‹ Une Famille au XVIe siècleChapitre 14 sur 21 · I. Mot provençal signifiant à condition · texte numérisé non relu

I. Mot provençal signifiant à condition

au xvi^ siècle.

ment la haire^ alloit accompagner les pauvres de Thospital en la sépulture teste nue dehors la ville. Quand il estoit à table^ il ne mangeoit que des plus viles & grossières viandes^ seulement pour se sustanter. Bref^ il vescut & mourut saintement en s^abandonnant de la sorte pour Famour de Dieu & du prochain, Or^ devant que d^aller audit hospital^ il escrivit sa volonté par laquelle il donnoit son calice avec tous les attirails de la messe aux Pères Capucins^ toutes les rentes de son canonicat aux pauvres. Il eut le canonicat par bonne voie ^ & s^il eust retenu celuy de feu mon parrain (M. Vincens)^ Dieu n^eust pas permis qu^il fust mort si saintement comme il fit. « // ny a que de mar-

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cher par les grands chemins des commandemens de Dieu, disoient mes père & mère^ & Dieu nous mandera ce qui nous sera nécessaire. »

Nous estions encore cinq jeunes (enfans) à eslever. Nostre mère en prit le mesme soin que des autres.

Sur cela^ la femme de mon frère Honoré vint à estre enceinte. L^on donna Tenfant qu^elle portoit en baptesme à feue ma mère. Elle alla à Aix ayant Faccouchement & me mena avec elle. Pendant nostre séjour la peste vint à Arles^ ce qui fut cause que ma mère (Tenfant estant né & baptisé) s^en alla promptement pour faire sortir toute sa famille & donner ordre qu^elle fît quarantaine pour se loger en une ville saine. Elle me laissa à Aix^ là

au XVI® siècle, 8i

OÙ estoit aussi venue ma tante de Riez^ ville où nous arrivâmes le dernier jour de Fan i58o\ Et après Pasques^ ma mère m^envoya quérir par mon frère Charles. J^estois fort bien avec ma dite tante^ sage & honorable damoyselle; mais feue ma mère disoit que les filles ne doivent jamais estre séparées de leurs mères. Mon dit frère me mena à Tarascon où ma mère s^estoit retirée avec toute sa famille^ ayant fait^ comme j^ay dit^ la quarantaine^ pratiquant en cela le commun dire qu^en fait de peste le meilleur remède est de sortir tost & de se retirer tard-.

1. «On a vu au début de cette histoire que la famille de Castellan était originaire de Riez, petite ville de la haute Provence.

2. Cette peste de 1580 fut surnommée en Provence la grande peste. Elle dura sept ans, ne

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Estant de retour à Arles après le mal^ elle pensa à me marier^ disant que j comme les iilles entrent en râg*e de dix-huit ans^ il faut penser aies log-er^ & que les pères & mères doivent travailler à cela tandis qu'ils vivent^ & ne les laisser à la volonté ou discrétion des autres^ tant qu'ils peuvent. Donc, elle me maria avec un fort honorable homme nommé M. Achard. Je ne demeuray mariée que quatre ans^ quatre mois^ quatre heures ^ ce que je marquay plus particulièrement. Il me laissa un fils qui ne vescut que dix-sept ans^ mais qui pour son âge estoit rare^ ayant dignement passé toutes ses

disparaissant sur un point que pour éclater sur un autre. Elle fit 30,000 victimes à Marseille & 8,500 à Aix.

au XVI® siècle.

classes^ fait son cours de philosophie^ & prêt à passer docteur en lois. Vous me direz que je vante bien ma généalogie : je Tavoue^ mais aussi je ne mets rien qui ne soit véritable & dont plusieurs peuvent encore se ressouvenir^ sur les effets de la bonne nourriture & instruction qu'a eue toute nostre famille^ jointes à la grâce dvi bon Dieu. Aussi la fin couronne Tœuvre. Mon dit iîls naquit un jour remarquable^ Fan 1582 & le neufvième décembre^ auquel on osta du du calendrier les dix jours par la réformation Grégorienne^ tellement qu'avi lieu de neuf on compta dixneuf \

I. Les souvenirs de Jeanne du Laurens ne la trompent pas. Pierre de l'Estoile écrivait à cette

Quand je fus yeufye & que j^eus passé Tan vidual ^ auprès de ma belle-mère^ ma mère me retira à sa maison^ disant qu\me jeune yeufve a autant besoin d^estre tenue de près qu\me iîlle & que j^obéirois mieux à elle qu^à une belle-mère.

Puis elle me remaria fort honorablement avec M. Gleyse.

Pour mon frère le capucin^ il entra en religion Tan qvie je me mariay avec mon premier mari. Cela

date dans le Registre-Journal de Henri HI : « En ce mois de. décembre 1582, fut confirmée par édit, ordonnance & déclaration du Roy, la réformation du kalandrier faite par le Pape pour le retranchement de 10 jours, tellement que le 10 décembre on compta 20. »

On sait que le pape Grégoire XIII retrancha dix jours de l'année,' pour remédier aux erreurs du calendrier de Jules César.

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