‹ Une excursion au Congo belgeChapitre 28 sur 58 · LE GOLIATH · texte numérisé non relu

LE GOLIATH

On peut dire des insectes ce que nous avons dit des oiseaux :

nulle part ils ne sont plus nombreux et nulle part ils n'ont une parure aussi riche et aussi multicolore.

Nous dirons d'abord un mot des espèces les moins nuisibles, et puis nous parlerons de ceux qui sont un véritable fléau pour ces contrées.

Plusieurs voyageurs ont constaté au Congo un phénomène qui pourtant n'est pas particulier à cette contrée: le mimétisme ou esprit d'imitation chez les insectes et qui consiste en ceci : certains animaux ont la faculté de s'adapter au milieu où ils vivent en prenant la couleur des objets environnants, ou d'espèces mieux protégées qu'eux-mêmes ou enfin des animaux mêmes sur lesquels ils vivent et ce de manière à ce qu'il soit difficile de les distinguer. Ainsi on connaît une sorte de sauterelles dont les ailes repliées ressemblent si bien en couleur et en forme aux feuilles, sur lesquelles elles vivent, que beaucoup en approcheraient de très près et les frôleraient même sans s'en douter.

Des papillons de toute taille et de toute couleur, brillant des nuances les plus diverses, y volent en nuées nombreuses ; entre autres une espèce dont chaque aile couvre une superficie d'un décimètre carré, brune par dessus et blanche en dessous, la plus grande espèce qu'on ait découverte jusqu'ici.

On y trouve beaucoup d'abeilles qui semblent attendre un amateur d'apiculture, pour les apprivoiser et se procurer de jolis bénéfices en vendant leur miel.

D'autres insectes sont une plaie pour la population, spécialement les fourmis, les puces, les sauterelles, les moustiques, les scorpions, les araignées, les blattes et les cigales. Nous en dirons un mot.

Les fourmis, les rouges comme les noires, sont beaucoup

plus volumineuses que nos plus grandes; elles vivent en sociétés nombreuses, font des voyages de l'une contrée à l'autre, creusant ainsi de larges sillons, détruisant sur leur passage tout ce qui peut être détruit, passant à travers les huttes des indigènes, où, après leur passage, tout est vidé et nettoyé !

Le termite, appelé à tort fourmi blanche, est un insecte moins nuisible, mais également incommode. Cet animal se bâtit, au moyen d'argile et de brins d'herbe, des habitations géantes, hautes parfois de cinq mètres et de forme conique ; par la sécheresse ces demeures deviennent dures comme de la pierre, de sorte que les blancs s'en servent en guise de fours. Le plus grave dégât que causent ces insectes, c'est de ronger à l'intérieur les troncs d'arbres sur pied et les pieux qui soutiennent les huttes. Heureusement le fourmilier, un quadrupède édenté, est le plus grand ennemi des termites, qu'il prend en introduisant dans leurs nids sa langue longue et gluante, à laquelle se collent les insectes dont il se nourrit.

La puce congolaise est un parasite affreux, qui fore des trous dans l'épiderme des hommes et des animaux, s'y faufile et y dépose ses œufs, causant ainsi, surtout à la plante des pieds et autour des ongles des inflammations extrêmement douloureuses qui ne guérissent que très lentement ; les noirs surtout ont à souffrir de cette engeance.

S'il arrive qu'une nuée de sauterelles, obscurcissant le ciel comme un orage, descend vers le pays et s'}7 pose, alors il ne reste, sur une surperficie de plusieurs kilomètres carrés, ni herbes ni aucune plante comestible, et la masse de ces singuliers conquérants pèse parfois plusieurs milliers de tonnes !

De grandes araignées, d'une taille effrayante, et de dangereux scorpions vivent partout au Congo et il est très prudent de se garder de ces derniers, car les blessures qu'ils font sont toujours mortelles.

Notre ennemi insupportable, le moucheron, qui par ses piqûres douloureuses trouble notre repos et nous agace par son bourdonnement continuel, est remplacé au Congo par le non moins redoutable moustique. Les morsures de cet insecte sont douloureuses, mais le blanc peut s'en préserver de plusieurs façons, entre autre par l'emploi de moustiquaires. N'oublions

LE REGNE ANIMAL

pas que c'est aux piqûres de ce moustique, qu'on attribue l'inoculation et la propagation de la terrible maladie du sommeil.

Des blattes, beaucoup plus grandes que les nôtres, et des cigales qui font entendre comme celles de nos contrées un bruit monotone et ennuyeux, s'y trouvent également. Les premières causent beaucoup de dégâts aux habits, surtout aux vêtements en laine.

On trouve enfin au Congo un insecte, qu'on rencontre aussi chez nous, mais qui y atteint une taille plus grande avec un aspect redoutable, quoique l'animal soit tout à fait inoffensif pour l'homme; c'est le coléoptère géant, appelé Goliath, à cause de sa longueur qui peut atteindre plus de dix centimètres !

CAMPEMENT DANS LA VALLÉE DE CACHUCHI. — ZÈBRE TUÉ PAR DJOTI, BOY DU COMMANDANT LEMAIRE, AU COURS DE SON VOYAGE AU KA-TANGA.

Mollusques et Crustacés.

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