UNE EXOURSION
nüancés d’écarlate et d'émeraude qu’ils étalentiau soleil ont dû tenter les regards et la main de plus d’un ga min‘du voisinage. ti
1 Tous ces arbres, dont les produits rivalisent avec ce que nos meilleurs vergers rapportent de plus éxqnis;: ont été plantés, arrosés, taillés, cultivés par la main du vénérable solitaire qui habite ce domaine. 3.
:.M.l’abbé Godefroy Tremblay est un des vétérans du sanctuaire, chargé d’années et de mérites, qui vit ici retiré depuis 1855. Natif de l’île aux Coudres,:il termine sa carrière là où il l’a commencée : il est devenu l’héritier de la terre paternelle et de la demeure. de. son frère aîné, qu’un triste accident lui a enlevé dans la force de l’âge. Son père, François Tremblay, était un brave habitant de l'endroit, qui avait épousé Marie-Josephte. Bauchard, alliée à Ja famille de notre ami Ulric. Après avoir été successivement vicaire à la Malbaie, à l'Ange-Gardien, à là Rivière-Ouelle, M: abbé’ remblay fut nommé curé à Sainte-Agnès, l’une des paroisses de la côte du nord, située non loin d'ici, en arrière de la Malbaie. Souffrant depuis des années d’une affection d'asthme qui ne:lui laisse de repos ni jour. nisnuit, il s’est vu obligé de se retirer du saint ministère, et il.attend'ici,. depuis vingt ans, dans Je ealme-et le recueillèment .de la. solitude; : l'heure .de estte juste-récompense que le Seigneur promet au ser- WMéeunfdèles: cons 5: ni emius 8 mu ds esie -T y: aurait bien. des choses à dire sur cette carrière sacerdatale,féconde en bonnes. œuvres, aecomplies
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pour la piupart sous le regard de Dieu seul ; mais la modestie, l'humilité craintive du pieux . solitaire seraient alarmées si nous osions lever un coin du voile qui cache sa vie.
Si j'avais à peindre la figure d’un anachorète des anciens jours, d’un solitaire de la Thébaïde, je n’irais pas chercher d’autre modèle que les traits de ce vénérable septuagénaire, desséchés par les ans et par les infirmités, illuminés d’un rayon de la prière et du reflet des choses invisibles.
. Sa. présence dans l’île est une b énédiotion pour 1 familles et la plus douce. compagnie de son curé, qui apprécie d’autant plus sa société qu’elle lui épargne une des plus pénibles épreuves de ses prédécesseurs, l'isolement. :
Les souffrances incessantes de. sa maladie, de, la longue mort. de sa vie qui n’est qu’une agonie de chaque jour et de rhaque nuit, n’ont. point altéré la sérénité. de son âme..Sa conversation. est toujours aimable et attrayante. Comme tous les, vieillards, il aime les choses du passé et il se plaît à les raconter. La douce surprise de notre visite se marque sur ses traits par une.joie enfantine. Il nous fait les honneurs de son domaine avec une grâce et. une bonhomie qui ne sont plus, guère..de notre. temps; il nous étale les richesses simples et rustiques de sa chapelle intérieure, où il a le privilège de. célébrer chaque jour. les saints mystères, Il nous promène à trayers. les, allées . OM breuses.de son. verger, et.il nous. raconterait, si nous
en avions le temps, l’histoire de chacun de ses pommiers, qui sont l’unique: orgueil et toute la récréation de sa vie.
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En nous disant les mutations du bien paternel, il uous cite un exemple du phénomène singulier des pressentiments. Son frère aîné, qui était avant lui l’héritier de ce bien et le propriétaire de cette même maison, était appelé chaque année à Québec par ses affaires. Aucun incident ne marquait d’ordinaire son départ pour ces courtes absences, auxquelles il était habitué et qui ne faisaient sur lui aucune impression. Mais quand il partit pour le voyage fatal où il devait trouver une mort prématurée, il eut le clair pressentiment du sort qui le menaçaiït. Ce voyage lui inspirait une répugnance presque invincible ; il ne pouvait se décider à partir. Chacun remarqua sa tristesse et ses anxiétés ; il ne put s'empêcher de verser des larmes en franchissant le seuil de la maison où il ne devait plus rentrer. À chaque pas, il se retournait pour la regarder, et au moment où il allait la voir disparaître derrière le rideau du bois, il s'arrêta, se retourna encore et jeta sur elle un dernier regard d’adieu en essuyant ses larmes et en disant à ses compagnons de voyage qu'il ne la reverrait plus.
Quelques jours plus tard, étant à Québec, il voulut aller rejoindre, en chaloupe, la goélette qui était mouillée devant un des quais du Palais. L’imprudence
A L'ILE AUX COUDRES 5l
et la gaucherie de son compagnon firent chavirer l’em- - barcation et il se noya.
Notre bon vieillard ne veut pas nous laisser partir sans nous faire admirer la beauté du site qu’il occupe au bord de la falaise boisée, d’où il contemple, à chaque heure du jour, les merveilles de la création. C’est ici sur ce gradin inspiré qu'il vient, durant les beaux jours, réciter son bréviaire et qu’il mêle la vuix de sa prière à celle des grandes eaux qui battent à ses pieds, à celles des hautes montagnes qui se déploient au-dessus de sa tête. C’est ici qu’il répète ce verset du psalmiste : Le Seigneur est admirable dans les élévations de la mer, admirable dans les hauteurs des montagnes.
La route serpente sous une voûte d’arbres au feunlage touffu, à travers lequel filtrent les rayons du soleil, produisant un demi-jour discret, comme pour nous inviter au recueillement avant d’arriver à l'endroit béni qui, le premier dans notre pays, fut témoin du plus auguste de nos mystères.
Nous arrivons en quelques minutes en face du havre Jacques-Cartier. Descendons de voiture et avançons à travers ces bouquets d’arbres jusqu’au bord de l’escarpement.
Nous voici devant la rade où vinrent mouiller, en 1535, les trois navires français, la Grande- Hermine, la Petite- Hermine et l'Émerillon. Cette rade porte indiffé-
ECOLE NORMALE CHAMPAGNAT
remment les noms de havre Jacques-Cartier, de mouil: lage des Anglais, et de banc de la Prairie, sans doute À cause des prairies qui s'étendent au pied de cette côte. «Quvrons la relation du pilote de Saint-Malo, et lisons le passage qui a trait à l’île aux Coudres :
‘ Le sixième jour du dit mois, vinsmes poser à une isle qui faict une petite baie et couche de terre. Icelle isle: contient environ trois lieues'dé long rt deux de large : et est une mouit bonné terre et grasse, plaine de beaulx et grandz arbres de plusieurs sortes: et entre autres y a plusieurs couldres franches que trouvâmes fort chargées de noisilles, aussi grosses et de meilleure saveur que les nôtres, mais un peu plus dures. Et par ce.,a nommâmes l’Ile-es-Coudres.
‘“ Le septième jour du dit mois (de septembre), jour Notre-Dame, après avoir oui la messe, nous partîimes de la dite isle pour aller à mont le dit fleuve.”
Comme au temps jadis, cette plage est encore pleine de beaux et granis arbres de. plusieurs sortes, et il n’y a qu’à étendre la main pourcueillir sur les couldres.franches, les grappes de noisilles. Le paysage. n’a guère changé d’aspect. io ciruts