COUDRES 2h

en —

du vaisseau amiral et prit place à l'arrière d’une chaloupe.

— Crois-tu, François, reprit Dufour, si nous avions la chance de pincer un de ces beaux merles et de le mener à notre commandant ! Ce serait un beau plumet à notre chapeau. Te souviens-tu de ces deux capitaines anglais que nous avons faits prisonniers sur le lac Champlain ? Ils ont encore eu de la chance de tomber entre nos mains; car ils auraient été scalpés de bonne heure par nos Abénaquis.

— Morbleu ! grommela entre ses dents François Savard, je conseille à ce petit officier de ne pas trop s’aventurer sur l1 grève: il pourrait bien avoir de nos nouvelles. Quand ils auront vu qu'il n’y a pas de monde dans l’île, ils seront bien vite apprivoisés. Ce sera alors le temps de revenir pour choisir notre embelle.

Les deux Canadiens attendirent la brunante avant de se glisser hors de leur embuscade. Leur canot les attendait, caché dans les broussailles de l’Islette ; ils profitèrent des premières heures de la nuit pour gagner, sans être aperçus, l'embouchure de la baie et aller faire leur rapport au commandant,

Aussitôt que les éclaireurs détachés de la flotte se furent assurés que l’île avait été évacuée par les habitants, un camp y fut établi pour le soin des malades et le délassement des troupes, harassées d’une longue traversée. On s’attendait à faire un assez long séjour

dans ce mouillage car, arrivée à la hauteur du Bic, la flotte avait été divisée en trois escadres, dont celle de l'amiral Durell était la première. Il avait reçu l’instruetion de ne lever l’ancre qu'après l’arrivée des derniers transports.

* Deux longs mois devaient s’écouler avant cette réunion. Pendant tout ce temps, l’fle aux Coudres fut le lieu de promenade et de plaisir des soldats et des officiers. Ceux-ci s'étaient emparés des chevaux abandonnés dans les champs et faisaient, en toute sécurité, des excursions et des pa:ties de chasse sur la grève.

Un soir du milieu de juin, nous retrouvons François Savard, Nicette Dufour et le capitaine de Niverville, à une lieue dans les montagnes, sur les bords de la rivière du Gouffre, assis autour d’un feu de bivouac, au milieu de quelques familles de l’fle.

Ils sont venus apporter des nouvelles à leurs gens, partager leurs craintes et leurs espérances, leur inspirer du courage et de la résignation. Ce groupe d'hommes, de femmes et d’enfants à demi éclairés par les lueurs rougeâtres de la uamme, ressemblerait, en Europe, à un camp de Bohémiens. Ici, on le prendrait pour un parti de sauvages montagnais, attendant le retour des chasseurs.

Les petits enfants, couchés sur des lits de feuillage et de branches de sapin, dorment du profond sommeil de l'enfance ; tandis que leurs aînés folâtrent parmi les arbres, dans le cercle de lumière, ou s'amusent avec les chiens qui rôdent autour du feu. Les femmes, tenant

leurs nouveau-nés dans leurs bras, sont assises le dos appuyé aux troncs des arbres. Quelques chevaux attuchés aux branches allongent leurs têtes immobiles audessus du groupe. Un peu plus loin, un troupeau de moutons et de vaches broutent le feuillage et les jeunes tiges.

— Pensez-vous que les Anglais aient fait du dégât dans l’île ? demande un des vieillards.

— Pas encore, je crois, répond le capitaine de Niverville; mais ils se sont emparés des maisons du bout d’en bas pour en faire des ambulances ; car ils ont l’air de débarquer beaucoup de malades. Ils ont dressé un grand nombre de tentes vis-à-vis la Pointe de Roches. J’ai vu aussi de longues files d’habits rouges qui faisaient la parade sur la côte; j’ai distingué même les sabres et les baïonnettes qui brillaient au soleil et entendu le roulement des tambours. ;

Chaque jour, il leur arrive de nouveaux vaisseaux: j'en ai compté au moins quarante au mouillage. Hier, dix sont arrivés presque ensemble. L'un d’eux doit porter le général Wolfe, car ils ont fait de grandes démonstrations d’allégresse: les navires étaient pavoisés et les matelots rangés debout, dans les mâts, sur les vergues. Chaque vaisseau a tiré sa salve,

—Que Dieu nous soit en aide! soupira une des femmes en essuyant ses larmes. Qu’allons-nous devenir? Est-ce vrai qu’ils ont une autre arméé qui vient par le lac Champlain ?

— Le général Montcalm est prêt à les recevoir, re-

28 UNE EXCURSION prit François Savard, sans répondre directement à cette question.

—Dis donc, François, interrompit M. de Niverville, est-ce qu’il n’y a pas, parmi vous autres, quelques braves capables d'aller prendre des prisonniers dans l'île? Nous pourrions en tirer des renseignements bien utiles pour notre général. | ;

— Hum! repartit le sergent Savard, il y a plus de chance d’être pris que de prendre. D'abord, nos Abénaquis ne veulent pas entendre parler de traverser; ils craignent d’être cernés. * Il y a encore pourtant des hommes déterminés parmi nous autres.

Savard ne voulut pas en dire davantage devant sa femme et ses enfants, de peur de les effrayer ; mais, au premier mot de son capitaine, sa résolution avait été prise et son plan arrêté.

Le lendemain, en redescendant au bord de l’eau, François Savard confia son projet à M. de Niverville.

— En es-tu, Nicette ? continua-t-il en se retournant vers son ami.

—Comment donc! répondit Dufour; nous nous

#4 Les sauvages qui avaient été envoyés à la Baie Saint-Paui sous le commandement de M. de Niverville, n’osèrent pas s’aventurer dans l’île aux Coudres, malgré toutes les sollicitatiors que leur en fit cet officier. Ils craignaient d'y être cernés.” (Relation du siège de Québec, publiée par le département de la gwrre à Paris)

sommes toujours battus côte à côte, ce n’est pas le temps de t’abandonner |

A la tombée de la nuit, les deux amis faisaient glisser sur le sable et lançaient à l’eau leur pirogue, à l'entrée de la rivière. La grande ombre des Cüâpes Raides les dérobait aux regards des sentinelles qui veillaient, là-bas, sur le pont des frégates, que les deux espions ne distinguaient plus que comme des points noirs au-dessus du mouillage de Ja Prairie. La mer, calme comme une huile, favorisait la rapidité de leur marche.

Le sergent Savard, pas plus que Dufour, ne songeait à la grandeur du spectacle qu’ils avaient sous les yeux, Ils regardaient d’un œil indifférent les énormes rochers entassés les uns sur les autres, qui escaladaient le ciel au-dessus de leur tête; ils ne jetaient de temps en temps un coup d’œil sur leurs cimes que pour regarder s'éteindre les dernières lueurs du crépuscule et voir tomber l’obscurité de la nuit qui alluit rendre leur expédition plus secrète et plus sûre.

Leurs pensées étaient tout entières à leurs projets d’embuscade. S'ils par:aient du prochain lever de la lune, ce n’était que pour hâter leur course, afin d’arriver avant qu’elle eût paru sur l'horizon et trahi leur présence. Quand le canot fut parvenu en ligne de la pointe de l’Islette, il inclina à gauche et gagna promptement le bout de l’île, Il longea eusuite de près {a terre et ne s'arrêta qu'au pied du cap à la Branche.”

J6s deux Cauudiens suutèrent sur le sable, tirérent

et

leur nacelle et la cachèrent soigneusement parmi les broussailles. Ce lieu était admirablement choisi pour une embuscade: la marée haute ne laisse entre le fleuve et la base du cap qu’un étroit chemin qu’il fallait suivre. En peu d’instants, François Savard et son compagnon eurent construit un solide appui sur les troncs penchés de deux cèdres. Tapis au fond de.cette retraite, ils attendirent patiemment le jour.

Aux premiers rayons du soleil levant, leur attention fut attirée par le bruit des pas de quelques chevaux.

L'instant d’après, deux cavaliers débouchèrent à l’angle du rocher voisin.

— C'est le cheval de ton beau-frère, dit tout bas François Savard à l'oreille de Dufour. Le premier a bien l’air du jeune officier que nous avons remarqué l’autre jour, hein ? Je vais le faire débarquer.

L'un des chevaux était monté, en effet, par un bel officier dont le costume indiquait un grade supérieur ; Pautre portait un simple soldat. Ces deux militaires, un fusil sur l'épaule, s’avançaient lentement au petit pas de leurs montures. Sans avoir le moindre soupçon de la mort qui les menaçait de si proche, ils scrutaient des yeux les mares et les joncs du rivage pour y découvrir les canards et les sarcelles qui, à cettn heure du matin, sortent de leur retraite de nuit et prennent leur vol,

— Vise dans la tête du soldat, dit Savard à son ami. Moi, je me charge de l'officier. Es-tu prêt ?...Feul.…..

Les deux çoups de fusil partent. Le soldat tombo

raide mort du haut de son cheval. En même temps, celui de l'officier, frappé d’une balle au front, s'affaisse sous son cavalier.

Avant que celui-ci ait eu le temps de se reconnaître, Savard se précipite sur lui; déjà il le bâillonne tandis que Dufour lui lie les mains et les nieds.

En un clin d'œil, le canot est sorti de dessous le feuillage, traîné sur le sable et lancé à l’euu ; le prisonnier est étendu au fond et les deux rameurs gagnent le large en suivant le même chemin qu’ils avaient pris la veille.

Deux heures après, ils abordaient, triomphants, à la Baie Saint-Paul, et présentaient leur prisonnier à leur commandant.

Quelle fut la surprise de M. de Niverville, quand il apprit que cet officier était le petit-fils de l’amiral Durell !

I fut traité avec tous les égards dus à son rang et conduit à Québec, où le marquis de Vaudreui! l’accueillit avec une bonté toute paternelle, et adoucit sa captivité en lui donnant l'espoir d’une prochaine délivrance.

Cette anecdote m'a été racontée, en 1861, par M., Épiphane Lapointe. Snr ma demande, il m'en écrivit tous les détails dans une lettre qu’il m’adressa .de Rimouski peu de temps avant sa mort. Il avaii appris cet épisode de la bouche même de la fille de François

Savard, Angélique Savard, veuve de Jean Desgagnés décédée dans une extrême vieillesse, en 1847 ou‘1848, à l’île aux Coudres.

Les mémoires du temps, français et anglais, rapport: tent en peu de mots cet incident, avec quelques variantes qu’il est possible d'expliquer ; car il y eut. plus d’une descente dans l’île aux Coudres. Un chroniqueur anglais parle de deux prisonniers : ignorait-il que l’un des deux hommes avait été tué, ou bien était-ce un autre prisonnier dont il parlait ?

‘ Le 4 juillet, dit-il, un parlementaire fut envoyé par le général, à la ville (de Québec), pour informer le gouverneur de notre dessein de l’attaquer. M. le marquis de Vaudreuil fit une réponse très polie et désira que l'amiral fût averti que, vu que deux gentilshomines, appartenant à l'amiral Durell, avaient été pris à l’île aux Coudres par ses gens, qu’on aurait le plus grand soin d’eux et qu’ils seraient rendus aussitôt que nous jugerions à propos d’éloigner notre flotte et notre armée.” *

La capture du petit-fils de l’amiral Durell est rap- : portée ainsi dans une relation française du siège de. Quéhec :

‘- Quelques troupes (anglaises) y furent débarquées (sur l’île aux Coudres) et y formèrent un camp. Cette île avait été évacuée par ses habitants, dont l'ennemi:

# An accurat and authentic Journc! of the Siege of Quebec, 100 ÿ by à gendre de au emununt :at.on on the spot. +

——.. en comen

respecta les proprictés. Il s’y prorhenait paisiblentent et dans la plus parfaite sécurité, ce qui enhardit quel: ques Canadiens, retirés à la Baie Saint-Paul, à traverser dans l’île et à s’y mettre en embuscade.

“Ils prirent trois prisonniers, parmi lesquels était le petit-fils de l’amiral Purell.” *

Pour concilier ce récit avec l'exploit de François Savard, il faut supposer qu’il y eut deux embuscades dressées à l’île aux Coudres, ce qui, du reste, est c cohe forme aux traditions de l'ile. Dans l’une aurait été pris le petit-fils de l’amiral Durell, et dans l’autre deux officiers. L'auteur du mémoire, dans son récit succinct, a pu réunir en un seul ce double événement, d'assez peu d’importance, arrivé au même endroit.

Une tradition de l’île nous apprend. que vers .le temps de l’expédition de François Savard, une autre embuscade fut dressée par un parti de Canadiens. et de sauvages, sur la pointe des Sapins, qui forme l’extrémité sud-ouest de l’île. On y fit quelques prisonniers. Pendant l’escarmouche, qui fut assez chaude, un milicien du nom de Boulianne, surnommé le Suisse, eut la

Q is RE PET ONE)

* Relation du Siège de Québec, publiée par le département, de la guerre à Paris. Lo

Les deux extraits qui précèdent sont dus à l’obligeance d’un ami. M. Alfred Garneau a bien voulu suppléer à la faiblesse de vue qui m ’empêche de faire aucune recherche moi-même, etqui m'astreint aussi à toujours dicter ce que j'écris. Il s’est imposé la tâche de feuilleter les mémoires du temps poùr' m’indiquér

les passages qui ont trait au séjour de la flotte anglaise. Mgr l'ile aux Coudres.

lâcheté de tourner la crosse de son fusil aux Anglais et de se réfugier parmi eux. Il leur seriit ensuite d’espion,

Page 1