DES ARMES ÉLÉGANTES
des couteaux remarquables et de toutes formes, des boucliers en fer et en cuivre, des lances, des piques, des pointes de flèches et surtout des haches
artistiques, qui excitent l'admiration des Européens qui visitent le musée de Terveuren.
L'introduction des armes à feu en ces contrées, aura pour conséquence immédiate de rendre inutiles ces armes primitives et d'en arrêter la confection, puisque le nègre connaît le fusil,
FORGERONS INDIGENES BONGO.
qu'il nomme « Sultan d'Afrique » et qu'il ne néglige rien pour s'en rendre possesseur.
Mais ce dont il y a lieu de s'étonner surtout, c'est de voir en ces contrées sauvages construire des instruments de musique.
Le nègre n'est pas dépouvu de sens musical et les soldats noirs, qui se font entendre dans les fanfares, composées par les blancs, y font assez bonne figure.
Quant aux instruments de musique indigènes, ce sont surtout des tambours de différentes formes et dimensions, qui produisent des tons différents, constituant une espèce de télégraphe, au moyen duquel les Congolais se transmettent avec la rapidité de l'éclair, de tribu à tribu, des nouvelles dont la signification est comprise par les initiés.
LE PAYS ET SES HABITANTS
Les instruments à vent sont fabriqués au mo3Ten de grandes cornes, de dents d'éléphants, de tuyaux en bois ; on y voit en outre des flûtes et des chalumeaux.
L'instrument favori des artistes congolais est la marimba, un instrument à cordes, dont la boîte est faite en bois ou consiste parfois en un crâne humain ; sur cette boîte sont adaptées de minces lames en fer, qui produisent des tons clairs, mais assez perçants, quand l'artiste y promène ses doigts ; ces tons forment une espèce de gamme, qui permet de jouer de petits airs. Voici un petit air, que les Bangalas font entendre, quand ils sont à l'ouvrage et un autre qu'on entend chez les Wangalas :
Chant B angala
Chant Wangalaj
En fait de vannerie le nègre est également expert, même pour dire plus, dans ce métier il ferait rougir plus d'un de ses confrères européens, en lui montrant des corbeilles tellement fines, aux mailles si serrées, qu'elles peuvent retenir l'eau !
A cet effet, le bananier, les hautes herbes, le palmier, le papyrus et la canne à sucre lui fournissent amplement la matière première.
Ainsi les Congolais confectionnent des corbeilles, des chapeaux, des paniers, des nasses, des nattes, des tamis, etc. dont la description nous mènerait trop loin.
Les dessins, dont les indigènes ornent les objets qu'ils fabriquent, ne témoignent pas, à notre point de vue, d'un goût irréprochable, et on peut y constater un mépris absolu de la symétrie, mais cependant ils plaisent à l'œil par leur originalité et la multiplicité des couleurs.
Les Congolais qui, comme tous les peuples sauvages, connaissaient depuis longtemps l'usage du sel dans la préparation de la nourriture de l'homme et des animaux, se le procurent de différentes manières et, chez eux, il a une si grande valeur qu'il joue un rôle considérable dans l'échange des produits.
Ils le trouvent tout préparé par la nature sur les rives de leurs grands lacs salés, où le vent et la chaleur le font naître par vaporisation et aussi dans le sol à la surface ou à peu de profondeur, en forme de grands cristaux de chlorure de sodium.
L'eau salée de certains ruisseaux est tout simplement détournée de son cours ordinaire et conduite dans des puits très vastes et peu profonds où elle se vaporise en peu de temps ; enfin, là
où tous ces moyens de se procurer du sel manquent, ils peuvent encore l'extraire des cendres de certaines plantes aquatiques !
LE PAYS ET SES HABITANTS
On voit donc bien que le dicton « les nègres idiots » est assez idiot !
Il convient de dire ici un mot du commerce indigène.
Une ville, un village congolais ne méritent et n'obtiennent ce nom, que lorsqu'on y a pu établir un marché, et cette condition une fois remplie, on voit ce marché devenir bientôt important et arrangé de telle façon qu'il ne porte pas ombrage aux marchés d'alentour.
Au jour fixé, on voit arriver de toutes parts, par les sentiers
FOUR A CHAUD A MUPELE.
et sur les rivières, les femmes des environs, pour y offrir en vente tout ce que l'agriculture, la chasse, la pêche ou les industries particulières leur procurent de superflu.
On ne peut y paraître armé et chaque espèce de marchandises doit être exposée à l'endroit même qui lui est destiné. Le plus grand ordre y règne, grâce à la surveillance et, au besoin, à l'intervention d'un chef proposé à cet effet.
On y voit malheureusement aussi offrir en vente des esclaves. L'acheteur examine attentivement le bétail humain, des pieds à la tête, lui fait ouvrir la bouche, pour constater l'état de la
denture, le fait circuler et.... finit par marchander ferme. Inutile de dire que, heureusement, des faits de ce genre se produisent de plus en plus rarement ; ils devront disparaître coûte que coûte.
BOLOBO.