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il y a là du marbre et la chaux qu'il peut produire n'est pas à dédaigner en Afrique.
Notre retour a lieu sous une pluie battante et nous rentrons dans l'Eringa de Sacassaca comme chez nous, heureux d’être à l'abri et de pouvoir nous soustraire à l'humidité qui a déjà pénetré nos bagages. En me promenant dans les. villages des environs je vois les femmes extraire le sel de la terre. Comme cette fabrication est assez importante, j'avais cru d’abord à l'existence de mines de sel, mais je n'ai rien vu de semblable. Les femmes exploitent dans les endroits ravinés comme les berges des rivières, des couches de terre jaunâtre, graveleuse. Elles la lavent, filtrent les eaux de lavages et les évaporent. Ces terres sont si pauvres en sel que la langue n’en perçoit pas la saveur. Le sel provient des couches inférieures et vient se concentrer probablement par suite de l’évaporation de l’eau d'infiltration. Quoique les nègres soient extrêmement friands de sel et que ce soit un des cadeaux les plus appréciés que l’on puisse leur faire, ils n’en mettent que très peu dans leurs aliments, et repoussent la plupart des conserves européennes comme étant beaucoup trop salées. Dans les montagnes de formation géologique différente, les habitants sont privés du sel provenant des terres salées; ils y suppléent tant bien que mal avec les cendres de plantes ressemblant à des pissenlits et qu'ils font sécher et calcinent ensuite. Pour employer la cendre, on en met quelques pincées avec de l’eau sur un petit tamis et on laisse filtrer le liquide dans la marmite.
A Muchèna, près de la porte en dehors de l'enceinte de Sacassaca, est établi un hangar, lieu de réunion, où plusieurs bandes jouent constamment un jeu cafre le soora, assez semblable à notre jeu de dames ou plutôt à l’ancien jeu des Romains, appelé : Latroncule. A grand'peine je parviens à en découvrir le mécanisme, et Je vais ensuite tous les jours faire ma partie avec les habitués. Ils semblent très heureux de l'intérêt que j'ai pris à leur divertissement, et ont la politesse de manifester une grande contrariété lorsque je n'ai pas
gagné la partie. Les noirs jouent ce soora dans les trous faits sur le sol et qui représentent les cases; ces trous sont assez écartés, les assistants remuent les pièces éloignées, pour éviter les déplacements aux joueurs. Ce jeu, que des voyageurs ont pris pour analogue au jeu d'échecs, prête à quelques combinaisons. Il est intéressant, rapide et
plus simple que le jeu de dames, mais n’a aucune analogie avec le jeu d'échecs.
Les préparatifs de notre expédition à Machinga sont-terminés. Nous avons pu réunir les guides et les porteurs nécessaires. Les femmes des villages environnants ont préparé la farine qui nous est indispensable. Comme le pays vers lequel nous nous dirigeons est peu habité et dépourvu de ressources, nous devons tout emporter pour nos hommes. D'ailleurs, dans les villages de l'Afrique, les stocks de grains sont toujours très faibles ; et l’on peut d'autant moins compter s'approvisionner en voyageant que la mouture des graines qui se lait manuellement est toujours une longue opération. La composition de notre escorte donne aussi lieu à quelques difficultés. Nous allons pénétrer sur les territoires dé tribus absolument sauvages, Sans rapports ni avec les Portugais, ni avec Sacassaca et nous ne pouvons entrer
en négocialions avec ces tribus pour parcourir leur pays. Christovan
el quelques-uns de ses hommes, dont la présence serait, dit-on, danscreuse pour la caravane retournent en arrière. Nous sommes maintenant complètement aux mains de Sacassaca et de ses chefs ; et les quelques noirs que nous avons amenés de Tété sont très inquiets . Néanmoins nous allons de l'avant: nous avons assez vu les chefs du pays pour savoir combien ils désirent voir développer leurs mines et malgré les fâcheux pronostics, nous pensons que notre sécurité est assurée. Enfin il faut arriver à l'endroit désigné et nous n'avons aucun moyen de mieux nous protéger. Nous partons donc. La peur gagne quelques chefs noirs qui nous accompagnaient, ils restent en arrière, puis ne recevant plus de nos nouvelles, ils s’imaginent que nous avons été massacrés, et se sauvent précipitamment Jusqu'à Tété, semant sur leur passage la nouvelle du massacre de notre expédition. Pendant près de quinze jours, cette histoire fût admise comme vraie et, lorsqu'elle fut démentie, le chef qui avait causé la panique se suicida pour échapper à la responsabilité de sa désertion. Notre voyage ne présente rien de particulier : «le pays devient plus accidenté, les villages très rares, et les derniers que nous rencontrons sont perchés sur le sommet des montagnes. Nous campons dans une vallée resserrée où quelques champs cultivés sont entourés de piquets de bambous aigus, plantés dans le: sol et inclinés. On dit qu'ils sont empoisonnés. C'est certainement une protection sérieuse contre les
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maraudeurs noirs dont les pieds et les jambes nues sont cruellement blessés par les éclats de bois. Après une longue el fatisguante excursion dans les montagnes, où les sentiers sont dissimulés, nous arrivons à un village. Nous y sommes reçus par quelques vieilles femmes seulement, presque toute la population s'étant sauvée à notre approche, mais avec quelques explications, cadeaux et bonnes paroles, comme
ces populations dépendent de Sacassaca, nous dissipons leur méfiance
et les habitants reparaissent peu à peu. Au delà de ce village, le pays est désert, dépeuplé par les incursions de tribus pillardes absolument sauvages. Les populations qui sont restées se sont fixées au sommet des montagnes, afin de pouvoir surveiller les mouvements de leurs ennemis ; elles vivent dans la plus profonde misère, les habitants n’osant sortir de leurs refuges élevés pour cultiver les terres fertiles des vallées.
Nous ne sommes encore que sur le premier plateau. Le chef nous donne un guide qui, par une sorte d'escalier, nous conduit sur une plaine plus élevée, où est bâti un nouveau village. Les femmes et les enfants se sont encore sauvés, nous trouvons un chef qui nous offre de la bière indigène (Pombé), une poule, et des haricots secs. Nous lui donnons quelques poignées de perles et un peu de calicot. La misère des pauvres gens réfugiés là-haut es! si grande, qu'ils n’ont aucune étoffe, et sont tous vêtus d’écorces grossières assouplies par le battage. L'aspect de femmes et d'enfants vêtus de ces enveloppes informes est horrible. La nuit et le matin, ils souffrent du froid et ne peuvent s’en défendre qu’en se couchant à côté du feu. Le matin nous les voyons grelottants se tenir accroupis près de leurs tisons et se protégeant un peu la poitrine en croisant les bras. Par ordre de Sacassaca une douzaine de femmes, habituées au lavage de l’or se joindront à notre expédition afin de nous montrer les plus riches endroits des gisements. C’est une des corvées auxquelles sont astreints les habitants, que d’aller de temps en temps, après les pluies laver un peu de sable aurifère au profit du chef. Celui-ci emploie l’or à se procurer du genièvre qu'il envoie chercher à Tété. Du haut du plateau, nous avons une vue admirable: la vallée du Rovougo, couverte de forêts, s'étend comme une mer de verdure jusqu'à l'horizon. Les ondulations du terrain disparaissent sous les taillis ; les
sentiers, les clairières, les villages, les cultures, ne figurent que comme
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des points imperceptibles sur cette étendue immense d’où la vie semble s'être retirée. Au premier plan on ne voit que le village que nous quittons, au ciel quelques vautours évoquent au milieu de cette nature admirable, mais triste et désolée, les images de la misère et de la dévastation. Nous avancons dans un pays toujours absolument désert, cheminant dans des vallées couvertes de orandes herbes et de bosquets de bambous, sur un sol formé de débris graniliques. Enfin nous arrivons au but de notre voyage, sur un plateau élevé appelé Bar de Maxinga. Le baromètre indique 713 millimètres : nous
sommes donc à une assez grande altitude.
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