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ou en gravier. La côte, de quelques pieds seulement d'élévation, est toute érodée par l’action des vagues, et des nombreux cocotiers qui la couvrent, bon nombre sont penchés, étant minés à leur racine et tout près d’être renversés.
La vase en passant par dessus mes bottes, trop consistant, n'avait pas heureusement permis à l'eau de pénétrer jusqu’à mes pieds.
Baignant de sueur, le sang à la figure, épuisé par mes ef. forts, je marche et je marche, lorsqu’à la fin j'atteins un filet d'e.a coulant de la côte. J’imite le coolis que j'avais vu dans l’égoût de la ville, je fais avec de la boue une chaussée au petit courant afin d’avoir assez d’eau pour opérer mes ablutions. Mes bottes sont tirées, mes pantalons, mon habit sont plus où moins débarrassés de leurs souillures, je me repose un peu, et reprends la route de l’hospice, non toutefois sans avoir fait ample provision de coquilles qui étaient là plus abondantes et de plus facile accès.
J'arrive à l’hospice épuisé, et comme il s’en allait midi, je
trouve la table toute mise. Le repas passable que le bon Père Etienne avait ordonné, n’était rien moins qu’un repas princier, il va sans dire que je fis honneur à sa table en mangeant le double de ce que j'ai coutume de prendre.
Après ce copieux repas,.une petite sieste me remet complètement de ma mésaventure, et je me sens tout dispos pour une nouvelle excursion, mais c’est dans une autre direction que je veux diriger mes pas, c’est dans les broussailles et les arbres du pied de la montagne que je veux porter mes explorations.
Un double but m'attirait de ce côté, savoir: constater l'erreur d’un Père qui m'avait dit qu’en traversant l’hospice des femmes et en m'avançant un peu au delà, je trouverais un gros arbre, à tronc tout couvert d’épines, et chargé de graines rouges d’un poli de corail avec une extrémité noire. Mais chose n’est pas possible, lui ai-je dit, ces graines sont produite:
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par un arbrisseau et non un grand arbre. Rendez-vous y avait-il ajouté, et vous constaterez le fait,
Traversant le corridor de la résidence des religieuses pour pénétrer dans la cour des femmes située en arrière, la supérieure veut absolument qu’un garçon de service m’accompagne. Habitué à faire mes chasses seul sans être contrôlé dans mes allures, je lui dis que je n’avais nullement besoïiu de ce secours ; mais je dus à la fin accepter pour ne pas la désobliger.
—Connaissez-vous, dis-je au nègre, un arbre qui rapporte des petites graines rouges avec un bout noir ?
—Il y en a un ici tout près.
Et de fuit nous l’abordons, c'était en effet un très grand arbre, à tronc tout couvert d'épines.
—Mais les graines rouges ne sont pas le fruit de cet arbre ?
Qh! non, ce sont les fruits de cet arbrisseau qui croît auprès et s'appuie sur l'arbre.
Et comme je témoigne le désir d’avoir quelques gousses de ces graines, mon nègre grimpe dans l'arbrisseau et m'en jette des poignées.
Je constatai que c'était des gra’nes de l’Erythrina corallodendon, semblables à celles que j'avais cueillies à la Dominique. J’en pris une bonre provision.
Eu second lieu je voulais voir si dans ce bois je ne poutrais peut-être pas trouver aussi quelques mollusques terrestres, et surtout des Bulimes, qui semblent appartenir tout particulièrement à l'Amérique du Sud. Mais j'eus beau retourner les feuilles mortes, rouler tous les morceaux de bois que je rencontrai, inspecter tous les troncs d'arbres, je ne trouvai absolument rien en fuit de mollusques. Du premier coup d'œil j'avais aussi jugé la place comme n'étant pas favorable à cette chasse. Le sentier que nous suivions était à peu de chose près le lit
d’un torrent desséché, qui doit se gonfler dans la saison des pluies et entraîner les mollusques qui en auraient fait leur habitat. Je me contentai donc de cueillir quelques insectes et des plantes.
Ayant changé de düection pour retourner à l’hospice, nous suivons un sentier à travers de hautes herbes. Et voilà qu’en un certain endroit je vois un énorme nid de guêpes, d'au moins 2 pieds de long sur une dizaine de pouces de diamètre, attaché à un arbre penché sur le sentier. Une trentaine des propriétaires de la demeure se promenaient sur la surface encroutée et non PAHIRISURS de la construction, elles me parurent énormes.
Prenez garde, me dit le nègre, après être passé, ces guêpes sont très mauvaises. Passez tranquillement sans faire mine de les remarquer.
—Mais je ne veux pas m'exposer à leurs blessures.
Et je préférai me perdre dans les hautes herbes pour faire un détour,
—Pourtant, dis-je au nègre après l'avoir rejoint, je voudrais bien capturer quelques unes de ces guêpes,
—Donnez-moi votre filet, me dit-il, rien de plus facile que d’en prendre quelques-unes, mais je ne réponds pas de ce que pourraient faire les autres,
—Alors il est plus prudent de ue pas tenter l'attaque, car à juger de ces bestioles par leur taill:, nul doute qu’une attaque de l’une de leurs légions ne soit tres redoutable, Et à mon grand regret, je rue résignai à me priver d'ajouter ce trophée à mes autres victoires.
Revenus dans le parc qui avoisine l’hospice, je remarquai quelques énormes caisses en fer gisant sur le sol.
—Qu'est-ce que cela ? demandai-je,
—C'est un pis.
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SÉJOUR A TRINIDAD 31Y —Un pis ? —Oui, un pis.
—Mais qu'est-ce qu’un pis de cette façon ?
— C'est pour amasser de l’eau quand il mouille.
M'étant approché, je reconnus en effet que ces boîtes em fer, étaient de vieilles citernes, comme j’en avais vu à San-Fernando, et qu'on les avait renversées là sur l'ouverture de puits pour prévenir contre les chutes qu’on aurait pa y faire.
Peu habitué à leur patois, je n'avais pu imaginer qu’on pouvait ainsi supprimer l’u dans le mot puits.
Comme j'approchais de l’hospice, je vis une lépreuse, accroupie au pied d’un arbre, qui, avec un copeau chassait le pus s'échappant des doigts de ses pieds ou peut-être même en séparant quelques articulations, car je n’eus pas le courage de l'examiner assez attentivement pour bien m’en rendre compte.
Iavolontairement je me rappelai le saint homme Job sur son fumier pansant aussi ses plaies avec des tessons.
Il y avait à peine un quart d'heure qne je causais avee les religieuses, lorsqu'arriva la voiture ramenant le P. Etienne et devant me reconduire au presbytère.
Mardi 8 mai.—Fatigué de mon excursion de la veille, je r'en entreprends aucune autre aujourd’hui. Il me faut d’aillours faire une revue de mes captures de Cocorite et les préparer
en débarassant les vivantes de leurs habitants et en lavant le tout.
Je remarque dans l’amas deux univales à conformation des plus singulières, dans la forme des T/vanillu, à base aplatie, mais avec la spire bien moins élevée, elles sont chargées de débris d’autres coquilles ou de petits caillaux sur chaque tour de spire d’une façon que je n’aais encore jamais remarquée. On voit souvent des huîtres et autres bivalves porter des para-
sites sur leur dos, mais ici c’est une coquille à tours réguliers, à
serre
spire normale, chargée de ces corps étrangers disposés si régulièrement qu'on les dirait faire partie de la demeure de l'animal. Après recherches dans les auteurs, j'ai pu constater que c'étaient des Xenophora, Fischer, qui constituent une petite famille, les Xénophorides. Ces mollusques consolident leur coquille par des corps étrangers, qu’ils aglutinent à leur test, pour leur permettre sans doute de résister plus facilement aux mouvements des vagues; et ces corps viennent par la croissance de la coquille à s’incruster dans le test, comme s'ils en faisaient nécessairement partie. On remarque que chaque espèce choisit des matériaux particuliers. J'ai pu en distinguer 2 espèces différentes, savoir: Xenophora indica, Gmelin, et Z. solaris, Linné.
Leur nom même suffirait pour nous renseigner sur la particularité qui leur est propre, venant de deux mots grecs qui la déterminent clairement, Xenos, étranger, et pher6, je porte.
Le P. Hilaire nous ayant proposé de l'accompagner à Saint.Juan (1) où il devait aller faire un enterrement dans l'après midi, nous acceptons bien volontiers, pour faire connaissance avec une localité encore nouvelle pour nous.
Saint-Juan n’est qu’à 4 milles de Port-d’Espagne, et le trajet se fait en chemin de fer, Partis à 14 h., nous étions de retour à 7 h.
Je ne manquai pas d'explorer le bois du voisinage et les bords de la belle petite rivière qui passe là, et je pus cueillir plusieurs exemplaires du superbe Bulimrus vblongus, dont je tenais à faire ample provision.
Cette petite rivière qui n’a pas plus de 5 à 6 pieds de largeur, étant sujette à inonder les terrains voisins dans la saison des pluies, on a endigué son cours dans des rives artificielles en concret, Ses bords sont tout garnis de bambous s'élevant
(1) Prononcen : sain ouan.
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AUX
>os68 si réguare de l'aniconstater que nt une petite solident leur t à leur test, cilement aux t par la croisomme s'ils en ue chaque esen distinguer ca, Gmelin, et
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jusqu'à 40 et 50 pieds, et l’eau qu'elle charrie et si claire et si limpide que, quoique de peu de profondeur, elle inspire le désir de s’y plonge, pour y trouver un rafraichissement contre la haute température de cet endroit abrité.
Ce n'est que vers les 4h. qu'arrive le corps que l’on devait inhumer, porté à bras et suivi d’une assez nombreuse assistance. Deux femmes qui suivent portent chacune une chaise pour y appuyer la bière dans les relais, et un homme sous son bras le couvercle, car comme je l’ai déjà rapporté, on ne clôt la bière ici qu'après les prières faites à l’église ; et c’est aussitôt après ces prières, pendant la fermeture de la bière, qu’éclatent les sanglots et lamentations des parents et amis, ou plutôt les pleurs de convention dont il faut faire parade, car trois minutes
après on suit le corps au cimetière en causant et.en ricanant :
avec ses voisins. C’est absolument comme cela, temps des pleurs et temps des ris; temps de s’attrister et temps d'oublier. Chez nous un criminel a 24 heures pour maudire son juge; ici un mort a cinq minute pour être pleuré, rien de plus commode,
Mais jugez si une bière ainsi ouverte présente un spectacle appétissant en offrant la vue d'un cadavre nègre ; ajoutez que ça ne sent pas toujours la vanille !
J'ai remarqué cependant à prouos de senteurs, que dans les climats secs et à haute température, les odeurs intenses, bonnes ou mauvaises, se répandent beaucoup moins que dans nos climats froids à température humide, J'ai vu en Orient des cabinets d’aisance dans des résidences, sans aucun égoût, et c'est à peine si on en percevait l'odeur en y entrant. La raison en est, je pense, que l'air étunt beauconp plus rarcfié dans ces climats, les mollécules odoriférantes manquent, pour ;es transporter au loin, des véhicules qu'elles trouveut dans les parti-
eules humides de notre atmosjhère concentrée,
Mercredi 9 mai.—L'agent de nos steamers nous informe æ matin que le Bermuda qui doit nous repatrier, doit être ici
après demain le 11. Ainsi soit-il, dtmes-nous, car nous avons grande soif des nouvelles du pays.
Le P. Marie-Joserh étant indisposé me presse de le remplacer ce soir et de prêcher au Rosaire au mois de Marie, à 7h. Comment refuser ? les Pères sont si bons, si complaisants, si aimables.
L'église est remplie, on fait à l'orgue un chant magnifique, l'assistance est des plus attentives et des plus respectueuses, mais quelle chaleur ! L'eau me ruiselle sur le corps jusqu’à pénétrer mes habits; et avec cela nulle indisposition, Je crois vraiment que j'étais destiné à habiter des pays chauds, car je m’accommode fort bien de ces hautes températures.
Jeudi, 10 mai.—C'est aujourd’hui le jour de l’Ascension, mais on n’en fait rien ici,
Je commence à préparer mes malles pour le départ. Les insectes, les plantes, les mollusques sont disposés de manière à avoir pas à souflrir dans le trajet.
Je vais faire une dernière visite au P. Forestier, pour compléter l'inspection des plantes que porte l’enclos de l'orphelinat, L'arbre à pain, les bananiers, orangers, citroniers, papayers, corrosols etc. avaient été reconnus, mais :l restait encore un coin à l’ouest que je n'avais pas visité, et quelle ne fut pas ma surprise, eu m'avançant dans cette direction, de voir des citrouilles, oui de véritables citrouilles, du moins par la forme et le volume, pendre aux branches d’un petit arbre de 20 à 25 pieds de hauteur, C'est bien pour le coup que si ‘e Garo du borhomme Lafontaine eût vu cela, se seruit exclamé: que l’auteur de la nature en a agi avec sagesse cette fois, en proportionnant les fruits à la taille des arbres qui les portent, Mais gare à lui si une telle calebasse, car c’est des calebasses que je veux parler, lui eût tombé sur le nez, il aurait encore préféré avoir l'épiderme attaqué par la pointe aiguë d’un gland, que de se voir le nez aplati par cette lourde masse. Le
ous avons
de le remarie, à 7h.
laisants, si
magnifique, pectueuses, rps jusqu'à a, Je crois uds, car je
l'Ascension,
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estier, pour s de l’orpheroniers, paestait encore ne fut pas de voir des ar la forme de 20 à 25 si ‘e Garo erait exclaso cette fois,
ui les porst des culedez, il aurait e aiguë d’un masse. Le
calebassier, Crescentia cujete, Linné, est un petit arbre de 12 à 20 pied:, sur un diamètre de 10 à 12 pouces, qui appartient à la famille des Crescentiacées. Il produit des fruits originant, non des rameaux, mais du tronc ou des grosses branches à la manière du Cacao. Ces fruits arrondis, lisses, atteignent souvent jusqu’à 15 et 20 pouces de diamètre, couverts d’une écorce mince, cornée, très dure lorsqu’elle est desséchée, et qu’on utilise pour en faire des vases de cuisine. On en voit souvent aux femmes offrant des fruits ou autres légumes sur les marchés.
Vendredi, 11 mai— Enfin notre Bermuda est arrivé et nous avons l'assurance que demain: à 4h. P. M. nous laisserons la Trinidad, juste un mois après notre arrivée,
Je recois une lettre de chez moi par laquelle je vois qu'on m'a déjà écrit depuis mon départ. Ces lettres seraient probablement restées à St-Kitts à m’attendre ; le service des postes se fait d’ailleurs fort irrégulièrement dans ces îles.
Nous avons dans l'avant midi la visite de l’évêque de Curaçao, avec le curé de sa cathédrale et 3 Frères qu’il vient de chercher en Europe. Il emmenait aussi six Sœurs mais qui sont restées à bord durant l’escale.
L'île de Curaçao, qui contient 32,000 habitants, appartient à la Hollande, et l’évêque est aussi un hollandais, mais il parle Lien le français. Comme il appartient à l’ordre de S&. Dominique, ila donné le Deo gratius à table, ce qui ne peut être acconlé que par les seuls évêques de l’ordre. Cet évêque qui est encore dans l’âge moyen, paraît plein de zèle pour Île salut de son troupeau. Il ramenait avec lui le fils du gouverneur de son île, jeune homme de 17 ans, protestant, qui paraissait fort gôné au milieu de tous ces prêtres et religieux,