VOYAGE AUX PLACERS DU MAZOE
Le pays au sud de Tété, que nous allons parcourir, est très peu peuplé; les Portugais n'y ont aucun poste permanent et plusieurs petits chefs s’en disputent la souveraineté. Le sol est très accidenté, les bonnes terres y sont rares, les seuls produits du pays sont jusqu'ici la poudre d'or, des peaux, de livoire et un tabac très estimé dans la vallée du Zambèze. Nous sommes quatre pour cette expédition. M. de Lastour se joint à nous. Nous prenons comme guide un mulâtre Moucounga qui à déjà parcouru ce pays en colportant des marchandises; nous nous adjoignons une bande de chasseurs d'éléphants qui connaissent aussi la contrée; enfin, nous complétons notre personnel en engaseant à Tété environ 200 porteurs. Outre nos petits ballots particuliers, nous prenons, sur l'avis des guides, les marchandises habituelles acceptées par les noirs que nous allons rencontrer : cotonnades bleues ; mouchoirs; cuivre jaune en gros fil; sel, poudre, alcool; nous faisons une provision de vivres pour les Européens, de farine de sorgho à l’usage des noirs, d'outils, etc. Toutes ces marchandises sont divisées et attachés en ballots d'environ 20 kilogrammes. La veille du départ, les porteurs ont été réunis et on leur a distribué à chacun six brasses de cotonnade, d’uné valeur totale d'environ 6 francs. C’est le paiement de trois semaines de travail. Une partie de ces étoffes sera laissée aux femmes des Noirs, pour qu'elles aient de quoi se procurer des ressources pendant l’absence &e leurs hommes. Le reste est emporté par ceux-ci pour sen faire des vêtements et acheter des vivres. Ce mode
de paiement anticipé diminue d’autant le stock de marchandises que
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nous avons à emporter, Au cours du voyage, on doit faire une nouvelle distribution de coton, ce qui allégera encore la charge de ns porteurs. Avec ces étoffes, qui servent de monnaie dans le pays, nos hommes se procurent dans les villages, plus facilement que nous ne le ferions nous-mêmes, les provisions indispensables. Mais si cela nous
débarrasse d’une corvée. les noirs en profitent pour économiser sur
leur nourriture et se procurer du Pombé qui les épuise et leur enlève l'énergie, nécessaire pour supporter les fatigues.
Le Jour du départ . tout le monde se trouve devant la maison au lever du soleil. Notre repas se COMpPOSsE d’une sardine à l'huile, d'un
biscuit de mer et d’une tasse de thé. Les noirs, rassemblés en petits
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groupes derrière leurs chefs, sont accroupis sur leurs talons. On fait
l'appel, chacun de nous prend les noms du groupe de porteurs qui
constituent son service; puis on remet à chaque porteur sa charge selon ses forces. Après quelques discussions, les hommes arrangent les colis, y joignent leurs provisions et les objets divers qu'ils veulent
emporter pour leur usage, etc. Puis, par pelotons, la bande se met