‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 52 sur 59 · L2 L J DE · texte numérisé non relu

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passaient les porteurs en gravissant ces remblais. Tout autour et sur

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une étendue de plusieurs kilomètres on retrouve les ateliers où le minerai était brisé à la main et les portions riches enlevées. Nous retrouvons les ateliers de triage avec leur installation primitive, consistant en un bloc de pierre qui servait d’enclume et des cailloux qui

servaient de marteaux, nous voyons aussi les pierres plates sur les-

quelles les femmes broyaient le minerai trié. Le procédé employé

pour obtenir l’or consistait simplement à casser le minerai en morceaux très menus, et à trier avec grand soin les parties riches ; la vue perçante des noirs leur permettaient d'exécuter ce travail avec une

très grande perfection, Les fragments riches, choisis, étaient ensuite

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broyés entre des pierres, le sable fin qui en résultait était lavé dans un plat en bois (appelé battéa), et l'or recueilli au fond de la battéa à l’état de poudre très fine, tandis que le sable s’échappait enlevé dans le mouvement giratoire donné à l’eau. Ce procédé de séparation si primitif qu'il fût donnait un très bon travail et les procédés d'amalgamation les plus perfectionnés ne fournissent pas encore de résultats plus avantageux. Afin de laver plus vivement, les femmes ne terminent pas le travail, les résidus enrichis sont remis à une laveuse habile qui les traite tous ensemble et sépare ainsi plus rapidement l'or des sables métalliques qui l’accompagnent.

Dans le filon, l'or est disséminé dans le quartz, en grains ou plutôt en paillettes d’une grande finesse. La pyrite de. fer si abondante dans les gisements d’or de la Californie et de l'Australie semble absente Cl, comme du reste des autres gisements africains. Elle es! remplacée par du fer titané et divers oxydes de fer, oligiste, magnétique. Les minerais de plomb et de cuivre sont aussi très rares dans le filon. Le peu de métaux qu'utilisent les noirs font supposer que l'Afrique est pauvre en gisements métallifères ou que les gisements près de la surface sont rares; car les noirs travaillent habilement les mines et sont arrivés à extraire le fer de ses minerais et à produire un métal comparable aux meilleurs produits européens ; or, l'extraction du fer est une des opérations difficiles de la métallurgie.

Lors du voyage du docteur Lacerda au commencement du siècle, les mines étaient déjà en décadence. On manque de renseignements sur l'époque et sur les causes précises de la cessation du travail : mais 1l est probable que sa cause réside dans l’arrivée des travaux au niveau de l’eau, et aussi que cette exploitation a été affectée profondément ainsi que le développement de l’agriculture dens la vallée du Zambèze par la vente et l’exportation aux colonies américaines de tous les noirs sur lesquels les blancs ont pu mettre la main. De nombreux puits ont été aussi creusés dans les graviers granitiques qui couvrent le pays. Nous lavons et essayons le sol qui avoisine {ous les travaux, et partout nous constatons la présence de l'or, en faible quantité. Mais ce n’est pas en quelques jours seulement que notre exploration peut étre faite. Les portions restées intactes sont évidemment pauvres, et elles ont été revues maintes fois par les exploitants primitifs. Il aurait fallu déblayer les tranchées ou faire de

petits puits sur le filon pour reconnaître la véritable richesse. Nous essayons de faire ces travaux mais l’inexpérience de nos noirs rend le travail très lent et nous arrivons à la fin de nos provisions de bouche sans avoir pu atleindre la partie vierge du filon. Quelques jours encore nous nous acharnons à notre recherche, nous parvenons à nous procurer des épis de maïs vert dont nous nous nourrissons, mais vient un moment où il faut partir au plus vite, avec la perspective de près de huit jours de marche, à faire sans vivres, pour revenir chez Sacassaca, Quelques-uns de nos hommes envoyés à la chasse sont parvenus à tuer un buffle, ils nous rapportent la viande coupée en lanières et légèrement fumée ; nous en mangeons, mais

c'est un mets peu appétissant. | Nous croisons sur un sentier des traces d’éléphants et le lendemain nous rencontrons une bande de chasseurs qui depuis huit jours les suit sans succès. Nous avons déjà parlé de ces hommes, de leur vie de fatigues et de privations. Ceux que nous rencontrons ont bien ie physique de l'emploi; grands, bien bâtis, d’une maigreur extrême, à l'air déterminé, ils paraissent effectivement hommes à suivre sans arrêt, un mois durant et plus, à travers monts, bois et marais une piste qui les fuit. Nous pouvons examiner leurs armes, de mauvais fusils à pierre, et un fusil de rempart qu'ils chargent avec des balles en fer. coupées dans les barres de fer suédors, qui commencent à être apportées en Afrique et forgées ensuite par eux. Quelquefois aussi ces balles sont entièrement de fabrication indigène et tirées directement du minerai. Les bandes de chasseurs sont de 15 à 20 noirs ; il y a des chefs qui équipent jusqu’à 00 chasseurs, et quelquefois le résultat d’une année de chasse est absolument nul ; mais la passion de la chasse et de la vie de liberté fera tout supporter au chasseur, jusqu’au jour où l’éléphant déjà devenu très rare aura | disparu ; alors les populations du centre de l’Afrique seront forcées

de cultiver et des districts considérables où on ne vit aujourd'hui que

de la recherche de livoire devront adopter une vie sédentaire ou

trouver de nouveai

objets d'échange à transporter à la côte.

Nous continuons notre retraite marchant aussi rapidement que possible; nous rencontrons un nègre âgé, marqué au feu sur la poitrine

de grandes lettres J. P. C’est un esclave de Sacassaca (Juan-Perreira)

Je lui fais dire qu'il n’y a plus d'esclaves, mais 1l ne semble pas

comprendre. Nous sommes revenus aux villages perchés dans la montagne, qui forment l'extrême limite des populations entretenant quelques rapports indirects avec les Portugais. Je prends là quelques échantillons des cendres de plantes dont ils se servent au lieu de sel que leur pauvreté ne leur permet pas de se procurer. Nous rapprochant de la demeure de Sacassaca, Muchéna, nous traversons des villages entourés de grandes cultures de shorgo (mapira). Le pays est très fertile. Arrivés à Muchéna, on nous remet des lettres de Tété imcompréhensibles ; l’histoire du massacre de notre expédition met nos amis dans une situation assez embarrassante, 1ls ne peuvent rien y faire, croyant trop facilement à tout ce qui se raconte dans le pays, ils ne voient que désastres, ils nous écrivent que l'on raconte à Téte que Senna a été brûlée par Manuel Antonio, que les Makololo de Sépultura se sont révoltés, etc. Dans ce pays 1l circule constamment urie quantité d'histoires et de récits fantaisistes ; la diftliculté des communications fait qu'il est très difficile de les contrôler. On raconte même de nombre d'habitants qu'ils ont commis des crimes épouvantables, et on leur prête les habitudes les plus sangUuINaIres; bien souvent ce sont de simples calomnies ; ilm'a été donné plusieurs lois de vivre en relations quotidiennes avec des hommes qui avaient la réputation de faire tomber des têles avec une étrange facilité; je les ai trouvés très supérieurs à leur réputation. Arrivés chez Sacassaca l'annonce du résultat négatif de notre visite aux mines de Machinga parû le surprendre beaucoup. La continuation de notre entreprise étail pour lui et ses principaux chefs une source de profits sur lesquels il ne pouvait plus compter. Aussi suis-je certain qu'il a mis toute la bonne volonté possible pour nous faire mener aux meilleurs gisements, et qu'il n'y a rien de fondé dans les bruits qui ont couru, qu'il ne nous aurait pas conduits aux mines les plus riches. Du reste nous avons ({rouvé à Machinga la même latitude que Lacerda a indiquée et sa description des mines s’est trouvée d'accord avec ce que nous avons constaté.

IL existe il est vrai d’autres gisements aurifères plus au Nord sur la route du Cazembe, mais ils sont sur un territoire parcouru par des tribus pillardes avec lesquelles nous n'avions .pu ouvrir aucune relation, et il serait nécessaire d'organiser une véritable expédition

militaire avant de rien tenter de ce côté. Au fond, il aurait été très

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