IV
Transportez-vous maintenant, par la pensée, à l’année 1535, et suivez la scène qui se passait ici, dans la matinée du:7 rene fête de la Nativité de la sainte Vierge.
Les trois navires, rés de la. veille, se réposént
sur leurs ancres dans la baie. Un beau soleil d'automne se lève sur les coteaux, et disperse les vapeurs que la fraîcheur de la nuit avait répandues à la surface du fleuve. Les bocages d’alentour sont tout retentissants du chant des oiseaux. Leur feuillage, que les premières gelées de septembre ont nuancé des plus riches couleurs, depuis le rouge pourpre jusqu’au jaune le plus tendre, éclate sous les” premiers feux du jour, comme un manteau royal-que le génie de ces déserts i inco*.nus aurait jeté sur l’île et sur les montagnes voisines, à l'approche de ces nouveaux venus. est De chaque navire se détachent des chaloupès qui portent les équipages. En peu d’instants, elles ont abordé au rivage et.y sont attachées, pendant que les officiers et les marins sautent à terre et entourent leur commandant. ‘On le reconnaît facilement à S0h costume de 1a, cour de François Ier, que les grasnres ont depuis rendu’populaire dans notre pays: Derrière lui s’avancent quelques. gentilshommes et les aumôniers de la flottille, dom Antoine et dom Guillaume Le Breton. L'un d’eux.tient entre ses mainsles .vases sacrés dont il va.se servir dans un instant, pour célés. brer le saint sacrifice de la messe:
Un avtel de feuillage et de mousse est dressé Au sommet du coteau, sur.un tronc renversé.
Au-dessus, un massif de coudriers et d’ormes, vi Ombrageant le rocher de leurs branches énormes, Ressemblent aux arceaux d’un temple naturel: :: ::"11 Des lianes on voit les verdoyants cordages
Retomber en festons au-dessus de l’autel ‘Et des cierges bénits parmi les fleurs sau\ages
Dont les pieuses mains du prêtre et des marins Ont jonché le sol vierge et les degrés divins.
Sur les bras de la croix rustique se balance
Un faisceau d’étendards aux armes de la France. Cependant est venu le moment solennel,
Et le prêtre gravit les marches de lautel.
L’équipage, vêtu de ses habits de fête, S’agenouille, et Cartier se prosterne à leur tête, Notre patrie a vu bien des jours glorieux,
Mais jamais elle n’eut d’instant plus précieux.
Le prêtre auguste et saint, avec la blanche hostie, Élève vers le ciel un regard qui supplie.
Pour la première fois dans ce pays nouveau
Est offerte la chair et le sang de l’Agneau.
Le flot attentif baise avec respect la plage,
Et la brise au rameau suspend son doux ramage; Car ce vaste désert est devenu sacré
Depuis que du Sauveur le sang l’a consacré.
La France américaine, en ce moment suprême, À reçu l’onction de son premier baptême.
Et Cartier crut ouïr dans les hauteurs des cieux, Joint à la voix du prêtre, un chant mystérieux : C'était l'hymne d’amour et de reconnaissance
De la terre et des mers chantant leur délivrance; C'était la sainte voix de leur ange gardien
Qui priait au berceau du peuple canadien.
Ï1 y a aujourd’hui même trois cent quarante ans que cette première messe s’est dite ici; car nous sommes au 7 septembre 1875. J’ai choisi à dessein l’annivergaire de cet événement religieux pour faire notre pèlerinage autour de l’île aux Coudres.
Le bord de ce coteau, sur lequel nous venons de nous agenouiller, par respect pour ce souvenir, a servi de gradin à l’autel qui fut a ors arrosé par le sang de l'Agneau de Dieu. Le fleuve de grâces qui en découla,
plus grand que celui qui passe à nos pieds, a inondé toute cette contrée. Il a fécondé la semence divine qui, plus tard, y fut déposée. Cette semence a crû, comme le grain de sénevé de l'Évangile, et est devenu aujour d’hui le grand arbre du christianisme, dont les rameaux s'étendent sur tout notre pays, et à l’ombre duquel les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les enfants de l'Église, viennent se reposer.
Si j'avais un vœu à exprimer, ce serait de voir une croix monumentale, de matière solide et durable, s’élever sur cette falaise, en signe de reconnaissance et de vénération. L'inscription qui y serait gravée rappellerait aux pèlerins l’antique événement, et les inviterait à remercier Dieu de notre vocation à la foi chrétienne.
Remontons en voiture, et reprenons le cours de notre pèlerinage.
Non loin d'ici est né l’un des plus remarquables enfants de l’île aux Coudres, l’un des missionnaires les plus dévoués du Canada. Devait-il en être autrement ? Ce coin de terre privilégié pouvait-il être stérile en apôtres ?
La réputation de M. le grand vicaire Alexis Mail. loux est trop répandue dans notre pays pour qu'il soit nécessaire de faire son éloge. Qu'il suffise de dire qu'a près avoir été successivement curé de Saint-Roch de Québec, de la Rivière-du-Loup, de Saivte-Anne de
Lapocatière, dirécteur'et supérieur du collège de cette paroïiséé, missionnaire aux Illinois et dans la Gaspésie. il:s’est fait l’apôtre de la société de tempérancé. Prédicateur éloquent, il a donné des missions, et fondé où rétabli cette société dans je ne sais combien ‘de paroisses des deux rives du fleuve. Les fruits de grâce qu’il a semés sur ses pas subsistent encore et se 'HePRee tueront loin dans l'avenir.
‘Si la réputation de M. le grand vicaire Maïlloux est grandeparmi notre peuple, on peut juger dé sa renortimée d’apôtre dans l’île aux Coudres. fa présence y est toujours une fête et sa parole un oracle.