‹ Une Famille au XVIe siècleChapitre 17 sur 21 · I. V. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

I. V. ci-dessus, p

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frère Fadvccat du Roy me dit : (( Hé! bien, ma sœur, racontei-moi toutes ces belles choses que vous ave^ veues, )) Je les luy racontay par le menu. Alors il me dit : a Vous y avei pris grand plaisir ? — Ouy^ »

luy dis-je. Il me répartit : (( Que pensiei'Vous pour lors, voyant de si belles choses ? — Je me réjouissois, respondis-je^ & nefaisois autre chose.

Que voulie^-pous que je fisse? — (( Oh ! dit-il^ // falloit , mon Dieu ! penser ce que ce sera de vostre paradis, Cecy nest qu'un néant & réjouit tant, Cest sur cela qu'il falloit méditer, n

La bonne vie de mes frères venoit de loin & de la peine que feus nostre père & nostre mère avoient prise à nous élever. Pour moy^ je

au XVI ^ sied

m'estime heureuse & plus qu'heureuse d'avoir eu un si sage père & une si sage mère. J'ay beaucoup veu & kl, attendu que je suis jà vieille ; mais je n'ay point veu des pères & mères avoir plus fait pour levais enfans qu'eux ont fait^ n'espargnant ny levirs personnes, ny levirs moyens^, pour nous faire instruire à toute vertu.

Quant à nous autres filles qui estions jeunes^ ma mère nous menoit tous-jours devant elle^ soit à l'église^ soit ailleurs^ prenant garde à nos actions. Que si nous regardions çà & là^ comme font ordinairement les enfans^ elle nous souffletoit devant tous pour nous faire plus de honte ; & disoit que^ quand les enfans marchoient derrière nous^ on

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ne peut voir la contenance qu^ils tiennent^ enjoignant aux maîtres qui menoient mes frères de faire de mesme. Elle ne manquoit à nous aprendre toutes choses vertueuses :

point de vanité^ jamais elle ne nous menoit au bal^ disant que nous sommes assez fragiles^ sans nous produire en vanités. Quand je fus mariée^ elle me faisoit toujours des admonitions. Elle vescut septantecinq ans^ & sur ses derniers ans^ ne pouvant bien cheminer^ il me falloit luy envoyer mes enfans une fois la semaine. Un jour d^esté^ luy en ayant mandé trois^ le plus petit âgé sevdement de trois ans & demi^ passant par la place où estoit son chemin, prit trois fèves & deux cerises. Les autres deux, dès aussi-

u xvi^ siècle.

tost qu^ils furent chez ma mère^ luy dirent : (( Ma grand' mère, mon frère Nicolas (car tel estoit son nom) est larron, il a derrobé trois fèves & deux cerises, )> Ma mère le renvoya incontinent par une servante & dit à celle-cy : « Dites à ma fille qu'elle le fouette devant vous. » Quand la servante me dit cela^ je me mis à rire.

La servante me dit : a Mademojselle ^, il ne faut pas penser que je m'en retourne sans le voir fouetter, »

Je pris le fouet & luy en donnay^ voyant que ma mère me le mandoit dire\ Quelques jours après^ allant

1. Dans rancien régime^ on donnait le nom de damoLselles aux femmes mariées, appartenant à la noblesse de second ordre. Plus tard cette expression qualifia toutes les femmes non nobles.

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