I. Action oratoire
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chaire, » Mon frère^ bien ayse de faire un si honorable voyage^ sans qu^il kiy en constat rien^ accepta Toffre & alla pourvoir à sa chaire qu^il remit à M. Ranchin^ lequel^ se sentant assez honoré de cette faveur^ le voulut servir gratis. Aussitost mon frère revint vers M'"'^ la Duchesse^, &ils s^en allèrent ensemble à la Cour.
Or^ estant de séjour^ elle alloit souvent visiter le roy Henry IV^ & menoit tous-jours mon frère avec elle. Un jour le Roy dit à M'"^ d'Uzès : (( Qiii est ce jeune homme? <> Elle lui respondit : « Cest un médecin, nepveu de M. de Castellan qui avoit esté premier médecin du feu roj^ Charles IX, & professeur à Montpellier où il exerce la mesme charge.
C'est un bel esprit, je lui vis faire à Thouloiqe une action qui me ravit en admiration. » Et elle conta tout par le menu^ au grand estonnement du Roy^ puis ajouta : <( J' est ois malade il njapas longtemps, le mandaj quérir; il vint, sans lujy festois morte, il m'a guérie bravement . )> Le Roy^ ayant entendu tout ce discours^ le regarda de bon œil & du depuis le vit tous-jours de bon œil;, outre qu^il estoit bel homme & fort agréable.
Peu après le Roy fut malade^ la duchesse voulut que mon frère le visitât & qu^il fust d'une consulte qu'on fît là-dessus. Tous les autres médecins furent d'une seule opinion & mon frère fut seul en la sienne.
Nonobstant ce, la dite dame insista tous-jours pour que l'opinion de son
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médecin fust suivie : ce qui fut fait^ & le Roy s^en trouva bien. Alors elle luy dit familièrement : (( Je vous donne mon médecin, s'entend après que je seray morte & non devant. Car c'est un des rares hommes de ce temps en sa profession, » Elle ne vescut pas longtemps après ^ & le Roy le prit pour son médecin ordinaire ; puis^ par succession de temps^ il se trouva le premier & le fut tant qu^il vescut ^^ ayant esté bien récompensé
I. S'il faut en croire Pierre de TEstoile, la charge de premier médecin du Roi n'était pas une sinécure, & elle aurait créé pour le titulaire une dure sujétion. Pierre de l'Estoile va jusqu'à dire que « les jours de M. du Laurens en furent avancés, par la veille qu'il luy faloit souffrir près le Roy, lequel quand il ne pouvoit reposer envoioit quérir le dit du Laurens, pour luy venir lire, & le faisoit souvent relever en plein minuit. » {Registre- Journal de
comme vous verrez cy-après. Pom^ la chaire de Montpellier^ M. Ranchin la tint tous-jours gratis^ le Roy Fayant augmentée de cent escus outre les cent qu^il en tiroit ordinairement^ de sorte qu^elle luy valoit tous les ans deux cents escus.
Ma mère tira continuellement ces deux cents escus^ tant qu'elle vescut^ pour se survenir en sa vieillesse ; car^ ayant fait endoctriner tant d'enfanS;, il ne lui estoit guère resté de moyens. Mais Dieu pourveut à ses besoins & à ses vieux ans.
Au mesme temps que mon frère André alla à la Cour^ mon frère Richard se retira à Beaucaire où il
Henry IV. Nouvelle collection de Mémoires pour servir à V histoire de France^ 1837, p. 537.)
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lisoit aux chirurg-iens & appoticaires^ entre lesquels se trouva un chirurgien de Lion qui lui persuada d^aller en cette dernière ville ^ luy offrant sa maison avec promesse de le faire mettre en pratique & de le faire lire avec plus d'honneur. Il y alla donc & y demeura jusqu'à ce que mon frère Mons. d'Arles vint prendre possession de son archevesché ( époque du retour de Richard à Arles)^ ville où il est mort & enterré comme est escrit cydessus.
Tous mes frères estoient logés.
Mon frère Charles estoit marié avec une damoyselle de Tarascon^ de la maison de Raousset^ dont il eut trois enfans qui moururent jeunes & la femme aussi. Pour les trois
enfans^ ma mère les gouverna du-
rant sa vie ^
Il y avoit encore mon frère Gaspard^ le plus jeune de tous^ que ma mère envoya à Orléans pour Ty faire estudier en loix. M. dXlme^ advocat du Roy à Aix^ alla à Paris député par le Parlement de Provence.
Il y mourut & résigna son office à mon frère Honoré^ son beau-fîls^ qui Fexerça en homme de bien Tespace de dix-huit ans^ après lesquels
I. Charles du Laurens, dont il est parlé ici, est le même qui, faisant ses études de médecine à Paris, se contentait de boire de l'eau pour épargner les ressources très-modestes de ses parents. « Il se gasta l'estomac, » nous a dit sa sœur, & il mourut prématurément en 1588, laissant trois enfants que leur grand'mère prit encore à sa charge, en même temps qu'elle travaillait avec un dévouement sans bornes à établir les siens non encore docteurs.
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il vint à estre vevif & ne voulut jamais se remarier^ vivant comme un religieux. Mon frère Antoine estoit auprès de luy^ & le voyant estre advocat du Roy le pria de luy faire avoir quelque sollicitation pour aller à Paris : ce qu^il fit à la première occasion. Ayant receu cette charge^ Antoine s^y comporta si bien que de solliciteur il devint advocat postulant^ & luy-mesme plaidant sa cause la gagna^ ce qui Fencouragea de telle sorte que du depuis il est habitant de Paris où il a très-bien fait ses affaires. Il a trois fils & sept filles^ vivant sans reproche & en vray homme de bien.
Or^ pour revenir à Gaspard , estant venu d^Orléans^ il alla passer docteur à Aix capablement ; mais
il ne voulut exercer la vacation d^advocat^ estant porté à la dévotion. Ma mère s^en faschoit^ lui promettant son assistance tant qu^elle vivroit. Néanmoins il voulut suivre son inspiration^ il se fit prestre^ dit sa première messe à Saint-Martin & y prescha. Ma mère y assista^ ma sœur & moy. Mon autre sœur^ veufve de M. de Mende^ fut mariée en seconde noce avec M. de Barrême^, juge de Tarascon. Quand elle mourut^ elle laissa neuf enfans^ trois du premier mari & six du dernier. Du premier mari, il y en a encore deux ^ sçavoir : un £ls qui est chanoine à Saint-Trophime & une fille mariée avec un gentilhomme nommé Duzane. De son second mari^ elle a laissé un fis
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maintenant yiguier à Tarascon^ marié avec la fille de M. le président de Réauville^ un advocat^ un capucin & un qui por'te les armes.
Feu mon mari me laissa cinq enfans. Il en mourut un âgé de 20 ans & homme d^église. Mon aisné est capucin & prédicateur^ le second docteur aussi & advocat plaidant^ marié avec vme sage & vertueuse damoyselle^ en ayant un fils & trois filles encore petites. Le plus jeune est docteur^ mais il n^exerce pas encore^ ayant porté longtemps les armes pour le service du Roy à Montauban^ en Hollande^ devant la Rochelle & en plusieurs autres occasions^ bien versé aux mathématiques & à la peinture ; il se trouva dans Bréda as-
siégé par Spinola & a peint tous ces lieux de sa propre main. J^ay aussi une iille mariée avec M. Girard ^ advocat du Roy au siège d'Arles^ qui aune fort belle famille & bien élevée en la vertu & crainte de Dieu.
Avant le décès de feue rna mère^ mon frère André médecin du roy Henry IV^ avoit eu don de Sa Majesté de Fabbaye de Sénanque ^ qu^il remit à mon frère Gaspard.
Ma mère en ayant receu la nouvelle m^envoya aussitost quérir, pour me conjouir avec elle ; car j^estois pour lors mariée & elle me tint ce propos :
I. De l'ordre de Cîteaux, située derrière les montagnes de Vaucluse & fondée au milieu du xir siècle.
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(( Ma fille, que je suis redevable à Dieu ! Testais en peine pour mon fils Gaspard, & poicjr que fay receu une lettre de mon fils le médecin du Roj% par laquelle il me marque comme le Rof Va fait pourvoir d'une abba/e.
Je mourraj^ asseurée , très-contente, vojant que mes enfans sont tous pourveus & ont de quoj- passer en ce monde honorablement. )>
Elle fît une belle exortation à mon dit frère^ pour qu^il s^acquittât bien de sa charge & vescût en bon prestre. Quelques mois après ^ mon frère le médecin du Roy eut de luymesme un autre don plus favorable^ celuy de Tabbaye de Saint-Pierrede- Vienne^ pour le mesme Gaspard jà abbé de Sénanqvie ; & il luy en envoya le brevet. Ce qu'ayant ap-
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pris ma mère me le communiqua dès aussitost comme la première fois^ & recognoissant la grâce que Dieu lui avoit faite^ me dit :
(( Ma fille y vostre frère a mandé lin autre brevet d'une autre abbaje.
Je luj' veux escrire que je ne prends pas plaisir à ces grandeurs & que c'estoit asseï de la première, quil ne faut pas tant penser aux honneurs du monde. C'est asse:i d'avoir de quoy vivre. Feus mon père & ma mère estoient gens qui ne demandoient qu'à passer un jour après Vautre en gens de bien, & à vivre en la crainte de Dieu. ))
Or^ quand mon frère Gaspard s^en alloit à son abbaye de Vienne^ feue ma mère luy fît une belle & grave remonstrance comme il devoit
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s'y comporter^ pour qu'il suivît de son pouvoir la vie de celuy qui avoit institué & fondé cette abbaye^ adjoutant qu/il ne faut pas prendre la charge pour vivre délfcieusement^ mais suivant Fintention du fondateur. En 1^97; il fut eslu abbé de Vienne; en i'>98 & le dernier jour de Tan nostre mère mourut.
Pour lors^ elle avoit les enfans de feu mon frère Fadvocat du Roy qui estoit veuf & ceux de mon frère Charles jà décédé avec sa femme.
Elle leur tenoit un précepteur pour les instruire^ nommé Guisonni^ du depuis vicaire de Mgr d'Arles mon frère. Elle le fit appeller avant son trespas & luy en chargea d'escrire une lettre^ telle qu'elle la luy dicteroit^ à chascun de ses enfans.
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C^estoient les jour &feste de Saint- Jean FEvang-éliste ^ après Noël.
Elle commença par Tacivocat du Roy^ comme son aisné.
« Cest la ^dernière lettre que je vous escriray, laquelle est pour vous recommander de vwre tous-jours en Vamoiir & crainte de Dieu, de vous entretenir tous-jours en la bonne paix & amitié avec vos frères & sœurs, & d'avoir les enfans de vostre frère Charles en singulière recommandation. ))
Les autres lettres estoient presque toutes semblables en substance^ hormis quelques circonstances. Elle escrivit particulièrement au capucin & à Fabbé qu'en célébrant le saint sacrifice ils se souvinssent de prier Dieu pour son âme y & me
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donna la charge de mander à chascun à part sa lettre au plus tost^ ce quejefîs. Et premièrement je manday à Aix à mon frère Fadvocat du Roy qu^il ne fît faute de venir^ & que nostre mère estoit bien mal. Il vint & dès aussitost il Fexorta^ puis toute la nuit veilla en prières & oraison fort dévotement. Je manday aussi à Marseille à mon frère le capucin qu^il ne manquât pas de venir^ & il la trouva aux abois de la mort^ de sorte que mes deux frères la veillèrent^ priant toute la nuit.
J^escrivis encore à ma sœur qui quant & quant fut icy. Elle & moy luy rendîmes tous les services qui furent en nostre pouvoir. J^escrivis Qxv^n à Conchet nostre cousin à Avignon ; mais il se trouva absent.
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Ma mère luy avoit escrit comme à un de ses enfans^ luy recommandant surtout Famitié.
Quand nostre mère fut morte ^ nous la fîmes enterrer dans la sépulture de nostre père^ &. quelques jours après^ ayant donné ordre aux affaires^ j^^ll^J mener à Aix la fille de mon frère Fadvocat du Roy. Ma sœur prit celle de mon frère Charles^ & mon mari^ que je de vois mettre le premier, prit le fils. Je demeuray deux mois à Aix^ pour avoir meilleur loisir de recomander ma nièce à ses parens & amis. Pour mon nepveu^ on le mit en un collège.
Pendant mon séjour à Aix^ mon frère le médecin du Roy escrivit une lettre à mon frère Honoré, le sujet de laquelle estoit que Toffice
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de premier président d^Aix estoit vaquant. Il le prioit de se disposer à le prendre j disant qu^il estoit en son pouvoir & ne luy coùteroit pas un liard. Mon frère me monstra ladite lettre. Je luy ay veu refuser ce qu^il s^estoit préjugé avoir à Paris^ parlant à mon frère Charles^ tout jeune qu^il estoit^ comme j^ay dit cy-devant\
Durant les deux mois que je fus de séjour à Aix^ mon frère le capucin prescha à Marseille un caresme^ y en ayant jà presché trois.
En ce temps là^ la Reine d'Espagne arriva aux Isles de Marseille. Mon dit frère m'escrivit de Faller voir.
Or^ estant de retour à Aix^ mon