VILLAGE CONGOLAIS
LE RÈGNE ANIMAL. 77
Pêche et Engins de Pêche.
Personne ne s'étonnera d'apprendre ici, que, dans un pays, si souvent ravagé par la famine et parcouru par des cours d'eau si nombreux, les indigènes s'occupent beaucoup de la pêche et y sont devenus si experts, qu'ils pourraient faire la leçon à beaucoup de leurs confrères d'Europe.
Il est à remarquer, que les engins de pêche se ressemblent dans tous les pays du monde et dans tous les siècles ; c'est là un signe qu'ils sont le résultat de l'expérience et rendent les services qu'on en demande.
Là-bas comme ici, il faut distinguer deux sortes d'engins: ceux qui servent à attraper le poisson sous la surveillance constante de l'homme et ceux au moyen desquels on surprend et tue directement le poisson.
De là, pour la première espèce, des nasses, des paniers, etc. et pour la seconde, des harpons, des filets, des lignes, etc.
Les nasses se construisent là-bas comme ici, mais au lieu d'osier, qui y est inconnu, on se sert d'éclats de bambou, solidement reliés entre eux. La nasse a la forme d'un panier conique dont la pointe peut se fermer et s'ouvrir ; dans ce panier s'adapte un autre en forme de tronc de cône dont le petit bout est très étroit. Le poisson, facilement conduit par le courant, entre par la petite ouverture ; mais une fois à l'intérieur il ne la retrouve plus pour sortir.
Les nègres se construisent des nasses de toutes dimensions, et y trouvent parfois les choses les plus inattendues, même des serpents.
Les filets libres sont tressés à petites mailles et tenus ouverts au moyen de cercles en bois ; à l'intérieur pend un appât ; les poissons se précipitent pour le saisir et se laissent prendre par les ouïes dans les mailles solides.
On y voit aussi pratiquer la ligne dormante, c'est-à-dire la ligne, attachée au rivage, et que le pêcheur ne doit ni tenir ni surveiller constamment.
Le nègre connaît l'art de se construire des traînasses ou filets à traîner, faits en cordes très solides, longs parfois de
cent mètres, pourvus de flotteurs en bois léger et tenus sous l'eau par de lourdes pierres ou des pièces de fer, tandis que le filet est traîné sur le fond de la rivière. Enfin les pêcheurs assis dans leurs pirogues tirent ces grands filets à terre, où on en extrait les poissons.
Les grands poissons sont harponnés ou percés de flèches très fines et pointues, ce qui se pratique surtout la nuit à la lueur de torches.
Les Congolais connaissent même certains poisons propres à étourdir le poisson pour s'en emparer ensuite plus facilement.
LA PREMIÈRE MAISON EN BRIQUES A ETAGE CONSTRUITE A BANGALA PAR LE LIEUTENANT DHANIS.
LE RÈGNE ANIMAL. 79
Produits du Règne animal destinés à l'Exportation.
Les produits du règne animal exportés du Congo vers l'Europe et ailleurs ne sont pas nombreux et, à part l'ivoire et la cire, de peu d'importance pour le commerce.
Mais il est certain qu'une foule de produits négligés jusqu'ici, auront plus tard plus de valeur. Ainsi le commerce pourrait trouver une source de revenus dans la vente, aux jardins zoologiques, d'animaux vivants ; d'animaux morts, de squelettes, de plumes, de peaux, d'écaillés, d'aigrettes, etc. aux musées d'histoire naturelle.
En attendant donc, c'est l'ivoire et la cire, qui sont surtout exportés. L'ivoire, comme on le sait, est la matière dont se composent les défenses de certains animaux et surtout des éléphants.
Ces défenses peuvent avec le temps devenir très volumilumineuses et sont en général, en Afrique, plus larges et d'une matière plus fine et plus serrée que chez les éléphants de l'Asie. Ainsi aux Indes, la défense la plus lourde trouvée jusqu'à ce jour, pèse cinquante kilogrammes; tandis qu'au Congo on en a trouvé qui pesaient soixante-dix-huit kilogrammes et avaient une longueur de deux mètres, soixante-quinze centimètres, de sorte que le possesseur de ces énormes dents, quand il était encore en vie, portait dans la mâchoire supérieure un poids de cent cinquante-six kilogrammes tout simplement !
Empressons-nous pourtant d'ajouter que ce sont là de rares exceptions et que la plupart des défenses ne pèsent que la moitié à peu près et moins encore.
L'ivoire est une matière très précieuse et il était à craindre, que la chasse ininterrompue aux éléphants ne fît bientôt disparaître ces animaux au Congo, si d'une part ces pachydermes n'étaient si nombreux en des endroits où il ne serait pas prudent de les suivre, et si d'autre part une loi spéciale, édictée par le Souverain de l'Etat Indépendant du Congo, en 1889, ne défendait sévèrement de tuer des éléphants sans permission spéciale.
L'ivoire est la matière première que les sculpteurs emploient de préférence pour confectionner des objets de luxe, tels que
de petits meubles, des figurines, etc. et il est tant estimé à cause de sa dureté que de sa solidité.
On s'en sert encore pour faire les minces plaques des manches de couteaux, des poignées massives, des peignes, des billes de billard, etc.
Le commerce de l'ivoire est très important et s'accroît d'année en année, à tel point qu'au marché d'Anvers, plus important que celui de Londres, on en a négocié en un an 300.000 kilogrammes.
Les dents d'hippopotame sont beaucoup plus petites, mais aussi de très bonne qualité; les plus belles ne pèsent que de sept à huit kilogrammes et font aussi l'objet d'un commerce important ; l'industrie les emploie à la confection de petits objets de fantaisie et de fausses dents.
Pour prouver que d'autres produits du règne animal pourraient, au Congo, devenir l'objet d'un commerce lucratif, nous dirons qu'au marché de Londres, on paie en moyenne fr. 1.50 la peau d'un singe ; fr. 2.25 celle de l'hyène ; celle du Léopard 75 fr.; celle du lion 130 fr.; des oiseaux empaillés de 5 à 250 fr., selon la rareté; certaines carapaces de tortues 45 fr. le kilogramme ; l'antimachus, un papillon géant, 400 fr. et d'autres espèces jusqu'à 125 fr.; un coléoptère Goliath 20 fr.; le squelette d'un léopard 100 fr.; celui d'un singe ordinaire 175 fr.; celui d'un chimpanzé 500 fr.; celui d'un gorille 1250 fr. et ceux d'un couple d'éléphants jusqu'à 20.000 francs !
La question est de trouver de bons débouchés pour ces articles et de se procurer de bons agents.
Il faut enfin dire un mot du commerce avec les indigènes. Ceux-ci sont doués d'un sens commercial très subtil et ne recourent plus depuis longtemps au système de l'échange réciproque ; ils ont des valeurs fixes, ayant cours; mais ce n'est pas de la monnaie dans le sens que nous attachons à ce mot.
Ainsi ils nous offrent un certain nombre de barrettes en laiton ou en cuivre, quelques mètres d'étoffe, des perles, du sel, des coquilles, des dents d'éléphants, etc. ayant une valeur fixe, reconnue par tous.
Ajoutons pourtant que, pour le Congo, on a institué depuis quelques mois tout un système monétaire spécial qui remplacera bientôt ces objets dans toute transaction.
Le Règne végétal au Congo.
Nous nous proposons de traiter en ce chapitre des plantes qui sont destinées à l'industrie ou employées en médecine, de celles qui croissent à l'état sauvage, et enfin de celles qui sont destinées en tout ou en partie à l'exportation.
Nous verrons que, sous le rapport du commerce extérieur, le règne végétal est beaucoup plus important que le règne animal et que, par conséquent, il est de toute nécessité de faire connaître les végétaux de ces contrées.
UNE BANANERAIE.
Plantes des Champs et des Jardins.