‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 49 sur 59 · EXPÉDITION POUR LA MACHINGA · texte numérisé non relu

EXPÉDITION POUR LA MACHINGA

Ce voyage qui faisait partie du programme arrêté par le Conseil d'administration de Paris avait pour but l'étude de gisements aurifères

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connus depuis longtemps des Portugais et signalés au commencement

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du siècle par le docteur Lacerda qui les avait visités. Nous partimes

avec M. d'Andrada et l'ingénieur des mines M. H. Kuss, après que

nr, 25 DIRES

Christovan nous eut assuré 120 porteurs et des Machillères. Le gouver-

neur de Tété profita de l’occasion et se Joignit à nous avec une

escorte de soldats, pour aller établir un petit poste chez un chef à

demi indépendant : Saca-Saca, sur le territoire duquel se trouvent situées les mines qui font notre objectif; et aussi pour faire, en compagnie d’un noir, versé dans les coutumes et les lois cafres, une tournée dans le pays et régler quelques différends. Partis de Tété, pour traverser le Zambèze, nous montons dans un canot fait avec un énorme tronc d'arbre. Nous y tenons une cinquantaine, mais ce bateau manque absolument de stabilité, et nous restons tous accroupis sur un lit de

broussailles, serrés les uns contre les autres; notre embarcalion prend

l’eau de tous côtés, nous bouchons, pendant la traversée, les trous avec de la glaise. Nos mariniers peu expérimentés dirigent mal cette lourde machine-et manquent à plusieurs reprises de nous faire chavirer. Les noirs, à peu près nus, considèrent un pareil accident comme un fait sans importance; pour nous ce serait la perte de nos bagages, et harnachés comme nous le sommes avec de grandes bottes, et un petit arsenal à la ceinture, le plongeon serait chose sérieuse. Nous nous

débarrassons donc de nos armes et nous nous tenons prêts à lutfer

de vitesse avec les crocodiles. Enfin, nous débarquons sans accident

et nous nous acheminons à pied vers la demeure de Christovan tout

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en Chantant et tuant quelques oiseaux. Je coupe d'un coup de fusil deux serpents entrelacés : les quatre morceaux continuent à s'agiter, C'est seulement la troisième fois que J'ai eu occasion de tuer des serpents en Afrique : ces animaux y sont rares, et généralement inoffensifs, même le boa qui est l'espèce la plus répandue et dont nous trouvons des peaux dans beaucoup de cases. Mais certains serpents et grenouilles ont l'habitude désagréable de vivre dans les arbres et dans les couvertures de chaume des habitations, d’où ils peuvent fort bien choir sur la tête des passants. — Un jour je tuai d’un coup de fusil un superbe serpent de deux mètres de longueur, qui se promenait dans

les branches au-dessus de notre table. Mais Je nai]

amais entendu dire qu'aucun habitant ait été mordu par un de ces animaux. Cependant il en existe plusieurs espèces très venimeuses: du reste, 1l en est de même en Amérique où le serpent à sonnettes est très commun.

Nous arrivons chez Christovan à midi. Le reste de la Journée se passe à rassembler les porteurs, les approvisionnements et les marchandises. Les charges sont remises aux hommes, qui font les paquets pour le lendemain. Un acompte en cotonnade est payé à chaque porteur afin qu'il puisse se vêtir pour le voyage. Le 8 juin à 4 heures du matin tous les hommes sont debout : nous prenons notre biscuit arrosé de la tasse de thé habituelle. Une demi-heure après nous arpentons à grands pas la plaine, profitant du froid pour marcher: le thermomètre marque 15° et le temps est un peu couvert. La plaine très fertile n’est que peu cultivée: les broussailles de Jujubiers en couvrent la plus grande partie et leurs épines acérées déchirent les jambes nues de nos kommes. De nombreux trous de 0" 50 à 4" de profondeur, laissent voir l'épaisseur de la couche de terre végétale, Ces excavations sont faites pour attraper les mulots que les noirs mangent avec avidité. Lorsqu'ils voient un de ces petits animaux disparaître dans son trou, ils ne quittent pas la place qu'ils n'aient pris le gibier. Quelques-uns de nos hommes, emportent comme friandises. des mulots secs aplatis comme des pommes lapées. Nous traversons une petite rivière, le Morongozé, dont l’eau a environ 45 mètres de largeur, puis nous nous élevons dans des collines rocheuses couvertes de broussailles. Nous nous trouvons sur des diorites. Le sol couver! d'une couche épaisse de minerai de fer magnétique est parsemé. de

ai A, ji (}l (EE nombreux blocs de ce minerai. Des amas de scories indiquent les

endroits où les indigènes avaient établi de petites forges, car les noirs

depuis un temps immémorial savent traiter le minerai de fer et pro-

duire un métal très pur.

Après trois jours de voyage, marchant toujours vers le nord, nous

arrivons dans une belle vallée bien arrosée, à Iniamtépice. Nous tra-

versons des villages dont les femmes viennent nous faire des grimaces

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et dañser devant nous. Le sol est très fertile; nous trouvons de srandes cultures de sorgho qui atteint jusqu’à 4 mètres de hauteur.

Nous traversons de beaux bosquets de bananiers et passons sous des

allées de manguiers. Ces arbres superbes sont couverts de fleurs, ils

donnent malgré l'éclat du soleil une ombre épaisse; on se croirait

Il parfois en pleine nuit. Je suis saisi d’une grande émotion en aperce-

1. vant un champ couvert de blé au milieu de cette végétation africaine;

| c'est presque un petit coin de la patrie qui s'offre à nous inopinément.

| Le blé ne pousse là dit-on, qu'à l'aide d’irrigations; mais 1l poussera

À probablement en bien d’autres endroits quand il sera bien cultivé et l'Afrique sera sans doute, dans le courant du siècle prochain, le gre-

1 nier de l’Europe. Nous quittons non sans regrets cette belle vallée,

1 ses eaux vives. ses fruits et ses ombrages; nous escaladons les collines,

‘ montant dans les ravins pierreux. Les dépôts de minerais de fer LU sont toujours aussi abondants et couvrent littéralement le sol. Nous | arrivons chez Couaïvaya, chef d’un petit village dont la population 1 paraît vieillotte, pauvre et misérable. Les alentours sont couverts d'arbustes produisant des haricots; pour quelques brasses d'étofte

| j'achète un lot de ces chibamba, comme les appellent les noirs; ils | LL viennent d’être écossés et sont pour nous un aliment frais et agréable. 1 Ê }| Les hautes herbes remplacent les taillis; nous marchons dans un étroit sentier entre deux murs d’herbes sèches, sortes de roseaux de a 1 9 à 3 mètres de hauteur qui masquent la vue de chaque côté. Il fait | pl | une chaleur étouffante, Mais nous ne sommes plus déchirés par les épiil nes, comme dans les taillis. Au coin d’un sentier, dans un bosquet d’ar-

pl L bustes, sur les branches nous remarquons quantité de pierres; la pluju i part de nos hommes y apportent leur contribution. Ils nous disent que j À c’est pour graver dans leur mémoire le souvenir de leur passage. Quel-

ques-uns de nos noirs sont partis en avant, prévenir les chefs de notre arrivée, Nous les suivons à travers un véritable réseau de sentiers en

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nous guidant à l’aide de marques faites sur le sol. Les nègres ont tout

un système d'indications : une branche cassée mise en travers du chemin ou une simple raie tracée en travers indiquent que lon né doit

pas y passer. Les sentiers étant très peu fréquentés, les marques y restent longtemps. Le blanc ajoute souvent une inscription sous une pierre et ces indications sont religieusement respectées par tous les passants. Le même usage existe en Amérique, je me rappelle que dans l’Arizona, souffrant de la soif, j'ai été très heureux de trouver une note indiquant qu’en remontant un ravin et suivant un certain itinéraire On arrivait à une petite source. Près d’un village, je vois cultiver une plante alimentaire, sorte de haricot qui rentre sa fleur sous terre comme l'arachide, et müûrit sa gousse dans le sol. Cette plante est

appelée en cafre zama ou terreré, en portugais zugo ou coïabus. Nous recevons là un message du gouverneur de Tété. qui nous demande de le rejoindre pour entrer ensemble à Muchéna, la ville de Sacassaca. Aussitôt notre déjeuner terminé, nous nous joignons à nos amis et descendons vers la plaine. Bientôt nous rencontrons des députations de gens de la vallée qui viennent courir autour de nous, crier, gesticuler, et nous montrer leurs danses guerrières, Dans les

passages de rivières, des bandes embusauées simulent des attaques. ? à

Malgré le nombre de gens armés qui nous entourent, confiants dans l'invitation de Sarcassaca, nous marchons tranquillement, sans prendre la moindre précaution, ce qui aurait du reste été absolument inutile. Dans ces voyages, le blanc peut d’ailleurs se fier au flair de ses nègres; les hommes qui nous accompagnent, venus de Tété ou des environs doivent fatalement partager notre sort : or ils sont très méfiants, {oujours admirablement renseignés sur les intentions des popu-

lations que nous traversons et nous sommes certains d’être prévenus des dangers que nous pouvons courir. En général les voyageurs écoutent trop leurs nerfs et précipitent quelquefois des Catastrophes par des mesures de prudence exagérées, qui semblent insultantes aux chefs à qui il serait préférable de se confier. Et puis les meurtres ne sont ordinairement que la vengeance tirée de châtiments exagérés infligés aux noirs : le noir maltraité ne résiste pas, il se sauve, mais les comptes se règlent plus tard si l’occasion se présente. Bientôt le sentier s’élargit : tous nos porteurs se mettent de front et nous marchons en troupe compacte, précédés de la musique de Sacassaca..

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CHEZ SACASSACA.

Vers 3 h. 1/2 nous arrivons en vue des palissades qui entourent la demeure du grand Chef; lui-même environné des chefs et de ses con-

seillers, vient à notre rencontre. Il est vêtu en officier portugais, mais

il a les pieds nus. Il est grand, jeune, sa physionomie est assez agréable ;

métis de noir et d’Indien, portant l’ancien nom portugais de Gaëtano Peireira, il se dit chrétien; mais depuis deux cents ans, sa famille isolée en Afrique est complètement retombée dans la barbarie. Son importance est assez considérable; c’est un Regulo, selon le langage du pays. Il a accepté des Portugais le titre de Capitan-Mor, et par ce fait se reconnait vassal du Portugal, qui de son côté lui fait de temps en temps quelques cadeaux. Autrefois les possessions du Régulo s’étendaient jusqu'au Cazembe: depuis le commencement du siècle, des tribus Zulous, guerrières et pillardes se sont établies dans le pays, qu'elles dépeuplent par leurs incursions. Notre compagnon Christovan est soupçonné de relations avec ces Zoulous, que les Portugais appellent Landines; 1l passe pour leur fournir des armes et quelques marchandises en échange de leur ivoire: aussi est-il assez mal reçu chez les Sacassaca et après une altercation avec un des principaux officiers du Roi prend-t-il le parti de se retirer. À la suite du Roi nous pénétrons dans l'enceinte palissadée contenant les habitations du personnel et de nombreuses femmes, des magasins, et quelques maisons où l’on nous installe. Cette résidence est organisée militairement; des sentinelles veillent aux portes, quatre musiciens par leurs fanfares règlent les principales actions des habitants.

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Sacassaca vient prendre-souvent ses repas avec nous et une intimité complète s'établit bientôt. C’est un homme intelligent, qui a reçu un commencement d'éducation à Quélimane, mais que l'alcool et le Sérail ont privé de santé et d'énergie, quoiqu 1} soit encore très jeune. Un de ses principaux officiers est aussi très malade et son médecin nous emprunte un peu du mercure que Tous avions apporté pour travailler des minerais d’or. Sacassaca (aussi appelé du nom cafre de son grand-père Cancune), nous montre quelques bracelets de cuivre rouge fabriqués par ses nègres; on nous apprend que ce cuivre se trouve à deux jours de marche, et nous arrêtons pour le lendemain cette excursion. L'idée que nous allons trouver une mine de cuivre, nous trotte dans la cervelle: nous calculons ce que des Européens , avec des capitaux et des machines pourront tirer d’un gisement qui sans travail, livre son métal à des Ignoranis; nous aurons sans doute des cadeaux à faire aux noirs si nous sommes trés généreux, ensuite un plus important au Roi, mais que sera-ce en Comparaison de la valeur d’une mine où le minerai existe dès la surface ?

Nous partons donc de grand matin et traversons la vallée du Rovougo, couverte de cultures et de vignes sauvages sur lesquélles nous trouvons quelques raisins. Sortant de la vallée, nous entrons dans des terrains schisteux et dioritiqnes et nous arrivons à une colline couverte de laillis épais. C'est à que se trouve le gisement de cuivre. Dans les laillis nous rencontrons quelques excavations anciennes, dont des arbres d’un diamètre considérable garnissent le fond; leurs parois sont lormées d'un marbre blanc qui aura sans doute plus tard de la valeur. Dans ce marbre nous reconnaissons de petites veinules de carbonate de cuivre, et quelques mouches de pyrite cuivreuse. A quelque distance, les eaux descendant de la colline ont charrié des grains de minerai de cuivre. Ce sont ces petits gisements que leS noirs exploitent : ils travaillent des journées à chercher dans le sable et à trier les grains de minerai; puis ils les fondent et obtiennent le métal. Nos châteaux en Espagne viennent de s’écrouler et nous laisserons les nègres récolter des bracelets. Nous ne prétendons point cependant qu'avec du temps, on ne puisse trouver un gisement sérieux aux environs, car bien des mines riches n’ont pas donné à la surface des

indications plus importantes. En tous cas s’il n'y à que peu de cuivre,

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