I. Manuscrits de la Bibliothèque publique d'Aix, n
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vait avoir la moindre ambition littéraire, s'était trouvée assez habile à tenir la plume, pour tracer la peinture la plus éloquente & la plus exacte, la plus naïve & la plus pittoresque, des beaux exemples dont elle avait été témoin chez les siens. Dans un style plein d'ingénuité, sans art, sans prétention, avec les charmes piquants de cette langue du xvi^ siècle, si bien parlée & si bien écrite par ses illustres contemporains^ Henri IV & saint François de Sales, elle avait réussi à grouper dans un mémorial domestique d'admirables souvenirs.
Elle avait mieux fait encore, si nous considérons son œuvre à un point de vue plus élevé & plus étendu.
Le cœur lui avait dicté pour l'instruction de ses enfants ce que la vraie^ la bonne méthode d'observation conseille aujourd'hui, avec tant de raison, pour le progrès des sciencesmorales. Elle avait esquissé non-seulement un curieux tableau de mœurs, mais presque un spécimen de monographie de famille. Cette famille était la sienne, nul ne pouvait mieux
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la connaître & la décrire. Elle avait compris qu'il n'y a pas au monde de preuve plus saisissante de la toute-puissance du bien que le spectacle d'une famille formée^ élevée^ établie^ unie par la loi du devoir ; création merveilleuse où la main de Dieu est visible^ où se traduisent en faits tous les grands principes^ & tous les grands sentiments de foi^ de vertu^ d'honneur^ de sacrifice^ dont les sociétés vivent alors même qu'elles paraissent les oublier & les renier.
Regrettons que beaucoup de femmes^ dans le passé;, n'aient pas eu la même inspiration & ne nous aient pas transmis plusieurs documents de la même valeur. Elles^ les reines du ménage^ la providence du foyer^ que n'auraient-elles pu & dû nous dire sur la vie^ les mœurs^ l'ordre de la famille^ & sur les vertus qui^ dans les siècles de foi^ formèrent de vrais citoyens avec de parfaits chrétiens ! L'œuvre de Jeanne du Laurens a pour nous d'autant plus de prix qu'elle est plus rare. Elle n'est que trop courte, &^ après l'avoir lue^ on voudrait bien que la bonne dame elle-même nous
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en eût dit plus long. Elle n'a pas toujours le don d'une correction^ ni celui d'une clarté irréprochables; en parlant de ses huit frères^ elle embrouille quelquefois l'écheveau de fil qu'elle semble dévider sous nos yeux. Et cependant elle a le talent de faire pénétrer en nous une vive clarté morale^ tant encore une fois le cœur est un grand maître pour émouvoir.
Les du Laurens ont eu en Provence^ à la fin du XVI® siècle & au commencement du xvii^^ une éclatante notoriété qui s'est tout d'un coup produite au dehors & les a portés à de hautes situations. Cette famille composée de dix enfants fournit à l'Eglise deux archevêques j un provincial de l'ordre des Franciscains; à la Magistrature^ un avocat général éminent au Parlement de Provence ; au Barreau de Paris^ un avocat distingué; à l'Université^ sept docteurs^ parmi lesquels trois en médecine. Un de ces derniers^ André du Laurens^ professeur à la Faculté de Montpellier^ devint un personnage à la cour de Henri IV^ dont il fut le premier médecin.
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Ils venaient de Savoie & ils étaient trèspauvres. Un fils de famille^ riche seulement d'intelligence & de sagesse^ avait été conduit à se fixer sur les rives du Rhône ^ d'abord à Tarascon^ purs dans l'antique cité d'Arles. Il s'était adonné à la pratique de la médecine & avait mérité d'épouser la sœur d'un médecin du roi Charles IX. Tels furent les premiers débuts de sa fortune; mais il faut voir au prix de quels efforts il sut justifier l'opinion qu'on avait conçue de ses talents & de ses vertuS;, par quelle vie de travail il triompha de la misère^ en élevant à son image un si grand nombre d'enfants dignes de lui.
Il faut pénétrer dans l'intérieur de ce ménage vraiment modèle. Bodin ^ en sa République, définit le ménage (( un droit gouvernement de plusieurs sujets sous l'obéissance d'un chef de famille ^ )) Ailleurs^ il montre comment la famille bien conduite est la vraie