‹ Une excursion aux climats tropicaux [microforme]Chapitre 15 sur 25 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

LE Rerour.

De Trinidad à Québec.

Souvenir des bons Pères.—A bord du Bermuda.—Point de débarquement à la Barbade.—Ste Lucie; nous y prenons le P. Siredey.—Au presbytère de Roseau.—Descente sur la grève à la Dominique; les laveuses noires; ananas, citrons, abricots, fruits de l’arbre à pain ; | plongeurs nègres.—Montserrat.—Antigue; le Rév. Fogarty ; excursion dans la campagne; M. Camacho; un Mrabilis en fleur.— Î Névis.— St-Kitts ; lettres; descente sur ln grève à Sandy Point; cueillette de mollusques ; intronisé capitaine; une canne à sucre.— Les poissons volants, les sargasses, les Ptéropodes, la mer d’huile.— il

Brooklyn, New-York, Québec. |

Samedi, 12 mui.—Ayant été faire nos adieux la veille à l'archevêque, il ne nous restait plus qu’à boucler nos malles pour prendre congé de nos généreux et estimables hôtes.

Comme je remporte une bonne provision de coquilles, | plantes, fruits etc, je vais acheter un panier ou manne pour faire du tout ‘un colis spécial. Il va sans dire que la piève

principale dans tout ce que j'avais récolté de spécimens, reçoit une attention particulière. C'était la peau de cet Iguane mesurant 4£ pieds de longueur, dont m'avait gratifié le P. Hyacinthe. Déjà vieille et fort peu ménagée, elle était tant soit peu défectueuse, cependant je jugeai que M. C. Dionne, l’habile taxidermiste de l’Université Laval, pourrait encore en faire un

spécimen de quelque valeur, vu surtout sa rareté dans nos musées.

A 3h P. M, par une pluie fort abondante, le Révd. P, Maric-"oseph vient nous conduire au quai aveo la voiture du couvent. Nous étions débarqués avec la pluie, et c’est avec la pluie que nous rembarquons. Mais nous Ja xema: "on. À peine, tout entiers que nous sommes aux éotions éprouvées en nous séparant des bons Pères avec lesquels nous avons vécu en frères durant un long mois. Jamais le souvenir de l’agréable séjour que nous avons fait chez eux ne s’effacera de ma mémoire. Toujours je me rappellerai avec bonheur les noms de ces aimables Pères, qui par leurs allures tdutes fraternelles et en multipliant les égards et les prévenances, m'ont fait oublier que j'étais à Pétranger : le Prieur, R. P. Hilaire, qui sait unir tant de pieté à une gaîté toujours constante, assaisonnant sans cesse sa couversation d’anecdotes toujours piquantes, et toujours prêt à loger un bon mot ou un calembourg pour soutenir l'intérêt de la conversation. Le P. Marie-Joseph toujours si prévenant et à laffut de tout ce qui pourrait me plaire dans mes études d'histoire naturelle; son frère le P. Siméon qui, originaire de la Martinique, avait passé une partie de son enfance en Afrique, où se trouvait alors son père officier dans l’armée française, et m’intéressait si vivement par ses réminiscences de son jeune âge. Le P. Hyacinthe qui prenait un si vif intérêt à mes collections et m'avait fait don de mon Iguane. Le bon P. Thomas, ce fils d'Albion, qu’on aurait cru en dehors de son milieu naturel dans une atmosphère catholique et un cloître

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religieux, lui aussi avait mis à ma disposition son panier de spéeimens, dans lequel j'ai puisé de superbes porcelaines (Cypræa), un crâne de jaguar etc. Puis le P. Dominique, grand-vicaire de l'archevêque, ancien prieur de la communauté, toujours souffrant, mais toujours prêt à offrir sa coopération du religieux dévouement à l’exercice du saint ministère; le savant P. Etienne au milieu de ses lépreux, le P. Victor, ce méridional mi-français et mi-italien, qui, pour peu qu’il souriât, ne savait plus joindre les lèvres pour ajticuler ses expressions, aussi combien de fois hisitions-nous à le comprendre. Et les bons frères dont la piété et l’assiduité à leur besogne m'ont tant de fois édifié !

Ce sont là autant de souvenirs qui ne s’effaceront jamais de ma mémoire, et qui serviront à soutenir mon courage dans les épreuves auxquelles la divine Providence pourrait me soumettre, en me rappelant, comme compensation, les douceurs dont il m’a été donné de jouir parmi ces saints religieux, dans cet Eden de la nature.

C'est avec un cœur brisé par l'émotion que j'ai dit un adieu éternel à de si aimables amis, et si la Providence nous offre jamais l’occasion de nous rencontrer encore en ce monde, ce sera une fête pour moi et une des réminiscences des plus douces à mon cœur.

Les bons Pères, avec la charité qui les distingue, avaient bien voulu nous donner des marques d'attachement ; puisse au moins notre séjour parmi eux n'avoir eu ri2r de propre à diminuer la trop bonne opinion qu’ils s'étaient déjà formée des prêtres canadiens.

La société est assez nombreuse à bord, car elle compred une troupe d'acteurs qui avait passé plusieurs jours à Trinidad et qni s’en retournait à la Barbade, Nous n’étions pas encore en mouvement, qu'un passager nous avertit, d’un air effaré, qu’il y avait à bord un homme dangereux. Après informations nous

sûmes que c'était un engagé de la troupe qui ayant rompu son engagement, était l’objet des poursuites de l'autorité, que cet individu qu’on n’avait pu réussir à trouver, devait être nécessairement à bord, Qu'il y soit ow n'y soit pas, dis-je à M. Huart, quid ad nos? pourvu qu’ils ne s’avisent pas de nous ‘donner une scène de revolver ou de yatagan, dans le trajet. L’ancre se lève à 4h. et nous voilà en route pour le retour.

Ce n’est qu’à travers les glaces émaillées des gouttelettes de pluie que nous voyons N.eD. de Laventille, ce phare céleste qui protège Trinidad, s’effacer peu à peu pour se soustraire totalement à notre vue. Bientôt nous passons dans les bouches que forment les îles du nord et nous voilà en pleine mer.

La cabine n° 3 uous est assignée ; comme la pluie force à

tenir tout fermé, il fait une chaleur suffocante, qui permet

guère le sommeil. Aussi je me lève presque aussitôt après

m'être mis au lit, je dirais mieux fourré dans mon étui, pour

aller chercher un peu d'air sur les canapés du salon. Je cons-

tate que déjà plus d’un autre ont eu la même pensée, et toutes les places sont bientôt occupées.

Dimanche, 13 mai, en mer.—Vers 7h. du matin la pluie cesse et un bon vent vient chasser les nuages. Mais ce bon vent en ramenant la sérenité de l'atmosphère, soulève en même temps la mer, et comme nous l'avons directement debout, il agite fortement notre Bermuda, qui se livre d'autant plus au tangage, qu’encore veuf de chargement, il manque de lest pour lui donner de l’aplomb. Plus d’un passager commencent déjà à ressentir les étreintes du mal de mer. M. Huart, qui ne tient nullement à sa réputation de marin, est un des premiers à céder aux sollicitations du déplaisant visiteur, il garde le lit toute la journée sans prendre presque aucune nourriture.

A 4 heures P. M. nous sommes en face de Bridgetow, capitale de l’île de Barbade, où nous laissons 11 passagers, au nomb:e desquels se trouvent nos acteurs.

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Comme nous n'avons aucun chargement à prendre ici, nous n'avons pas le temps de descendre à terre. Je le regrette vivement, car en outre du plaisir que j'aurais eu à aller serrer de nouveau la main du bon P. Strickland, j'avais à prendre ici un bon colis de mollusques et de coraux. Le bon Père avait voulu se charger de faire lui-même le colis, maïs comme il me répugnait de mettre si largement sa générosité à contributior, en le dépouillant de ses collections, je m'étais réservé de choisir moi-même les pièces dont j'aurais eu particulièrement besoin, et voilà que nous ne pouvons seulement pas mettre le pied à terre, Que je m’applaudis d’avoir fait provision des plus petites espèces qu’il m'offrait: Purpura, Littorina, Venus, Tupes, Tellina, etc.

Lundi, 14 mars, en face de Castries, île de Ste- Lucie. — Ce matin à 5h. dans le port de Castries Nous y trouvons l'Orinoco, steamer de notre ligne dans sa course en sens contraire.

Ici comme à la Barbade, nous n'avons aucun chargement à prendre, aussi en repartons-nous presque aussitôt. Nous n'avons pas même le temps d’aller presser la main du brave P. Tapon qui nous avait si bien accueillis en allant,

Nous p'enons ici un passager fort agréable pour nous, c’est le R,. P. Siredey, de la Miséricorde, de Paris, dont nous avions fait la connaissance à la Pointe-à-Pitre où il était venu prêcher le carême. Notre vaissau ne devant pas toucher la Guadeloupe, et le Père désirant visiter les Etats-Unis et peutêtre le Canada, avant de retourner en France, s'était embarqué pour la Barbade, afin de prendre là un vaisseau pour New- York; arrivé la veille à Castries, on l'avait instruit que le Bermuda devait passer le lendemain, et qu’il pourrait le prendre là même. Voilà l’heureux hasard qui nous permit d’avoir un si agréable compagnon de route, :

Le P. Siredey est doué de talents peu ordinaires, on le dit

surtout excellent orateur; n'ayant pas encore 80 ans, il est déjà monté daus la chaire des principales églises de Paris.

Nons prenons aussi à Castries un jeune créole du nom de Monplaisir, qui s’en va occuper une certaine position à Boston, Nous nous amusons beaucoup avec ce charmant jeune homme en nous faisant donner des lecons de langage créole, car avec l'anglais qu'il parlait avec peine, il n'avait que ce langage bâtard pour se faire comprendre, ne comprenant pas toujours lui-même ce que nous lui disions en français.

Nous passons vers midi devant la Martinique, mais comme les lois de la quarantaine, au sujet de la variole, y sont encore en vigueur, nous ne nous y arrêtons pas, nous ne faisons qu'échanger les malles au large.

La mer est beaucoup plus paisible aujourd'hui, et M. Huart a pu laisser sa cabine pour se montrer sur le pont.

A 5 h. nous jetons l'ancre devant Roseau, tle de la Dominique. Je descends à terre avec les deux autres prêtres, et nous nous dirigeons vers :e presbytète où nous nous proposions de passer la nuit. Le P. Couturier nous reçoit avec l’urbanité qui le caractérise, mais il nous apprend que l’évêque, Mer Naugton, est arrivé d'Europe, plus tôt qu’il n’était attendu, et que des ouvriers peintres étant dans le moment à travailler dans la maison, il se trouvait fort à l'étroit pour les appartements. Cependant il insiste pour nous retenir, s’offranut de nous improviser des lits sur les sofas. Mais ayant nos cabines à bord, nous ne voulons pas lui imposer cette gêne, et vers les 8 hrs. nous retouruons à notre Bermuda.

Roseau m'a paru encore plus triste que la première fois que j'y suis descendu ; tout est mort ici, l'herbe croît sans contrainte à travers les cailloux ronds qui pavent les rues ; un étranger qui passe est tout un événement, chacun g'empresse de le remarquer. J'ai déjà dit que la Dominique qui est très fertile, n'a pas la moitié de son sol cultivée, Le nègre pares-

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seux de nature, trouve ici la vie si facile, qu’il préfère le dénument et le stricte nécessaire au travail qu'il lui faudrait employer pour se donner un peu plus de comfort et une nourriture plus recherchée. Les fruits de toutes sortes dont les forêts abondent, les coquillages dont la grève est couverte, et l’eau de la mer qui est épaisse de poissons, lui offrent ses aliments de chaque jour pour entreteuir sa paresse. Aussi voiton, depuis que la baisse du sucre a forcé certains propriétaires d'usines à interrompre leurs opérations, leurs champs fertiles revenir à l’état sauvage, en remplaçant les cultures par des brousssilles et des arbrisseaux.

Il est vraiment étonnant comme la vie est facile dans ces riches climats où la nature est si prodigue de ses dons. A part les fruits des forêts qui sont si abondants, les coquillages de la mer offrent une ressource que j'étais loin de soupçonner si avantageuse. Ce ne sont pus des huîtres comme dans le bas de notre golfe, qui sont plutôt une friandise qu’une nourriture réelle, mais c'est de la véritable chair, tendre, appétissante et variée qu'offrent ces mollusques.

La première fois que je donnai à notre cuisinier de Portd’Espagne, une énorme Mélongène pour la débarrasser de sa chair, il me dit que c'était bon à manger, mais je lui répondis que je lui abandonnais bien volontiers la bête, pourvu que j'eusse la coquille, Cependant quelques jours après, un certain vendredi, on nous servit au réfectoire des dominicains des coquillages de 7 à 8 espèces que je trou vai tous de fort bon goût, très appétissants, et à part les petites huîtres de l'endroit et des Vénus que nous maugions crues, les autres étaient cuits, dans leurs coquilles mêmes, Tritons, Mélongènes, Pyrules, etc,

Ajoutez les poissons, les tortues, et, à la Dominique, cette greuouille des bois, Rana gigus, si recherchée et si abondante ; ne dirait-on pas que la nature ici tient touiours table prête à l'indolent peau noire pour l'exempter du travail ?

Mardi, 15 mai, à lu Dominique. —A 10h. nous laissons Roseau pour aller un peu plus loin prendre du chargement à une vaste usine qui se trouve là. Comme le chargement doit être assez long, je me rends à terre dans l'espoir d'y trouver quelque chose ; mais c'est une disette complète de tout spécimen, la grève est toute courte et bornée par un énorme banc de gravier dans lequel on ne trouve seulement pas de débris de coquilles. Des enfants que je paye vont me chercher à une pointe assez éloignée quelques Littorines et Pourpres, mais fort usées et déterriorées.

Je monte alors sur le chemin dans l'espoir d’y trouver quelques insectes sur les écorces et les feuilles des arbres qui le bordent ; mais même désolation, rien qui mérite attention.

Vêtu d’un habit de toile grise avec une cravate de couleur, je suis tout surpris de me voir saluer partout par ces mots : Bonjou Pê :

—Mais qui vous a dit que je suis prêtre ?

— Vous, pêché, catédale, me dit une fille repassant du linge à une porte,

Allons, me dis-je, il ne ferait pas bon de se rendre ici coupable de quelque méfait et de se déguiser ensuite pour n'être pas reconu.

Cette grève, qui du pont du bateau paraissait déserte, est toute garnie, sous les arbres qui bordent le chemin, de huttes plus misérables les unes que les autres, et éparpillées sans aucun ordre. Mon passage en ce lieu est tout un événement pour ces faces noires. Je parviens jusqu’à une petite rivière où je vois une douzaine de femmes occupées à laver du linge. A l’eau à mi-jambes, elles battent leur linge sur des gros cailloux. Elles font mine de ranger un peu leur toilette à mon approche ; il faut avouer aussi que fort simple, trop simple, cette toilette laissait un peu à désirer, Mais ce qui me frappe le plus dans leur accoutrement, c’est de les voir toutes, tout en manipulant

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leur linge, avec une pipe à la bouche. C’est la première fois que je voyais les négresses fumer ainsi.

A 2h. P. M. nous laissons ce poste pour aller à un autre à quelques milles plus loin prendre aussi du chargement, Découragé par mon insuccès du matin, je reste à bord, m’amusant à examiner tous les fruits que l’on vient offrir : ananas superbes, parfaitement mûrs, abricots, citrons, fruits de l’aibre à pain, œufs ete, et à quels prix ? Ananas 3 à 4 cts, abricots 1 ct, œufs 2 pour 3 cts, etc.

Mais voici que des plongeurs, comme nous en avions vu à la Martinique, se présentent aussi pour avoir des sous, non en échange de fruits, mais comme récompense de leur habileté, Leurs vaisseaux—si on peut appeler ça vaisseaux— sont encore plus simples que ceux des Martiniquois. Sept à huit perches de bambous liées ensemble composent tout le vaisseau. Le plongeur s'assied au milieu et avec une rame qu’il appuye entre les extrémités de deux des perches du radeau, il goudille si adroitement qu’il s'avance avec une vitesse vraiment incroyable, Is attendent près du bateau, et si on lance un sou à la mer, ils s'élancent tous à sa poursuite et ne l’attrapent souvent qu’à une grande profondeur. Le vainqueur triomphant nous exhibe la pièce comme trophée de sa victoire, et se la met dans la bouche, car il n’a pas d'autre poche où il pourrait la conserver, n'ayant d’autres habits que ceux de notre père Adam dans le

paradis terrestre. se

A 8 h. nous laissons définitivement la Dominique. Le temps est superbe et la mer fort calme. Nous prolongeons la veillée fort tard sur le port, car il fait dans nos cabines une chaleur qui nous enlève le sommeil. Si nous ouvrons les fenêtres, nous redoutons les courants d’air frais que nous pouvons rencontrer, et si nous les tenons closes, c’est une chaleur suffocante, insupportable ; aussi avons-nous soin de reprendre dans le jour, dans des chaises-lits sur le pont, ces lacunes de sommeil que nous laissent les nuits.

Mercredi, 16 mai, devant Montserrat.—A 5 h. ce matin ‘ nous sommes devant Montserrat, tle de trois lieues seulement de longueur, qui appartient aussi à l'Angleterre. Cette tle fort montueus2 possède cependant des vallées très fertiles et très bien cultivées.

Nous allons prendre du chargement à deux endroits difiérents, et revenons devant Plymouth son unique ville, de 8,000 babitants. De la pluie et le peu d'espoir de faire quelque capture de valeur me décident à ne pas descendre à terre.

Jendi 17 mai, en face d'Antigue.—A 5 heures ce matin nous sommes dans le port de St-Jean, tle d’Antigue. Nous ne nous proposions guère de descendre à terre, maïs une invitstion du Rév. M. Fogarty, nons décida à aller passer la journée avec lui.

La baie est profonde et nous ne mouillons qu'à l'entrée, un petit bateau à vapeur vient nous prendre et en moins d’une demi-heure nvus sommes au quai.

Nous passons tout près d’un petit rocher s’élevant à peine au-dessus de l'eau, où huit pélicans bruns, Pelccanus fuscus, dans leur mine disgracieuse, nous regardent passer d’un air philosophique, semblant défier les attaques. Cepeadant un bon tireur, du bateau même, aurait pu en inquiéter plus d'un; mais ni chasseur, ni armes parmi nous.

Nous trouvons M. Fogarty tel que nous l’avions connu à notre passage, tonjours gai, poli, prévenant.

Voulant nous faire faire une promenade dans la campagne, i] fait venir une seconde voiture et avec la sienne nous conduit à plus de déux milles à une usine considérable que possède un M. Camacho, avec son frère, le voisin du presbytère. La résidence du co-propriétaire à la cumpague u'est rien moins:qu'un château, sur une. éléxation qu donne vue sur tous les alon-

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Revenus à la ville nous allons faire visite à Madame Camacho, la voisine du presbytère, dont nous avions vu le mari à la campagne.

Si la résidence du frère est un château au milieu des champs, celle-ci est un palais au milieu de la ville. Un tunnel à claire voie que couvrent des rosiers grimpants à fleurs d’un volume extraordinaire, précède l'entrée principale, et partout ce ne sont que des fleurs, le parterre qui avoisine, lés vérandas, les escaliers nous montrent partout des échantillons de cette luxueuse flore des tropiques, des cactus aux formes les plus étranges, des bégonias variés à l’infini, des vanilles, girofliers etc, etc.

Mais en fait de fleurs, le parterre des sœurs (Sœurs de la Vierge fidèle) nous offre un spécimen qui laisse en arrière tous ses rivaux pour l'éclat, la coloration, la forme de ses corolles et la masse énorme qu’il présente. C’est un Mirabilis, le flamborough des anglais. C’est un arbre de 20 à 25 pieds de hauteur, à branches fort étalées et portant des bouquets de fleurs rouges assez nombreux pour faire disparaîte toute tige ou branche qui les porte.

La population d’Antigue est en grande partie d'origine portugaise, ce qui lui donne un caractère bien différent de celle des autres îles où domine la race africaine. Bien que de teint assez coloré, les créoles portugais n’ont rien de commun avec le type africain, ils leur sont aussi bien supérieurs en talents, en intelligence et en civilisation.

Le pasteur ne reçoit rien ici du gouvernement, mais ses ouäilles lui font un traitement généreux qu’on enviérait en besucoup d’autres endroits.

Re = Ê part A LL

Après une journée des plus agréables, nous reveno’.s à notre bateau, enchantés de l’agréable diversion que nous avions pu faire à la monotonie de notre vie de bord.

Comme j'avais parlé fleurs avec Mad. Camacho, elle ne voulut pas me laisser partir sans me forcer à accepter deux pots de sa véranda, l’un contenant un bégonia fort rare, et l'autre une fougère, Adiantum, tout à fait remarquable. Il va sans dire que je leur donnai le soin convenable et les ï* *:Ilai dans le bateau pour avoir de l’air sans toutefois recevoir U :ectement les rayons du soleil.

Vendredi, 18 mai, devant Névis.—A 5h. ce matin nous jetons l’ancre devant Névis, île de peu d’étendue, mais fort bien cultivée, qui appartient aussi à l'Angleterre et contient environ 10,000 habitants. Sa capitale est Charlestown, ville de peu d'apparence

Nous levons l’ancre à 11h. pour nous arrêter une heure plus tard à Basseterre, île de St Kitts. Il me tardait d'arriver à cette ville, par ce que je savais que j’y trouverais des lettres à mon adresse. Aussi je ne fus pas le nt à descendre à terre ct à me rendre chez le Rév. M. Smith, où je trouvai en effet une lettre pour moi et deux pour M. Huart qui, n’étant pas bien, était resté à bord.

Malheureusement pour moi la lettre que je recevais était de date antérieure à celle que j'avais reçue à Trinidad. Mais quel plaisir que ces nouvelles du pays, de la famille, lorsqu'on en est éloigné! Comme ces riens qu'on aurait à peine remar-

qués étant présents, ont d'intérêt lorsqu'on est éloigné, la distance semble alors être disparue, et pendant cette lecture de

quelques minutes, nous nous croyons déjà au foyer, au milieu de tout ce que nous avous de cher.

Je n'avais pas oublié les cactus tête-d’anglais que j'avais vus dans le jardin public en face du presbytère. Je désirais fort em

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À 5h. nous laissons Basse-terre, pour nous arrêter, une heure plus tard, à Sandy-Point où nous avions un fort chargement à prendre.

Samedi, 19 mai, Sandy-Point, île St-Kitts.—L'île St- Kitts, avec ses belles cultures de canne, ses bosquets de palmiers abritant de leur ombre les demeures princières des propriétaires du sol, les hautes cheminées de ses usines témoignant par l’épaisse fumée qu'elles vomissent, de l’activité qui règne en ces lieux, présente de toute part des points de vue ravissants. Les hautes montagnes qui la couronnent, projetant sur l'horizon leur silhouette onduleuse, sont toutes d’anciens volcans éteints. Plusieurs ctmes conservent encore la forme de leurs cratères qui, après avoir pendant des miliers de siècles peut-être, vomi fumée, flammes et lave, sont maintenant éteints, et au lieu de lancer vers le ciel leurs globes de feu avec leurs liquides incandescents, se covronnent aujourd'hui d’une luxuriante végétation, semblant jalouser la culture des plaines.

Les flancs des montagnes recouverts d’une couche de lave volcanique, paraissent d’abord absolument nus et à surface métallique ; mais cette chemise pierreuse, quelque dure qu'elle soit lorsqu'elle est fraiche, finit ensuite par se déterriorer sous l'action des influences atmosphériques, et, avec la chaleur et l'humidité de ces climats, se couvre bientôt d’une végétation vigoureuse et abondante. On voit même dos pics en certains

endroits reyêtus, comme les monts arrondis, d’une épaisse che. velure arborescente. (Ce n’est à proprement parler que dans nos climats du nord qu'on voit le globe nous montrer ses os à nu comme sur les bords du Saguenay et les côtes du Labrador, plus on avance vers le sud, plus on voit la végétation se répandre abondante sur les monts élevés comme dans les plaines.

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