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élevées au-dessus de l’eau, si bien que l’on se croirait encore en mer.
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Pourtant, au loin, des deux côtés, nous apercevons quelques maigres
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broussailles, puis le lac diminue de largeur, et nous voguons entre
deux plaines de sable. Comme distraction, nous essayons, mais sans succès, d'attraper des goélands avec un morceau de viande au bout d'une ligne.
Les effets du mirage, si fréquents dans ces pays déserts, ne ({ardent pas à se produire et changent totalement l'aspect du pays. En réalité nous sommes entourés d’une immense plaine de sable, coupée
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de distance en distance par de petits monticules, et parsemée de quelques broussailles sans feuilles, comme sont généralement les plantes du désert. Ces plaines nous semblent être des lacs remplis d'eau légèrement agitée. Les petits monticules d’un ou deux mètres de hauteur nous apparaissent comme des îles, les brindilles qui les surmontent deviennent pour nous de beaux peupliers : l’effet est surprenant. Ceux-là même qui connaissent le pays et se tiennent en garde contre les illusions du mirage, ne peuvent s'empêcher d’être frappés par l’étrangeté de ce spectacle. La scène est la même pour toutes les personnes qui sont placées au même endroit, mais le déplacement du navire modifie constamment les détails du tableau que nous avons sous les yeux : des lacs couverts d’eau légèrement agitée et entourés d'une frange de grands arbres. À mesure que le spectacle s'approche, les arbres se réunissent par la partie supérieure et se coupent lentement vers le milieu ; la frange des grands peupliers ressemble bientôt à une plate-forme surmontée d’un nuage ; puis, quand l'on avance encore, le nuage s’amincit, la plate-forme s’abaisse insensiblement et tout à coup le désert apparaît. Parfois, le mirage cesse en un point à raison de la situation de l'observateur, mais immédiatement 1l se reproduit dans une autre partie du désert.
Notre paquebot avance à l’aide de son hélice, mais fort lentement ; nous ne devons pas dépasser 10 kilomètres à l'heure. Même à cette vitesse trop réduite, son passage produit une vague qui nous suit en lavant violemment les berges du canal, dont la largeur est évidemment insuffisante. Dans ces conditions, les navires gouvernent mal ; le moindre faux mouvement les fait échouer ; les courants et le vent rendent le passage encore plus difficile. Pour éviter les pertes de temps, les bâtiments voyagent par bandes. De nombreux garages leur permettent de croiser avec les navires venant en sens contraire, mais ces garages eux-mêmes ne sont pas assez larges. Il faut constamment envoyer les cäbles à terre, s’amarrer ou se placer convenablement pour laisser passer les bâtiments qui nous croisent. Des lignes téiégraphiques sont établies tout le long du canal, et de nombreux sémaphores indiquent aux pilotes que le passage est libre. En somme, la Compagnie s’est laissée déborder par le trafic, et avec l'interdiction de voyager. la nuit et l'obligation, au moindre symptôme de choléra, d'avoir le pilote sur une chaloupe à vapeur en avant du navire, les
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passages éprouvent bien des retards. Souvent il faut attendre pendant deux ou trois jours que la chaloupe soit prête à prendre le pilote.
Par malheur la Compagnie a souvent fait preuve de faiblesse, et donné lieu à des réclamations justifiées. |
À Ismaïlia, sur le lac Timsah, on nous montre un grand bâtiment en ruines : c'est le palais du vice-roi, où l’impératrice Eugénie a été reçue lors de linauguration du canal.
Au coucher du soleil le navire est amarré, et après le diner, le capitaine ayant mis un canot à la disposition de la jeunesse du bord, on descend à terre pour voir le désert de plus près. Nous nous rendons à une station sémaphorique, où se trouve un petit poste d'employés français. Il y à un piano; on fait de la musique, et on cause longuement de la France et de l'Égypte. Mais tout à coup le capitaine lance des fusées pour nous rappeler. C’est avec regret que nous faisons nos adieux à nos aimables hôtes: pendant quelques instants nous avions retrouvé la patrie absente. En suivant la crête des berges au clair de lune, nous regagnons notre canot qui nous ramène au paquebot. On ne rencontre dans le canal de Suez que des bâteaux à vapeur ; le calme prolongé de la mer Rouge rend, en effet, la navisation à voile extrêmement lente et presque impraticable. Du reste, dans l'océan Indien, à cause des vents alizés, les voiliers sont assez peu employés dans la grande navigation.
Suez, beaucoup plus pittoresque que Port-Saïd, est une ville très ancienne. On nous fait voir un bouquet de palmiers autour d'une petite pièce d’eau appelée la source de Moïse. Ici la côte esl élevée, et la baie est bordée, d’un côté, de hautes montagnes stériles. Nous continuons notre navigation dans la mer Rouge. Le froid était intense dans le canal de Suez, maintenant la chaleur est accablante. Le plus souvent nous ne voyons pas les côtes. Nous passons en vue d'ilots plats, élevés seulement de quelques mètres au-dessus du’niveau de la mer, puis nous arrivons dans le voisinage du détroit de Bab-el-Mandeb, entouré de côtes rocheuses volcaniques. Sur la plage d'une île nous apercevons quelques carcasses de steamers. Les naufrages,
assez fréquents dans ces parages, sont causés par des brouillards,
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fréquents pendant la nuit : les marins croient avoir la mer devant
eux et vont s’échouer sur la plage. La côte est partout inhospitalière, elle n’est pas éclairée. Heureusement que la mer y est tranquille!