TIPPO-TIP
Il était enfin puissamment secondé par sa propre famille, et principalement par son fils Séfou, le meurtrier abominable de Lippens et de De Bruyne.
Kibonge dominait à Kiroundou, sur la rive droite du Congo, au dessus des Falls, tandis que Munie Moharra se fit appeler sultan de Manyema, résidant à Nyangwé.
Disons donc pour résumer, qu'au commencement de la lutte, Rachid, neveu de Tippo, résidait aux Falls, Kibonge à Kiroundou, Nserera à Riba-Riba, Munie Moharra à Nyangwé, Séfou à Kassango, Gongo Lutete à Gandou sur le Lomami et ajoutons encore que le meurtre accompli sur Hodister et ses compagnons Pierret et autres, avait exaspéré les agents congolais contre les Arabes et leurs acolytes noirs. On sait en effet que Hodister avait été envo}ré là-bas pour un syndicat commercial de
Bruxelles, qu'il y avait été traîtreusement assassiné et
dévoré !
Déjà plusieurs rencontres, escarmouches d'essai, avaient eu lieu sous la conduite de Descamps, Duvivier, Van Gelé, Roget, Milz, Ponthier et Van Kerckhoven, mais la véritable lutte ouverte commença en avril 1892.
Le lieutenant Le Marinel avait passé le commandement à Dhanis, depuis baron Dhanis, homme intrépide et entreprenant, qui ne se faisait pas tirer l'oreille quand il avait un projet en tête. A peine installé, il apprend que Gongo Lutete descend vers le Sankourou à la tête d'une troupe nombreuse ; il n'hésite pas, va à sa rencontre, l'attaque, remporte la victoire et lui enlève une centaine d'hommes comme prisonniers de guerre ; quelques jours après il gagne la bataille décisive de Batingbenge, va immédiatement punir les Baloumpis, qui avaient tué l'Anglais John Beg et ses compagnons, leur fait mordre la poussière, tue leur chef, amène des centaines de prisonniers, tandis que Gongo Lutete, Pania Matembe et Loupoungou viennent se soumettre pour rester dorénavant les alliés des Belges.
Entretemps l'inspecteur Fivé avait eu, près des Falls, un engagement avec les troupes Arabes et ceux-ci menacèrent de se soulever en bloc. Séfou s'empare du lieutenant Lippens et du sergent De Bruyne et envoie ce dernier avec une lettre à
LA TRAITE DES NOIRS
Dhanis qui était accouru avec Michaux, Duchesne et Scheerlinck.
On s'approche du camp arabe, qui compte 8.000 soldats contre lesquels on ne dispose que de 130 fusils. On attaque sans tarder : les mauvais fusils à piston des Arabes ratent à cause d'une pluie diluvienne, qui venait de tomber; le désordre et la panique se répandent dans le camp ; les ennemis sautent par dessus et à travers les pallissades du fort ou se jettent dans le fleuve pour se sauver. Un grand nombre d'entre eux sont tués par les fusils perfectionnés des Belges et bientôt la victoire
CAMPEMENT DE BLANCS, DANS LES MONTS DE CRISTAL, PENDANT LA CONSTRUCTION DU CHEMIN DE FER DES CATARACTES.
est certaine ; on amène prisonniers 500 soldats de Séfou et l'on peut dire, sans exagérer, que cette journée coûta 4.000 hommes à l'ennemi.
Plusieurs chefs furent tués, entre autre le fils de Séfou, qui envoya De Bruyne avec une seconde lettre vers les rives du Lomami, afin de faire des propositions de paix.
Nous avons raconté plus haut la scène grandiose de dévouement et de héroïsme, qui coûta la vie à De Bruyne et à Lippens.
Dhanis attend les renforts promis; mais ayant appris que les Arabes vont l'attaquer, il ne leur en laisse pas le temps, il se jette avec Gongo Lutete et ses hommes sur Munie Pembe et le défait totalement.
Entretemps le sergent Cassart arrive avec 30 hommes, quand le bruit se répand que Munie Moharra, pour venger la défaite de son fils Munie Pembe, approche avec Séfou et ses troupes au total 3.0(30 hommes !
Dhanis dispose de 160 fusils ; il partage ses forces minimes entre Wouters, Michaux et Scheerlinck, tandis que Gongo Lutete se place à l'avant-garde.
Le combat, cette fois, fut long et opiniâtre, mais fatal aux Arabes : Munie Moharra fut tué avec un grand nombre de ses partisans, le reste prit la fuite, abandonnant butin et munitions aux mains des nôtres.
De là Dhanis, devançant les ordres de Fivé, se rend à Nyangwé, tandis que Chaltin est envoyé vers Riba Riba, afin d'agir simultanément dans les deux endroits.
Tandis que plusieurs chefs indigènes se soumettent à Dhanis, celui-ci attend l'ennemi à Nyangwé sur la Loualaba ; la lutte commence le 26 février 1893 et finit par la défaite complète des Arabes, qui comptent plus de 400 morts.
Nyangwé est pris d'assaut et on y place une garnison ; car c'est une véritable ville, bien fortifiée, d'une situation superbe sur trois monticules, parcourue par trois ruisseaux et bâtie comme une ville orientale.
Les Belges y trouvèrent tout en abondance, ce à quoi ils n'étaient pas habitués depuis des semaines. On prit quelques jours de repos.
De tous les côtés des chefs du district de Kassongo vinrent se soumettre à Dhanis, mais celui-ci qui connaissait les ruses de ces hommes et qui savait qu'ils travallaient secrètement pour Séfou, repoussa leurs propositions et se porta lui-même vers Kassongo à la tête de 300 soldats réguliers et de 3.000 auxiliaires.
Les Arabes avaient bien pris leurs mesures ; les alliés restés fidèles à Séfou occupaient l'avant-garde entre la ville et la Loualaba à deux milles de Kassongo ; chacun des autres chefs
LA TRAITE DES NOIRS
avait établi sa place fortifiée ou borna où même les nôtres trouvèrent des palissades avec des meurtrières ; enfin la ville était entourée d'un cercle d'espions.
Iye combat fut furieux, mais de courte durée : les coups de fusil dirigés de toute part sur les Arabes, qui ne brillent pas précisément par le courage, les effraient ; ne sachant que faire et sans attendre leurs pirogues, ils se jettent dans le fleuve où beaucoup se noient ; cinq parmi les principaux chefs arabes